‹ Observations sur Le festin de PierreChapitre 7 sur 9 · INTITULÉE · texte numérisé non relu

INTITULÉE

Puisque vous souhaittés qu'en vous envoyant les Observations sur le Festin de Pierre, je vous écrive ce que j'en pense, je vous diray mon sentiment en peu de paroles; pour ne pas imiter l'Autheur de ces Remarques, qui les a remplies de-beaucoup de choses dont il auroit pu se dispenser, puisqu'elles ne sont point de son sujet, et qu'elles font voir que la passion y a beaucoup de part, bien qu'il s'efforce de persuader le contraire.

Encore que l'Envie soit généralement condamnée, elle ne laisse pas quelquefois de servir ceux à qui elle s'attache le plus obstinément, puisqu'elle fait connoistre leur mérite, et que c'est elle, pour ainsi dire, qui y met la dernière main. Celuy de Monsieur de Molière estant depuis longtemps reconnu, elle n'espargne

rien pour empescher que l'on perde la mémoire, et pour l'eslever davantage^ elle fait tout ce qu'elle peut pour Taccabler ; mais comme il est inouy de dire que Fon attaque une Personne à cause qu'elle a du mérite et que l'on cherche toujours des prétextes spécieux pour tascher de Faffoiblir, voyons de quoy s'est servy FAutheur de ces Observations.

Je ne doute point que vous n'admiriez d'abord son adresse, lorsque vous verrez qu'il couvre du manteau de la Religion tout ce qu'il dit à Molière. Ce prétexte est grand, il est spécieux^ il impose beaucoup^ il permet de tout dire impunément ; et quand celuy qui s'en sert n'auroit pas raison, il semble qu'il y ait une espèce de crime à le combattre. Quelques injures que Fon puisse dire à un Innocent, on craint de le deffendre, lorsque la Religion y est meslée; l'Imposteur est toujours à couvert sous ce voile, l'Innocent toujours opprimé et la Vérité tousjours cachée. L'on n'ose la mettre au jour, de crainte d'estre regardé comme le Deffenseur de ce que la Religion condamne, encore qu'elle n'y prenne point de part, et qu'il soit aisé déjuger qu'elle parleroit autrement si elle pouvoit parler elle-mesme; ce qui m'oblige à vous dire mon sentiment, ce que je ne ferois toutefois pas sans scrupule, si FAutheur de ces Observa tions avoit parlé avec moins de passion.

Je vous avoue que si ces remarques partoient d'un esprit que la passion fist moins parler, et que si elles estoient aussi justes qu'elles sont bien écrites, il seroit difficile de trouver un Livre plus achevé; mais vous connoistrez d'à-

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bord que la Charité ne fait point parler cet Autheur, et qu'il n'a point dessein de servir Molière, encore qu'il le mette au commencement de son Livre. On ne publie point les fautes d'un homme pour les corriger , et les advis ne sont point charitables lorsqu'on les donne au Public, et qu'il ne les peut sçavoir qu'avec tout un Peuple, et quelquefois mesme un peu plus tard. La Charité veut que l'on ne reprenne son Prochain qu^en particulier, et que l'on travaille à cacher ses fautes à tout le Monde, au moment que l'on tasche à les luy faire connoistre.

La première chose oii l'Autheur de ces Observations fait cotmoistre sa passion, est que par une affectation qui marque que sa bile est un peu trop eschauffée, il ne traite Molière que de Farceur; et ne luy donnant du talent que pour la Farce, il luy oste en mesme temps, les Rencontres de Gaultier-Garguille, les Impromptus deTurlupin, la Bravoure du Capitan, la Naïveté deJodelet, la Pance de Gros-Guillaume, et la Science du Docteur: mais il ne considère pas que sa passion Taveugle, et qu'il a tort de luy donner du talent pour la Farce, et de ne vouloir pas qu'il ait riendu Farceur. C'est justement dire qu'il l'est, sans en donner de preuve et soustenir en mesme temps, par des raisons convainquantes, qu'il ne l'est pas. Je ne connois point cet Autheur, mais il faut avouer qu'il aime bien la Farce puisqu'il en parle si pertinemment, que l'on peut croire qu'il s'y connoist mieux qu'à la belle Comédie.

