‹ Observations sur le project de loi concernant les douanes; par m. GautierChapitre 3 sur 3 · IO · texte numérisé non relu

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choix, poursuivre l’un ou l’autre but; et comme, ainsi qu’on l’a dit plus haut, l’opulence est aux yeux de presque tous une supériorité qui domine et qui embrasse toutes les autres; que le prix des honneurs et celui du pouvoir lui-même ne se mesurent en quelque sorte que sur les avantages pécuniaires qui les accompagnent; que de ces deux routes qui mènent à la richesse, la plus facile et la plus séduisante est le commerce ; tous les rangs , tous les états accourent en foule s’y confondre. Ces faits sont incontestables pour tous ceux qui ont observé avec quelque réflexion l’état actuel de la société.

Leur résultat évident, c’est que le champ de l’industrie, tout vaste qu’il est, ne saurait, si on ne l’aggrandit encore , fournir des ressources suffisantes à l’activité de cette incroyable multitude qui fourmille à sa surface, et s’empresse à l’exploiter. Les concurrens se disputent ses fruits, se les arrachent, et s’entravent les uns les autres , en cherchant à se devancer. Les intermédiaires qui existaient autrefois entre le consommateur et le producteur, et qui multipliaient à l’infini les ressources du commerce, disparaissent successivement. Autrefois, les manufacturiers n’envoyaient presque jamais vendre leurs produits au dehors ; le marchand en gros venait les acheter chez eux , et les vendait à son tour au marchand en détail. Aujourd’hui , toutes les fabriques ont des dépôts dans les principales villes de France et de l’étranger , ou de nombreux commis voyageurs, et elles vendent directement les produits au marchand en détail, et souvent même au consommateur. L’industrie du marchand en gros se trouve par conséquent anéantie. Il en est de même dans toutes les autres branches de commerce. L’armateur de

nos grands ports maritimes aurait, ii y a trente ans, cru déroger, s’il eut vendu les denrées que ses navires rapportaient des Deux-Indes, autrement qu’en fortes masses, et à des négocians en gros. L’opinion aurait meme frappé d’une sorte de réprobation celui qui eût agi autrement, et ce n’aurait pas été sans motif; car alors il aurait usurpé, pour grossir ses profits, la profession, d’un autre. Aujourd’hui, cet armateur est forcé de vendre le plus souvent au détaillant, caisse par caisse, sac par sac , les marchandises qu'il reçoit. Enfin , le plus petit marchaud en détail , et quelquefois le consommateur lui-même, tirent directement des mains du producteur ou du fabricant les denrées ou les produits qu’ils emploient; et l’industrie du marchand en gros, du spéculateur, est partout effacée de nos ressources. 11 faut avoir l’expérience pratique du commerce pour apprécier toute l’importance de la diminution que ce changement, résultat évident d’une concurrence excessive , apporte dans les ressources industrielles de la France.

Ces faits me semblent démontrer qu’alors même que le domaine de l’industrie aurait conservé toute la fécondité qu’il avait autrefois, l’accroissement incroyable du nombre des citoyens qui se consacrent à le cultiver, suffirait à lui seul pour rendre ses ressources inférieures à leurs besoins.

Ce résultat paraîtra plus évident encore, si, comme je l’espère, je parviens à prouver que, malgré les progrès de nos manufactures, malgré le perfectionnement évident et 1 accroissement considérable de leurs produits, l’industrie française est resserrée dans un cercle beaucoup plus étroit qu’autrefois.

Diminution des ressources de ü industrie.

S’il est un principe d’économie politique qui soit incontestable, c’est que la prospérité de l’industrie se mesure sur l’importance et la multiplicité des échanges.

En jetant un regard sur la situation du commerce avant la révolution, et en la comparant avec son état actuel, on est frappé du nombre et de la fécondité des débouchés qui existaient alors, et qui sont à jamais fermés aujourd’hui.

La traite des Noirs, trafic justement réprouvé par nos mœurs et nos institutions actuelles, était seule une source de richesse immense. Nos ports maritimes y puisaient une grande partie de leur prospérité. Les exportations de toiles, draps, fer, armes, quincaillerie, eaux-de-vie, farines et vivres de toute espèce, que faisaient plus de deux cents navires expédiés annuellement pour les côtes d’Afrique , offraient une issue abondante et avantageuse aux produits de notre sol, de nos fabriques et du commerce extérieur.

L’immense consommation de Saint-Domingue donnait à nos exportations pour celte riche colonie une prodigieuse activité.

Nos ports de la Méditerranée , et surtout celui de Marseille, exploitaient presque sans concurrence le commerce du Levant et de l’Italie.

L’Ile-de-France servait d’entrepôt à notre commerce avec les Indes orientales, et sa possession offrait un aliment important à l’activité de nos échanges.

La France prenait alors une part considérable au commerce de la Chine , totalement abandonné par elle aujourd’hui.

Les vins, les eaux-de-vie, les huiles, les fruits que produit notre sol, les draps, les soieries, les batistes, et tons les autres articles que fournissaient dès-lors nos fabriques , circulaient librement dans toute l'Europe. Nulle part on ne s’était accoutumé encore à se passer des denrées que produit notre heureux climat ; nulle part on n'avait tenté d’égaler encore les produits de notre industrie.

Un commerce de transit très-étendu venait ajouter à toutes ces ressources. Le nord de l'Allemagne, la Suisse, l'Italie, puisaient dans nos entrepôts la presque-totalité des denrées coloniales que ces pays consommaient. L’excédant de nos importations, c’est-à-dire ce que nos colonies fournissaient de plus que ce que nous consommions nous-mêmes, trouvait dans ces débouchés un écoulement certain et profitable pour nous.

Aujourd’hui Saint-Domingue n’est plus à nous ; l’Ilede-France appartient aux Anglais ; le commerce du Levant, celui de la Chine, celui des entrepôts ont passé en entier dans les mains de nos rivaux : la traite, seule perte qu’il ne faille pas regretter, puisqu’elle tourne au profit de l’humanité et de la morale, n’existe plus: des prohibitions, justes représailles des nôtres; des droits excessifs calculés avec une jalouse exactitude sur ceux que nous imposons nous-mêmes, éloignent nos denrées et les produits de nos fabriques des pays où elles se consommaient autrefois. Chaque peuple s’efforce, à notre exemple, de subvenir, par les productions de son sol et de son industrie, à tous ses propres besoins : les échanges cessent, le commerce se resserre par dpgrés , les sources de son ancienne prospérité tarissent; et les nations de l’Europe, quoiqu’en pleine paix, sont, sous le rapport de leurs re-

la lions commerciales, clans un état d'hostilité réciproque et perpétuelle, dont l’intérêt de l’industrie esta la fois le prétexte et la victime.

Ainsi, la Suède, la Russie, la Prusse ont successivement ou prohibé nos produits, ou réduit leur consommation par l’imposition de droits excessifs; et chacune de ces restrictions a été la représaille immédiate d’une augmentation de droits infligée par nos tarifs à quelqu’une des productions de ces pays. Je citerai un exemple récent du soin recherché avec lequel celte réciprocité est combinée. Dans une des dernièi’es sessions de la Chambre, un honorable député fil adopter, par amendement à la loi des douanes, une augmentation sur le droit d’entrée des chanvres de Russie, dans le but, très- louable sans doute, de favoriser la cultui-e de cette plante dans le département auquel il appartient. Pour que la représaille tombât prét:isément sur le département au profit et par le député duquel la surcharge de droit sur le chanvre avait été obtenue, le Gouvernement russe frappa d’un droit très- élevé les pnmes séchées, fruit qui forme une des branches essentielles du revenu de ce même département. Je ne sais pas si les chanvres s’y vendent mieux qu’avant l’ augmentation des droits ; mais ce qu’il y a de certain, c’est que la Russie, qui consommait autrefois une grande partie des prunes que fournil le département dont il s’agit , n’en demande plus aujourd’hui, parce que l’élévation du droit en réduit la consommation, et que le commerce de ce fruit, qui donnait annuellement lieu à un mouvement d’espèces de deux millions sur la place de Bordeaux, est presque éteint en ce moment. C’est sans doute un fait qui n’a pas une grande importance, mais qui montre que

1rs actes de cette nature sont considérés par les Gouveriiemens étrangers connue une sorte d hostilité ; que ce n’est pas sans amertume qu’ils y répondent; et qu'avant «le se décider à des augmentations de droits snr les produits étrangers , il est utile d’en examiner les conséquences.

Ce ressentiment qu'inspire aux nations étrangères chaque restriction que nous apportons à l’introduction de leurs produits, s’explique facilement. Nous avons, dans cette guerre de tarifs, toujours été agresseurs, et nous le sommes encore. Le système continental, conséquence funeste d’une guerre longue et générale, est en effet le père de tous les régimes commerciaux qui existent aujourd,'hui; et c’est nous qui avons donné aux peuples le pernicieux exemple de repousser toute production étrangère, et de nous efforcer de nous suffire en tout à nous-mêmes. Ainsi, la France était destinée à imprimer, en commerce comme en politique, l’impulsion du désordre et de la subversion des principes. C’est à elle de ramener enfin les gouvernemens à cette bonne intelligence complète, qui semblerait devoir résulter de leurs relations politiques, mais que leurs tarifs démentent. Car l’état de société u’est ni moins naturel ni moins nécessaire aux peuples qu’aux hommes , et l’isolement ne profite pas plus aux nations qu’aux individus.

Je crois avoir démontré que , d’une part, la multiplication infinie du nombre des commerçans et des besoins de l’industrie; de l’autre, l’appauvrissement des débouchés extérieurs et par conséquent des ressources du commerce, sont les causes réelles de sa décadence et de la surabondance des produits aux consommations.

