‹ Observations sur les ailes des hyménoptèresChapitre 2 sur 6 · RE RE · texte numérisé non relu

RE RE

{1) Voyez la pl. IL fig. 1 et 2,

elles se portent en devant, en s’élevant un peü , pour venir gagner la partie moyenne de la plaque thorachique, où elles s’y fixent successivement, depuis la partie de cet os qui touche à l’écusson, jusqu'à celle qui repose sur le corselet , sans fournir dans leur trajet aucun prolongement aux parties voisines dont elles sont nettement séparés.

Quand on a Ôté la plaque thorachique et brisé les écussons, on peut alors soulever l’os corné avec facilité, le porter en avant et entraîner ainsi tout le faisceau de fibres intermédiaires , ce qui permet de voir distinctement la place qu’occupent les faisceaux latéraux.

Les fibres qui composent la masse charnue pectorale, sont assez grosses pour pouvoir être distinguées à la simple vue dans des insectes de moyenne grandeur; elles sont cylindriques , peu adhérentes entr’elles, et leur insertion aux os ne s'opère ni par des tendons, ni par des aponévroses ; elle est directe et immédiate.

Si l’on expose au foyer du microscope une lame mince de ces fibres, on observe que chacune d’elles est compo- sée d’une grande quantité de fibrilles longitudinales , entre lesquelles il y a des espèces de tubes , assez semblables à ceux des fleurs infundibuliformes , plus ou: moins longs, plus ou moins opaques ; et qui pénètrent transversalement les fibres (1). De l’orifice de ces tubes sort un bouquet

ennemis ee à nement tel

{:) Voyez la planche II fig. 1. . Est

de petits vaisseaux qui se ramifient en deux, trois ou

PAR M, JURINE,

quatre tiges. Ces petits vaisseaux par leur organisation ne m'ont pas paru être des trachées ; mais j'ignore ce qu'ils sont.

Je ne pouvais pas hésiter à croire que cette masse charnue ne fut un gros muscle; en eflet, sa division en faisceaux , sa position, la manière dont ses fibres se prononçaient, tout m'invitait à adopter cette idée. Cependant il me restait encore des doutes qui ne pouvaient être dissipés que par la comparaison de cette partie avec les autres muscles du corps de l’insecte ; en conséquence je disséquai ceux de la cuisse d’une grosse abeille perce-bois, Xylocopa violacea | et les ayant soumis au microscope , je fus très-surpris en y voyant une organisation tout-à-fait différente. Ces muscles étaient composés d’un nombre infini de petites fibres blanchâtres, cylindriques , striées transversalement , et peu adhérentes les unes aux autres : entr'elles serpentaient de petits vaisseaux que je reconnus manifestement pour des trachées par les spirales qu’elles présentaient dans l’endroit où elles avaient été déchirées (1).

Pour constater la muscularité des parties que j'avais sous les yeux , muscularité qu’on ne pouvait guères présumer sur leur apparence, il me restait à les voir se contracter. Ce fut dans cette intention que j'arrachai à une guèpe la patte pour la placer sous le microscope , ét j'eus ne in on on

(1) Voyez la pl. VI. |

la satisfaction de voir un grand nombre de ces fibrilles se contracter. Leur mouvement était faible, ondulatoire , et leur raccourcissement ou leur alongement peu sensibles, Comme ces fibrilles étaient assez séparées en quelques, endroits, je pus calculer le degré d’irritabilité de chacune d'elles, et je remarquai que, dans celles qui en avaiens le plus, cette irritation ne se soutint pas au-delà de deux minutes ; ce qui permet de supposer que ces organes tour jours abrités contre l'impression atmosphérique, ne peuvent pas en supporter le contact immédiat sans perdre promptement leur force contractile.