Après ce beau galimathias qui ne conclut rien, ce charitable Donneur d'advis veut, par un

grand discours fort utile à la Religion, et fort nécessaire à son sujet, prouver que les Pièces de Molière ne valent rien, pourcequ'elles sont trop bien jouées, et qu'il sait leur donner de la grâce, et en faire remarquer toutes les beautés; mais il ne prend pas garde qu'il croit la diminuer, puisqu'il avotie qu'il est bon Comédien, et que cette qualité n'est pas suffisante pour prouver, comme il le prétend, qu'il est méchant Autheur.

Toutes ces choses n^ont aucun rapport avec les advis charitables quMl veut donner à Molière. Son Jeu ne doit point avoir de demeslé avec la Religion, et la Charité qui fait parler l'Autheur de ces Observations, n'exigeoit point de luj cette Satyre. II fait plus toutefois, il condamne son geste et sa voix, et par un pur zèle de Chrestien, et qui part d'un cœur vrayment dévot, il dit que la nature luy a dénié des agremens quMl ne luy faut pas demander ; comme si quand il manqueroit quelque chose à Molière de ce costé là, ce qui se dément assez de soy-mesme, il devroit estre criminel, pour n^estre pas bien fait. Si cela av<oit lieu, les Borgnes, les Bossus, les Boiteux et généralement toutes les Personnes difformes seroient bien misérables, puisque leurs corps ne pourroient pas loger une belle ame.

Vous me direz peut-estre, .Monsieur, que toutes ces Observations ne font rien au sujet ; j'en demeure d'accord avec vous, mais je n'en suis pas l'Autheur, et si celuy de ces Remarques est sorty de sa matière, vous ne le devez pas blasmer. Comme il soutient le Party de

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la Religion, il a creu que Ton n'examineroit pas s'il disoit des choses qui ne le regardoieut point, et que pourveu qu'elles eussent toutes un mesme prétexte, elles seroient bien reçeuës. Il n'a pas pris garde que sa passion l'a emporté, que son zèle est devenu indiscret, etque la Prudence se rencontre rarement dans les ouvrages escrits avec tant de chaleur. Cependant, jem'etonne que dans le dessein qu'il avoit de paroistre, il n'ait pas examiné de plus près ce qu'il amis au jour, afin que Ton ne luy pust rien reprocher, et qu'il pust voir par là son ambition satisfaite; car vous n'ignorez pas que c'est le partage de ceux qui font profession ouverte de Dévotion.

A quoy songiez-vous, Molière, quand vous fistes dessein de joiier les Tartuffes? Si vous n'aviez jamais eu cette pensée, vostre Festin de Pierre ne seroit pas si criminel. Comme on ne chercheroit point à vous nuire, l'esprit de vengeance ne feroit point trouver dans vos ouvrages, des choses qui n'y sont pas ; et vos Ennemis, par une adresse malicieuse, ne feroient point passer des ombres pour des choses réelles, et ne s'attacheroient pas à l'apparence du mal, plus fortement que la véritable Dévotion ne voudroit que l'on fist au mal mesme.

Je n'oserois vous découvrir mes sentiments touchant les louanges que cet Observateur donne au Roy.*^La matière est trop délicate, et tous ses beaux raisonnemens ne tendent qu'à faire voir que le Roy a eu tort de ne pas défendre le Festin de Pierre, après avoir fait tant de choses avantageuses pour la Religion. Vous

voyez par là que je ne dois pas seulement deffendre la pièce de Molière, mais encore le plus grand, le plus estimé, et le plus religieux Monarque du monde; mais, comme sa pieté le justifie assez, jeserois téméraire de l'entreprendre. Je pourrois dire toutefois qu^il sçavoit bien ce quMl faisoit en laissant jouer le Festin de Pierre, qu'il ne vouloit pas que les Tartuffes eussent plus d'authorité que luy dans son Royaume, et qu'il ne croyoit pas qu'ils pussent estre juges équitables, puisqu'ils estoient intéressez. Il craignoit encore d'authoriser l'hypocrisie et de blesser par là sa gloire et son devoir, et n'ignoroit pas que si Molière n'eust point fait Tartuffe, on eust moins fait de plaintes contre luy. Je pourrois adjouster que ce grand Monarque sçavoit bien que le Festin de Pierre est souffert dans toute l'Europe ; que l'Inquisition^ quoyque très-rigoureuse, le permet en Italie et en Espagne; que depuis plusieurs années on le jolie à Paris, sur le Théâtre Italien et François et mesme dans toutes les Provinces sans quel'on s'en soit plaint, et qu'on ne se seroit pas encore soulevé contre cette Pièce, si le mérite de son Autheur ne luy eust suscité des Envieux.

