‹ Observations sur le plus ou moins d'exactitude des mesures barométriques, prises à de grandes distances du baromètre sédentaire, suivies de quelques recherches sur la pente du Rhôme d'Avignon à la mer, et sur la pression moyenne de l'atmosphère au niveau de la MéditerranéeChapitre 5 sur 5 · CO 73 CD CD · texte numérisé non relu

CO 73 CD CD

O io tn - C~« CTî fi - -

r -~ pO -

en

en

O oo cr.cr n «X CTi en CO C7^

M. Martins, qui a bien voulu me communiquer ses observations barométriques , a fait des calculs , à Paide de mes correspondances d'Avignon , et de celles de Marseille , pour obtenir la hauteur du Mont-Ventoux qu'il a trouvée de 19H,5 mètres ou 980 toises 4 pieds, tandis qu'avec ses données et les miennes seules j'ai pour terme moyen entre les hauteurs du baromètre observées à midi età 3 heures, i931 mètres ou 993 toises 4 pieds. Je ne comprends pas , quelle que soit la méthode adoptée par M. Martins , qu'il puisse résulter une aussi grande différence que celle de 25 mètres entre son calcul et le mien. Supposant qu'à Marseille la température fût moindre de deux ou trois degrés qu'à Avignon, cette cause ne pourrait que diminuer de 8 ou *0 mètres la mesure de M. Martins ! Les différences simultanées des baromètres à 20 lieues de distance ne peuvent produire de leur côté qu'une très faible altération dans le résultat (*).

(°) Je suis porté à croire d'après l'énorme différence de nos résultats , que M. Martins peut avoir oublié d'ajouter a la hauteur 191 1 mil. 5 , celle de aa,4 mètres élévation de mon cabinet sur la mer. Cette addition

J'eusse désiré , tant pour ma propre instruction que pour dissiper mes doutes , que M. Martins eût publié tous les élémens de son calcul fait d'après les observations successives dont il parle , page 4 de son Essai , et à l'aide desquelles il a pu obtenir un résultat si frappant , puisqu'il est identique , dit-il , à un décimètre près avec celui qu'a obtenu M. Delcros par des moyens géodésiques.

lui eût donné 1933 mètres et 9 décimètres , nombre qui ne diffère que de 3 , de ^7 mètres f hauteur que j'ai obtenue d'après le calcul de ses propres observations faites sur le sommet du Mont-Ventoux.

TABLEAU de nos deimières mesures baro* métrujues calculées d après la marche des baromètres observés dans mon cabinet , et du thermomètre libre , éloigné de toute réverbération latérale. *

Mètres

Guérin.

idem.

Delcros et Guérin.

idem.

idem.

Martin et Guérin.

idem.

i8o3 10 juillet à midi.

i8o3 5 août a 11 heures.

1 Si 4 3i septembre à u heur.

id. id. à midi.

id. id. à uné heure.

1 836 37 juillet à midi 173.

id. id. à 3 heures 173.

-13569 mètres, produit des résultats ci-dessus, divisés par 7, nombre de ces résultats, donnent pour terme moyen 1938 mètres 6 décimètres ou 994 toises 2 pieds pour la hauteur du Mont-Ventoux sur le niveau de la mer , d'après les calculs faits avec les tables d'Oltmanns.

Avant de donner les mesures qui suivent , j'ai cru devoir observer que Pcnceinte d'Avi-

(°) Il est presque inutile de dire que j'ai ajouté à chacune de ces hauteurs 1 1 toises 3 pouces ou 33,4 mèt . élévation de mon cabinet sur la Meditçrranée.

gnon , dont le Rhône inondé si souvent les bas quartiers, se rapproche d'un ovale de 2360 toises de circonférence. Cette ville a par conséquent une lieue de 25 au degré , et 80 toises de tour. Son grand diamètre est de 912 toises et le petit de 615 toises. Je divise son sol en haut et bas ; celui-ci forme environ les trois quarts de la surface totale , comprend toute la partie qui peut être inondée, et s'élève jusqu'à 18 pieds 4 pouces au-dessus des basses eaux du Rhône (*). L'autre , d'une pente plus sensible , s'élève d'environ \\ toises sur le même niveau. Les plus hautes habitations sont voisines de l'ancien Palais des Papes , de Notre-Dame de Dons et de l'Archevêché , d'où Pon monte par des rampes douces sur un plateau calcaire de 142 pieds de hauteur au-dessus du fleuve , et de 184 sur la Méditerranée. ; |