EFFETS DU SYSTÈME RESTRICTIF SUR L’àGRICULTURE ET L’INDUSTRIE,

Que la diminution des ressources de F industrie est nuisible à l'agriculture.

Je sais que le commerce n’est guère compté pour rien, que ses intérêts sont dédaignés comme indifl'érens par le Gouvernement, et même par la plupart de ceux qui s’occupent en France d’économie politique. « Protégez l’in— » dustrie agricole, vous a dit M. le commissaire du » Roi (i); protégez l’industrie manufacturière , c’est le » cri qui retentira toujours dans celte Chambre. » Ce peu de mots peint k la fois l’esprit qui anime le Gouvernement, et celui qu’il compte trouver dans la Chambre des Députés. Oubliant que le commerce est l’agent indispensable de l’agriculture et de l’industrie, que lui seul a le pouvoir de les féconder, le Gouvernement ne compte pas même ses intérêts au nombre de ceux qu’il est de son devoir de prendre en considération. Recueillez des denrées, vous dit-il, fabriquez des produits; mais quant aux moyens de les vendre, ce n’est pas la peine de s’en occuper.

Mais, quoique le commerce extérieur ne soit représenté dans la Chambre que dans une proportion fort au-dessous de celle de son importance, l’ardent désir du bien qui anime celte assemblée, les lumières dont elle est éclairée, détruiront tôt ou tard un préjugé désormais nuisible, et la convaincront que l’agrandissement des débouchés, et par conséquent les encouragemens donnés au commerce,

(i) Exposé des motifs , page 16.

sont aujourd’hui le moyen le plus eflicace d’aceroitre et de consolider la prospérité de la France.

La Chambre place avec raison au rang de ses devoirs les plus sacrés et les plus rigoureux le soin d’encourager l’agriculture; elle ne peut pas tarder à reconnaître que, pour atteindre ce but , il faut favoriser le commerce : car ces deux grands intérêts de l’Etat sont étroitement liés , sont des alliés inséparables. Quand l’agriculture languit, le commerce s’éteint, parce que, d’une part, il manque de matière exportable , et que de l’autre l’appauvrissement du consommateur s'étrécit les débouchés des importations. Quand le commerce est entravé, l’agriculture s’en ressent aussitôt, parce que les productions du sol demeurent invendues entre les mains du propriétaire, parce que la consommation intérieure s’éteint à mesure que la richesse des citoyens diminue.

S’il faut citer des preuves à l’appui de principes si cvidens, il suffira de reporter ses regards sur b situation où se trouvait l’agriculture à la fin de la dernière guerre. Les propriétaires succombaient sous le faix des dettes qu’ils avaient été forcés de contracter pendant la longue durée du système continental; les champs devenaient incultes, et les fonds de terre se vendaient partout à vil prix.

11 s’en faut heureusement de beaucoup que l’état actuel de l’agriculture approche même de très-loin de cet affligeant degré de détresse; mais cependant les grains et les vins, ces deux principaux produits de notre sol, surabondent partout, demeurent partout invendus chez le propriétaire, ou ne peuvent se vendre qu’à des prix qui l'indemnisent à peine de ses frais, et ne lui Vissent aucune espérance de revenu.

Si le commerce maritime était encourage, nos fariries, préférées de beaucoup sur tous les marchés à celles que fournissent les autres peuples, iraient, après avoir laissé un premier prolit au fabricant, approvisionner la vaste étendue de l’Amérique méridionale, et s’échanger avec fruit contre ses produits ; tandis qu’aujourd’hui leur débouché se réduit à peu près à la faible consommation de nos propres colonies, et que nous laissons les négocions des Etats-Unis d’Amérique exploiter sans concurrence cette importante branche d’exportation, et leurs navires profiter seuls du fret considérable qu’elle produit. On objectera sans doute que la France ne fournit que la quantité de grains nécessaire à sa propre consommation; mais, outre que ce fait pourrait être contesté, et que le surplus qui existe à la suite de plusieurs récoltes dont l’abondance n'a été qu’ordinaire, pourrait suffire pour prouver que les produits excèdent les besoins, ne vaudrait-il pas mieux être obligés de tirer quelquefois des grains des pays étrangers, que de renoncer au moyen de • leur vendre constamment les nôtres avec avantage?

Pour ce qui est des vins, nul ne prétendra sans doute que ceux que la France récolte puissent y être consommés, et que de» débouchés extérieurs ne soient pas indispensables à l’écoulement de cette denrée. Je n’entreprendrai point l’énumération des richesses immenses que cette nature de produits pourrait, si l’on savait ou si l’on voulait on tirer parti , offrir à notre industrie. Je me bornerai à dire que, d'après des calculs certains, le seul département de la Gironde fournit , année commune , environ trois cent mille tonneaux de vin , c’est-à-dire , près de trois millions d’hectolitres ; et que l’accroissement qu'a pris

ce genre Je culture dans le midi Je la France, et surtout dans le Languedoc, en porte le produit à des quantités immenses. Si l’on considère., enfin, que des vignobles sont répandus sur presque toute la surface du royaume, et qu’ils forment, en outre des provinces que j’ai déjà nommées, le revenu principal de la Bourgogne, de la Champagne, de l’Orléanais, de l’Anjou, de la Saintonge, du Quercy, du Dauphine, de la Provence, du Roussillon, on trouvera peut-être que les intérêts de cette culture ne sont pas tout-à-fait indifférons à la prospérité générale , et qu’ils vaudraient bien la peine que l'on songeât de temps en temps à la protéger. Le tiers de la population de la France subsiste par la culture de la vigne. Si on se le rappelait quelquefois, on serait peut-être moins prodigue de ces prohibitions, de ces augmentations de droits dont chacune ferme un débouché. Les tableaux mis sous les yeux de la Chambre par l’administration de la douane, portent à 48 millions environ les exportations de vins faites pendant l’année 182^, et à 24 millions celles d’eaude-vie. Il serait facile de prouver que cette évaluation est tout-à-fait fausse, et qu’en réalité nos ventes au dehors s’élèvent à une bien plus forte somme; car l’appréciation de 25 centimes par litre, donnée, par exemple, aux vins de la Gironde exportés en 1823, n'est en effet qu'un peu plus de la moitié de leur valeur réelle. Mais, pour ne pas nous laisser entraîner à des discussions qui ne sont pas indispensables, admettons que l’estimation adoptée par la douane soit exacte. Si les exportations des produits de nos vignobles s’élèvent à 72 millions, malgré les prohibitions on les droits excessifs qui en restreignent la consommation en Angleterre, en Suède, en Russie, en

Prusse, et dans le midi de l’Allemagne; malgré la stagnation complète du commerce maritime, on peut se faire une idée de l’importance à laquelle elles seraient susceptibles d’atteindre , si ces obstacles étaient écartés. Les vins de France payent en Angleterre, même lorsqu’ils sont importés par bâlimens anglais, un droit d’entrée de 66 1. 3 s.sterl. par tonneau, ou d’environ i65 fr. par hectolitre. La même quantité paye en Prusse 18 reichsthaler , ou environ 8o fr.; en Russie, 52 roubles, ou environ 54 fr.

On conçoit à quel point des droits si immodérés doivent diminuer la consommation. Les prix auxquels ils portent les vins de France, les rendent en effet inacessibles à la plus grande partie de la population, et doivent en éteindre successivement l’usage. Si l’on considère , enfin, que malgré de si puissans obstacles la valeur des vins ou eaux-de-vie que la France fournit encore à l’étranger, forme presque la moitié de nos exportations de denrées, et le cinquième environ de la masse totale de nos exportations, on sentira de quelle importance est pour la France cette partie de son agriculture, et l’on ne soupçonnera pas que les observations qu’on vient de lire aient été inspirées par un intérêt purement local.

Il semblerait donc naturel que toutes les vues du Gouvernement tendissent à agrandir les débouchés existans, à en créer de nouveaux, à favoriser enfin par tous les moyens possibles l’écoulement d’une denrée que nul pays ne produit en aussi grande abondance et en qualité aussi supérieure que le nôtre , et qui semble être en quelque sorte un privilège que la nature nous a accordé.

Discussion des principales modifications que présente le projet de loi.

Bien loin qu'il en soit ainsi , on a obtenu de la Chambre, dans une de ses précédentes sessions, des droits considérables sur les bestiaux : on a , par une Ordonnance royale , fortement imposé les laines étrangères ; et on vieut aujourd'hui vous demander de doubler le droit sur les toiles de lin et de chanvre , et d’accroître celui des huiles de poisson provenant de pèche étrangère.

Les effets des deux premières de ces modifications sont déjà connus. Le gouvernement des Pays-Bas a prohibé nos draps et nos tissus de laine qu’il admettait auparavant au droit de 8 pour cent de la valeur ; il a interdit l’entrée des verreries de nos fabriques; il a frappé de droits très-élevés nos fa’fances, nos poteries, notre bonneterie, nos porcelaines; il a défendu l’introduction dé nos vins par la voie de terre, ce qni exclut à peu près du pays ceux de Bourgogne et de Champagne ; et dans là seconde chambre des Etats-généraux, la proposition à même été faite de prohiber absolument les vins de France. Les divers états du sud-ouest de l'Allemagne ont imité cet exemple, et apportent à nos relations d’échange avec eux toutes les restrictions qu’ils croient pouvoir être nuisibles à notre commerce.

