‹ Observations sur les ascidies composées des côtes de la MancheChapitre 10 sur 15 · G6 OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

G6 OBSERVATIONS

supérieur et uu post-abdomen (i) ; mais elle se fait remarquer aussi par plusieurs particularités anatomicjues, telles que le grand développement del'appai^eil générateur (2), et la position du cœur à l'extrémité inférieure du corps (3). Elle est nombreuse eu espèces , et se laisse diviser en deux sections naturelles, lecounaissables au mode de conformation de l'orifice anal. Chez les uns, cette ouverture est entourée d'une couronne régulière de rayons ou lobules marginaux, et ressemble exactement à la bouche; chez les autres, l'anus ne ressemble nullement à cette dernière ouverture, et n'est pas rayonné, ou du moins n'est garni que de lobules marginaux iri^éguliers. Le premier de ces groupes, que l'on pourrait désigner sous le nom de PolycUniens bistellés , ne se compose que du genre Sigelline de M. Savigny (4); le second, que j'a|)pellerai la division des PolycUniens unistellés , comprend les genres Polycline , Aplide, Sidnie et Synoique du même auteur.

Je n'ai rencontré sur nos côtes aucune espèce de Polyclinienbistellé ; les Polycliniens unistellés y sont , au contraire, extrêmement communs, et ce n'est pas sans surprise que j'ai vu que presque tous ceux-ci ne pouvaient se ranger dans aucun des genres établis par M. Savigny. En effet , la jjlupart de ces Ascidies ressemblent exactement aux Aplides et aux Synoiques par la conformation générale de leur corps; mais leur anus, au lieu de s'ouvrir dii^ectement au dehors, comme chez ces animaux , débouche dans une sorte de cloaque com-

(i) A,B,C,fig. I, pi. :i

(2) q,p,H- l'Pi- ^•

(3) o, fig. I, pi. 3.

(4) Op. cit., page !;8.

mun, qui appartient à un grand nombre d'individus , et qui affecte la forme d'un gros canal creusé dans la masse commune, presque toujours ramifié inférieurement et terminé à son extrémité opposée par un grand orifice excréteur (i); sous ce rapport ils se rapprochent des Polyclines(2), mais ils en diffèrent par la conformation de leur post-abdomen et de leur cellule tégumentaire : celle-ci ne forme pas trois loges superposées ; disposition qui rend l'extraction du corps de l'animal renfermé dans son intérieur , très-difficile , à moins de rupture, et qui a valu aux Polyclines le nom qu'elles portent ; elle ne constitue qu une seule chambre, d'où le corps tout entier s'échappe facilement sans se rompre, pour peu qu'on la comprime, et le post-abdomen, au lieu d'être pédicule et fixé à la partie latérale de l'abdomen supérieur, comme chez ces animaux (3), fait suite à l'abdomen supérieur, comme chez les Aplides (4). Il me paraît , par conséquent , nécessaire de placer ces Polycliniens aplidiformes et à cloaques communs, dans une division générique particulière; et pour rappeler la disposition curieuse de leur cloaque commun, que l'on ne peut mieux comparer qu'à un égout rameux , je proposerai de désigner ce genre nouveau sous le nom

d'AMAROUQUE.

Une de ces Amarouques, qui me paraît nouvelle pour la science et que je nommerai amarouque prolifère (5),

(i) PI. i,fig.4% 5".

(2) PI. 3, fig. 4.

(3) PI. 3, fig. 4'.

(4) PI. 3, fig. I, etc.

(5) Amaroucium proliferum Nob. PI. i, fig. 3.

