DE M. DE MOLIERE
Ces anciens Philosophes qui nous ont soutenu que la Vertu avoit d'elle-mesme assés de charmes pour n'avoir pas besoin de partisans qui découvrissent sa beauté par une éloquence estudiée, chaiigeroient sans doute de sentiment, s'ils pouvoient voir combien les hommes d'aujourd'huy l'ont défigurée sous prétexte deTembellir. Ils se sont imaginez qu'elle paroistroit bien plus aymable, s'ils en rendoient l'acquisition plus difficile et plus espineuse, et ce pernicieux dessein leur a réussi si heureusement, qu'on ne sçauroit plus passer pour vertueux que Fon ne se prive de tous les plaisirs qui n'ont pas la vertu pour leur unique objet ; et comme ils se sont apperçeus que la Comédie en estoit un puissant, qu'elle mortifie moins les sens qu'elle ne les divertit, ils l'ont dépeinte comme
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l'ennemie et la rivale de la Vertu. Ils prétendent qu'elle soit incompatible avec les plaisirs les plus innocens : et ainsi de cette familière Déesse, qui s'accommode avec les gens de tous mestiers et de tous aages, ils en ont fait la plus austère et la plus jalouse de toutes les Divinités.
L'Autheur à qui je responds, est un de ces sages Reformateurs; mais comme il est encore apprentif dans lemestier, il n'oze pas condamner ouvertement ce que nos Prédécesseurs ont tousjours permis; il s'est contenté de nous faire la guerre en renard , et lorsqu'il a voulu nous monstrer que la Comédie en gênerai estoit un divertissement que les gens de bien n'approuvoient point, il en a pris une en particulier, où son addresse a supposé mille impietez pour couvrir le dessein qu'il a de détruire toutes les autres. On a beau luy dire que puisqu'il ne doit pasrespondre de la candeur publique, il devroit laisser à nos Evesques et à nos Prélats le soin de sanctifier nos mœurs, il soutient que c'est le devoir d'un Chrestien de corriger tous ceux qui manquent, et sans considérer qu'il n'est pas plus blasmable de souffrir les impietez qu'on pourroit empescher, que d'ambitionner à passer pour le Reformateur de la vie humaine, il vient de composer un Livre^ où il se déclare le plus ferme appuy et le meilleur soustien de la Vertu; mais ne m'advoûera-t-on point qu'il s'y prend bien mal, pour nous persuader que la véritable dévotion le fait agir, lorsqu'il traite Monsieur Molière de Démon incarné , parce qu'il a fuit des Pièces gallantes, et qu'il n'em-
ployé pas ce beau talent que la nature luy a donné, à traduire la vie des Saints Pères?
Il s'est si bien imaginé que c'est une charité des plus Chrestiennes, de diffamer un homme pour l'obliger à vivre saintement, que si cette manière de corriger les gens pouvoit avoir un jour l'approbation des Docteurs, et qu'il fust permis de juger de la bonté d'une ame par le nombre des Autheurs que la plume auroit descriez. Je responds de l'humeur dont je le connois, qu'on n'attendoit point après sa mort pour le canonizer. Ce n'estoit pourtant pas assez qu'il aymast la Satyre pour vomir contre Monsieur de Molière, comme il a fait; il luy falloit encore quelque vieille animosité ou quelque haine «ecrette pour tous les beaux esprits ; car quelle apparence y a-t-il qu'il paroisse à ses yeux un Diable vcstu de chair humaine, parce qu'il a fait une Pièce intitulée :Xe Festin de Fierre ? Elle est, dit-il, tout à fait scandaleuse et diabolique ; on y void un Enfant mal élevé, qui réplique à son Père; une Religieuse qui sort de son Couvent, et à la fin ce n'est qu'une raillerie que le Foudre qui tombe sur ce débauché.
C'est le bien prendre, en effet; vous avez tort, Monsieur de Molière; il falloit que le Père fust absolu, qu'il parlast tousjours sans que le Fils osast luy dire mot; que la Religieuse, bien loin de paroistre sur un Théâtre, fist dans son Couvent une pénitence perpétuelle de ses péchez, et cet Athée supposé n'en devoit point eschapper; ses abominations, toutes feintes qu'elles estoient, meritoient bien pour leur mauvais exemple une punition effective. L'intrigue de
cette Comédie auroit esté bien mieux conduite, s'il n'y avoit paru pour tous personnages qu'un Père qui eust fait des leçons à son Fils , et qui eust invoqué la colère de Dieu pour l'exterminer lorsqu'il le trouvoit sourd aux bonnes inspirations.
