‹ Observations sur le nouveau projet de loi pour la conversion des rentes, par le comte de MosbourgChapitre 4 sur 12 · II · texte numérisé non relu

II

Le grand avantage dont on flattait la France et dont on s’efforçait d éblouir les chambres , était celui de faire baisser partout le taux de l’intérêt en refoulant des capitaux immenses vers l’industrie et l’agriculture. Pour apprécier ces brillantes promesses, il suffit de voir comment l’opération est analysée par M. Laffitte.

Suivant lui, i 5 millions de rente environ devaient être déclassés « et c’était , dit-il , un ca-

»pital de 3 oo millions qui allait partout exciter et «encourager le travail.,... Les étrangers venaient

•occuper la rente pendant le moment de l'opération, braver 9es variations, et se retirer ensuite «avec les profits de son élévation, en la livrant au<

• rentiers français, qui auraient fini, comme tou-

» jours, par en être les derniers propriétaires

• Une fois les étrangers et les spéculateurs retirés,

» et leurs trois ou quatre cents millions remplacés

• par des capitaux sédentaires, on revenait sans «doute au même point qu’auparavant. 3oo inii- » lions s’étaient dirigés Vers l’industrie; 3oo autres,

• pris sur les grands marchés et surtout chez les

• étrangers, les avaient momentanément suppléés; ,

• et enfin, 3oo millions étaient venus occuper défi-

• nitivement la place originairement vacante : il » n’y avait donc rien de changé en apparence, car

• la masse était toujours la même ; mais si elle ne » s’était pas accrue , elle s’était mue : et dans l’in—

• dustrie, Comme dans la nature entière, la vie

• n’est que mouvement: cette masse avait tout ra- «nimésursa route : comme un liquide fortement

• injecté, elle avait pénétré les moindres détours ,

• rempli tous les vides, et répandu partout l’acti—

» vité et la vie. »

Il y a sans doute dans ces dernières phrases

beaucoup d’esprit; mais y a-t-il autre chose?

Qui voudra croire qu’il puisse jamais être utile à la France de créer un milliard de dette pour attirer temporairement 3oo millions de fonds étran-

gers qui viendraient forcer le cours de notre rente, et qui se retireraient ensuite avec tes profits de son élévation? Je demande encore si, après cette opération, la masse de nos capitaux se trouverait la même qu’auparavant ? Non , sans doute , puisqu’elle serait réduite de 2 ou 3oo millions de bénéfice , emportés sur notre milliard par les étrangers.

Il ne faut donc pas dire, elle ne se serait pas accrue mais elle se serait mue , il faut dire : elle se

serait mue et diminuée... Est-ce un tel mouvement

qui constitue la vie ? ou n’est-ce pas plutôt celui qui l’use et la détruit? C’est cependant ce mouvement seul qu’on nous propose d’acheter au prix d’un milliard.

L’analyse que j’avais présentée dans ma Seconde lettre à M. le comte de Villèle, page 34 et suivantes, s’accorde en tout point avec celle de M. Laffitte; * seulement j’en tirais une conséquence opposée, une conséquence qui me paraît aujourd’hui plus que jamais complètement démontrée etsur laquelle j’insiste : c’est que l’exécution du projet qu’on a conçu enlèverait d’abord à notre industrie deux à trois cents millions qui passeraient chez l’étranger à titre de bénéfice et la priverait ensuite de tous les capitaux qui seraient plus rapidement dégagés de la rente par la caisse d’amortissement dans le système des 5 pour 0/0 cfue dans le système

des 3 pou r o/o. Cette seconde perte serait en dix ans de 5oo millions ; on peut le vérifier dans les tableaux joints à ma Seconde lettre.

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