Leuwenhoeck avait vu les muscles des pattes de ces insectes à-peu-près comme moi, à en juger du moins par les gravures insérées dans la 11° et 15.° de ses intéressantes lettres physiologiques: il avait aussi observé la contraction des fibres musculaires dans le bourdon des champs, Bremus agrorum; mais ce qu’il en dit me force de croire qu'il s’est glissé quelqu’erreur dans son texte, ou bien qu'il s'est trompé en assurant avoir remarqué que les stries transversales, dont chaque fibre musculaire est composée, disparaissaient lors de la contraction de ces fibres (1). J'ai vu fréquemment

oo

(1) Quoties istae corrugationes annulares., dit Leuwenhoeck , sive contractiones , sive rugæ in fibrillis observantur ; tunc musculos ipsos et singulas musculorum fibrillas , motus et actionis expertes quiescere : cum vero rrusculé ad motum excitantur , vel se se in longitudinem explicant , tum annulares corrugationes perire atque evanescere, Page 103,

PAR M. JURINE. 17

ces contractions, sans avoir pu distinguer dans ces fibres autre chose’ qu’un mouvement ondulatoire; si elles se raccourcissaient, ce n’était que faiblement, et dans ce cas, leurs stries transversales, plutôt que de s’effacer, ressortaient davantage, ce qui se conçoit aisément. I} paraît donc que cet Auteur a uré une fausse conséquence de ve qui se passait sous ses yeux, en prenant l’état de contraction de la fibre pour son état de relâchement , encore dirai-je que , dans quelque état que fùt la fibre, je n'ai jamais vu ces rides disparaître.

Les muscles qui meuvent les pattes des Hyménoptères , différaient donc, par leur organisation , de la masse charnue qui occupe la poitrine de ces insectes, ce qui, malgré l'apparence , me faisait encore douter que cette masse fût un composé musculaire ; l’assertion même de Swammerdam, quelque positive qu’elle fût sur ce sujet, ne pouvait me convaincre entièrèment. Voici comment s'exprime cet illustre Anatomiste dans la belle description qu’il a donné des parties internes de l’abeille: Fibrae pectorts musculares tolam ejus Cavilatem implent , levique negolio dividi possunt in fibrillas , quae antica!, media , posticaque crura movent, alque in illas, quae movendis alis serpiuné. Ubi enim recensitae partes collocatae sunt , ibt harum fibrarum tendines conspiciuntur ; qui dein mox intra thoracem carnei se se expandunt , el poslea superne , in regione pecloris suprema , iterum tendinei fact, in corneo ésseant veluti ibidem particulam se se defigunt. Fibrae

quidem, quae in medium thoracis implantur, fere ad perpendiculam erectae sunt, quae vero nonnthil inferius circa latera inseruntur , obliquiores sunt, et quae tandem in parle anteriore cum ossiculo untuntur , penilus oblrquae , el prope modum planae occurrunt. Quod st thoraces fibrae & se muluo separantur , in oblongos eue villos se se dirimunt, qui sublilioribus fibrillis, albis , nerveis, lransversarits , tnler se connectuntur , tandemque adeo tenuiter heic dividuntur, ut ab ulteriore scrutatione desistere debuerim , plenissimus iterum admiratione Diviné Arlificis, qui heic in lenui quadam fibra suam denuo omnipolentiam | meamque tmbecillilatem mihi manifestabat (1).

Malgré le respect que je dois avoir pour les décisions d’un homme aussi célèbre que Swammerdam , je dirai cependant qu'il n’a pas examiné la masse charnue pectorale avec sa perspicacité ordinaire ; en effet, ce n’est pas de cette masse que sortent les muscles propres des ailes , puisque ceux des cuisses ou des hanches n’ont aucun rapport avec elle, puisque cette masse n’insère pas ses fibres aux os du thorax par l’intermède des tendons, dont on ne voit pas vestige, et puisque ce n’est pas de la division de ses fibres que naît le tissu cellulaire d’un blanc argentin, qui, après avoir enveloppé la masse charnue elle-

même, enlace, pour ainsi dire , ses fibrilles les unes avec

(1) Büiblia naturae , pag. 105.