Nostre Autheur trouve que la morale eu auroit esté bien plus belle, et les sentimens plus Chrestiens, si ce jeune éventé se fust retiré de ses débauches, et qu'il eust esté touché de ce que Dieu luy disoit par la bouche de son Père; et si on luy monstre qu'il est de l'Essence de la Pièce que le Foudre écrase quelqu'un , et que par conséquent il nous faut supposer un homme d'une vie déréglée, et qui soit tousjours insensible aux bons mouvemens, luy dont les soins ne butent qu'à la conversion universelle, nous répliquera sans doute que l'exemple n'en auroit esté que plus touchant, si mal-gré cet amendement de vie, il n'avoit pas laissé de recevoirle chastiment de ses anciennes impudicitez. Helas! où en serions-nous, si les convictions et les pénitences ne pouvoient desarmer la main de Dieu, et que ce fust pour nous une nécessité indispensable d'en venir à la punition au sortir de l'offense! Mais pouquoy Dieu nous auroit-il fait une Loy de pardonner à nos ennemis, s'il n'avoit voulu luy-mesme la suivre? Et puisqu'il nous a dit qu'il voudroit que tout le monde fust heureux, ne se contrarieroit-il point en nous laissant une pente si naturelle pour le mal, s'il ne nous reservoit une miséricorde plus grande que nostre esprit n'est foible et léger? Nous devons croire qu'il est juste et non vindi-
catif; il punit une ame égarée qui persévère dans ses emportemens; mais il oublie le passé, quand elle s^est remise dans le bon chemin. Tombez donc d'accord que Monsieur de Molière ne vous a point donné de mauvais exemple, lorsqu^il a fait paroistre un jeune homme qui avoit tant d'antipathie pour les bonnes actions; le dessein qu'il a eu est celuy que doivent avoir tous ceux de sa profession, de corriger les hommes en les divertissans;il a fait l'un et Fautre, ou du mois il a tasché de montrer aux meschans la nécessité qu'il y a de ne le point estre, et le Foudre qu'on entend sur le Théâtre nous asseure de la bonté de son avertissement.
Je prévois que vous m'allez dire ce que j'ay leu dans vostre Critique , que ses termes sont trop hardisj, et qu'il semble se mocquer quand il parle de Dieu; mais quoy, ignorez-vous encore qu'un Comédien n'est point un Prédicateur, et que ce n'est que dans les Chaires des Eglises oii l'on monstre les larmes aux yeux, l'horreur que nous devons avoir pour le péché. Je sçay qu'il n'est jamais hors de saison d'avoir de la vénération pour les choses sacrées, et qu'elles doivent estre en tous lieux, ce qu'elles sont sur les Autels; mais changent-elles de nature ou de condition lorsque Ton change de terme ou de ton pour en parler?
Je ne prétends point icy vous prouver que les vers de Monsieur de Molière sont pour les jeunes gens des instructions paternelles à la vertu; mais je veux vous monstrer clairement que les esprits les plus mal tournez n'y sçauroient trouver la moindre apparence de vice ; et puis-
que chacun sçait que le Théâtre n'a point esté destiné pour expliquer la sainteté de nos Mystères, et l'importance de nostre salut, ces sages Reformateurs si fort zelez pour nostre Foy, n'ont-ils pas mauvaise grâce de blasmer la Comédie, parce que les meschans la peuvent voir sans changer d'inclination, et ne devroieut-ils point se contenter que les vertueux n'y prennent point de mœurs pernicieuses, et qu'ils en sortent tousjours les mesmes?
