APOSTILLE
Je crois devoir vous mander, avant que fermer ma Lettre, ce que je viens d'apprendre. Vous connoistrez parla, que j'ay perdu ma cause, et que l'Observateur du Festin de Pierre vient de gagner son Procez. Le Roy qui fait tant de choses avantageuses pour la Religion, comme il l'avoue luy-mesme, ce Monarque qui occupe tous ses soins pour la maintenir ; ce Prince, sous qui l'on peut dire avec assurance, que THeresie est aux abois, et qu'elle tire continuellement à sa fin; ce galant Roy, qui n'a point donné de relasche ny de trêve à l'Impiété, qui l'a poursuivie partout, et ne luy a laissé aucun lieu de retraite, vient enfin de reconnoistre que Molière est vrayement diabolique, que diabolique est son cerveau, et que c'est un Diable Incarné; et pour le punir comme il le mérite, il vient d'ajouster une nouvelle pension à celle qu'il luy faisoit Fhonneur de lui donner comme Autheur, luy ayant donné cette seconde et à toute sa Troupe, comme à ses Comédiens. C'est un titre qu'il leur a commandé de prendre, et c'est par là qu'il a voulu faire counoistre qu'il ne se laisse pas surprendre aux Tartufi'es, et qu'il connoist le mérite de ceux que l'on veut opprimer dans son esprit, comme il connoist souvent les vices de ceux que l'on luy veut faire estimer. Je croy qu'après cela, nostre Observateur avouera qu'il a eu tort d'ac-
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cuser Molière et qu'il doit confesser que la Passion Ta fait escrire. Il ne peut dire le contraire, sans démentir ses propres ouvrages, et après avoir dit que le Koy fait tant de choses pour la Religion (comme je vous l'ay marqué par les endroits tirez de son Livre, et qui serviront à le condamner), il ne peut plus dire que Molière est un Athée, puisque le Roy qui ne donne ny relasche, ny trêve à l'Impiété, a reconnu son innocence. Il faut bien, en effet, qu'il ne soit pas coupable, puisqu'on luy permet de jouer sa Pièce à la Face du Louvre, dans la maison d'un Prince Chrestien, et à la veuë de tous nos sages Magistrats si zelezpour les interestde Dieu, et sous le Règne du plus Religieux Monarque du Monde. Gestes, les amis de Molière devroyent après cela trembler pour luy, s'il n'estoit pas innocent; ces Magistrats si zelez pour les interests de Dieu et ce Religieux Monarque le perdroient sans ressource ou l'aneantiroient bientost, s'il est permis de parler ainsi. Bon Dieu ! que seroit Molière contre tant de Puissances ? Et qui pourroit luy servir de refuge, s'il n'en trouvoit comme il faut dans son innocence?
Je ne sçay pas. Monsieur, si je m'en tiendray là, et si après avoir mis la main à la plume, je pourray m'empescher de combattre quelques endroits, dont je croy ne vous avoir pas assez parlé dans ma Lettre. Vous prendrez, si vous voulez, cecy pour une seconde ou pour une continuation de la première; cela m'embarrasse peu et ne m'empesche point de poursuivre.
L'Observateur de la Pièce dont je vous en-
tretiens, dit qu'avant que feu Monsieur le Cardinal de Richelieu eust purgé le Théâtre, la Comédie estoit coquette et libertine et que Molière a fait pis, puisque sous le voile de l'hypocrisie il a caché ses dbscenitez et ses malices. Quand cela seroit, bien que je n'en demeure pas d^accord avec luy, comme vous verrez parla suite, Molière n'en doit pas estre blasmé. Si la Comédie. comme il dit, estoit libertine, si elle escoiitoit tout indifféremment et disoit de mes7ne tout ce qui luy venoit à la bouche ; si son air estoit lascif, et ses gestes dissolus, Molière n'a pas fait pis, puisqu'il a caché ses obscenitez et ses malices, et nostre Critique s'abuse grossièrement ou ne dit pas ce ce qu'il veut dire lorsqu'il fait passer le Bien pour le Mal.