Ces représailles ont été si manifestement inspirées par un ressentiment amer du tort que nos nouveaux tarifs font à l’industrie de ces puissances, que les prohibitions et les accroissemens de droits dans lesquels elles consistent, portent seulement sur les produits français, et que

M. le commissaire du Iloi n’a pu se dispenser de vous le déclarer lui-inême.

Il est maintenant nécessaire d'examiner séparément les effets probables des deux nouvelles augmentations qu’on vient proposer.

Le royaume des Pays-Bas fournit une grande partie des toiles sur lesquelles pesera le nouveau tarif. La Prusse et le midi de l’Allemagne nous envoient le reste. Jusqu’en 1818, les vins de France ont été admis dans les Pays-Bas, sans y payer aucun droit. Ceux auxquels ils sont assujettis maintenant sont modérés, et le prix auquel ils portent les vins n’en interdit pas l’usage, même à la classe du peuple; la consommation en est donc très-cousidérable. Quoiqu’il ne soit guère possible d’établir d'une manière à peu près juste la quantité de vins que les Pays- Bas tirent de France, il me semble pourtant que c’est demeurer au-dessous de la réalité que de l’évaluer à quinze mille tonneaux , ou cent cinquante mille hectolitres par an ; il est certain du moins, que dans les bonnes années les exportations de Bordeaux pour les Pays-Bas s’élèvent à dix mille tonneaux. La Hollande et la Belgique tirent en outre de chez nous des quantités considérables d’eaude-vie, et beaucoup d’objets fabriqués. .

Si f on examine avec quel ressentiment on a accueilli dans ce pays les dernières hostilités de notre tarif, il ne sera guère possible de douter que la riposte immédiate à celle-ci ne soit ou une prohibition totale de nos vins, ou du moins l'imposition d’un droit si élevé, que leur usage deviendra, corn me en Angleterre, en Russie et en Prusse, un objet deluxe dispendieux , et y éprouvera une réduction d’autant plus forte, que la population de ce royaume.

Lien que jouissant d’une grande aisance, est en general économe.

A l’égard de la Prusse et des états de l’Allemagne voisins de nos frontières, les mêmes effets naîtront des memes causes.

. 11 est même probable, ou plutôt certain, que ce ne sera pas aux vins seulement que se bornera l’effet du mécontentement que provoquera cette nouvelle aggression, et que les produits de nos manufactures en éprouveront aussi leur part.

Ainsi, voilà un débouché considérable sacrifié; et à quoi ? à un prétendu encouragement à nos fabriques de toiles. Je dis prétendu , parce qu’il manquera totalement son effet, et je vais le prouver.

Les toiles des Pays-Bas, que M. le commissaire du Roi déclare entrer pour cinq sixièmes et plus dans la totalité des importations, sont, si l’on admet comme exacts les renseignemens qu'il donne, de qualité supérieure ; car si les douze millions d’aunes importées en i8s3 représentent une somme de 36 millions, le prix commun de l’aune est, si je ne me trompe, de 3 francs.

Ce n’est pas qu’il ne fut possible de profiter du bon marché que M. le commissaire du Roi fait, dit-il, de l’exactitude de ses calculs. Je crois qu’on le pourrait en conscience, car il est permis de s’étonner qu’après avoir déclaré qu’on doute soi-même de l’exactitude de données aussi essentielles, on base pourtant sur res mêmes données tous les raisonnemens dont on s’est servi pour établir la nécessité de l'augmentation du droit. Il serait en effet facile de démontrer que celte évaluation de 36 millions est au-delà du double de la valeur réelle des impor-

tâtions. La commission , toute pénétrée qu’elle était des mêmes doctrines que M. le commissaire du Roi , a déclaré elle-même qu’elle la croyait exagérée. Un tableau que j’ai sous les yeux , qui fait partie d’une brochure distribuée h la Chambre, sous le litre d 'Observations sur le rapport de la commission des Douanes, et dont lès calculs m’ont paru rigoureusement exacts, ne porte la valeur des toiles importées des Pays-Bas en i8a3, qu’à i3,4oo,ooo fr. Jusqu’à ce que M. le commissaire du Iloi ait prouvé à la Chambre que son estimation est à peu près juste, elle croira sans doute devoir s’en tenir à celle que présentent les négocions de Lille, laquelle est basée sur des renseignemens certains : car ce n’est ni en faisant bon marché de ses calculs, ni en avouant vaguement, comme l’a fait la commission, qu’on croit l’évaluation exagérée, qu’on peut détruire aux yeux d’hoimnes impartiaux des calculs positifs.

On pourrait établir que l’accroissement des importations pendant l’année i8a3 a eu pour cause principale la surabondance qui est résultée en Belgique de la suppression du débouché que les toiles de ce pays trouvent ordinairement en Espagne, et la baisse qui en a été la conséquence ; on serait fondé à ajouter que la crainte d’un accroissement du tarif, crainte que l’événement n’a que trop justifiée, a contribué aussi â déprimer les prix. De ces faits incontestables, on tirerait la conséquence, que l’accroissement d’importations auquel on veut remédier, tient à des circonstances d’exception dont l’effet n’est que momentané, et qui ne justiGeut aucunement une mesure aussi violente que le doublement du droit , surtout à l’égard d’un pays qui n’a guère d'autres objets de quelque

valeur à nous offrir en échange des produits considérables que nous lui fournissons. On pourrait démontrer enfin que, bien loin que les toiles de nos départeiuens de l'Ouest aient baissé de prix depuis l'année dernière, leur valeur s’est au contraire accrue de 12 à i 5 pour 100, et que la vivacité de la demande est telle en ce moment où nos relations avec l’Espagne ont repris leur ancien cours, que toute l’activité des fabricans ne peut y suffire. Il résulterait de ces faits, que toutes les données, tous les raisonnemens sur lesquels on a assis la nécessité de l’augmentation du droit, augmentation qui porterait la taxe à plus de 3 o pour 100 si les amendemens de la commission étaient adoptés, et k'plus de 20, si l’on s’en tenait au projet du Gouvernement ; que toutes ces données et ces raisonnemens, dis- je, seraient ruinés dans leur base.

\ oilà ce que la commission aurait dù dire à la Chambre, et ce qu’elle ne lui a pas dit. Toutes les objections qu’on vient de lire ont été présentées à la commission. Tous les renseignemens, tous les calculs sur lesquels ces objections s’appuient, ont été développés devant elle. Elle a cru pouvoir n’en faire, dans son rapport, qu’une mention très-superficielle. Personne, à coup sur, n’osera penser quelle n’ait pas eu la volonté d’être impartiale, Mais, si l’on considère que, par une circonstance qu’il ne faut attribuer qu’au hasard, les deux tiers des membres de cette commission sont des députés des départemens de l’Ouest, il sera du moins permis de penser que, dominée par des préventions inspirées par des intérêts de localité, elle n’a peut-être pas assez mûrement pesé les objections qui lui ont été présentées, puisqu’ elle n’en a pas même rendu compte à la Chambre. Deux intérêts opposés

«ont en présence : d’une part, les fabriques de toile ; de l’autre, le commerce de Lille et de Paris, les pays de vignobles, le commerce extérieur tout entier. De neuf juges chargés du rapport du procès, six appartiennent, par leur situation, par leurs affections, peut-être même, à certains égards , par leurs devoirs, au premier de ces intérêts. Deux seulement ont pu défendre la cause des vignobles et du commerce; le neuvième est neutre; enfin, aucune voix que celle des plaideurs eux-mêmes n’a pu s’élever dans la commission en faveur du commerce île Lille et de celui de Paris. Ces observations feront sentir à la Chambre, dont la volonté est d’être juste, combien est rigoureux pour elle le devoir de peser avec soin les réclamations qui s’élèvent de toutes parts contre une mesure qui sacrifie, à l’avantage apparent d’un seul intérêt, tant d’intérêts importans.

Je dis que cet avantage ne sera qu’apparent, et c’est en essayant de le démontrer, que je rentrerai dans la discussion dont m’a éloigné la digression à laquelle je me suis laissé entraîner.

Supposons donc, pour un moment, qu’en dépit de l’évidence des démonstrations présentées par lesnégociaus de Lille et de Paris, les données fournies par M. le commissaire du Roi, et adoptées par la commission, soient exactes, et que la valeur des douze millions d’aunes de toiles importées des Pays-Bas en i8a3, soit en réalité de 36 millions ; que le prix commun de faune soit par conséquent de 3 f.

Mais d’abord , des toiles de 3 fr. l’aune ne sont à l’usage que des gens riches. Ces gens riches, à qui leurs habitudes prescrivent de se servir de toiles de Hollande, attendu

qu'en France on n'en fabrique et ou ne peut en fabriquer qui soit aussi line et aussi durable, ne s’eu priverout assurément pas, pour le motif qu'au lieu de les acheter, comme auparavant, k 3 francs, ils seront obligés de les payer 3 francs 2J centimes, prix auquel elles reviendront avec l'augmentation de droit de 8 pour cent.

En outre , on ne sera meme pas obligé de payer ces toiles plus cher, car elles entreront en fraude.

Malgré la nombreuse armée que la France entretient pour le service des douanes, la contrebande se fait, surtout sur la frontière des Pays-Bas, avec une telle liberté, qu’à Anvers on l'assure, frais d introduction compris, à la prime de io ou 12 pour cent.

Je ne prétends point faire de ce fait un sujet d’accusation contre l’administration des douanes, ni insinuer que la surveillance de ses troupes put être plus efficace. Je suis meme convaincu que la source des introductions frauduleuses est dans nos tarifs, et non dans la négligence des employés. Je me borne à déclarer que ce fait est incontestable, et k en appliquer les conséquences au sujet que je traite.