G8 OBSERVATIONS ('-i84)

est très-commune aux environs de Saint-V aast-la-Houerue , et se trouve adhérente aux rochers bien abrités vers la limite des basses eaux. Elle constitue des masses épaisses et charnues, dont la couleur est le plus ordinairement jaunâtre , avec des taches allongées d'une teinte jaune roui^eàtre, répandues principalement près de leur surface supérieure; mais je crois que, sous ce rapport, elle peut varier; car j'en ai trouvé dont la couleur générale était d'un rouge assez intense, sans qu'elles m'aient offert, du reste, aucun caractère ]>ropre à les distinguer des premières. Quelquefois, on remarque aussi dans la substance de ces Amarouques, un grand nombre de points arrondis d'une teinte brune, tirant sur le vert ou sur l'orangé; mais ces taches ne sont qu'accidentelles, et dépendent de la présence de petits bols de matière fécale ou d'œufs prêts à éclore. La tbrme générale des masses que constituent ces Ascidies composées, varie aussi , et ces difléreuces me paraissent dépendre de la nature des localités oii elles se sont développées : tantôt elles s'étalent sans s'élever beaucoup , de façon à ressembler à une croûte épaisse, arrondie en dessons, et peu ou point lobulée(i) ; d'autres fois, elles s'allongent beaucoup, deviennent snlipédiculées , et offrent souvent des divisions profondes , qui les partagent en plusieurs lobules digitiformes , plus ou moins distincts (2). Or, la première de ces deux variétés se rencontre d'ordinaire à la surface supérieure de quelque corps sous-marin, tandis que je n ai observé la seconde cpie lorsque ces animaux croissent à la surface inférieure de quel-

(i) PI. .,fig. :^".

(2) PI. I, fig. 3, et pi. 3, fig. 2.

(285) SUR LES ASCIDIES COMPOSEES. 6g

que portion saillante de rocher, de façon à y être pendants et à se trouver dans la position inverse des premières. Le tissu tégumentaire commun est mou et peu coriace , si ce n'estvers la base des masses , où il acquiert souvent une consistance très-grande. Les individus qui s'y trouvent empâtés se distinguent facilement à la couleur rougeâtre de leur thorax, et produisent les taches allongées dont il a déjà été question ; ils sont groupés sans ordre apparent autour d'un ou de plusieurs cloaques communs, et les systèmes qu'ils forment ainsi , n'ont pas de circonscription appréciable. Pendant la vie, les orifices fécaux par lesquels ces cloaques communs débouchent au dehors, sont béants et s'aperçoivent aisément; leur forme est arrondie et leurs bords épais : mais après la mort, ils se contractent, ou bien leurs bords s'affaissent, de façon qu'il est souvent très-difficile d'en constater l'existence. Enfin, lorsque ces petits animaux dilatent leur bouche , la partie supérieure de leur corps s'élève de façon à bosseler légèrement la surface générale de la masse, et ils font saillir au dehors une couronne membraneuse, dont le bord libre est découpé en six lobules réguliers (i) ; dans l'intérieur de l'orifice buccal et vers le bord inférieur de cette couronne, on distingue aussi , à l'aide de la loupe, une série de petits filaments tentaculaires, ([ui se dirigent vers le centre de l'ouverture, comme les rayons d'une roue, et qui sont ordinairement au nombre de neuf ou dix, mais diffèrent beaucoup entre eux par leur longueur, les uns étant presque rudimentaires , tandis que les autres, alternant avec les premiers, sont assez longs pour se rencontrer.

(i) PI. 3, fig. 2*.

JO OBSERVATIONS (a86)