Je le pardonne pourtant à ces conscientieux qui reprennent par un véritable motif de dévotion, et quoyque les vers de Monsieur de Molière n'ayent rien d'approchant de Fimpieté, je ne sçaurois m'emporter contre eux, puisqu'il n'en veulent qu'à ses Ecrits; mais lorsque je vois le Livre de cet Inco7i7îu,qiû sans se soucier du tort qu'il fait à son Prochain, ne songe qu'à s'usurper une réputation d'homme de bien, je vous advouë que je ne sçaurois m'empescher d'éclater, et quoyque je n'ignore pas que l'innocence se deffend assez d'elle-mesme , je ne puis que je ne blasme une insulte si condamnable et si mal fondée.
Il prétend que Monsieur de Molière est un scélérat achevé, parce qu'il a feint des impietez. N'est-ce pas là une preuve bien convaincante, etquoyqu'il sçache bien que de quelque nature que soient les crimes que nous avons commis, nous devons toujours avoir de la confiance à la miséricorde de Dieu, et par conséquent ne désespérer jamais de nostre salut, il soustient qu'il n'entrera jamais dans le Paradis, parce qu'il a supposé des sacrilèges et des abominations dans son Festin de Pierre.
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Vous pouvez voir par ce raisonnement, si la Critique, comme il dit, estoit nécessaire pour le saint public, et si la moralité et le bon sens sont tout entiers dans son son discours , puisqu'il nous donne lieu de conclure qu'il vaut mieux estre meschant en effet qu'en apparence, et qu'on a plustost le pardon d'une impieté réelle, que d'une feinte.
Cher Ecrivain, de peur qu'en travaillant à vous attirer cette réputation d'homme de bien, vous ne perdiez celle que vous avez d' estre fort habile homme et plein d' esprit, ]q vous conseille en amy de changer de sentiment; puisque Dieu lit dans le fond de l'ame, vous devez sçavoir qu'il ne se fie jamais aux apparences, et que par conséquent il faut estre coupable en effet, pour le paroistre devant luy; ou bien, si vous avez tant d'aversion à vous dédire de ce que vous avez soustenu, ne faites point de scrupule de nous avouer que vostre Livre n'est point vostre ouvrage, et que c'est l'envie et la haine qui l'ont composé.
Nous sçavons bien que Monsieur de Molière a trop d'esprit pour ne pas avoir des envieux ; nos interests nous sont tousjours plus chers que ceux d'autruy, et je suis si fort persuadé qu'il est fort peu de gens dans le siècle oii nous sommes, qui n'aidassent au debry de leurs plus proches voisins, s'il leur devenoit utile ou profitable, que les coups les plus injustes et les plus inhumains ne me surprennent plus. Puisque vous appréhendez que les loroductions de vostre génie, tout sublime qu'il est, ne perdissent beaucoup de leur prix, par l'éclat de celles de
Monsieur de Molière, si vous les abandonnez à la rigueur d'un jugement public, n'est-il pasjuste que vous ayez quelque ressentiment du tort qu'elles vous font ; et quoy que ses vers ne soient remplis que de pensées aussi honnestes qu'elles sont fines et nouvelles, doit-on s'estonner si vous avez tasché de monstrer à uostre illustre Monarque, que ces Ouvrages causoient un scandale public dans tout son Roj^aume, puisque vous sçavez qu'il est si sensible du costé de la Pieté et de la Religion. Il est vray que vostre passion vous aveugloit beaucoup ; car depuis, ce grand Prince si Chrestien et si Religieux, ne s'éclaire que par luy-mesme; vous deviez considérer que les matières les plus embrouillées estoient fort intelligibles pour luy, et que par conséquent vos accusations ne serviroient que pour convaincre d'une malice d'autant plus noire, que le voile que vous luy donniez estoit trompeur et criminel.
Mais aussi, s'il m'est permis de reprendremes Maistres, je vous feray remarquer que vous laissastes glisser dans vostre Critique quelques mots qui tenoient plustost de l' animosité que de la véritable dévotion; car me soustiendrez-vous que c'est par charité que vous l'accusez de piller ses meilleures pensées, de n'avoir point V esprit inventif et de faire des posiures et des contorsions (jui sentent plustost le possédé que r agréable bouffon ? Il me semble que vous pourriez souffrir de semblables défauts, sans appréhender que vostre conscience en fust chargée, ou bien Dieu vous a fait des commandemens qui ne sont pas comme les nostres^
SUK LE Fi:STIN DK VÏEWHE iî\
Il falloit, pour vous couvrir plus adroitement, exagérer, s'il se pouvoit, par un beau discours, la délicatesse et la grandeur de son esprit, le faire passer pour l'Acteur le plus achevé qui eust jamais paru : et comme cet Elogo nous auroit persuadés que vous preniez plaisir de découvrir à tout le monde ses perfections et ses qualitez, nous aurions eu plus de disposition à vous croire, lorsque vous auriez dit qu'il estoit impie et libertin, et que ce n'estoit que par contrainte et pour décharger vostre conscience que vous le repreniez de ses défauts.