FAR M. JURINE, 19

les autres en se repliant sur elles. Ce tissu a une organisation simple, dans laquelle on distingue plusieurs ouvertures qui donnent passage aux vaisseaux (1).

Je commençais à désespérer de pouvoir découvrir les usages de la masse charnue pectorale , lorsque le hasard me les dévoila. Je tenais à la main la plus grosse de nos guêpes, Vespa coangustala , que je venais de faire périr, et je pressais légèrement, avec l'extrémité obtuse d’une aiguille, la plaque thorachique de haut en bas, lorsque tout-à-coup les ailes qui étaient ouvertes, se portèrent em arrière et se ferméèrent. Ne pouvant supposer qu'un mouvement aussi marqué fùt l'effet d’une si faible pression Ë je ramenai les ailes en avant, et en pressant de rechef le même os et dans le même sens, je produisis encore le même mouvement. Enchanté de cette découverte , je promenai sur eelte partie l'aiguille , en lui donnant diverses directions , et je vis qu’en refoulant cette plaque de devant en arrière , les aïles s’ouvraient à l'instant.

Je ne répéterai pas ici les nombreuses expériences que j'ai faites à ce sujet, me bornant à en offrir les résultats.

EEE

(1) Il est un procédé bien simple pour s'assurer que Îles muscles. des hanches ne naissent pas de la masse charnue pectorale ; il consiste à enlever , chez un individu frais, l'os corné avec le plan de fibres qui sy implantent ; ce qui mettra à découvert , sans aucune dilacération, la cavité thorachique postérieure , au fond de laquelle on trouvera les muscles des hanches de la dernière paire de pattes dont la couleur est différente de cel e

de la masse charnue; puis en arrachant la hanche on emportera ces muscles,

1.° La pression verticale exercée au milieu de la plaque thorachique , lorsque les ailes sont étendues , les porte en arrière et en haut. Si la pression se fait sur la partie antérieute de cette plaque, et toujours verticalement, les petites ailes ont alors peu de mouvement comparativement

gs

celui des grandes, tandis que ce mouvement augmente

mesure que la pression gagne la partie postérieure de la plaque,

2.° Par la pression oblique du bord. antérieur de Ja. plaque thorachique , exercée de devant en arrière, et du haut en bas, de même que par celle du corselet, les ailes se portent en avant et un peu en bas.

3.° Si l’on presse l’écusson supérieur de derrière en devant, les grandes aïles se portent en arrière et en haut; mais si l’on exerce la même pression sur l'écusson inférieur, le mouvement ne s’opère que sur les peuites ailes et dans la même direction. -

4° Si l’on comprime, de derrière en devant, et un peu obliquement , la portion du thorax qui répond à l'os corné , et qui est immédiatement sous l’écusson inférieur, les grandes ailes s'ouvrent hardiment, comme si linsecte voulait prendre le vol, tandis que les petites ne se meuvent qu’en tremblant et restent à moitié ouvertes ; mais si les quatre ailes sont réunies, c’est-à-dire si les petites sont accrochées au grandes, comme cela a lieu lorsque l’insecte vole, alors ces nuances en plus ou en moins, dans l'exécution des mouvemens des quatre ailes, ne peu-

yent plus ètre apperçues,

cd. "D ».