Le droit sur les toiles sera de 16 pour cent. Le négociant des Pays-Bas pouvant faire assurer l’entrée en fraude de ses toiles k 12 pour cent au plus, trouvera un bénéfice de 4 pour cent à préférer cette voie à l’introduction légale, et pourra les établir en France à plus bas prix qu'aujourd’hui ; et, comme un bénéfice de 4 pour cent 11’cst k dédaigner pour aucun négociant, surtout quand il n’cxpose k aucun risque , M. le commissaire du Roi peut compter qu’il aura la satisfaction de supprimer presqu’fcn totalité, dans ses tableaux de l’année prochaine, les 36

millions qui figurent au rang des importations pour l’article des toiles étrangères, et je ne doute pas qu’il ne s’en applaudisse. A la vérité, ce6 toiles n’en entreront pas moins ; la concurrence qu’on veut épargner aux fabricant» français leur deviendra réellement nuisible ; plusieurs déparlemens seront privés d’une industrie très-importante pour eux; le fisc y perdra 12 a i5oo mi lie francs de droits; la morale publique n’y gagnera pas, et la France aura renoncé à un débouché important des produits de son sol et de ses manufactures.

Ce n’est pas en effet par l’augmentation du droit sur les toiles étrangères, que l’on peut encourager efficacement en France ce genre de fabrication. Consultez les mannfacturiers sur les causes de la stagnation de leurs produits, et ils vous diront tous qu’elles résident dans l’abondance et le bas prix des tissus de coton, et dans la diminution des débouchés extérieurs. Il n’est personne qui ne sache que l’usage des étoffes de coton a remplacé , pour un grand nombre d’emplois, celui des tissus de lin et de chanvre. Ainsi, quand même les toiles étrangère» seraient absolument prohibées, quand il serait possible d’en empêcher l’entrée dans le royaume, soit légalement, soit en fraude, celles de nos fabriques n’en éprouveraient qu’une faible augmentation de prix, parce que b concurrence des tissus de coton est un contre-poids qui s’opposera toujours à ce que leur valeur s’élève. D’ailleurs , les manufacturiers des départemens de l’Ouest ne peuvent nier eux-mêmes que les débouchés principaux de leurs toiles ne soient, on plutôt ne fussent dans les colonie» d’Ajnérique et en Espagne, où la chaleur du climat et d’anciennes habitudes assurent à ces produits une pré-

frrence constante sur les étoffes de coton. Cest donc bien moins la suppression de la concurrence des toiles étrangères dans la consommation intérieure, qui peut favoriser efficacement les fabriques de toile, que le rétablissement et l'augmentation des débouchés extérieurs. Or , la mesure que l’on propose aura précisément pour effet de réduire encore ces débouchés extérieurs; car les fabricans de toile des pays étrangers, s'ils se voient privés des ressources que la France leur fournissait pour la vente de leurs produits, chercheront à réparer ce dommage et à s’en venger à la fois, en vendant leurs toiles, soit directement, soit par l’intermédiaire de l’Angleterre qui ne demandera pas mieux que de s’y prêter, aux Espagnols de la métropole et des colonies. Ce débouché est pour nous, de l’aveu du Gouvernement, de 3a millions par an; et à coup sur la diminution qu’il pourra éprouver par la concurrence des toiles étrangères , ne sera pas compensée par l’accroissement de la consommation intérieure. Le moyen de protéger la fabrication d’un produit dont la consommation principale est au dehors, c’est d’accroître les débouchés. La mesure qu’on propose tend visiblement à les réduire ; le résultat en sera donc contraire à ce qu’on attend ; et si les fabricans de toile étaient éclairés eux-mêmes sur leurs véritables intérêts, ils n’auraient garde de la défendre.

\eul-on savoir maintenant quel sera le résultat de l’augmentation du prix sur les huiles de poisson de pêche étrangère ? J’ai déjà tenté dans une autre occasion de le faire connaître à la Chambre , mais il s’agissait de commerce , et personne n’a écouté ; personne n’aura lu ce que la Chambre, par bienveillance et à titre d’encouragement pour un novice, a décidé de faire imprimer. 11 faut donc

répéter ce que j’ai déjà dit; car le seul moyen qu’aient les défenseurs de ce grand intérêt pour compenser l’infériorité du nombre, c’est de multiplier leurs efforts, c’est de ne négliger aucune occasion de faire ressortir et l’importance du commerce, et son étroite alliance avec l’agriculture.

Les armateurs des États-Unis d’Amérique sont les seuls qui participent, concurremment avec la pèche française, à approvisionner la France d’huile de poisson.

Cet article qui, en 1822, n’était entré dans nos importations que pour une somme de 1 74, 000 f., y est compté en 182.3 pour 1,900, oœ f. Les produits de notre pèche ont au contraire été réduits de 2,600,000 fr. à 1,461,000 fr. Notre commerce a donc souffert un préjudice ; il était nonseulement naturel, mais encore louable de chercher h le » réparer, car la pèche est une des industries les plus utiles et qui mérite le plus d’encouragemens : seulement les propriétaires de vignobles n’anraient pas été ftcbés que ce n’eût pas été à leurs dépens que ces cncourageraens fussent donnés. Or, c’est précisément ce qui va arriver. Car on n’a rien imaginé de mieux que de sacrifier un débouché utile, qui a déjà acquis une grande importance, qui s’accroît tous les jours, pour compenser un désavantage d’un million que notre commerce de pèche a éprouvé. Ces malheureux propriétaires de vignobles paraissent destinés à payer pour tout le monde, et c’est Un parti pris que de les sacrifier en toute occasion. C’est à leurs frais que les tissus de coton, les fers, les laines, les bestiaux ont été favorisés. On vient de voir qu’il leur en coûtera 9 à 10 millions par an pour encourager les fabriques de toile, on plutoj pour que les importations de

toile ne fignrent plus pour une aussi forte somme dan» les tableaux de l'administration des douanes. La pèche leur reviendra à peu près aussi cher ; ils n’en seront pas quittes non plus à moins d’une dixaine de millions.

La population des Etats-Unis d’Amérique fait une consommation très-consi dérable de boissons alcooliques; l’usage des vins y est très-limité, surtout dans les provinces septentrionales qui sont les plus riches et les plus populeuses. La boisson qui y est le plus universellement en usage, c’est l'eau-de-vie étendue avec de l’eau.

Comme, dans ce pays, on s’efforce, à l’exemple de l’Europe, de se passer le plus possible d’importations étrangères, on fabrique une grande partie des eaux-devie nécessaires à la consommation, par la distillation des grains, des pommes de terre, et de diverses espèces de fruits. Ou y a même tenté, sans succès heureusement * pour nous, d’acclimater la vigne dans les états méridionaux. Mais les eaux-de-vie que l’on tire de ces substances n’ont pas la saveur agréable des nôtres, et la consommation de celles-ci a pris en conséquence, aux Etats-Unis, un accroissement tellement rapide, que nos exportations pour ce pays, qui n'étaient, il y a quelques années, que de dix mille pièces environ, s’élèvent maintenant à vingt mille pièces, ou à peu près cent vingt mille hectolitres, qui représentent une valeur de neuf à dix millions. Cette quantité pourrait être portée au double ou au triple , si la consommation ne rencontrait aucun obstacle ; et si , comme cela arrive depuis quelque temps, l’abondance des récoltes, l'augmentation et le perfectionnement de la fabrication nous permettaient de les établir à un prix progressivement décroissant. On aurait donc pu trouver

arec le temps, dans ce débouché, les moyens de compenser les cinquante ou soixante millions que nous payons annuellement aux Etats-Unis pour les cotons qu’ils fournissent h nos fabriques, et que nous leur payons presque toujours en espèces; car on sait que la plupart des navires de cette nation repartent au lest de nos ports, emportant de l’argent en retour de leurs denrées, et que les soieries qu’ils tiraient autrefois de France pour de fortes sommes, leur sont maintenant fournies en grande partie par l’Angleterre. Ainsi, quand un navire américain arrive chez nous avec un chargement de coton , le négociant français paye ce coton ou en traites qu’on a fournies sur lui, ou en remises en Angleterre , ou en argent , et ce n’est q ^accidentellement et par exception qu’on envoie en retour quelques produits de notre sol ou de nos fabriques: ce qui prouve, pour le d'ire en passant, que tout n’est pas profit dans l’accroissement de nos fabriques de tissus de coton. Nos eaux-de-vie sont un objet de consommation déjà considérable chez les habitans des Etats-Unis; l’usage s’en répand à mesure que leur richesse augmente; plus sages que nous, ils en permettent l’entrée en présence de leur fabrication locale, à la charge de payer des droits, élevés sans doute, mais qui ne sont pourtant pas prohibitifs. Qu’y aurait-il à faire pour ramener nos échanges avec ce pays à une balance plus exacte? Encourager le débouché des eaux-de-vie. Eh bien ! on le supprime.