Je vous aurois mesme conseillé de le blasmer fort d'avoir fait crier mes gages, mes gages, à ce Valet; on auroit inféré de laque vous aviez Famé si tendre que vous n'aviez pu souffrir sans compassion que son Maistre, qu'on traisnoit je ne sçay où, fust chargé, outre tant d'abominations, d'une debte qui pouvoit elle seule le priver de la présence beatifique^ jusques à ce que ses héritiers Fen eussent délivré. Ce sentiment estoit d'un homme de bien ; vous en auriez esté tout à fait loué, et pour édifier encore mieux vos lecteurs, vous pouviez faire une invective contre ce Valet en luy montrant quelle estoit son inhumanité de regretter plustost son argent que son Maistre.
Vous auriez bien eu meilleure grâce de blasmer un sentiment criminel, et des lasches transports que vos oreilles avoient entendus^ que l'impiété de ce Fils que vous connoissiez pour imaginaire et chimérique.
Voilà l'endroit de la Pièce où vous pouviez vous estendre le plus; car vous m'avouerez,
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quelque scrupuleux que vous soyez, que vous ne trouvez rien à reprendre dans la réception qu'on fait à Monsieur Dimanche. Il n'est pas plus tost entré dans la maison, qu'on luy donne le plus beau fauteuil de la salle, et quand il est près de s'en aller, jamais homme ne futprié de meilleure grâce à soupper dans le logis. Je me souviens pourtant encore d'un nouveau sujet que ce Yalet vous donne de vous plaindre de luy. N'est-il pas vray que vous souffrez furieusement de le voir à table teste-à-teste avec son Maistre, manger si brutalement à la veuë de tant de beau monde? En cela je suis pour vous; je ne me mets jamais si fort dans les interests de mes amis, que je ne me laisse plustost guider par la justice que par la passion de les servir. Comme je vois qu'on ne sçauroit tascher de mettre à couvert Monsieur de Molière d'un reproche si bien fondé, qu'on ne se déclare l'Ennemy de la raison et le Protecteur d'un coupable, j'abandonne sans regret son party, puisqu'il n'est plus bon, et confesse avec vous que ce Valet est mal propre et qiCilne mange point comme il faut.
Mais puisque vous me voyez si sincère, à mon exemple ne voulez-vous point le devenir? Soustiendrez-vous tousjours que Monsieur de Molière est impie, parce que ses Ouvrages sont gaîanis et qu'il a sçeu trouver le moyen de plaire ?
On se seroit bien passé, dites-vous, des postures qu'il fait dans la représentation de s ii Ecolle des Femmes; mais puisque vous sçavi qu'il a tousjours mieux réussi dans le comique que dans le sérieux, devez- vous le blasmer d.
s'estre fait un personnage qu'il a cru le plus propre pour luy? Ne nous dites point qu'il tasche d'expliquer par ses grimaces ce que son Agnès n'oseroit avoir dit par sa bouche. Nous sommes dans un siècle où les hommes se portent assez d'eux-mesmes au mal, sans avoir besoin qu'on leur explique nettement ce qui peut en avoir quelque apparence.
Monsieur de Molière, qui connoist le foible des gens, a preveu fort f^ivorablement qu'on tourneroit toutes ces équivoques du mauvais sens, et pour prévenir une censure aussi injuste que nuisible, il fit voir l'innocence et la pureté de ses sentimens, par un discours le mieux poly et le plus coulant du monde ; mais il ne s'est jamais défié qu'on deust faire le mesme tort à son Festin de Pierre: et il s'est si bien imaginé qu'il estoit assez fort de luymesme, pour ne point appréhender ses Envieux, qu'il n'a jamais voulu luy donner des nouvelles armes en travaillant pour sa defi'ense, et comme j'ay connu par là qu'il n'avoit pas besoin d'un grand secours , j'ay creu que ma plume, toute ignorante et toute stérile qu'elle est, pouvoit suffire pour monstrer Tinjustice de ses Ennemis.