PAR M. JURINE. | 21 J'ai répété cette expérience en enlevant une portion du métathorax pour pouvoir agir directement sur l’os corné, mis de cette manière à découvert, et jai vu qu’en le poussant de derrière en devant , les grandes ailes s’ouvraient, tandis que les petites étaient seulement agitées par de légers mouvemens. On produira tencore le même effet, et peut-être d’une façon plus évidente , en se contentant de presser toujours dans la même direction la partie membraneuse qui unit l’écusson inférieur au métathorax. Pour réussir dans ces expériences, il convient de faire périr promptement les insectes, afin de conserver aux organes la plus grande souplesse ; l'immersion dans l’eau bouillante m’a paru préférable à tout autre moyen. D'après ces expériences, je compris tous les avantages qui devaient résulter pour ces insectes, de la réunion membraneuse des os de leur poitrine; en effet, s’ils avaient été unis plus intimement entr’eux , ils n'auraient pas pu céder , comme üls le font , à la plus légère contraction musculaire, condition indispensable au vol de ces animaux et à toutes les modifications dont il est susceptible. Il me parut en outre évident que la masse charnue pectorale était un véritable muscle, à la vérité d’une organisation différente de celle des muscles des pattes , mais sans être pour cela un muscle propre des ailes, puisqu'il ne pouvait agir sur elles que par l'intervention de l'os corné qu’on devait considérer comme la cheville ouvrière de la plupart de leurs mouvemens, Si donc j'ai pu faire fermer les ailes

NW, he

en comprimant la plaque thorachique perpendiculairement, et les faire ouvrir en la poussant obliquement en arrière, ce n'a été que par une suite des mouvemens communiqués à l'os cofné au moyen du muscle qui s’y implante.

Les écussons exercent sans contredit sur les ailes une action directe, tout-à-fait indépendante de Ja masse charnue pectorale, puisqu'elle s'opère par leurs muscles propres et par leur articulation avec les osselets des ailes.

Le mécanisme des mouvemens tant simples que composés, se comprendra plus aisément , lorsqu'on connaîtra l’articulation de ces parties avec les os et les osselets destinés à en faciliter l'exécution. Mais avant de décrire cette articulation , “il convient de faire apprécier l’organisation des ailes.

Au bord antérieur des grandes aïles-on remarque deux grosses nervures parallèles, auxquelles j’ai donné les noms de radius et cubitus. Ces deux os joints ensemble par une membrane se terminent près du bout de l'aile, par un point ordinairement coloré, que j'ai considéré comme le poignet , y ayant reconnu une articulation bien marquée et deux muscles consacrés à l’exécution de ses mouvemens {1}. De ces os sortent des nervures qui se ramifient sur la membrane de l'aile, nervures auxquelles j'ai assigné, selon leur origine, la dénomination de radiales et de cubitales. Outre ses nervures, il y en a d’autres qui naissent

(1) Voyez la planche IV fig. 2.

PAR M. JURINE, 23

immédiatement de la base de l'aile, et que j'ai appelées humérales (1). Ces nervures forment entr’elles diverses anastomoses qui donnent lieu à des cellules ou à des alvéoles d’une figure très-variée , quoique constante , suivant

Je genre des insectes.

Malgré que la petite aile soit isolée, et qu’elle ait son articulation et ses nervures propres, je ne’ l'ai envisagée que comme une dépendance de la grande , parce qu’elles s'unissent si intimement l’une à l’autre, lorsque l’insecte vole, qu’elles ne font plus qu’un tout continu. Cette réunion des deux ailes est si nécessaire pour le vol, que dès qu'on a coupé les petits crochets contournés & S (2), qui sont rangés en ligne au bord antérieur de la petite aile , et qui s’accrochent au bord postérieur de la grande, linsecte ne se soutient plus que très-imparfaitement dans l'air.

Si l’on pouvait préjuger le but de la séparation des ailes chez les Hyménoptères , on pourrait croire qu'elle ne sert qu'à modifier .leur vol ; car il ne suffit pas à ces insectes de s’élever dans l’air : ils doivent encore pouvoir diriger leur vol pour éviter leurs ennemis, et arriver, selon leur besoin , à tel ou tel endroit, soit en serrant le vent à propes, soit en s’y opposant, soit en y cédant convenablement ; dans ce cas, leurs ailes doivent faire pour eux non seulement l'office de rames, mais encore celui de

mme

(1) Voyez la planche V.