Ainsi (jue je lai déjà dit, la conf'orniatioii individuelle de ces Ascidies est essentiellement la même que celle des Aplides, si bien étudiée par M. Savigny(i), et ressemble beaucoupà celle des Clavelines, dont il a été traité longuement dans les paragraphes précédents ; il est seulement à noter que chez les Amarouques, de même que chez toutes les autres Ascidies composées , la tunique externe est représentée par le tissu tégumentaire commun à toute l'association, de façon que c'est l'analogue de la tunique interne des Clavelines qui constitue la première enveloppe particulière du corps; du reste, cette tunique présente aussi des traces de fibres musculaires, et affecte la forme d'un long sac, dont l'extrémité supérieure est occupée par la bouche et l'anus (2). Ces deux orifices sont placés à peu près de même que chez les Clavelines; mais les bords du premier sont lobules, et le second est surmonté d'une languette membraneuse (3) , qui est dirigée horizontalement en arrière et qui concourtà former la voûte du cloaque commun. Entre ces deux ouvertures, on remarque aussi un petit tubercule gangliforme (4); et la disposition du thorax ne présente rien de nouveau , si ce n'est que le sac branchial , de couleur rouge orangé, n'est garni que de dix ou onze rangées transversales de fentes intervasculaires , et que la crête correspondante au bord antérieur du sinus branchial paraît être dépourvue de languettes membraneuses. L'abdomen, comme je l'ai déjà dit, est divisé en deux ])ortions, dont l'une courte

[i) Op. cit. PI. 16 et 17.

(2) PL 3, fig. 2°.

(3) i% fig. 2% pi. 3.

(4) J, fig. a», pi. 3.

(287) SU" lES ASCIDIES COMPOSÉES. 7I

et arrondie, n'est séparée du thorax que par un léger étranglement et loge l'appareil digestif. L'œsophage est très-court, etrestomac(i) qui y fait suite, et qui est de couleur jaune, est marqué d'une série de plis verticaux , dont les bords, examinés au microscope , paraissent être garnis de follicules sécréteurs. L'intestin se divise en trois portions, comme chez les Clavelines, et ne présente rien de particulier, si ce n'est que le rectum remonte jusque vers le milieu du cloaque, i i'abdomen inférieur fait suite à l'extrémité inférieure de l'abdomen supérieur, et n'en est ordinairement que peu distinct; il est au moins deux fois aussi long que le thorax, et se termine par deux petits prolongements coniques. Une masse blanchâtre , formée par les vésicules testiculaires et par l'ovaire , en occupe presque tout l'intérieur , et donne naissance à un conduit fdiforme , qui remonte latéralement entre l'intestin et l'estomac , pour aller déboucher dans le cloaque; la portion inférieure de cette masse viscérale est formée principalement par le testicule , et en automne se trouve gorgée de zoospermes ; l'ovaire paraît en occuper la partie supérieure, et dans ce point on voit souvent des œufs assez volumineux (2) , dont les uns sont blanchâtres, les autres jaunes, et d'autres encore de couleur brune. Enfin, le cœur est situé au-dessous de l'appareil générateur , à l'extrémité inférieure du corps , et a la forme d'un tube membraneux recourbé sur lui-même en manière d'anse (3).

Une autre Amarouque, qui est très-voisine de la précédente,

(i) /, fig. 2", pi. 3 (a) p, fig. 2°, pi. 3.

(3) o,fig. 2", pi. 3.

mais qui me paraît devoir en être distinguée spécifiquement, se trouve également au milieu des rochers de Tatihou, et se fait remarquer par sa couleur blanche. Elle se présente aussi sous la forme de petites masses subcartilagineuses, tantôt arrondies et un peu déprimées ( i ), tantôt subpédiculées , lobulées et plus ou moins renflées vers le bout (2), suivant qu'elle repose sur un corps solide et qu'elle s'est, pour ainsi dire, tassée en se développant, ou bien que, étant suspendue par son extrémité basilaire sous quelque voûte naturelle , elle s'est beaucoup allongée en prenant de l'accroissement. La teinte générale de ses masses est légèrement grisâtre, et au lieu des taches rouges ou jaunes qui , dans l'espèce précédente , marquent les places occupées par les divers individus , on remarque ici des taches presque incolores et semi-transparentes ; quelquefois on distingue aussi à travers le tissu commun une ou deux grosses taches jaunes, situées assez profondément; mais elles ne sont pas permanentes et dépendent seulement de la présence de quelque amas d'œufs vers le fond des cloaques communs. D'après cela, on peut prévoir que le thorax de ces animaux ne peut être coloré comme chez l'Amarouque prolifère. En effet , il est incolore et transparent , et l'estomac n'est aussi que faiblement teinté. Dans tous les individus que j'ai examinés, la languette membraneuse placée au-dessus de l'anus, m'a offert trois divisions lobulaires , disposition que je n'ai jamais aperçue chez l'Amarouque prolifère; enfin , le post-abdomen était plus grêle que dans l'espèce précédente; mais, du reste, la structure de cette Ascidie, à laquelle je

(i)Pl. I, fig. 3' X.