Car les Etats-Unis, dont la prospérité n’a guère jusqu’à présent pour base que le commerce, sont plus jaloux encore de leurs relations que les peuples de l’Europe , et veillent avec rigueur au maintien scrupuleux des conditions qui règlent leurs échanges. On n’a pas oublié sans

doute comment ils accueillirent , il n’y a que peu de temps , une innovation que je n’appellerai qu'irréfléchie, et qui avait pour but de procurer à noire navigation le bénéfice du transport des marchandises que nous tirons de l’Amérique septentrionale. Le Gouvernement français imposa aux bàtimens des Etats-Unis, qui viendraient dans nos ports, un droit de tonnage tellement élevé, qu’il ne leur était plus possible d'y paraître. Les Etats-Unis répondirent aussitôt en frappant du même droit les navires français qui arriveraient chez eux. Tonte relation directe entre les deux pays cessa aussitôt. Mais l’exportation de leurs produits , et même l’entrée de ces produits en France , n’en fut point interrompue; car les navires américains, au lieu de venir dans nos ports, pilaient mettre leurs cargaisons à terre dans des ports d’Espagne ou d’ Angleterre, d’où elles étaient ensuite transportées en France par des bàtimens sous d'autres pavillons : seulement nos exportations pour les Etats-Unis cessèrent, et les cotons nécessaires à nos fabriques furent renchéris des frais que causait cette escale. Toutes ces conséquences étaient faciles à prévoir pour quiconque a quelques notions réelles du commerce ; mais comme les théories n’enseignent point ces choses-là, que les systèmes n’embrassent point ces détails, personne ne s’en douta. Cependant, comme an bout d’une courte expérience on finit par s’apercevoir que les Américains pouvaient très-facilement se passer de nous, et que nous ne pouvions nous passer d’eux, attendu qu’eux seuls peuvent nous fournir les cept mille balles de coton qu'ils apportent apnuellement à nos fabriques, il fallut revenir sur ce qu’on avait fait; et un des honorables membres de celte Chambre, alors ambas-

sadeur aux Etats-Unis, eut beaucoup de peine à obtenir le rétablissement de nos relations, au prix d’un traité moins avantageux que les conditions tacites d’échange qui existaient auparavant. Tout cela a passé inaperçu de la plus grande partie de la France, et il ne faut pas s’en «tonner : cette erreur n’était préjudiciable qu’au commerce extérieur que l’on compte pour rien, et aux vignobles que l’on sacrifie aux plus petits intérêts. Heureusement pour l’un et pour l’autre, qu’elle causait aussi quelque dommage aux fabriques, car c’est ce qui la fit réparer.

Mon intention, en rappelant ce fait, a été de faire sentir qu’il ne peut être douteux pour aucun négociant , qu’aussitôt que le Gouvernement des Etats-Unis aura connaissance d’une augmentation de droits imposés en France à quelqu’une des denrées que ses bàtimens y apportent, il frappera d’un droit plus élevé les productions que nous lui envoyons en échange ; et , comme l’eau-devie est le seul objet de quelque importance que nous puissions lui fournir, ce sera infailliblement sur l’eau-de-vie que ce préjudice portera; et les propriétaires de vignobles payeront , comme je l’ai dit plus haut , de la perlé peut-être totale d’un débouché de dix millions , l’encouragement d’un million qu’il faut donner à la pêche française.

Je dois même ajouter qu’en dernier lieu il a été proposé au Congrès de porter à 55 cents par gallon les droits d’entrée .sur l’eau-de-vie, qui ne sont en ce moment que de 4^ cents ( ou d’environ 5o francs par hectolitre); que celte proposition a été vivement soutenue, mais qu’il est probable cependant qu’elle ne sera pas adoptée. On conçoit que, puisque, sans qu’il y ait eu provocation de

noire pari , le Gouvernement des Etats-Unis met en question une augmentation de droit* de i5 polir cent, il ne peut pas être douteux que, pour peu qu’il y ait un prétexte, il n’en impose une Iteaucoup plus élevée encore; car, je le répète, les Etats-Unis peuvent se passer dé nous, et nous ne pouvons pas nous passer d’eux, attendu que les eaux-de-vie et les soieries qu’ils tirent de France, sont des objets de luxe pour eux, et peuvent leur être fournies , les unes par leurs propres fabriques , les autres par l’Angleterre; tandis que les cotons que nous faisons venir de chez eux sont un article de première nécessité pour nous, et qu’eux seuls peuvent nous fournir ( i).

Ainsi, des deux modifications principales que l’on propose d’apporter à notre tarif, l'une manquera évidemment le but qui l’a inspirée, et trtirtes les deux seront une calamité réelle pour l'agriculture et pour le commerce.

Ainsi, le commerce est l’allie naturel, l’agent indispensable de l’agriculture; car lui seul a le pouvoir de créer

(i) Les Indes-Orientales pourraient seules fournir à ta France, k defaut des États-Unis , la quantité considérable de coton courte soie que nos fabriques consomment. Les cotons de Surate et du Bengale ont une soie très-fine, et leur prix est ordinairement, même en Europe, de 20 à n 5 pourcent au-dessous de ceux des États-Unis; mais comme ils sont très-courts et en général mat nettoyés , que par conséquent ils donnent lieu à beaucoup de déchet, nos fabricans en trouvent l’emploi difficile et désavantageux, et préfèrent les cotons de ta Louisiane, de la Géorgie et de la Caroline, quoique leur prix soit pl ils élevé.

Nos rolonies ne fournissent que des cotons longue soie.el en petite quantité. La culture du cotonnier décroît tous les jours aux Antilles et à. Bourbon.

des débouchés à 1’extérieur pour les denre'es qu’elle produit, et d’en accroître la consommation à l’intérieur.

L’augmentation des droits sur l’acier pourrait être attaquée par les mêmes moyens, et fournirait l’occasion de rentrer dans la discussion du tarif des fers étrangers, si préjudiciable à notre agriculture, et qui, par un effet directement contraire à celui qu’on avait attendu, fait pencher en faveur de l’étranger la balance de notre commerce. Mais il faudrait écrire des volumes pour plaider tous les points d’une cause si étendue, et jé crois devoir, après avoir discuté les deux cbangemens les plus essentiels que présente le projet, me restreindre à quelques considérations générales.

Que la prospérité du commerce et l’ activité des débouchés sont nécessaires à l’industrie manufac- - turière.

C’est un préjugé né du système établi par le Gouvernement impérial , de croire que les intérêts du commerce sont opposés à ceux de l’industrie manufacturière, et ce n’est peut-être pas le moins funeste de ceux qu’il nous a légués. Il fallait colorer de quelque prétexte l’anéantissement total du commerce extérieur, que commandait une politique violente et despotique ; on choisit celui d’encourager l’industrie, et on déclara que le commerce était l’ennemi naturel des fabriques. Ce principe, dont la fausseté est pourtant évidente, fut consacré comme une vérité incontestable ; car ce gouvernement courbait sous son joug jusqu’à la raison même, et ses préceptes étaient reçus, avec la même soumission que ses ordres. Ce dogme a cir-

calé depuis ainsi qu’une monnaie courante que l’on admet sans examen, et que celui qui la donne ne songe pas plus à peser que celui qui la reçoit.

Nos exportations de produits fabriqués se sont élevées, d’après les estimations de la douane, à 247 millions en 1822, et à 227 millions en 1823.

Dans cette somme les tissus de soie entrent pour 84 millions.

Ceux de lin et de chanvre pour

Ceux de coton pour

Ceux de laine pour

Les peaux préparées pour

Et divers autres articles manufacturés , ensemble pour

5 o millions environ.

C’est à notre commerce que ces exportations sont dues : elles augmentent en raison de sa prospérité , elles diminuent en raison de son inaction.

Si le débouché de nos soieries a été, en 1823, moindre de 10 millions qu’en 1822, c’est bien moins à cause de la préférence accordée aux tissus de coton , que parce que les Anglais ont créé, à la faveur de leur commerce, un débouché nouveau pour eux de tissus de soie, que depuis quelques années seulement ils ont commencé à fabriquer, et dont l’exportation s’élève à plus de 5 o millions. C’est que, par l’entremise de ce commerce si fortement et si puissamment protégé chez eux , ils réussissent par degrés à substituer l’usage de leurs produits à celui des nôtres dans l’Inde, dans les Colonies espagnoles et aux Etats-Unis.

Les trente millions de toiles que nous exportons , se consomment en Espagne ou dans l’Amérique méridio-

iule : car le nord de l’Europe et les Etats-Unis sont approvisionnés par le produit local ou par les fabriques des Pays-Bas, de la Silésie et de l’Irlande. L’Inde , ou plutôt l'Asie en général, ne consomme point de toiles, parce que l’usage des tissus de coton y est universel. C’est donc dans les colonies du Nouveau-Monde que réside surtout ce débouché, et c’est notre commerce seul qui peut l’entretenir et l’accroître.

Les produits de nos manufactures de tissus en colon, autrefois insufïisans, même pour notre eotisommation intérieure, fournissent aujourd’hui abondamment et à bas prix à tous nos besoins; et déjà l’excédant de ce qu’elles fabriquent est tel , qu’il s’en faut de beaucoup que la faible exportation de 24 millions à laquelle elles sont parvenues, prévienne l’engorgement et la baisse exagérée des objets fabriqués. Nos guingang, nos calicots, nos basins commencent à se faire jour dans la consommation de l’Amérique; nous avons même commencé à envoyer quelques toiles de coton imprimées dans l’Inde , où , chose étrange , et qui est l’exemple le plus frappant de la puissance des machines , les Anglais trouvent un débouché considérable de toiles de coton de toute espèce , et même de mousseline, fabriquées avec les cotons- tirés de ce pays même, et l’emportant par le bon marché et par l’apparence, si ce n’est par la supériorité réelle du travail, sur ce que l’Inde fabrique. Quel est aujourd’hui le moyen de protéger nos manufactures de tissus en coton, d’encourager encore une industrie devenue si générale et si étendue, qui emploie tant de bras et de capitaux, dont le maintien enfin coûte des sacrifices à l’Etat, puisque la matière première qu’elle emploie n’est pas et ne peut pas

tire le produit de notre sol, et qu’il faut que l’étranger uous la fournisse ? Quel est ce moyen ? Créer des débouchés, c’est-à-dire, favoriser le commerce extérieur.