(2) Voyez la planche IV fig. 3,

gouvernail, comme la queue chez les oiseaux, mouvemens qui doivent exiger de la part de ces ailes des modifications très-nuancées dans leur plan de position, et qui ne pourraient pas s’exécuter aussi bien, s’il n’y avait eu une division entr’elles, et même si chaque aile n’avait eu son articulation et ses muscles propres.

Les nervurés des ailes ne nous paraissent être que des petits filets colorés et disséminés sur une membrane ; mais en examinant ces filets plus attentivement, on voit que chacun d’eux est un véritable tube qui, dès sa naissance, reçoit un vaisseau du corps de linsecte, que ces vaisseaux

parcourent, en serpentant toute l'étendue de ces tubes,

sans en ie tant s’en faut, la cavité, qu'ils se divisent pour en suivre les ramifications, et qu’il y a entr'eux de véritables anastomoses (1). Ainsi, j'ai vu le vaisseau contenu dans le cubitus se diviser pour fournir aux tubes des nervures cubitales, et s’unir dans ces tubes avec d’aus tres vaisseaux sortant de celui qui était renfermé dans la nervure humérale.

Les tubes des nervures sont des canaux dont le diamèire diminue insensiblement depuis lew origine à l’extrémité, Ils ont deux faces relatives à la position des ailes ; la supérieure est faite d’une substance cornée, arondie et faiblement ondulée, tandis que linférieure est plate et presque membraneuse (2). Cette différence dans l’organisation

(1) Voyez la pl. V.

(2) Voyez les fig. 4 et 5 de la pl.. IV. %

PAR M: FURINE. 25:

des parois de ces tulies a une utilité directe , puisque sis la paroi supérieure eût été faite d’un tissu aussi léger que celui de Finférieure, ces tubes auraient été exposés à de fréquentes dilacérations , ce qui en aurait anéanti les usages; ou ien si la paroi inférieure eût offert la même résistance que la supérieure, elle n'aurait pu se dilater, ce. qui aurait rendu ces: tubes inhabiles à remplir les fonctions. auxquelles la nature les avait destinés.

D’après l’organisation de ces tubes, leur coupe’ transversale ne peut représenter qu’une ellipse alongée et aplatie dans la partie qui répond. à la face inférieure de l’aile (1)3 mais cet aplatissement. ne subsiste qu’autant que l'aile est en repos, car dès qu’un insecte veut voler, les tubes se dilatent, et prennent alors une figure plus régulière.

La membrane des ailes est ordinairement si mince et si transparente, qu’on ne pourrait pas imaginer qu'elle füt. composée de deux feuillets; cependant; avec un peu de patience , on vient à bout de rendre ce fait évident (2) ;. on reconnaît alors que le feuillet supérieur contracte de fortes adhérences. aux bords. de chaque nervure, puisqu'on. ne peut le séparer au-delà, et que l’inférieur recouvre les nervures sans y trop adhérer. Cette union de la lame externe de l'aile avec les bords des nervures donne lieu.

à la formation d’un trait coloré qui fixe le diamètre du. ol,

(a) Voyez la fig. 5 de la pl. IV.

(2). Voyez la fig, 6 de la pl. IV.

tube, et qu’on croirait exister dans le tube lui-même (1).

Pour peu qu’on connaisse le vol rapide des Hyménoptères, les lieux qu'ils habitent de préférence pour y chercher leur nourriture, et ceux que plusieurs choisissent pour y construire leur nid, on sentira facilement combien leurs ailes auraient été exposées à se déchirer aisément à cause de la délicatesse de a membrane, si les deux surfaces n'eussent été hérissées de poils durs et roides qui lui servent d’égide. (2). Ces poils varient en quantité, en force et en grandeur, mais dans la répartition qui en a été faite, toutes ces nuances ont été sans doute bien caleulées, sur les dangers auxquels les individus pouvaient être exposés, et je ne connais encore que les Sirex dont les ailes en soient totalement dépourvues.

