III
J’avais représenté que la conversion des rentes serait surtout fatale à la France dans le cas où une guerre, une crise politique, la forcerait négocier des emprunts sur des 3 pour o/o, et j’avais ajouté : si la guerre avait quelque durée, le désordre serait peut-être irréparable; peut-être paralyserait-il les efforts que la France doit toujours pouvoir faire pour sa défense et pour sa gloire (i).
M. Laffitte a dit, page 7 de son ouvrage :« En la «considérant (la conversion des rentes) sous le «rapport politique, elle assurait la paix de l’Eu- » rope, en interdisant toute guerre à la France pendant » plusieurs années... »
On voit qu’il va beaucoup plus loin que moi : j’avais supposé des négociations difficiles et onéreuses, des embarras extrêmes produits par un état de guerre prolongé. M. Laflitte voit la ruine entière du crédit et l’impossibilité absolue de faire la guerre. Nous sommes donc d’accord sur les résul-
( 1 ) Seconde lettre à M- le comte de Villcle, pug. 33.
tats de la mesure : il s’agit seulement de savoir si ces résultats sont un avantage ou un désastre.
Toute guerre serait interdite à la France î... Elle serait donc dans l’impossibilité de se défendre, comme dans l’impossibilité d’attaquer!... Elle se trouverait donc à la discrétion de l’Europe !... Nous serions donc ramenés par une mesure de finances à la situation politique de i8i5.. Cette mesure aurait donc pour nous l’effet de deux invasions!... Voilà cependant où on nous conduit, de l’aveu du plus habile des défenseurs du projet ministériel... Qu’on renonce donc à ce projet funeste. La France doit toujours être en état de faire la guerre; non pas pour attaquer ses voisins , à Dieu ne plaise ! mais pour combattre ceux qui oseraient l’attaquer , pour résister à ceux qui prétendraient lui dicter des lois. Une mesure qui interdirait toute guerre à la Francê serait un crime de haute trahison.