Le même raisonnement s’applique avec la même évidence à tous les autres produits de notre industrie. On s’étonne et l’on s’afflige, en parcourant le tableau de nos exportations, de voir que celle de nos savons, préférés à ceux de tous les autres pays, ne s’élève qu’à a x /i millions; de notre porcelaine, de notre poterie, de nos plaqués , de nos modes, qu’à 2 millions pour chaque article; de notre mercerie, qu’à 7 millions; de nos chapeaux, qu’à 3 ; de notre coutellerie, qu’à i 3 oo mille francs; de nos meubles, qu’à 900 mille francs; de nos armes, qu’à 800; de notre sellerie, qu’à a 5 o mille francs. Tous ces articles figurent dans les exportations de l’Angleterre pour des sommes très-considérables, et n’y sont pourtant , pour la plupart , ni mieu* faits ni à meilleur marché que chez nous.

Avantages du Commerce extérieur.

D’où naît donc cet immense avantage? C’est qu’en Angleterre le commerce est encouragé , parce qu’on y sait qu’il est le levier qui fait mouvoir toutes les autres industries ; c’est que toute la politique de cette nation tend constamment à entretenir tous les débouchés existans , à les accroître , à en créer chaque pur de nouveaux. Son gouvernement , toujours prévoyant , toujours soigneux de l’avenir, sème, long-temps à l’avance, des ressources pour le commerce, et les cultive avec un soin et une persévérance qui ne se démentent jamais. La prospérité du commerce extérieur est le but invariable de tous

les efforts, de tous les plans du gouvernement anglais; il prodigue, pour l’atteindre, et les ressources de sa politique , et ses trésors , et son crédit, et jusqu’au sang de ses citoyens. C’est la pensée dominante de son système de conduite; tous les autres intérêts sont secondaires à cette pensée , et ne font que s’y rattacher ; et si , dans une occasion où le gouvernement anglais paraîtrait hésiter entre deux résolutions opposées, on recherchait quelle est celle des deux qui doit tourner le plus sûrement à l’avantage de son commerce, on serait , je crois , toujours certain de ne pas se tromper sur celle qu’il adoptera.

Les nations, ainsi que les hommes, tendent à s’élever. Il n’est pour elles que deux moyens de parvenir à la puissance , les conquêtes et le commerce. Le premier est dangereux , incertain dans ses résultats, et nous en avons fait la coûteuse expérience; le second nous est offert, nous pouvons le saisir, nous l’assurer par degrés, et nous le négligeons.

Il faut sans doute reconnaître que l’instabilité de notre condition politique, les difficultés de tout genre dont notre Gouvernement a été entouré depuis la restauration, ont été un obstacle peut-être insurmontable à ce qu’il pût tracer le chemin qu’il doit suivre pour arriver au but qu’il se propose, la prospérité de l’Etat. Mais aujourd’hui que notre avenir est assuré, que la France, grâce à la sagesse du Roi et au succès de nos armes, est replacée au rang qu’elle doit occuper, il serait temps de songer aux moyens d’accroître la richesse , et par conséquent la puissance nationale. Et quand on voit le Gouvernement, bien loin d’annoncer par aucun indice qu’il songe à entrer dans la seule voie qui puisse y conduire,

celle du commerce extérieur, ne parler, au contraire, que de nouvelles restrictions, ne préparer que de nouvelles entraves, il est permis de craindre qu’il ne se méprenne sur les véritables intérêts du pays, et qu’aveuglé par des préjugés nés du passé, il ne s’obstine dans un système évidemment faux, celui d’emprisonner les ressources industrielles de la France dans la consommation intérieure.

Erreur du système de borner t industrie à la tonsommation intérieure.

Notre honorable collègue, M. de Vaublanc, dans le discours qu'il a prononcé à l’occasion de la discussion générale de la loi des finances, a fait ressortir avec une grande évidence l’impossibilité de subvenir, par la seule consommation intérieure, au débouché des produits du sol et de l’industrie (i). Ce discours, où des vues que je ne saurais adopter se trouvent précédées de considérations appuyées sur des connaissances positives et des raisonnemens très-solides, a fait assez d’impression sur la Cham-

(i) Je ne pense pas, comme M. de Vaublanc, que des primes ou des prêts gratuits soient «les moyens qui puissent favoriser l’essor du commerce extérieur. Les primes ne sont , à quelques exceptions près , que des encouragemens pour la routine, et nuisent par conséquent au développement de l’industrie. Les prêts sont plus inutiles encore, car les capitaux consacrés au commerce extérieur surabondent faute d’emploi, tandis que l’agriculture est sans argent parce qu’elle est sans débouchés. Ainsi, le taux de l’intérêt esta 3 pour cent, et même i a et demi à Bordeaux et à Marseille, tandis qu'il est à 6 pour cent au moins, et souvent à 9 et à 10 dans les départemens purement agricoles.

hrç, pour que je doive m'abstenir de reproduire ici ce qu il contient, Je me bornerai donc à y ajouter qu’il suffit de jeter les yeux sur le tableau de nos exportations annuelles, et d’y voir que, malgré les obstacles qui entravent notre commerce, celles de nos produits naturels s élèvent à 160 millions, et celles de nos produits fabriques à a 3 o, pour juger que la consommation intérieure ne peut absorber tout ce qui est produit, et qu’elle ne pourra jamais y atteindre, quelle que soit l’extension à laquelle on veuille supposer qu’elle parvienne jamais.

Puisque les grains sont à de très-bas prix, que dans toute l’étendue de la France ils restent invendus chez les propriétaires, il y en a plus que nous ne pouvons en consommer.

Puisque, malgré l’exportation à l’étranger de x 5 millions d’hectolitres de vin, de 3 oo mille hectolitres d’eaude-vie, ces denrées surabondent avec excès partout, et sont tombées à des prix auxquels on ne les avait pas vues descendre depuis la restauration, c’est que la population ne saurait consommer tout ce que la France produit.

Puisque nous exportons pour 84 millions de soieries , pour 3 o millions de toiles, pour 24 millions de tissus de coton, pour 18 millions de tissus de laine, et pour 90 millions d’autres objets fabriqués, et que pourtant nos manufactures de toute espèce souffrent et se plaignent hautement de- l’insuffisance des débouchés, c’est que le pays ne peut consommer tout ce qu’elles produisent.

Cela est si évident, qu’on ne conçoit pas comment la routine et les préjugés peuvent retenir encore dans l’obscurité une vérité si frappante.

Buonaparte avait vu que la base de la puissance de

l'Angleterre e'tait son commerce, et que, pour diminuer l'une, il fallait frapper l'autre. Comme il savait aussi que la vie du commerce est dans ses débouchés, et que, privé de puissance maritime, le seul moyen qu’il eût d’atteindre ceux de l’Angleterre, était de leur fermer l’Europe, il imagina le système continental. Le développement prodigieux que ce système a donné à notre industrie manufacturière, est sans doute ce qui l’a rendu séduisant aux yeux de ceux qui règlent aujourd’hui les destinées du commerce; c’est probablement là ce qui les détermine à en conserver tout ce qui n’est pas incompatible avec notre situation actuelle.

Mais ils oublient que Buonaparte, en réduisant les débouchés de la France à la seule consommation intérieure, ne faisait que subir la conséquence forcée d’un plan inspiré par des vues purement politiques; qu’il ne faisait qu’employer, au profit de ses projets, un sacrifice déjà consommé, celui du commerce maritime; et qu’en arrêtant les débouchés extérieurs, il ne faisait que défendre ce qu’il n’était plus possible de faire.

Ils oublient aussi que cet intérieur, à la consommation duquel il restreignait les débouchés de l'agriculture et des fabriques, s’étendait de Hambourg à Naples, et de Wilna à Cadix; que la domination de la France, et par conséquent le cercle de son commerce intérieur, embrassait la Pologne, une grande partie de l’Allemagne, la Hollande, la Belgique, la Suisse, l’Italie et l’Espagne; que le privilège d’approvisionner, à l’exclusion de l’Angleterre, les pays les plus riches et les plus populeux de l’Europe, compensait à peu près pour nous l’interdiction presque totale du commerce maritime.

Ainsi, de ce que, sous le régime prohibitif établi par le précédent gouvernement, les manufactures ont pris un grand accroissement, il serait très- faux de conclure, aujourd’hui que la France est réduite à ses anciennes limites, que la continuation de ce régime leur est favorable. Nous avions conquis par la force des armes, au profit de notre industrie et de notre agriculture, la consommation de presque toute l’Europe. Nous pourrons recouvrer, et au-delà, ce que nous avons perdu, si nous cherchons à rétablir la bonne intelligence avec les autres peuples de l'Europe, en leur donnant l’exemple d’un système commercial plus bienveillant, plus juste, plus sociable enfin, si l’on peut s’exprimer ainsi. Les ressources de la politique et des négociations seraient utilement employées, si on les consacrait à engager les nations à renoncer aux entraves dont elles embarrassent leurs relations, et à établir entre elles une plus grande facilité d’échanges. Un congrès commercial aurait peut-être des résultats non moins précieux pour elles que les congrès politiques dont ce siècle a vu naître l’utile usage , et a déjà ressenti les heureux effets.

Ce n’est pas que je propose de renoncer soudainement à toute restriction , et de briser à la fois tous les liens qui enchaînent aujourd’hui l’essor du commerce. Toute commotion violente et subite, tout changement de système qui ne serait pas amené par gradation , pourrait être nuisible à lui-même et à l’industrie, et leur faire acheter par des sacrifices actuels, et qu’on peut leur épargner, la prospérité qu’ils atteindront un jour.

Je ne prétends même point que l’on doive renoncer absolument aux restrictions, aux prohibitions même; et l’on se méprendrait étrangement sur l’ensemble des idées

qui ont donné lieu à ces observations, si l’on croyait qu'elles tendent à proposer une liberté indéfinie du commerce.