Après avoir développé l’organisation des tubes des nervures, je dois parler de la nature des vaisseaux qui y sont contenus et qui les parcourent. Swammerdam est, à ce que je crois, le seul auteur qui en ait fait mention. Voici comment il s'exprime sur ce sujet : Magnae illue venulae , sive nervuli, qui in alis apum animadvertuntur, revera fistulae aeriferae: his vero proxime adsident vasa eliam sanguinea , sive quae in alis nutrimenti adferunt

maleriem (3).

© {1) Voyez les fig. 4 , 4, 7 de la pl. IV.

(2) Voyez la fig. 7 de la pl. IV.

{3) Biblia naturae pag. 432 pl. 25 fig. ro.

Lt

PAR M. JURINE, 27 Ea figure que cet Auteur a donné de l'aile de l'abeille, dans laquelle les nervures sont appelées fis/ulae- pulmonales, annonce quelle était son opinion sur leur usage ; mais on cherche vainement ;, dans le texte explicatif de cette figure, ee qu’il a voulu dire par les vaisseaux sanguins qui avoisinent de près ces nervures, et portent la nourriture aux ailes. S'il à voulu parler des vaisseaux contenus dans les tubes, sa phrase n’est pas exacte, et cependant on est forcé de le supposer, puisqu'on ne peut en faire l'application à aucune autre partie de l’aile. Quoiqu’il en soit, j'ai évidemment reconnu que ces vaisseaux sont de véritables trachées roulées en spirale (r). Je ne doute pas que l’air contenu dans ces vaisseaux ne passe rapidement du corps de l’animal dans ces tubes, de manière à les dilater lorsqu'il le faut, et à rendre la membrane de l'aile comme le serait une voile par ses cordages. Sous ce point de vue, ma façon de penser sur les usages des nervures des ailes est semblable à celle de Swammerdam, puisque nous les regardons, l’un et l’autre, comme des: canaux aériens. Quant aux vaisseaux sanguins de ces parties, je n’en dirai rien, n'ayant pu en découvrir aucun

assez nettement pour constater l’existence.

D’après les connaissances acquises: sur l’organisation des tubes, il paraîtra singulier de rencontrer des nervures dans lesquelles la continuation du tube est interrompue

oo

&) Voyez la fig, 6 de la pl. IV,

par place, sans que pour cela la continuité des organes, qui y sont renfermés, souffre la plus légère altérations ce qui a lieu: dans les nervures cubitales d’un très-grand nombre d'ailes. Qu'on examine à la loupe et en face du jour ces nervures ; et l’on découvrira de petits points ronds dont le nombre varie, selon les insectes , depuis deux jusqu’à sept ; par leur transparence ils ressemblent à de petites bulles d'air, ce qui m'a engagé à les nommer es bulles des ailes. Ces bulles paraissent plus grandes que le tube qui les contient, ce qui dépend de leur structure particulière que je vais faire connaître (1).

Lorsque la partie cornée du tube arrive à lendroit où elle doit faire bulle, elle s'étend de chaque côté dans la duplicature de la membrane de l'aile, et en s’éparpillant aiusi , elle perd sa couleur et sa forme tubulaire , qu'elle reprend immédiatement après la formation de la bulle. Si l’on observe attentivement ces bulles, on voit, dans leur contour, une grande quantité de petits filets colorés, qui paraissent avoir été formés par l'extravasation du suc osseux destiné au tube lui-même. Pour faire mieux comprendre ce que sont ces bulles, je les comparerai à un os long dans lequel un anneau du cylindre se serait fort aminci en se dilatant de manière à ne plus toucher le tube médullaire.

oo

41) Voyez la fig. 7 de la pl. IV.

PAR M. JURINE. 29

La formation de ces bulles, résultante de l'épanouissement de la substance osseuse des tubes, est nécessaire pour affaiblir les nervures et faciliter l'apparition de cettains plis que font les ailes, lorsque l’insecte ne vole pas ; car c’est toujours dans la direction de ces plis que se trouvent ses bulles.

