‹ Observations Sur Le Mécanisme De La Fécondation Dans Le Genre PhaseolusChapitre 3 sur 4 · SOCIETE BOTANIQUE DE FRANCE · texte numérisé non relu

SOCIETE BOTANIQUE DE FRANCE

à notre tour que, parce que les phénomènes que nous avons cherché à expliquer sont très obscurs, on ne donne à certains agents des actions qu’ils n’ont pas, et que pour être sûr de ne pas faire fausse route, on ne se laisse aller à suivre un chemin qui éloigne encore plus du but que l’on se propose. jNous avouons préférer attribuer à l’influence d’une plante analogue, par exemple, du haricot violet sur le haricot blanc, la variation violette qui en résulte et réciproquement, que l’attribuer au terrain ou autres agents dont l’action serait encore plus occulte que celle du haricot blanc ou violet considéré comme père.

Voici maintenant comment s’opère le mécanisme de la fécondation chez les haricots. Il est vrai, et tout le monde sait que les étamines, l’ovaire et le style sont enveloppés par une carène tordue en hélice; mais ce qu’il y a de particulier, c’est que l'extrémité du style, quand elle n’est pas saillante au sommet de cette hélice, vient tout au moins boucher l’ouverture que laissent en se tordant les deux côtés de la carène. La partie stigmatique se trouve donc tout à fait extérieure et permet ainsi au pollen étranger de venir la toucher; en outre, ce qu'il y a surtout de remarquable, c’est que, non-seulement cette partie regarde l’extérieur, mais encore on peut constater sur les fleurs de haricots que nous présentons à la Société, que pour peu que l’on tire l’étendard en sens contraire des deux ailes, immédiatement on voit saillir le style, qui sort en se tordant en hélice d’autant plus que la traction est plus prononcée, et nous nous sommes assuré que cette saillie du style pouvait être de plusieurs millimètres. On comprend dès lors comment, par degrauds vents ou par le contact de corps durs, ces deux parties de la corolle (étendard et ailes) puissent s’écarter et faire saillir suffisamment le style pour que toute la partie stigmatique soit a la merci de l’influence pollinique étrangère.

Il y a mieux, c’est que, dans la plupart des Légumineuses, le style est toujours plus long que les étamines, et sans la carène, dont nous ferons ultérieurement connaître le rôle, la fécondation serait très souvent incomplète ou même impossible. Le haricot ne fair pas exception, et l’on peut voir dans un bouton que le style est déjà assez long pour avoir la position que nous avons indiquée plus haut, alors même que les étamines n’ont émis aucune trace de leur pollen. Dans ce cas la fécondation serait très difficile par le pollen propre de la même fleur, si elle était abandonnée aux moyens ordinaires. Mais, de même que les vents médiaternent ou immédiatement, en éloignant les ailes de l’étendard, font saillir l’extrémité du style, de même aussi les mêmes agents, en les rapprochant de l’étendard, font rentrer le style qui accomplit sous I influence de ces actions contraires un mouvement de va-et-vient favorable à la fécondation. En effet, quand les ailes sont rapprochées de I étendard, le style est aussi rentré que possible; les poils collecteurs qui garnissent la partie supérieure du style se chargent de polleu,

Page 1