Je vous laisse à juger si un homme sans passion, et poussé par un véritable esprit de charité, parleroit de la sorte: Certes , c^est bien à faire à Molière de parler de la Dévotion^ avec laquelle il a si peit de commerce, et qii^il n'a jamais connue, ny par pratique, ny 'par théorie. Je croy nue vostre surprise est grande , et que vous ne peniiiez pas qu'un homme, qui veut passer pour

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charitable, pust s^ emporter jusqu'à dire des choses tellement contraires à la Charité. Estce comme un Chrestien doit parler de son frère? Sçait-il le fond de sa conscience? Le connoist- 11 assez pour cela? A-t-il tousjours esté avec luy? Est-il enfin un homme qui puisse parler de la conscience d'un autre, par conjecture? Et qui puisse asseurer que son Prochain ne vaut rieU;, et mesme qu'il n'a jamais rien valu? Les termes sont significatifs: la pensée n'est point enveloppée, et le Jamais y est dans toute l'étendue que l'on luy peut donner. Peut-estre, me direz- vous, qu'il estoit mieux instruit que je ne pense, et qu'il peut avoir appris la vie de Molière, par une Confession générale. Si cela est, je n'ai rien à vous repondre, sinon qu'il est encore plus criminel ; mais enfin soit qu'il sçache la vie de Molière, soit qu'il croye la deviner, soit qu'il s'attache à de fausses apparences, ses avis ne partent point d'un frère en Dieu, qui doit cacher les fautes de son Prochain à tout le Monde, et ne les découvrir qu'au Pécheur.

Ce Donneur d'avis devroit se souvenir de celuy que saint Paul donna à tous ceux qui se meslent de juger leurs frères , lorsqu'il dit : Quis es tu indicas fratrem tuum ? Nonne Stahimits omîtes ante Tribunal Dei? et ne s'émanciper pas si aisément, et au préjudice de la Charité, de juger mesme du fond des âmes et des consciences, qui ne sont connues qu'à Dieu , puisque le mesme Apostre dit qu'il n'y a que luy qui soit le Scrutateur des cœurs.

Je vous advouë qne cela doit toucher sensiblement^ qu'il y a des injures qui sont moins

choquantes, qui n'ont point de conséquences, qui ne signifient souvent rien, et ne font que marquer l'emportement de ceux qui les disent; mais ce qui regarde la Religion, perçant jusques à l'ame, il n'est pas permis d'en parler, ny d^accuser si publiquement son Procliain. Molière doit toutefois se consoler, puisque l'Observateur avance des choses qu'il ne peut sçavoir, et qu'en péchant contre la Yerité, il se fait tort à luy-mesme, et ne peut nuire à personne.

Cet Observateur qui ne manque point d'adresse, et qui a cru que ce luy devoit estre un moyen infaillible pour terrasser son ennemi, après s'estre servy du prétexte de la Religion, continue comme il a commencé , et par un détour aussi délicat que le premier, fait parler la Reyne Mère; mais l'on fait souvent parler les Grands sans qu'ils y ayent pensé. La dévotion de cette grande et vertueuse Princesse est trop solide, pour s'attacher à des bagatelles qui ne sont de conséquence que pour les Tartufifes. Il y a plus longtemps qu'elle connoist le Festin de Pierre, que ceux qui en parlent. Elle sçait que THistoire, dont le Sujet est tiré, est arrivée en Espagne, et que l'on l'y regarde comme une chose qui peut estre utile à la Religion, et faire convertir les Libertins.

Où en serions-nous ^coiûimxxiè l'Autheur de ces Remarques, si Molière voiiloit faire des versions de tous les livres Italiens, et sHlintroduisoit dans Paris, toutes les pernicieuses coustunies des pays estrangers?l\ semble à l'entendre, que les meschans Livres soient permis en Italie, et pour

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venir à bout de ce qu'il souhaite, il blasme le reste de la Terre, afin d'élever la France. Je n'en diray pas davantage sur ce sujet, croyant y avoir assez respondu, quand j'ay fait voir que le Festin de Pierre avoit esté permis partout où on Favoit joilé, et qu'on l' avoit joiié partout.