Si les ailes avaient pénétré dans la poitrine des Hyménoptères , elles auraient élé incapables d’exécuter tous les mouvemens indispensables au vol de ces insectes ; je dirai plus, elles leur auraïent été complétement inutiles. Il à donc fallu qu’en arrivant au thorax, elles fussent disposées de manière à acquérir la souplesse requise pour lexécution de ces mouvemens, sans diminuer leur force; c’est se qu'a opéré la nature, en substituant à la continuité de leurs os plusieurs osselets unis les uns aux autres par une membrane très-élastique, et maintenus en place par des forces majeures, savoir, en avant par le cuilleron, en dessus par la plaque thorachique , en dessous par le sternum , et en arrière par les écussons et le métathorax.

Chaque aile a ses osselets ; ceux qui appartiennent à la grande aile, sont au nombre de sept, tandis que l'inférieure n’en a que cinq. La figure et la grandeur de ces os varient selon leur usage. Comme il aurait été diflicile en voyant ces osselets, même sur les plus grands Hyménoptères , d'acquérir une connaissance exacte de leur fgure très-variée et de leurs rapports mutuels, j'ai cru devoir les faire peindre sous trois aspects différens. Le

premier (1) les offre en place, et tels qu'ils sont naturellement ; le second (2) les fait voir dans la même position, mais étendus sur un plan horizontal, ce qui à nécessité leur séparation du thorax, et le renversement du: cuilleron qui en recouvre une partie, lorsqu'il est dans sa position ordinaire ; le troisième (3) les montre séparés les uns des autres, cependant toujours dans leur place relaüve, et unis aux muscles qui s’y attachent.

Je ne décrirai pas chacun de ces osselets en particulier présumant que la seule inspection des dessins suffira pour faire sentir leurs éminences et leurs échancrures , qui toutes ont une destination affectée aux mouvemens des ailes. Je me bornerai donc à faire remarquer ceux auxquels s’implante un muscle , et ceux qui s’articulent directement avec les ailes et les os de la poitrine.

Les osselets de l'aile supérieure n’ont que trois muscles propres ; le premier , qui est double, s'attache , par sa longue tête, à l’apophyse qui sépare la cavité thorachiqueantérieure de la latérale, tandis que sa courte tête s’insère un péu plus en arrière; ensuite ces fibres charnues se réunissent pour former un long tendon qui va se fixer à l'osselet caché sous le cuilleron. Cet osselet que j'ai nommé le pelit radial, de même que le suivant, / grand radial, s’articulent avec le radius (4).

————————— A — (1) Voyez la partie à droite du corselet de la pl. I {:) Voyez la partie à gauche du corselet de la pl. E. (3) Voyez la pl. III fig. 2, et la pl, IV fig, 1. (4) Voyez la pl. LL fig. 2 b 6. |

PAR M. JURINE. 3x

Dès que le muscle que viens de décrire, a ses attaches fixes situées plus bas que son point mobile, il doit, par ses contractions , faire baisser la base de l'aile , en soulever l'extrémité , et faciliter l'exécution des mouvemens oscillatoires particuliers à ‘ces organes.

Le second muscle, beaucoup moins long que le précédent , est simple ; sa partie charnue est fixée dans la cavité thorachique latérale, et son tendon se termine à l’osselet que j'ai désigné sous le nom de petit huméral, à cause de son articulation avec l’huméral (1).

Le troisième muscle , qui ressemble au précédent , se trouve couché à côté, et un peu plus en arrière; son tendon va se nicher sous l’échancrure semi-lunaire de los cubital inférieur (2) qu'il ne faut pas confondre avec le supérieur , ou le grand cubital, qui s’articule directement avec le cubitus. Ces deux muscles font exécuter à l'aile des mouvemens de bascule, et en abaissent le bord antérieur.

Après avoir décrit ces muscles, il ne me reste, pour terminer ce qui concerne la grande aile, qu’à expliquer comment s'articule avec elle lhumérus , et l'extrémité de l’écusson supérieur.