Je suis de ceux qui pensent que la science de l’économie politique n’a point de principes absolus.

Ceux qui ont écrit sur cette branche des connaissances humaines , ont cherché à la réduire en théorie , à établir des règles générales qu’ils ont ensuite présentées comme applicables à toutes les hypothèses, sans songer que, dans cette matière, rien ne peut être vrai à tous égards.

Il en est, ce me semble, de l’économie politique comme du commerce : l’une et l’autre sont des sciences où les théories ne sont rien , et où la pratique est tout. Toutes les deux ne reposent réellement que sur la connaissance des faits, et la combinaison des conséquences qui en résultent; et ces faits et leurs conséquences sont si étroite^ ment liés, que le plus petit changement que subissent les uns modifie aussitôt les autres , et altère le résultat. Aiusi , ce qui est utile dans un pays peut être nuisible dans un autre ; ce qui était bon il y a un an , peut ne pas convenir aujourd’hui ; ce qui est favorable à quelques-uns des intérêts qu’il faut protéger, est préjudiciable à d’autres. Les lois commerciales doivent être modifiées selon les circonstances politiques, l’abondance ou la disette des produits, les variations de la culture, les changemens de mœurs et de goûts, selon toutes les altérations de faits enfin qui peuvent influer directement ou indirectement sur les intérêts industriels du pays. S’en tenir à des principes généraux, et y persister sans faire aucun compte des changemens qui les rendent inapplicables ou nuisibles , est sans doute plus commode , puisque cela épargne

la peine de réfléchir. La paresse est la cause secrète de beaucoup d’obstination. Mais pour parvenir à fonder la richesse publique et celle des citoyens, ce qui est, si je ne me trompe, le but où tend l’économie politique, et que doit poursuivre tout gouvernement juste, il faut beaucoup de combinaisons qu’il est nécessaire de revoir et de modifier souvent.

Cette comparaison entre l’économie politique et le commerce pourrait être poussée beaucoup plus loin : car le Gouvernement est en effet, relativement aux intérêts industriels de l’Etat, comme le chef d'une vaste maison de commerce , employant les mêmes moyens pour atteindre le même résultat. Je n’userai toutefois de ce rapprochement que pour rappeler que les négocians qui poursuivent des systèmes, et qui prennent pour règle de leurs entreprises les théories qu’ils se sont faites, plutôt que les conseils de l’expérience pratique, se ruinent presque toujours.

Je n’adopte donc point la doctrine des économistes , dont le dogme fondamental est d’accorder une liberté illimitée à toute industrie. Ce principe est juste à beaucoup d’égards , mais son application générale est évidemment impossible. . . .

Les écrivains de l’école administrative en France font consister la richesse des peuples dans la prospérité de l’agriculture et des fabriques. Ils ont raison, et ce sont en effet là ses élémens principaux; mais ils ont oublié d’ajouter que la prospérité de l’agriculture et des fabriques ne peut se fonder que sur la puissance des débouché's, c’est-à-dire , sur l’activité du commerce extérieur et intérieur.

Lorsque ces écrivains ont ajouté que la preuve de la richesse était l'abondance des produits, ils ont profère un énorme paradoxe. Demandez à l’agriculteur, demandez au manufacturier si, après avoir fait une abondante récolte, 6i , après avoir fabriqué beaucoup de produits , ils se trouvent riches? Sans doute, s’ils vendent, et à de bons prix ; mais si les denrées qu’ils ont recueillies et les produits qu’ils ont confectionnés demeurent entre leurs maius, faute d'acheteurs, ou s’ils ne peuvent les vendre qu’à des prix qui ne les indemnisent pas de leurs frais, de l’intérêt de leurs capitaux et du salaire de leur industrie, ils s’appauvrissent. L’abondance des produits n’est donc pas un signe certain de richesse. C’est dans l’adoption mal réfléchie de ce faux principe que réside, selon moi, l'erreur où tombent ceux qui dirigent les intérêts industriels de la France.

La vérité est que la source unique de la prospérité de l’agriculture et de l’industrie, c’est la facilité des échanges, c’est-à-dire, l’activité du commerce.

Et si l’on veut absolument une indice positif de richesse, on le trouvera, non dans l’abondance des produits, mais dans la force de la consommation ; car il n’v a que ceux qui sont riches qui dépensent, et le peuple qui consomme le plus, est bien évidemment celui qui a le plus d’aisance. Mais ceci n’est qu’une de ces abstractions auxquelles se livrent trop facilement tous ceux qui se mêlent d’écrire ; car il est d’un très-médiocre intérêt de rechercher quel peut être l’indice de la richesse. Ce qu’il est important de savoir , c’est comment cette richesse se fonde; et je crois, je le répète, que son élément principal est la puissance des débouchés.

Ce n'est pas que je conteste àM.le commissaire du Roi la justesse des réllexions qu’il vous a présentées pour la défense du système restrictif; je reconnais avec lui que partout la production surabonde, que l’équilibre entre la faculté de produire et les moyens de consommer est partout rompu, et qu’il est par conséquent utile de réserver le plus possible notre marché aux produits de notre sol et de notre industrie. Mais je crois qu’il a forcé les conséquences de ces vérités. Dans l’application qu’il en fait à son système, il oublie que nos importations s’élèvent annuellement à près de 4oo millions , et qu’il entre dans cette somme pour 25o millions de produits naturels, indispensables, soit aux habitudes de la population, soit aux besoins de nos fabriqués elles-mêmes. Ainsi, nous ne pouvons nous passer de sucre, de café, de riz, de cacao, de tabac, de poivre , et il nous en coûte annuellement 60 millions pour ces articles ; ainsi nos manufactures ont besoin de cotons, desoies, d’indigo et autres teintures, d’huiles, de métaux, de bois de construction, de houille, de cuirs, et d’une foule d’autres objets que notre sol ne produit pas-, ou ne peut fournir qu’en quantité insuffisante ; et l’obligation indispensable de nous les procurer, nous enlève annuellement 180 millions : ces dépenses sont inévitables, et il n’y a que l’appauvrissement de la population et le dépérissement de l’industrie qui puissent les diminuer. Est-il sage de négliger les moyens de payer ces 25o millions en denrées de notre sol et en produits de notre industrie? et n’est-il pas évident que, plus on restreindra nos débouchés extérieurs en cherchant à réduire nos importations, plus nous aurons à payer en argent pour les denrées que nous ne pouvons pas produire, et dont nou»

nf pouvons pourtant pas nous passer , plus par conséquent la nécessité où nous sommes de les acheter deviendra préjudiciable à l'intérêt de l'Etal? Pour ne parler que des choses que je sais par ma propre expérience, nous payons en argent les 60 millions que coûtent, chaque année, les cotons et les tabacs que les Etats-Unis nous fournissent ; carie faible débouché que ce pays offre à nos eaux-de-vie, à nos soieries et à nos autres produits fabriqués, suffit à peine pour compenser ce qu’il nous fournit en riz, en potasse, en peaux, en quercitron, etc. Nous payons en argent les io millions que nous coûtent les indigos du Bengale nécessaires à nos fabriques ; car il ne part pas un navire pour l’Inde, qui n’emporte, en espèces ou en crédit sur l’Angleterre, les valeurs nécessaires pour le chargement qu’il doit rapporter en retour; et le produit des exportations qu’il fait, ne sert qu’à subvenir à l’achat des objets d’encombrement. Nous payons en argent la plus grande partie des huiles et des soies que nous tirons de l’Italie, les métaux, les bois et le chanvre que nous tirons du Nord. Enfin, la balance de notre commerce avec les colonies Françaises, que l'on nous présente comme n’offrant aucun désavantage , est en réalité onéreuse pour nous ; car tous les négociai» savent combien la consommation de nos îles est bornée : tous savent qu’il n’est pas possible qu’un navire expédié de nos ports pour les Antilles ou pour Bourbon, emporte une cargaison dont la valeur suffise pour l'achat de son complet chargement en retour; et que, pour remplir le navire, il faut ou se procurer des fonds en tirant des lettres de change , ou prendre du fret. Des tableaux où l’on balance à son gré les chiffres, et dont on avoue soi-même que les évaluations

iont incertaines, ne peuvent suffire pour contredire des faits que tous ceux qui s’occupent de commerce savent être incontestables.

Ainsi , nous payons chaque année un tribut énorme à l’étranger pour prix de denrées dont nous ne saurions nons passer; et cependant, bien loin qu’on s’occupe de le réduire en augmentant nos débouchés, on propose aujourd’hui deux modifications à notre tarif, qui tendent toutes deux à accroître l’un et à réduire les autres, le tout Sahs profit, comme je l’ai prouvé, pour une des industries qu’on veut encourager, et pour favoriser l’autre d’un million qu’on pourrait lui distribuer en primes.

Des Débouchés .

Après avoir parlé, trop longuement peut-être, des vices du système commercial dans lequel le Gouvernement s’obstine, il faudrait, pour compléter la tâche que fai entreprise, aborder les détails difficiles du régime qui devrait être substitué à ce système, et le développement, pins épineux encore, de la marche graduelle qu’il faudrait suivre pour l’établir. Mais un travail si étendu et si compliqué serait fort au-dessus de mes forces, et exigerait des renseignemens et des connaissances que je n’ai pas. Je me bornerai donc à indiquer très -sommairement les moyens que je crois pouvoir conduire le plus sûrement et avec le moins d’inconvéniens possibles à l’établissement d’une législation commerciale plus appropriée à l’état et aux besoins actuels de notre industrie.

Il me semble que nos débouchés extérieurs pourraient être classés en deux divisions principales: les débouchés européens, et les débouchés d’outre-mer.