(2) PI. i,fi§. 3'©.

(aHt)) SUU I,ES ASCIDIES COMPOSÉES. 78

donne le nom cI'amarouque blanchatre(i), ne m'a offert rien de particulier.

C'est aussi dans cette division généric[ue que doit se placer une autre Ascidie composée, cpi'au premier abord on pourrait facilement prendre pour un Botrylle; elle forme des masses encroûtantes assez épaisses, mais toujours beaucoup plus larges que hautes, dont la teinte générale est d'un rose tendre tirant sur le jaune vers le bas (2). Ici les groupes ou systèmes d'individus réunis autour d'un cloaque commun sont peu nondjreux , et sont en général disposés sur un seul rang, de façon à représenter une ellipse plus ou moins allongée (3); ces systèmes ont en même temps une circonscription bien distincte, et la même masse en renferme presque toujours plusieurs. En général , l'orifice du cloaque commun n'occupe pas le centre de ces groupes , mais se trouve presque à l'une de leurs extrémités, et communicjue avec les individus situés à l'autre bout du groupe, à l'aide d'un canal intérieur; ses bords sont minces et s'étendent un peu en forme de cône tronqué. L'ouverture orale de ces Ascidies est peu saillante, et les lobes de sa bordure membraneuse sont obtus et de couleur blanchâtre, de façon qu'ils constituent autour de la bouche un cercle de six taches arrondies, dont la blancheur contraste avec la teinte rose du fond ; le cercle tentaculaire situé au fond de cette ouverture est plus développé que dans les espèces précédentes; on y compte douze filaments, dont six grands et six petits. Une strie blanchâtre se prolonge aussi du voisinage

(i) Aniarouciiim ulbicans h oh.

(2) Amarouciiiin Nordmannii. PI. i, fig. 5.

(3) PI. 1, fig. 5°.

-74 OBSERVATiOA'S ('-^QO)

de la bouclie vers le cloaque commun , et une seconde de même teinte se voit du côté opposé et correspond à la ligne ventrale du thorax. Le tissu tégumentairecommunest jaunâtre, et la couleur rose qui domine dans la partie supérieure de la masse dépend principalement de la teinte de la portion thoracique du corps de ces Ascidiens. La forme générale de ceuxci est plus trapue que dans les espèces précédentes {i);\e sac branchial est garni de douze rangées de lamelles vasculaii^es; l'œsophage est très-court, l'estomac est ridé comme chez l'Amarouque prolifère; enfin, le post-abdomen est gros et trèscourt. J'ai rencontré cette espèce à Roscoff , aux îles Chausay et à la Hougue; mais elle ne m'a jamais paru être très-connue; je la désignerai sous le nom d'AMAROUQUE de Nordmann, eu l'honneur de l'habile zoologiste qui se trouvait avec moi à r^a Hougue lorsque je faisais l'anatomie de ce Tiinicier.

Une quatrième esjîèce de Polyclinien unistelié habite également les côtes de la Hougue , des îles Chausay, etc., et semble se rapprocher des Synoiques de Phipps (2), tant les petites niasses qu'elle constitue s'allongent et deviennent pédiculées, quand elles se trouvent suspendues à la face inférieure de quelque partie saillante d'un rocher ou sous quelque grosse pierre dont la base ne touche pas le sol; elles sont alors tout à fait claviformes (3); mais lorsque leur corps se développe contre l'effet de la pesanteur, elles s'élargissent davantage et ne sont plus pédiculées. Si l'on poussait les divisions

(i) PI. 3, fig. 3 et 3°.