Les mesures suivantes sont prises sur les basses eaux du Rhône. En ajoutant à chacune d'el-

(°) Cette hauteur est celle où parvinrent les eaux en 1^55, plus grande crue dont nous ayons conservé un exact souvenir.

les 7 toises 2 pieds 6 pouces > on aura leur élévation sur le niveau de la mer.

Place de l'Hôtel -de- Ville. 5 t. a p. io M« 3g c. Seuil de la porte de l'ancien

archevêché n t ai 78

Pavé de l'église de N.-D.

des Dons i5 4 3o 47

Hauteur de la balustrade

de la Tour -Clocher de

H.-D. des Dons. (*)... 34 a 66 87 Hauteur du point culminant du rocher surmonté d'une croix a4 t 47 °7

Cette dernière hauteur ne diffère pas sensiblement de celle de Taxe du télégraphe.

Pente du Rhône d'Avignon à la mer.

La hauteur des eaux du Rhône , base de mes mesures barométriques, a été prise avec tout le soin que j'ai pu mettre dans ce genre de recherche. Je n'ignore pas qu'il nous faudrait des

(*) L'appui de la balustrade de cette tour est élevé de 17 toises 5 pieds (35 mètres) sur le pavé de l'église. Par une singularité remarquable, la tour de Notre-Dame de Paris au-dessus du pavé de l'église , a la hauteur de la nôtre h partir du niveau du Rhône.

observations quotidiennes faites pendant longues années pour obtenir ici toute l'exactitude possible. A leur défaut, j'ai noté la hauteur la plus ordinaire du fleuve et son plus grand abaissement d'après mes observations et celles des bateliers. Malgré quelques pouces d'incertitude , je regarde la bauteur des basses eaux du fleuve mm l Ui tt l i on a sous l'ancien pont , comme ma base la mieux déterminée.

Hauteur des plus basses eaux du Toises Mètre & Rhône sur le niveau de la Mé- pieds et pouces diterranée 726 14, 45

Hauteur moyenne du Rhdne sur

le niveau de la mer 7 4 0 i4t9°

Plus grande hauteur des eaux

sur les plus basses 3 o 4 5,g5

Plus grande hauteur des eaux

sur leur moyenne a 4 10 5,45

Hauteur de mon cabinet sur les

basses eaux 4 o 6 7,95

Hauteur de mon cabinet sur le

niveau de la mer n 3 o a*,4o

D'après les nivellements faits par M. Pitot ,

directeur du canal royal du Languedoc , par des

ingénieurs du gouvernement et par moi, la

pente du Rhône dans ses basses eaux d'Avignon

à la Méditerranée a été obtenue ainsi qu'il suit :

J'ai trouvé la pente du Rhône depuis l'ancien pont jusqu'à l'embouchure de la P PL M c Dura rue , de 5 6 1 I 78

D'après Messieurs les ingénieurs du gouvernement , celle de la Durance depuis le confluent jusqu'à

Tarascon est de 16 1 4 ■ & 4 S

Celle de Tarascon à la Méditerranée est de 11 11 3.4 "7

La pente totale du Rhône d'Avignon à la mer est de 7 toises 2 pieds 6 pouces 8 lignes (15 met,

-ÉMigas* Si Ton préfère la mesure de Beaucaire à la mer , donnée par M. Pitot , la hauteur des basses eaux à Avignon sera de 7 toises 5 pieds \ pouce , et celle de mon cabinet , de \ \ toises 5 pieds 7 pouces.