Lorsqu'on veut monstrer la bonté d'une cause qui fournit elle seule toutes les raisons qu'il faut pour 1 a soustenir, il me semble qu'il est plus à propos d'en laisser le soin au plus jeune Advocat du Barreau, qu' au plus célèbre et au plus éloquent, et par la mesme raison qu'on croit plustost un Paysan qu'un homme de Cour, les ignorans persuadent beaucoup mieux que les plus habiles orateurs. Il est si fort ordinaire à
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ces Messieurs les beaux Esprits, de prendre le meschant partj pour exercer la facilité qu'ils ont de prouver ce qui paroist le plus faux, qu'ils ont creu que cette réputation feroit un tort consider£ible à l'Ouvrage de Monsieur de Molière, s'ils escrivoient pour en monstrer l'innocence et l'honnesteté; et d'ailleurs, comme ils ont veu qu'il n'y avoit point de gloire à remporter,queîque fort que fust le raisonnement qu'ils produiroientjils en ont laissé le soin aux plumes moins intéressées que les leurs.
J^ay donc creu que cela me regardoit, et comme je n'avois encore rien mis au jour, je me suis imaginé que c'estoit commencer bien glorieusement, que de soustenir une cause oii le bon droit estoit tout entier. Dans toute autre matière que celle que j'ai traitée, j'aurois eu lieu d'appréhender que comme le sentiment des ignorans est tousjours différent de celuy des gens d'esprit, on eust creu que Monsieur de Molière n' avoit point eu l'approbation de ceuxcy, puisque je lui donnois la mienne ; mais le Festin de Pierre a si peu de conformité avec toutes les autres Comédies, que les raisons que l'on peut apporter pour monstrer que la Pièce n'est point honneste, sont aussi bien imaginaires et chimériques, que l'impiété de son Athée foudroyé. Jugez par là, Monsieur de Molière, s'il ne m'a pas esté bien aisé de prouver que vous n'estes ri en moins que ce que cet Inconnu a voulu que vous fussiez; mais comme il ne démordra jamais de la mauvaise opinion qu'il veut donner de vous, à ceux qui ne vous connoissent point, il y a lieu d'appréhender encore quelque chose de bien fascheux, il ne se sera pas plustost ap-
perçeu que les gens de biensensez ne sont point de son sentiment, lorsqu'il prétend que vous soyez impie , qu'il va vous prendre par un endroit où je vous trouve bien foible; il vous fera passer pour le plus grand Goinfre et le plus mal-propre de tous les hommes. Il vous reconnut fort bien à table sous cet Jicibit de valet, et par conséquent il aura autant de tesmoins de vostre avidité pour les ragoûts, que vous eustes d'admirateurs de ce Chef-d'œuvre. Il faut pourtant s'en consoler, on a tousjours mauvaise grâce de s'opposer aux devoirs d'un Chrestien. Il vous laisseroit sans doute en repos , si ce n'est qu'il a leu qu'il falloit publier les défauts des gens pour les en corriger. Je trouve cette maxime bien conçeuë et fort spirituelle, et de plus, le succez m'en paroist infaillible ; quand on compose un Livre qui difi'ame quelqu'un , tant de différentes personnes sont curieuses de le voir, qu'il est bien mal-aisé que parmy ce grand nombre de Lecteurs, il ne se rencontre quelque homme de bien qui ait du pouvoir sur l'esprit du décrié, et c'est par là que l'on le tire peu à peu de son aveuglement. Il a creu vous devoir la mesme charité ; mais si par hazard il arrive que ceux qui liront ce qu'il a fait contre vous, connoissent qu'il s'est mespris, et qu'ils ne viennent point vous faire de leçons, ne laissez pas de luy sçavoir bon gré de son zèle; et puisqu'il vous en couste si peu, servez-luy sans murmurer de moyen pour gagner le Paradis Ce sera là où nous ferons tous nostre paix.
or.iversif^^ BiBLIOTHECA