' Je considérerai chacune de ces divisions dans son ensemble , et en évitant , autant que possible , de me laisser entraîner à des détails qu’il vaut mieux ne pas aborder que traiter superficiellement.

Le midi de l’Europe n’offre presque aucune consommation des produits de notre sol, et nous sommes au contraire soumis à la nécessité d’en tirer des huiles , des laines, et quelques autres articles indispensables à nos fabriques.

C’est donc dans le nord de l’Europe que nous devons chercher les moyens d’écouler , en aussi grande quantité que possible, les vins, les eaux-de-vie, les huiles, les fruits que notre sol produit, et que le climat de ces pays ne leur permet pas de cultiver.

Les Etats du Nord ont au contraire des manufactures qui produisent presque tout ce que nous fabriquons nous-mêmes, et qui, à l’exception des soieries, des draps très-fins, et de quelques autres articles de luxe, leur fournissent à peu près tout ce qu’ils consomment. Ce n’est donc que par la supériorité du travail et le bon marché, que nous pouvons espérer de substituer chez eux l’usage de nos produits à ceux qu’ils fabriquent euxmêmes , ou qu’ils tirent de chez les autres peuples.

L’industrie, moins avancée dans le Midi, y laisse encore un écoulement considérable à nos tissus de lin , de laine, de coton, de soie, et à beaucoup d’autres produits de notre industrie.

C’est donc dans le Nord que nous devons chercher surtout les débouchés de notre agriculture, et dans le Midi ceux de nos manufactures.

Le moyen d’accroître leur importance me paraîtrait

être de faciliter les échanges avec eux, en allégeant par degrés les charges qui pèsent sur les productions qu’ils nous fournissent en retour, autant que le permettrait l’intérêt des exploitations de même nature que possède la France, et la balance exacte que le gouvernement doit maintenir entre les divers intérêts industriels du pays. Mais, pour que l’équilibre de dette balance fut exact, il faudrait peser chacun de ces intérêts sous le rapport de son importance relative, et se garder de sacrifier, comme on l’a fait trop souvent, des avantages importans à l’encouragement d’un intérêt secondaire. Ainsi , les pays du Nord ne peuvent nous fournir en échange des produits de notre sol dont la consommation chez eux pourrait prendre une grande extension, que les produits du leur, c’est-à-dire, des métaux, des bois de construction et de charpente, des chanvres, des goudrons, etc. Je ne parle point des grains qui doivent être soumis à une législation spéciale, régie par des considérations d’un autre ordre que celles qui peuvent s’appliquer au commerce des autres productions, et dont il est , à mon avis, utile et sage de ne permettre que par exception l’importation en France. Je ne prétends même point insinuer qu’il faille dépouiller l’exploitation de nos mines de tous les avantages , exagérés pourtant selon moi , qui leur ont été accordés par les précédentes lois de douanes ; et sur ce point je ne serai probablement pas d’accord avec la plupart des députés qui embrasseront les intérêts des dépar- ' temens méridionaux de la France : car je crois qu’il faut d’abord être juste envers tous , et accorder , comme je l’ai dit plus haut, à chacun de nos intérêts industriels une protection relative à son importance. Mais je pense

aussi qu’exagérer celte protection , c’est arrêter soi-même l’essor de l’industrie; et peut-être que la comparaison de la qualité de nos fers et de nos aciers avec ceux de l’étranger justifierait l’opinion que je viens d’énoncer. Des négociations amicales, et basées sur l’intérêt commun des divers peuples , devraient préparer la réforme de leurs relations réciproques ; et chacun des liens dont nous dégagerons leur commerce ne devrait tomber qu’après qu’ils auraient pris l’engagement de lever eux-mêmes une des restrictions dans lesquelles ils enchaînent le nôtre.

Quant aux débouchés de notre industrie en Europe, c’est surtout , je le répète , en nous efforçant de produire mieux et à plus bas prix que nos concurrens , que nous pouvons espérer de les supplanter : car la législation n’y peut rien, et je n’ai garde de proposer de lever, relativement aux produits manufacturés, des prohibitions et des droits que je crois justes, et dont la suppression amènerait nécessairement la ruine de nos fabriques. Mais accroître le nombre de ces prohibitions , augmenter encore le montant de ces droits, me semble une chose contraire à l’intérêt général, et je crois que le premier pas vers le bien serait de renoncer à tout ce qui pourrait aggraver encore le système restrictif.

Les pays où la civilisation est peu avancée, sont en général ceux qui fournissent le plus de ressources au commerce des peuples plus perfectionnés dans les arts industriels.

Les Indes-Orientales ont commencé à consommer nos vins de Bordeaux et de Champagne, nos eaux-de-vie, nos huiles : nos soieries , nos glaces , nos meubles , nos tissus de laine, et beaucoup d’autres objets fabriqués, trouvent,

sur divers points de ce vaste et riche pays, un comment cernent de débouché; mais comme nous avons à combattre, pour les produits des manufactures ainsi que pour l’achat des retours , la concurrence de l’Angleterre ; que, d’ailleurs, l’usage de nos denrées est encore peu répandu et n’est pas susceptible d’un très-prompt accroissement , parce que les peuples de cette contrée ont peu île besoins, les expéditions maritimes dirigées vers cette destination, et qui avaient donné des profits pendant les premières années de paix, ont causé des pertes considérables au commerce français en 1822 et 1823. Néanmoins, le bas prix auquel on est forcé de donner nos denrées , à cause de l’abondance qui résulte, et d’une concurrence forcée dans les importations, et delà faiblesse de la consommation, doit contribuer à en répandre l’usage, et un avantage futur pourra ainsi naître d’un mal présent. Les dispositions favorables à ce commerce lointain , que contient le projet de loi , sont un acheminement à des améliorations plus étendues : si les droits sur les marchandises qu’il fournit en retour peuvent encore être diminués , ce commerce sera susceptible de prendre une grande ex- ' tension.

Le vaste continent de l’Amérique méridionale pourra un jour offrir des débouchés immenses à nos farines , à nos vins, à nos eaux-de-vie et à nos produits fabriqués de toute espèce. Je sais que des considérations politiques de l’ordre le plus élevé peuvent mettre des obstacles , peutêtre insurmontables en ce moment , à ce que le Gouvernement ouvre à notre industrie cette source de prospérité. Ce n’est pas moi qui conseillerai de violer, pour écarter ces obstacles, les principes qui doivent servir de règle in-

variable à la politique d’un Gouvernement légitime et monarchique. Je me garderai bien même de manifester aucune opinion sur une matière si délicate : je me borne à faire remarquer que cette mine est féconde, et qu’il serait affligeant pour la France de voir nos rivaux l’exploiter exclusivement sous nos yeux.

On a souvent proposé de créer dans nos colonies des Antilles un entrepôt, où les habitans des îles voisines et du continent pourraient venir échanger contre les denrées et les produits manufacturés dont nous les fournirions, les productions de leur pays. On a toujours repoussé cette idée, je crois pourtant qu’elle pourrait être féconde en résultats favorables ; et le commerce étendu que fait même avec la France la petite île de Saint-Thomas, fournit un exemple de l’utilité que pourrait offrir à notre industrie un établissement de cette nature. Les motifs qui l’ont fait écarter sont principalement tirés des facilités qu’il ouvrirait aux abus , si cet entrepôt était placé à la Guadeloupe ou à la Martinique. Mais on pourrait le placer ailleurs , et alors tous les inconvéniens que l’on appréhende seraient éloignés. La petite île des Saintes, qui appartient à la France, est située entre les deux colonies que je viens de tiommerrelle n’est qu’un rocher stérile, presque inhabité, et sur lequel végètent avec peine quelques cotonniers. Mais cette île, dont l’étendue est très-suffisante pour un établissement purement commercial , renferme un des ports les plus beaux et les plus surs des Antilles. Quel obstacle pourrait s’opposer à ce qu’on y fît l’essai d’un entrepôt, qui permît au commerce d’y placer un dépôt de nos produits, et d’y recevoir en échange sous tous les pavillons les productions de l’Amérique ?

Peut-être y aurait-il aussi des changemens important à apporter dans notre système de relations avec nos colonies. 11 est du moins démontré par l’expérience, que celui qui existe aujourd’hui est nuisible pour elles, non moins que pour le commerce de la métropole.

Mais la recherche des changemens, des améliorations dont il serait susceptible, serait h elle seule la matière d’un travail très-étendu, et qui excéderait de beaucoup les bornes que j’ai du me prescrire. Je dirai seulement encore que cette branche de notre commerce fournit, comme toutes les autres, la preuve évidente de la disproportion qui existe entre les besoins de l'industrie, et les faibles ressources auxquelles elle est réduite; car, dans nos co- ^ lonies comme ailleurs, l’excès de la concurrence anéantit toute espérance de succès : la surabondance des denrées qu’on y apporte d’Europe est telle, que souvent elles y sont à plus bas prix que sur les lieux de production; et la multiplicité des acheteurs de denrées coloniales eu élève les prix à ce point, qu’il est rarement possible d’en apporter sans perte.

Enfin, je pense que toutes les vues du Gouvernement devraient tendre à relâcher les liens dans lesquels le commerce se trouve enchaîné, à rendre plus faciles nos relations d’échange, à encourager les entreprises maritimes, à assurer, par des différences de droits plus marquées , un avantage plus positif à notre navigation, a accroître, par tous les moyens que peut employer une politique éclairée, les débouchés existans, et à en créer de nouveaux. Favoriser le commerce extérieur, est le moyen le plus sûr, ou plutôt le moyen unique d’étendre les ressources de l’agriculture et des manufactures; car l'impulsion vers le tr.t-

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