L'on est, en vérité, bien embarrassé, lorsque l'on veut repondre à des gens qui se meslent de parler de choses qu'ils ne conuoissent point. Comme ils ne sçavent pas eux-mesmes ce qu'ils veulent dire, on a de la peine à le deviner, et plus encore à y repondre, puisqu'on ne peut que difficilement repartir à des choses confuses et qui ne signifient rien, n'estant pas dites dans les formes. L'on devroit avant que repondre à ces gens là, leur enseigner ce que c'est que les Ouvrages qu'ils veulent reprendre, et l'on devroit par cette mesme raison, apprendre à l'Autheur de ces Observations, ce que c'est que le Thcatre, avant que luy faire aucune réplique. Al'entendre parler de Dom Juan, presque dans chaque page de son Livre, il voudroit que l'on ne veist que des Vertueux sur le Théâtre. Il fait voir, en parlant ainsi, qu'il ignore qu'une des
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principales règles de la Comédie, est de recompenser la Vertu et de punir le Vice, pour en faire concevoir de l'horreur, et que c'est ce qui rend la Comédie profitable. On peut voir parla que les plus sévères souffrent les Vices, puisqu'ils ordonnent de les punir , et que Dom Juan doit estre plustost souffert qu'un autre, puisque son crime est puny avec plus de rigueur et que son exemple peut jetter beaucoup de crainte dans l'esprit de ses semblables. Nostre critique ne nie, toutefois, pas que l'on doit punir le Vice: mais il veut qu'il n'y en ait point. Pour moy, je ne vois pas où doit tomber le chastiment, je prie Dieu que ce ne soit point sur les Hypocrites.
L'Autbeur des Observations de la Comédie que je deffends, a cru sans doute qu'il suffiroit, pour nuire à Molière, de dire beaucoup de choses contre luy, et qu'il devoit indifféremment attaquer tous les Acteurs de sa Pièce. C'est dans cette pensée qu'il l'accuse d'habiller la Comédie en Religieuse; mais qui considérera bien tout ce que dit à Dom Juan cette amante délaissée, ne pourra s'empescher de louer Molière. Elle se repent de sa faute ; elle fait tout ce qu'elle peut pour obliger Dom Juan à se convertir; elle ne paroist point sur le Théâtre en Pécheresse, mais en Magdelaine pénitente. C'est pourquoy l'on ne peut la blasmer, sans monstrer trop d'auimosité, et faire voir que de dessein prémédité, l'on reprend dans le Festin de Pierre, ce que l'on y doit approuver. Cet Observateur ne se contente pas d'attaquer le Vice, bien qu'on le permette à la Comédie,
pourveu qu'il soit puny; il attaque encore la Vertu. Tout le choque, tout luy desplaist, tout est criminel auprès de luy. Je croy bien que cette pauvre Amante n'a pas esté exempte du pesché; mais qui en a esté exempt? Tous les hommes ne retombent-ils pas tous les jours dans lapluspart de leurs fautes? Tout cela n'adoucit point la sévérité de nostre Censeur; comme il attaque Molière dans tous les Personnages de sa Pièce, il ne veut pardonner à aucun; il leur demande des choses impossibles, et voudroit que cette pauvre Fille fust aussi innocente que le jour qu'elle vint au Monde. Je croy toutefois qu'il y trouveroit encore quelque chose à redire, puis qu'il condamne la Paysanne. Il ne peut pas mesme souffrir ses révérences. Cependant cette Paysanne, pour estre simple et civile, ne se laisse point surprendre. Elle se deffend fortement et dit à Dom Juan, qti^il faut se défier des beaux Monsieux. On l'accuse néanmoins, bien qu'elle soit innocente, pour ce que c'est Molière qui l'a fait paroistre sur la Scène, et l'on n'en a pas autrefois condamné d'autres qui, dans le mesme Festin de Pierre, ont ou de force ou de gré, pendant le cours de la Pièce, perdu si visiblement leur honneur, qu'il est impossible à l'auditeur d'en douter. Jugez après cela, si la passion ne fait point parler contre Molière, et si on l'attaque par un véritable esprit de Charité, ou pour ce qu'il a fait le Tartuffe.