Hauteur moyenne du baromètre dans mon cabinet d'Àvhjnon et au niveau de la Méditerranée. i

La hauteur du baromètre dans mon cabinet , d'après des observations faites tous les jours

pendant dix ans à midi (de 1802 en 1811) réduites à la température de 0 , est 760 m , 3. Ce cabinet étant élevé sur la Méditerranée de 22 mètres 4 dixièmes ( 11 toises 3 pieds) mesure qu'il m'est permis de regarder comme exacte , le même baromètre situé au bord de la mer se soutiendrait à 762 m , 5 (*) , moyenne qui surpasse celle de 761,6 , trouvée par M. Valz , de 9 dixièmes de millimètres.

Hauteur moyenne du thermomètre à Marseille et à Avignon.

Sous le rapport de la température moyenne , le climat de Marseille est le même que celui d'Avignon à une légère fraction de degré près. Puisque celle de Marseille est de 1 1 degrés , 8 centièmes et celle d'Avignon de 44 degrés 25 centièmes d'après trente ans d'observations faites au lever du soleil et à deux heures après midi.

(*) Cette hauteur approche beaucoup de 7Ôa,3 regardée comme la plus exacte et qui£serait|indiquce par. un baromètre observé au bord de ia mer.

Attention que Von doit apporter dans Vobscr* vation du baromètre et du thermomètre re~ lativement aux mesures barométriques.

Il ne me semble point inutile , en terminant cet opuscule, de mettre sous les yeux des voyageurs naturalistes les observations d'un physicien aussi exercé que l'auteur des Mémoires sur la formule barométrique {*).

Rien d'aussi simple que d'observer le baromètre et le thermomètre , rien de si délicat que de bien consulter ces instruments , surtout quand il s'agit de mesures de hauteurs. Ici, la différence de deux degrés centigrades dans la colonne du baromètre, et il est souvent difficile d'obtenir une plus grande justesse, répond à plus de deux dixièmes de millimètres , c'est-àdire à une différence de plus de deux mètres. La température de l'air n'est pas toujours facile à obtenir. Ces erreurs sont plus grandes que celles qui proviennent de la graduation d'un

(*) On ne saurait trop recommander la lecture de cet excellent ouvrage à tous ceux qui font des observations avec le baromètre.

baromètre divisé avec soin. Ce n'est pas tout , outre des corrections et souvent des compensations délicates qu'on ne peut pas toujours obtenir avec exactitude, des phénomènes d'un autre genre qu'il faut savoir évaluer approximativement, doivent entrer quelquefois en ligne de compte. J'ai donc cru devoir terminer ce mémoire par quelques notions aphoristiques puisées dans l'ouvrage d'un auteur qui s'est occupé des mesures barométriques avec autant de persévérance que de succès.

On ne saurait trop recommander aux observateurs de réduire toutes leurs hauteurs barométriques à la température de la glace fondante, ou du moins a un point du thermomètre bien déterminé. Ce n'est que par ce moyen qu'on peut obtenir des comparaisons exactes. Cette omission enlève presque tout le mérite d'un grand nombre de tableaux météorologiques. Aujourd'hui les à peu près sont suffisamment connus , mais l'exactitude ne l'est point assez. Il nous manque encore plusieurs années d'observations scrupuleuses pour obtenir toute la justesse requise dans la hauteur moyenne au niveau de la Méditerranée ? hauteur si impor-

tante dans la météorologie et surtout dans la mesure des hauteurs par le baromètre.

Sommaire des conditions requises pour la mesure des hauteurs par le baromètre (*).

4° Instruments correspondants, bien construits , vérifiés avec soin et rigoureusement comparés.

2° Stations aussi bien choisies que la nature des lieux le permet.

3° Distance horizontale des deux observateurs aussi petite qu'il se peut , mais subordonnée à la convenance des stations. Elle sera de plusieurs lieues sans être trop grande si la différence du niveau est considérable , et s'il n'y a entre les deux stations aucun terrain qui s'élève au-dessus de l'une et l'autre. La proximité aura plus d'inconvéniens que d'avantages si le baromètre inférieur est mal placé.

4° Observations toujours simultanées, et faites à midi ou entre onze heures et une heure.