Ce Critique, après avoir fait le procez à FItalie, et tous les pays Estrangers, veut aussi faire celuy de Monsieur le Légat; et comme il n'ignore pas qu'il a ouï lire le Tartuffe, et qu'il ne l'a point regardé d'un œil de faux Dévot, il se venge et l'attaque en faisant semblant de ne parler qu'à Molière. Il dit (par une addresse aussi malicieuse qu'elle est injurieuse, et à la qualité et au caractère de Monsieur le Légat ) qiiHl semble qu'il ne soit venu en France que pour approuver les Pièces de Molière, L'on ne peut, en vérité, rien dire de plus adroit ; cette pensée est bien tournée et bien délicate; mais l'on n'en sçauroit remarquer tout Fesprit, que Ton reconnoisse en mesme temps la malice de l'Autheur. Son addresse n'est pas moindre à faire le dénombrement de tous les vices du Libertin; mais je ne croy pas avoir beaucoup de choses à y repondre ^ quand j'auray dit, après le plus grand Monarque du Monde , qu'il n'est pas recompensé.

Entre les crimes qu'il impute à Dom Juan, il l'accuse d'inconstance. Je ne sçay pas comment on peut lire cet endroit, sans s'empescher de rire; mais je sçay bien que l'on n'a jamais repris les Inconstans avec tant d'aigreur, et qu'une Maistresse abandonnée ne s'emporteroit pas davantage que cet Observateur qui prend avec tant

de feu le party des Belles. S'il vouloit blasmer les Inconstans , il falloit qu'il fist la Satyre de tout ce qu'il y a jamais eu de Comédies; mais comme cet ouvrage eust esté trop long, je croy qu'il a voulu faire payer Dom Juan pour tous les autres.

Pour ce qui regarde l'Atheïsme j, je ne croy pas que son raisonnement puisse faire impression sur les esprits , puisqu'il n'en fait aucun. Il n'en dit pas deux mots de suite, il ne veut pas que l'on luy en parle, et si l'Autheur luy a fait dire que cleu:r et deux sont quatre, et cpie quatre rt quatre sont huiet, ce n'es toit que pour faire reconnoistre qu'il estoit Athée, pour ce qu'il estoit nécessaire qu'on le sçeust,à cause du chastiment. Mais à parler de bonne foi^ estce un raisonnement que deux et deux sont quatre et quatre et quatre sontliuict? Ces paroles prouvent-elles quelque chose, et en peut-on rien inférer, sinon que Dom Juan est Athée? Il devoit du moins attirer le Foudre par ce peu de paroles; c'estoit une nécessité absolue, et la moitié de Paris a douté qu'il le meritast. Ce n'est point un conte : c'est une vérité manifeste , et connue de bien des gens. Ce n'est pas que je veuille prendre le party de ceux qui sont dans ce doute, il suffit pour mériter le Foudre, qu'il est Athée, et pour moy je trouve avec bien d'autres, que ce qui fait blasmer Molière, luy devroit attirer des louanges, et faire remarquer son addresse et son esprit. Il estoit difficile de faire paroistre un Athée sur le Théâtre, et de faire connoistre qu'il l'estoit, sans le faire parler. Cependant, comme il ne pouvoit rien dire

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^ qui ne fust blasiné, l' Autheur du Festin de Pierre, par un trait de prudence admirable, a trouvé le moyen de le faire comioistre pour ce qu'il est, sans le faire raisonner. Je sçay que les Ignorans m'objecteront tousjours, deux et deux sont quatre j et quatre et quatre sont huict, et je leur repondray que leur esprit est aussi fort que le raisonnement est persuasif. 11 faut avoir de grandes lumières pour s'en deffendre; il dit beaucoup et prouve encore davantage,et comme cet argument est convainquant, il doit, avec justice, faire douter de la véritable Religion. Il faut avouer que les Ignorans et les Malicieux donnent bien de la peine aux autres. Quoy, vouloir que les choses qui doivent justifier un homme, servent à faire son Procez? Dom Juan n^a dit deux et deux sont quatre, et quatre et quatre sont huict, que pour s'empescher de raisonner sur les choses que l'on luy demandoit; cependant, l'on '>eat que cela soit capable de perdre tout le Monde, et que ce qui ne marque que sa croyance , soit un raisonnement trespernicieux !