Ce Critique, peut- estre trop intéressé, et dont l'esprit va droit au mal, puisqu'il en trouve dana des choses où il n'y en a point de formel,
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adjouste que la Comédie est quelquefois chez MoUerCj une Innocente qui tourne par des equivoqu£s estudiéeSy V esprit à de sales pensées. C'est une chose dont on ne peut demeurer d'accord, à moins que d^ avoir esté dans la teste de l'Autheur du Festin de Pierre, lorsqu'il a composé les endroits que nostre Censeur condamne; car autrement personne ne peut assurer que Molière ait eu cette pensée. Quoy qu'il en soit, on ne le peut accuser que d'avoir pensé, ce qui n'est aucunement permis, et ce qu'on ne peut, sans injustice, puisque c'est asseurer une chose que Tonne sçait pas. Si ce Commentateur voyoit que l'endroit dont il parle pust tourner l'esprit à de sales pensées, il le devoit passer sous silence, et n'en devoit point advertir tout le Monde, pour n'y pas faire songer ceux qui n'y pensoient point. Ce zèle est indiscret, et ce Commentaire est plus meschantque la Comédie, puisque le mal est dedans, et qu'il n'est pas dans la Pièce.
Après avoir parlé de la Paysanne, des équivoques qui tournent l'esprit à de sales pensées^ et d'antres choses de cette nature, le Deffenseur des Tartuffes tasche à prouver par tout cela que Molière est un Athée. Voyez un peu quel heureux raisonnement! Quel zèle, et quelle profondeur d'esprit ! Ah ! que cet Observateur sçait Lien marquer les endroits qui font connoistre les Athées! Il n'est rien déplus juste que ce qu'il avance. Quoy, Molière formera des coquettes ? Quoy, il mettra des équivoques qui tournent l'esprit à de sales pensées, et l'on ne l'appellera pas Athée ? Il faudroit bien avoir
perdu le jugement, pour ne luy pas donner ce nom, puisque c'est là justement ce qui fait un Athée. J'avoiie, sans estre Tartuffe, que ce raisonnement me fait trembler pour mon Prochain, et je croy que s'il avoit lieu, Ton pourroit compter autant d'Athées qu'il y a d'hommes sur la terre. Nous ne devons pas laisser de louer ce Critique, il réussit bien dans ce qu'il entreprend et soustient parfaitement le caractère des faux Dévots, dont il deffendla cause. Ils sont accoustumez à crier et à faire du bruit. Ils grossissent hardiment les choses qui sont de peu de conséquence et forgent des monstres afin de faire peur etd'empescher que Ton entreprenne de les combattre.
Sçavez-vous bien, Monsieur, où tout ce beau raisonnement sur l' Athéisme aboutit? A une satyre du Tartuffe. L'Observateur n'avoit garde d'y manquer, puisque ses Remarques ne sont faites qu'à ce dessein. Comme il sçait que tout le monde est desabusé, il a appréhendé qu'on ne le jouast, et c'est ce qui luy a fait mettre la main à la plume. Puisqu'il m'a donné occasion de parler de Tartuffe, vous ne serez peut-estre pas fasché que je dise deux mots en sa deffense et que je combatte tout ce que les faux Dévots ont dit contre cette pièce. lisent parlé sans sçavoir ce qu'ils disoient, ils ont crié sans sçavoir contre quoy ils crioient.Ils se sont étourdis euxmesmes du bruit qu'ils ont fait, et ils ont eu tant de peur de se voir joiiez, qu'ils ont publié que l'on attaquoit les vrais Dévots, encore que l'on n'en voîilust qu'aux Tartuffes. Je veux que ce qu'ils publient soit véritable et que le faux et
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le véritable Dévot n'ayent qu'une mesme apparence; mais Molière, dont la prudence égale l'esprit, ne dit pas dans toute sa Pièce, deux vers contre les Hypocrites, qu'il n'y en ait ensuite quatre à l'avantage des vrais Dévots, et qu^il n'en fasse voir la différence. C'est ce qui a fait approuver le Tartuffe par tant de gens de mérite, depuis que les Hypocrites l'ont voulu perdre. Dans toutes les lectures que son Autheur a faites aux véritables Dévots, cette Comédie a tousjours triomphé à la honte des Hypocrites, et ceux qui n'auroient pas deu la