(2) V^oyage au pâle boréal. Pi. i3, fig. 3. — Savigny, op. cit., page 180. PI. 3, fig. 3, et pi. i5.

(3) Ainaroucium argus Nol>. PI. i, fig. 4-

génériques aussi loin que l'a fait M. Savigny, il faudrait former un genre nouveau pour cette Ascidie, car tout en ressemblant aux Amarouques ordinaires par les principaux traits de on organisation, elle eu diffère par une particularité analogue à celle sur laquelle repose la distinction établie par ce savant entre ses Aplides et ses Sidnies. En effet, les parois de l'estomac présentent, au lieu de plis longitudinaux, une multitude de petits compartiments qui ont l'aspect d'alvéoles et qui paraissent être garnis tout autour de lamelles ou replis rayonnants (i). Mais si l'on descendait à des caractères de cet ordre pour en faire la base des divisions génériques, on serait conduit à multiplier inutilement ces coupes et on rendrait les déterminations d'une difficulté extrême. Je rangerai, par conséquent, cette espèce dans le même genre que les précédentes, et je la désignerai sous le nom d'AMAROUQUE argus. Sa couleur générale est d'un jaune olivâtre vers la base de la masse comnuine,et tirant sur l'orangé vers son extrémité libre; mais sa surface terminale ( ou buccale ) est presque blanche et présente une multitude de petits points roses. Les individus sont groupés à peu près circulairement autour d'un cloaque conmiun (2); en général ils forment ainsi plusieurs rangées irrégulières, et il n'existe qu'un seul de ces systèmes par masse; mais quelquefois on en trouve deux ou un plus grand nombre, et alors la circonscription de ceux-ci est peu distincte. Chaque individu fait une saillie considérable à la surface de la niasse commune, et le bord de l'ouverture buccale est profondément divisé en six lobes à peu près triangulaires.

(i) PI. 3, lig. I, I", 1'.

(2) PI. I, fig. 4°.

jG OBSERVATIONS (^-9^)

C'est autour de la base de cette couronne denticulée que se trouvent les petites taches roses dont il a déjà été question; on en conqjte quatre pour chaque animal, et si les opinions de M. Ehrenberg, relatives à la nature des points colorés dont un grand nombre de zoophytes sont pourvus, venaient à être confii-mées, il faudrait considérer aussi ces taches comme étant des points ocuUf ormes . Quant à la structure individuelle de ces animaux, elle n'offre du reste aucune particularité inqiortante;le thorax (ij est conformé de même que dans les espèces précédentes; seulement il n'est pas coloré, et le sac branchial n'offre que dix rangées de stigmates ou fentes intervasculaires; l'œsophage est rougeâtre; l'estomac est fortement coloré en jaune; la première portion de l'intestin ou duodénum est grisâtre, et la seconde portion ou le ventricule chyliKque est rouge comme l'œsophage , tandis que le l'ectum est de nouveau presque incolore; enfin le post-abdomen est gros et a le plus ordinairement environ une fois et demie la longueur du thorax.

Les PoLYCLiNEs proprement dites, qui jusqu'ici n'avaiejit été rencontrées que dans des mers plus chaudes, sont représentées aux environs de la Hougue par une espèce que je ne vois décrite dans aucun ouvrage et que je désignerai sous le nom de Polycline orange, à raison de sa forme arrondie et de sa couleur jaune foncé. Cette espèce nouvelle (2) constitue de petites masses plus ou moins sphériques qui sont

(i) PI. 3, fig. I.

(2) Polyclinum aurantium Nob. PI. 1, fig. 6.