La longue apophyse de l’écusson , celle à laquelle tient le muscle, entre dans la cavité qu'on remarque à la face

nee nne nRee SE D SO d (1) Voyez la pl. IT fig. 2 d, (2) Voyez la pl. IL fig. 2 g.

interne d’un osselet crochu que je nommerai grand hu méral, et son échancrure embrasse sa Lige- (1). Quant au: muscle de l’écusson, il recouvre en grand partie les deux derniers. dont je viens de parler, et ce n’est qu'après: lavoir enlevé qu’on peut les voir à découvert.

À côté de l’osselet huméral et postérieurement, on en voit un autre petit qui y est fortement uni , et que j'ai nommé naviculaire , parce qu'il ressemble à une nacelle retournée (2). Cet os a, dans sa face postérieure , deux cavités, dont l’une reçoit la tête de l’humérus, et l'autre Fextrémité de l'es corné, de sorte que cet osselet communique directement à l'aile les mouvemens qui lui sont imprimés par l'os du bras et Par le jeu. des os de la poitrine:

Si les osselets de l'aile postérieure sont moins grands que ceux de l’antérieure, la figure n’en est pas moins bizarre et irrégulière. Le: premier de ces osselets, l’échancré (3) est, comme le petit radial , recouvert d’une forte membrane. De: sa: face interne part un Îong muscle divisé en deux portions , soit à son extrémité charnue , soit à sa tendineuse , et qui va s'implanter à la ligne de’séparation entre la cavité thorachique latérale et la postérieure.

Le second ésselet, le scutellaire (4), s'articule pas ses

(1) Voyez la p: IT fig. 2 e.

(2) Voyez id, . . . k.

(3) Voyez la pl. IV fig. 1 à (4) Voyez id... .c.

PAR M. JURINE. : 33:

deux faces et par sa tête arondie, avec l’extrémité de Vécusson inférieur.

Le troisième osselet, le déadémal (1), est mu par un muscle qui s’insère derrière le muscle précédent; son tendon, fort alongé, est osseux près de son insertion à losselet, et là il reçoit un autre petit muscle dont les fibres sont disposées en demi-cercle..

Le quatrième osselet, le fourchu (2), a aussi un muscle dont les fibres rayonnent autour d’un tendon commun, également fortifié par une substance osseuse. Ce muscle s’insère dans la: cavité thorachique postérieure.

Le cinquième osselet, le plus petit de tous , se trouve: isolé à la base de l'aile; à cause de sa figure je l’ai nommé la massue , et il me serait diflicile d’en assigner les usages (3).

Quoique j'ai parlé, dans le cours de ce Mémoire , des: Hyménoptères en général , je dois cependant prévenir que mes dissections se sont. bornées à de gros individus de genres différens, comme les bourdons, les scolies, les guêpes , les sirex, etc. J'ai répété souvent les mêmes dissections, n’ayant voulu en adopter les résultats qu'après avoir écarté tous les doutes. |

Maintenant que nous connaissons l’admirable structure

ot qr * | (1) Voyez la pl. IV fig. 1 d.

(2) Voyez id... .e.

(3) Voyez'id.. . .f.

QT

et l'articulation des ailes des Hyménoptères, le nombre et la disposition de leurs forces motrices , ce ne sera pas sans élonnement que nous verrons un assez grand nombre de femelles totalement privées de ces organes; et, ce qui nous paraîtra plus surprenant encore, sera de voir d’autres femelles pour qui les ailes semblent n'être que des voiles empruntées par l'amour , et qu’elles abandonnent dès qu’il est satisfait. Plus on réfléchit sur ce qui se passe chez les fourmis femelles, moins on comprend comment l’accouplement et ses suites peuvent réagir sur des membres qui n’ont aucun rapport avec les organes de la génération, et faciliter la chûte de leurs ailes , malgré les forts liens qui les unissent au corps. |

Page 1