‹ Observations sur le project de loi concernant les douanes; par m. GautierChapitre 2 sur 3 · CAUSES DE LA SURABONDANCE DES PRODUITS · texte numérisé non relu

CAUSES DE LA SURABONDANCE DES PRODUITS

Augmentation du nombre des citoyens qui se consacrent à F exploitation de l industrie .

11 existait, avant la révolution, un grand nombre de fortunes territoriales, acquises par des services rendus à l’Etat, parles dons du Souverain, par le droit d’aînesse, et les autres institutions qui tendaient h la concentration des propriétés. Ceux qui les possédaient se bornaient à les conserver, h les accroître par l’accumulation des revenus, et par une économie que favorisaient des mœurs plus simples, des goûts moins dispendieux, des besoins moins multipliés que ceux qui existent aujourd’hui. L’habitude et des préjugés maintenant détruits ou affaiblis, s’accordaient à éloigner d’eux jusqu’à l'idée de chercher dans le commerce, pour eux-mêmes ou pour leurs en fans, les moyens d’accroître encore leur aisance. Satisfaite d’être seule admise au service de l’Etat, la noblesse voyait sans jalousie s’élever autour d’elle les fortunes acquises par 1 industrie, et trouvait dans la considération, dans les privilèges dont elle jouissait, la compensation de la médiocrité de fortune à laquelle elle était souvent condamnée.

Dans une autre classe, parvenir à être admis un jour dans celle qu’entouraient tant d’avantages, était l’objet de l’ambition de chaque individu, lin négociant, un manufacturier, qui réussissaient, qui faisaient fortune dans leur état , s’empressaient de l’abandonner. Poussé par eetle tendance, naturelle à tous les hommes, de s’élever au-dessus du rang dans lequel le sort l a fait naître, un négociant , devenu riche, achetait une charge, des terres,

un titre, ou, tout au moins, plaçait un de ses fils dans la robe, et un autre au service ou dans les administrations publiques; et rarement une fortune acquise dans le commerce demeurait dans cette profession même à la seconde génération. Ce négociant faisait ainsi place au marchand, au marin, quelquefois à l’ouvrier, parvenus eux-mêmes à une aisance supérieure à l’humble condition dans laquelle ils l’avaient acquise. Ceux-ci passaient dans la classe des négocians , pour en sortir b leur tour si la fortune continuait à sourire à leurs travaux. La classe supérieure et privilégiée absorbait ainsi tout ce qui, dans celles qui étaient au-dessous d’elle, s’élevait assez pour pouvoir prétendre à y entrer. Cette rotation perpétuelle offrait une issue à la masse totale des professions industrielles, qui les empêchait de déborder, et les retenait dans une proportion toujours exacte avec les ressources du commerce.

La révolution a divisé, dispersé, détruit presque toutes les fortunes territoriales ; elle a effacé les salutaires démarcations qui existaient autrefois entre les diverses classes de la société; elle a accru la prépondérance des richesses , et les a rendues, aux yeux de la plupart des hommes, supérieures à toutes les autres prééminences sociales : car ce que rêve aujourd’hui un individu né dans une condition médiocre ou obscure, ce n’est plus de parvenir un jour à la magistrature, aux grades militaires , c’est d’arriver à l’opulence. La révolution enfin , en subdivisant les propriétés et les capitaux, en les arrachant avec violence aux classes supérieures, dans lesquelles elles étaient concentrées, pour les semer aveuglément sur la population entière , a rendu faisante plus générale , et

par conséquent les lumières plus répandues. De là cel accroissement universel de besoins, cette épidémie générale d'ambition, qui se fait ressentir jusque dans les deruiers rangs de la société ; de là cette contagion du luxe qui n’épargne pas même l’humble demeure du plus obscur ouvrier; de là une soif ardeute des richesses qui dévore tous les hommes, et qui les attire en foule dans la route qui paraît conduire le plus tôt et le plus facilement à la fortune, celle du commerce. Ce ne sont pas seulement ceux qui auraient autrefois été destinés à la parcourir, qui s’y pressent et s’y coudoient : on y voit descendre une multitude d’hommes, que des considérations aujourd’hui impuissantes ou dédaignées en auraient jadis éloignés; et, à la bourse , le négociant entend avec étonnement , et quelquefois avec jalousie, retentir à son oreille des noms qu’accompagnent des titres éminens de noblesse ou de dignités militaires.

Ce changement dans nos mœurs n’a rien qui doive étonner, et ne doit faire tomber aucun blâme sur personne , car il est une conséquence nécessaire du renversement de nos anciennes institutions. Si les emplois publics étaient , avant la révolution , le patrimoine exclusif delà noblesse, en revanche, le domaine de l’industrie appartenait d’une manière non moins spéciale à ceux que leur naissance ne rendait pas admissibles aux dignités de l'Etat. Cette ligne était bien marquée ; et quoiqu’il ne fut pas sans exemple que de l’un ou de l’autre côté elle ne fut quelquefois franchie, elle opposait pourtant une barrière puissaute, d’une part, à la tentation de s’enrichir; de l’autre , à l’ambition de s’élever. Aujourd’hui que cette barrière est détruite , tons les hommes peuvent , à leur

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