(°) Ramond. Mimoira sur la formule barométrique | pag. 58 et a3i.

5° Choisir en général les temps où l'air est plutôt calme qu'agite ; mais ne pas craindre le vent s'il est doux et réglé : il renouvelle la masse d'air locale et ramène les thermomètres à la température de l'atmosphère.

G° Ne pas craindre un ciel couvert quand il ne menace pas de mauvais temps; éviter la pluie, les orages , les vents fougueux, et se défier de ces temps incertains où des changemens prochains sont indiqués par la fréquence des variations du baromètre et du thermomètre.

7° Préférer les temps où le baromètre est plus près de sa hauteur moyenne que de ses extrêmes.

8° Attention continuelle à la marche des thermomètres; les méprises sur la température du tube barométrique et de l'air sont l'origine des erreurs les plus considérables et les plus ordinaires.

9° Douter des opérations qui sont faites dans des temps très-variables , et surtout si Pair n'est pas uniformément modifié aux deux stations comme il arrive lorsqu'il y règne des vents différents, lorsque l'une jouit de la présence du soleil , tandis que l'autre est couverte de nuages , etc. , etc , etc.

Importance et utilité des observations

météorologiques.

L'iniluencequeles variations atmosphériques continuelles exercent sur la pesanteur de la colonne du baromètre a-t-elle été suffisamment étudiée? Un examen plus attentif ne rendraitil pas nos mesures plus précises et nos observations plus utiles et plus fécondes en applications?

S'il est difficile de perfectionner encore le baromètre , d'interroger mieux que Deluc , Ramond , Bouvard , Delcros , ce précieux instrument , dedélermineravec plus de précision qu'Aragoet Biot la pesanteur de l'air comparée à celle du 4 mercure, de mieux connaître les dilatations que fait éprouver la chaleur à ce métal , d'obtenir des coefficiens plus exacts , d'avoir de meilleures formules , etc. , etc, combien la science pourrait s'enriebir encore, sinon du coté des calculs et des instruments , du moins de celui de l'observation. Connaissonsnous assez l'influence des courans à diverses bauteurs, celle de leurs forces, de leurs oppositions , de leurs directions , des gros nuages

isolés , des orages locaux qui produisent des ondulations atmosphériques sensibles dans une direction et souvent nulles dans une autre, en un mot d'une foule de causes qui augmentent ou diminuent à notre insu , et moins irrégulièrement qu'on ne l'imagine, la hauteur de la colonne barométrique ?

Combien la météorologie s'enrichirait si des observateurs munis de bons instruments comparables , que l'Etat pourrait leur fournir i étaient chargés dans chaque préfecture de tenir un registre exact des pressions de Pair, des températures, de son état hygrométrique, de la force et de la direction de ses courans déterminées par des anémomètres très-sensiblns près de la surface de la terre , par la direction des nuages dans les régions élevées !

Que ne devrions-nous pas au savant qui, par ses vastes connaissances , la puissante influence qu'elles lui donnent, et en même temps organe de la plus célèbre académie de l'Europe , ferait adopter une mesure dont on pourrait retirer Je plus grand fruit, car, ne nous le dissimulons pas, la météorologi^^tç universelle, presque muette , ou qui bégavartt encore , pour^

rait devenir si prophétique , est dans son berceau. Nos instruments les plus exacts ne font que de paraître et à peine commençons-nous à les bien observer. Il n'y a pas cinquante ans qu'il nous est permis de faire de bonnes observations; nous n'avons en remontant plus haut que des notions inexactes , incomplètes ou incertaines. Nos progrès peuvent-être plus grands aujourd'hui dans un demi-siècle qu'ils ne l'on tété jusqu'à nous.

Ne serait-il pas digne d'un institut qui a établi des poids et des mesures si savamment uniformes, d'étendre cette précieuse uniformité sur des observations qui la réclament impérieusement ? Puisse ma faible voix attirer l'attention des savans rapprochés de l'autorité , sur une science qui n'a besoin que d'être bien interrogée pour joindre à uuc très-grande probabilité de prédiction les plus curieux comme les plus utiles résultats.

Page 1