On ne se contente pas de faire le Procez au Maistre, on condamne aussi le Yalet , pour ce qu'il n'est pas habile homme, et qu'il ne s'explique pas comme un Docteur de Sorbonne. L'Observateur veut que tout le Monde ait également de l'esprit, et il n'examine point quel est le personnage. Cependant il devroit estre satisfait de voir que Sganarelle a le fonds delà conscience bon , et que s'il ne s'explique pas tout à fait bien, les gens de sa sorte peuvent rarement faire davantage.

Il devoit pour le moins, continue ce Dévot à contre-temps, en parlant de l'Autlieur du Festin de Pierre, susciter quelgiie Docteur , pour somtenir la cause de Dieu et deffendre sérieusement ses interests. Il falloit donc pour cela que l'on tinst une Conférence sur le Théâtre; que chacun prist party, et que l'Athée deduisist les raisons qu'il avoit de ne croire point de Dieu. La matière eust esté belle , Molière n'auroit point esté repris, et Ton auroit escouté Dom Juan avec patience et sans l'interrompre. Est-il possible que cela ait pu entrer dans la pensée d'un homme d^esprit ! L'Autheur de cette Comédie n eust eu pour se perdre qu'à suivre ces beaux advis. Il a eu bien plus de prudence, et comme la matière estoit délicate, il n'a pas jugé à propos de faire entrer Dom Juan en raisonnement ; les gens qui ne sont point préoccupez ne l'en blasmeront jamais, et les véritables Dévots n'y trouveront rien à redire.

Ce scrupuleux Censeur ne veut pas que des actions en peinture soient punies par un Foudre en peinture, et que le chastiment soit proportionné avec le crime : Mais le Foudre, dit-il , n^est qiihin Foudre en ijcinture-, mais le crime Test aussi; mais la peinture de ce crime peut frapper l'esprit, mais la peinture de ce Foudre peut esgalement frapper le corps; on ne sçauroit destruire Tun sans l'autre, ny parler pour Fun, que l'on ne parle pour tous les deux. Mais pourquoy ne veut-on pas que le Foudre enpeinture fasse croire que Dom Juan estpuny ; nous voyons tous les jours que la feinte mort d'un Acteur fait pleurer à une Tragédie, encore qu'il

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ne meure qu'en peinture; mais je voy bien ce que c'est;, Ton veut nuire à Molière^ et par une injustice incroyable, on ne veut pas qu'il ait les mesmes privilèges que les autres. Enfin Molière est un Impie, cet Observateur Ta dit ; il faut bien le croire, puisqu^il a veu une femme qui secoûoit la teste, et sa pièce ne doit rien valoir, puisqu'il l'a connu dans le cœur de tous ceux qui avoient mine d'honnestes gens. Toutes ces preuves sont fortes et aussi véritables, qu'il est vray qu'il n'y a point d'honnestes gens qui n'ayent bonne mine. Cette Pièce comi-tragique finit presque par ces belles Remarques , après avoir commencé par la Farce, et par les noms de ceux qui ont réussi en ce genre d'escrire et de ceux qui ont bien représenté ces Ouvrages. Je ne parle point des louanges du Roy par où elle finit, puisqu'elle ne veulent dire que la mesme chose que celles qui sont au commencement du Livre.

Je croy, Monsieur, que ces Contre-Observations ne feront pas grand bruit; peut-estre que si j'attaquois aussi bien que je deffens, qu'elles seroient plus divertissantes, puisque la Satyre fournit des plaisanteries que l'on rencontre rarement, lorsque l'on deffend aussi sérieusement que je viens de faire. Je puis encore ajouster que l'Observateur remportera toute la gloire. Son zèle fera, sans doute, considérer son Livre, il passera pour un homme de conscience , les Tartuffes publieront ses louanges et le regardans comme leur Vengeur, tascheront de nous faire condamner, Molière et moy, sans nous entendre. Pour vous, Monsieur, vous en croirez

ce qu'il vous plaira, sans que cela m'empesche de croire ce que je dois.

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