‹ Observations Sur Le Mécanisme De La Fécondation Dans Le Genre PhaseolusChapitre 2 sur 4 · SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE

vou'onsrien éluder, et pour faire voir <jne nos observations ont quelque chosë de plus sérieux qu’on ne saurait le croire. Le premier paragraphe dit que l’on peut tenir pour certain qu'il n’y a pas eu croisement entre les deux variétés, puisque nous reconnaissions n’avoir pas pris la peine de transporter le pollen de l’une sur les stigmates de l'autre. Même avec cette précaution, ajoute M. Naudin, il serait encore fort possible qu’aucun croisement n’atirait eu lieu, attendu la presque impossibilité de pratiquer, sur les haricots, l’opération necessaire, sans endommager des organes dont la présence est, sinon indispensable, du moins très utile ici à la fécondation.

Nous ne voudrions pas ennuyer la Société par trop de détails, mais pourtant il faut dire que, lorsque les phénomènes naturels se passent d’une manière trop occulte pour nos moyens d’investigation, il est utile que le raisonnement, et surtout la logique nous viennent en aide. Or de ce que, pour être véridique, nous avons avoué n’avoir pas opéré artificiellement la fécondation du haricot, il ne s’ensuit pas nécessairement, comme le pense l’auteur de la note, que l’on doive tenir pour certain qu'il ny a pas eit croisement entre les deux variétés. De ce que nous n’opérons pas artificiellement la fécondation des pistachiers, des mercuriales, des chanvres, etc.; la fécondation ne s’en effectue pas moins d’une manière évidente.

Le second paragraphe nous parait, au premier abord, beaucoup pins sérieux et de nature a faire croire que ce que nous axons avancé ne saurait être l’expression de la vérité; c'est pour cette raison que nous croyons devoir le rapporter textuellement, avant d’y répondre.

« Il y a des plantes chez lesquelles le transport du pollen par les vents ou les insectes est facile, et même habituel, mais il en est d’autres où la

petitesse des fleurs et leur Structure particulière s’opposent d'une manière a peu près absolue à sa diSpérsiou. Les Légumineuses papilionacées, et les haricots plus particulièrement, sont dans ce cas. Il est difficile de comprendre et d'admettre que le pollen de ces derniers, étroitement enfermé dans une carène 9 plus ou moins tordue, puisse s'échapper au dehors, et surtout arriver au contact des stigmates d'autres fleurs , qui sont protégés eux-mêmes par une enveloppe semblable contre tout agent de fécondation venant de Vextérieur. »

Quand on se contente de jeter un coup d’œil sur une fleur de Papifio^nacée, et surtout de haricot, il est certain que l’on peut être conduit à une manière de voir semblable a celle de M. Naudin; mais quand, fort de l'expérience de plusieurs années, qui prouve que les semences de haricots blancs ne deviennent pas violettes, et réciproquement que celles des haricot violets ne deviennent pas blanches aussi facilement qu’on semble le croire, on s aperçoit que la question se complique; alors cette observation superficielle ne suffit plus, et Ion doit chercher si la nature, infiniment ingénieuse, u a pas créé un procédé de fécondation qui jusqu’alors avait éehappé

SÉANCE DU 11 JUILLET 1856. àll

aux recherches des observateurs, et au moyen duquel ce que l’on croyait impossible existe cependant. Avant de faire connaître ce procédé, nous demandons la permission de faire observer que M. Naudin n’a pas pris la peine de lire nos réponses aux objections qui nous ont été faites (1), autrement il nous parait difficile de comprendre qu’il ait pu écrire son troisième et son cinquième paragraphe. Nous ne pensons pas avoir besoin de nous répéter ici.

Nous ajouterons neanmoins que nous ne partageons pas l'opinion que M. Naudin a exprimée à la lin de son cinquième paragraphe (au moins quant à ce qui concerne nos observations), quand il conclut qu’il n'y a pas eu croisement dans nos expériences, et que ce sont de « simples et légères altérations individuelles, sans fixité, et qui naissent ou disparaissent par le seul fait des circonstances dans lesquelles la culture s’effectue, telles que la nature minéralogique du terrain, le plus ou moins de chaleur, de sécheresse, d’humidité, de lumière, etc., agents qui produisent tous les jours des modifications analogues sur la plupart des plantes cultivées. » Nous comprendrions, jusqu’à un certain point, que l’on pût invoquer la différence dé chaleur, de sécheresse, d’humidité, de lumière, de composition minéralogique du terrain, etc., pour expliquer les phénomènes observés par nous, si quelque part, dans notre communication, nous avions pu laisser supposer que des pieds venus çà et la, dans des endroits très séparés, avaient offert les phénomènes indiqués; mais loin de là, nous avons opéré sur deux planches voisines, d’une douzaine de mètres chacune, dont la terre bien retournée, avant et depuis longtemps, devait très sensiblement offrir partout les mèmès circonstances invoquées, et même, en admettant que l’extérieur et le centre des planches fussent plus ou moins différemment échauffés, éclairés ou humectés, et qu’ainsi les altérations individuelles aient pu naître (ce (fui nous parait très douteux), il nous semble tout à lait impossible que, dans la même cavité, qui avait au plus quelques centimètres de diamètre, on puisse raisonnablement admettre une différence de lumière, d’humidité, de chaleur ou de constitution minéralogique du sol, etc., telle que l’on ait, par ce seul fait, et a ce même endroit si limite, des pieds ayant des caractères aussi tranchés que le sont la coloration générale de toute la plante et la coloration si différente des fleurs et des semences. Or, c'est dans la même cavité où nous avions mis plusieurs semences que nous avons trouvé mêlés ensemble des pieds à fleurs écarlates et a graines violettes et des pieds à fleurs et semences blanches, bien que nous ayons pris soin de ne mettre dans l’une des planches que des graines blanches et dans l’autre que des graines violettes. C est, ce nous semble, attribuer beaucoup trop à si peu de chose, et bien que nous soyons esclave nous-même de l’expérimentation, nous craiguons bien

(1) Voyez le Bali&in, L II, p. 760,

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