souffrir à cause de leur profession, l'ont admirée; ce qui fait voir qu'on ne pouvoit la condamner, à moins d'estre surpris par les Originaux dont Tartuffe n'est qu'une Copie. Ils n'ont point dementy leur caractère pour en venir à bout; leur jeu a tousjours esté couvert, leur prétexte spécieux, leur intrigue secrette;ilsont cabale avant que la Pièce fust à moitié faite, de peur qu'on ne la permist, voyant qu'il n'y avoit point de mal. Ils ont fait enfin tout ce que des gens comme eux ont de coustume, et se sont servis de la véritable dévotion pour empescher de jouer la fausse. Je n'en dois pas demeurer là et j'ay trop de choses à dire à Tavantage de Tartuffe, pour finir sitost sa justification, puisque je prétends prouver qu'il est impossible de jouer un véritable Dévot, quand mesme on en auroit dessein et que l'on y travailleroit de tout son pouvoir. Par exemple, si on eust fait paroistre sur le Théâtre un homme à qui on n'eust donné que le nom de Dévot, et que l'on luy eust fait en mesme temps entreprendre tout
ce que fait Tartuffe, tout le Monde auroit crié: Ce n'est point là un véritable Dévot, c'est un Hypocrite qui tasche à nous tromper sous ce nom. Puisqu'il est ainsi, comme on n'en peut douter, puisque, dis-je^ on connoist l'Hypocrite par ses meschantes actions, lorsquil prend le nom et l'extérieur d'un Dévot, pourquoy veuton, pour nuire à Molière, qu'un homme qui a non-seulement le nom d'Hypocrite, mais encore qui en fait les actions, soit pris pour un véritable Dévot? Cela est inoliy. Il faudroit que l'ordre de toutes choses fust renversé: cependant c'est ce que les Hypocrites qui craignent d'estre jotiez, reprennent dans la Pièce de Molière. Pour moy, je ne sçay pas par où l'on pourroit jouer un vray Dévot; pour joiier les Personnes il faut représenter naturellement ce qu'elles sont; si Ton représente ce que fait un véritable Dévot, l'on ne fera voir que de bonnes actions; si l'on ne fait voir que de bonnes actions, le véritable Dévot ne sera point joué. L'on me dira peut-estre, qu'au lieu de luy faire faire de bonnes actions, on luy en fait faire de méchantes; si l'on luy fait faire de méchantes actions, ce n'est pins un Dévot, c'est unHypocrite, et l'Hypocrite par conséquent est seul joiié, et non pas le vray Dévot. Je sçay bien que si les vrais et faux Dévots paroissoient ensemble, que s'ils avoient un mesme habit et un mesme collet, et qu'ils ne parlassent point, on auroit raison de dire qu'ils se ressemblent; c'est là justement où ils ont une mesme apparence, mais l'on ne juge pas des hommes par leur habit, ny mesme par leurs discours; il faut voir leurs actions , et
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ces deux personnes auront à peine commencé d'agir, que l'on dira d'abord: Voilà un véritable Devotjvoilà un Hypocrite. Il est impossible de s'y tromper, et si je ne craignois d'estre trop long et de vous ennuyer par des raisons que vous devez mieux sçavoir que moy, je parlerois encore longtemps sur cette matière. Je vous diray pourtant avantde la quitter, que les véritables Dévots ne sont point composez, que leurs manières ne sont point affectées, que leurs grimaces et leurs demarches ne sont point estudiées, que leur voix n'est point contrefaite, et que ne voulant point tromper, ils n'affectent point de faire paroistre que leurs mortifications les ont abattus. Comme leur conscience est nette, ils en ont une joye intérieure qui se respand jusques sur leur visage. S'ils font des austeritez, ils ne les publient pas, ils ne chantent point des injures à leur Prochain pour le convertir, ils ne le reprennent qu'avec douceur et ne le perdent point dans Tesprit de tout le monde. C'est une manière d'agir dont les Tartuffes ne se peuvent deffaire et qui passe pour un des plus grands crimes que l'on puisse commettre, puisqu'il est malaisé de rendre la réputation à ceux à qui on Ta une fois fait perdre, encore que ce soit injustement.