(ayS) SUR LES ASCIDIES COMPOSÉES. 77

fixées aux rochers par un pédoncule court et gros^, et qui, vues à l'œil nu, ne laissent pas distinguer les animaux dont elles se composent; mais eu les examinant à l'aide d'une forte loupe , on distingue à leur surface une multitude de petits trous rangés par séries linéaires, de façon à représenter un nombre considérable d'ellipses groupées autour d'un trou central assez grand pour être facilement aperçu sans le secours d'une lentille (i); ces espèces de pores sont les bouches d'autant d'animaux réunis en une masse commune, et le trou central dont il vient d'être question est le cloaque commun dans lequel viennent déboucher les ouvertures anales de toutes les Ascidies groupées àl'entour.Quelquefois la masse tout entière n'offre qu'un seul de ces groupes ou systèmes; mais, en général, on y reconnaît plusieurs groupes pourvus chacun de leur cloaque commun. La bouche est très-contractile et entourée d'une bordure membraneuse qui , lors de la dilatation de cet orifice, s'élève en manière de couronne, et qui porte sur son bord libre six petits prolongements digitiformes trèscourts (2), mais n'est pas profondément lobulée comme dans les espèces figurées par M. Savigny. Le tissu tégumentaire qui constitue la portion commune de ces agrégations, et qui peut être comparé au polypier des polypes agrégés, est d'une consistance coriace, et laisse pour chaque individu une sorte de loge divisée en trois chambres par des étranglements; caractère qui est commun à toutes les espèces du genre Polycline et qui lui a valu le nom qu'il porte. Quant à la con-

(i) PI. 3, fig. 4.

(.) PI. 3, fig. 4".

fonuation individuelle de ces Ascidies, elle ne s'éloigne que ]3eu de celle des espèces si bien étudiées par M. Savigny (i). Le corps (2) est divisé comme d'ordinaire en trois portions bien distinctes, qui correspondent aux trois cellules superposées dont nous venons de parler : lui thorax , un abdomen supérieur et un abdomen inférieur ou post-abdomen. Le thorax est moins allongé que dans la plupart des Polyclines, et le sac respiratoire qui en occupe l'intérieur n'offre que treize rangées de fentes branchiales ; l'abdomen supérieur n'est séparé du thorax que par un rétrécissement faible et de peu d'étendue; enfin le post-abdomen est attaché à la partie latérale de l'abdomen supérieur par un pédoncule étroit; disposition qui constitue un des traits caractéristiques du geni^e , et il est seulement à noter que cette portion inférieure du corps est beaucoup plus allongée que dans toutes les autres espèces du même groupe. Si l'on compare notre Polycline orange avec les espèces dont l'organisation intérieure nous est connue par les observations de nos prédécesseurs, on verra que c'est avec une espèce propre aux côtes de lîle de France , la Polycline constellée (3) , qu'elle a le plus de ressemblance; mais elle s'en distingue par des caractères importants.

La TRIBU DES DiDEMNiENS cst formée , ainsi que nous 1 a-

(i) Op. cit. PI. 18 et 19,

(2) PI. 3, fig. 4'.

(3) Savigny, Op. cit., page 189. PI. 4j fig- 2, et pi. 18, fig. i.

(295) SUR LES ASCIDIES COMPOSEES. ^y

vons déjà dit , de toutes les Ascidies composées , dont le corps est bien distinctement divisé en deux portions , un thorax et un abdomen (1) ; elle se rapproche extrêmement des Clavelines, et se distingue de la tribu des Polycliniens par l'absence d'un post-abdomen et par la position de l'appareil de la génération et du cœur, qui se trouvent remontés à côté de l'intestin.

Ces animaux présentent entre eux des différences analogues à celles d'après lesquelles j'ai divisé la tribu des Polycliniens, et me semblent devoir être également répartis en deux groupes, suivant que l'anus est étoile comme la bouche ou bien dépourvu d'une couronne de lobules marginaux. La première de ces divisions , c|ue l'on pourrait appeler celle des Didemniens bistellés, conqirend les Distomes et les Diazones , par lesquels le passage s'établit entre les Clavelines et les Ascidies composées ; la seconde division, celle des Didemniens unistellés, a pour type les genres Didemne et Euc.ielie de M. Savigny.