Comme la foule est grande aux Pièces de Monsieur de Molière, et que c'est un témoignage de leur mérite, l'Observateur qui voit bien que cela suffit pour le faire condamner, et qui combat autant qu^il peut ce qui nuit à son dessein , dit que la curiosité y attire des gens de toutes
parts ; mais que les gens de bien les regardent comme des Prodiges, et s'y arrestent comme aux Eclypses et aux Comettes. Ce raisonnement se détruit assez de soy-mesme, et l'on voit bien que c'est chercher de fausses couleurs pour déguiser la Vérité. Molière n'a fait que deux Pièces que les Tartuffes reprennent, dont l'une n'a pas esté jouée. Cependant nous avons également veu du Monde à douze ou treize de ses Pièces; il faut bien que le mérite Ty attire, et l'on doit estre persuadé que toute la France a plus de lumières que l'Autheur des Observations du Festin de Pierre. Si l'on regardoit ses Pièces comme des Eclypses et des Comettes^ on n'iroit pas si souvent; il y a longtemps que l'on ne court plus aux Eclj-pses, on se lasse mesme des Comettes quand elles paroissent trop souvent. L'expérience en fait foy, nous en avons depuis peu veu deux de suite à Paris; et bien que la dernière fust plus considérable que l'autre, elle n'a trouvé parmy la grande foule du Peuple que fort peu de gens qui se soient voulu donner la peine de la regarder. Il n'en est pas arrivé de mesme des Pièces de Molière, puisque l'on les a toutes esté voir avec le mesme empressement.
J'oubliois qu'il rapporte quelques exemples des anciens Comédiens ;mais iln'estalepas leurs Ouvrages comme il fait ceux de Molière. Sa malice est affectée, et il semble à l'entendre dire qu^ils n'ayent esté condamnez que pour des bagatelles; cependant, s'il faisoit une peinture de leurs crimes, vous verriez que les Empereurs les ont punis de mesme que le Roy a recom-
pensé Molière selon son mérite. Il parle encore d'un Philosophe qui se vantoit que personne ne sortoit chaste de sa Leçon ; jugez de son crime par son insolence à le publier, et si nous ne punirions pas plus rigoureusement que ceux qu'il nous cite, un Coupable qui se vanteroit d'un tel crime. Ces exemples sont bons pour surprendre les ignorans; mais ils ne servent qu'à justifier Molière dans l'esprit des Personnes raisonnables.
Je dois, Monsieur, vous avertir en finissant, de songer sérieusement à vous. La Pièce de Molière va causer des desordres espouvantablés, et le zélé Reformateur des Ouvrages de Théâtre, le Bras droit des Tartufles, TObservateur enfin qui a escrit contre luy, parle à la fin de son ouvrage comme un désespéré qui se prend à tout. Il menace les Throsnes des Roys, nous menace de Déluges, de Peste, de Famine, et si ce Prophète dit vray,je croy que l'on verra bientost finir le Monde. Si j'ose toutesfois vous dire ma pensée, je croy que Dieu doit bien punir d'autres crimes, avant que nous faire payer la peine de ceux qui se sont glissez dans les Comédies, en cas qu'il y en ait. C'est une vengeance que les Hypocrites, et ceux qui accusent leur Prochain,ne verront jamais; puisque leurs crimes estant infiniment plus grands que ceuxlà, ils doivent les premiers sentir les efi'ets de de la colère d'un Dieu Vengeur.