Le genre diuemne (2), comme on le sait, est caractérisé par l'existence des rayons réguliers autour de l'ouvertui^e branchiale, l'absence de cavités centrales pour les divers systèmes d'animaux (ou de cloaques communs), et parla conformation de la masse commune, qui est sessile, fongueuse et incrustante. Je crois devoir y rapporter une Ascidie que j'ai trouvée sur des serpules , en draguant , près des îles Saint-Marcouff, et que je nommerai didemne gélatineux (3).

(1) PI. 7, fig. 5% 5^ etc.; pi. 8, 1% 2".

(2) Savigny, Op. cit., page i38 et ig4-

(3) Didcrnnuni gelât inosum Nob. PI. 7, fig. 5.

8o OBSERVATIO^S {^^C)^)

Elle se présente sous la forme d'une croûte mince , visqueuse et incolore , dans l'épaisseur de laquelle se voient une multitude de petits points jaunes, produits par les animaux qui s'y trouvent réunis, sans présenter entre eux aucun ordre appréciable. Ceux-ci (i) ont le bord de la bouche divisé en six petits lobes obtus , et ont l'ouverture anale située tout auprès; le thorax est gros et n'ofïre que cinq rangées transversales de stigmates branchiaux ; l'abdomen est séparé du thorax par un jjédicule bien marqué , et se replie contre son extrémité inférieure ; il n'y a pas de post-abdomen distinct , et l'ovaire , placé sur le côté de l'anse intestinale , ne le dépasse bien notablement en dessous que lorsque les œufs sont très-développés. Ceux-ci acquièrent des dimensions très-considérables et paraissent quelquefois prêts à rompre les membranes dont ils sont recîouverts, et à s'échapper dans la masse tégumentaire commune (2). Enlin , on voit aussi chez beaucoup de ces animaux des bourgeons reproducteurs , qui naissent de divers points de la surface de l'abdomen , et qui , d'abord radiciformes , se renflent bientôt à leur extrémité (3). La plupart des espèces de Didemniens (}ue j'ai rencontrées sur les côtes de la Manche, offrent bien , comme la précédente, la conformation générale propre au genre Didemne de M. Savigny, mais s'en distinguent, ainsi que du genre Eucielie , par un caractère que j'ai déjà signalé chez, certains Polycliniens : l'orifice anal, au lieu de s'ouvrir

(i) PI. 5, fig. 5^ etc.

(2) PI. 7, fig. 5", 5^

(3) <', fig. 5'' et 5', pi. 7.

(297) SUR LES ASCIDIES COMPOSEES. 8l

isolément à la surface externe de la masse commune , dél)Ouche dans des cloaques communs , plus ou moins rameux , de la même manière que chez les Amarouques. Or, les Didemniens qui offrent ce mode de conformation, ne peuvent évidemment prendre place dans aucune division déjà établie, et je proposerai de les réunir en un genre particulier, auquel je donnerai le nom de leptocline, à raison de la minceur de la masse commune , servant de lit à ces petits êtres.

Une des espèces les plus communes et les plus remarquables de ce genre, est le leptocline maculé (i), qui se trouve ordinairement sur les pieds des grandes laminaires des côtes de la Manche. Elle se présente sous la forme d'une croûte mince, mais dure et très-coriace, agréablement variée de blanc et de violet. Sa surface est quelquefois un peu bosselée, et on y remarque un grand nombre de stries irrégulières, de couleur brune ou violacée, qui paraissent correspondre aux canaux par lesquels les différents individus d'un même système communiquent avec les cloaques conununs. La substance du tissu commun est farcie de granules calcaires , qui, vus à l'aide d'une loujje ordinaire , paraissent être de petites conci'étions sphériques, mais qui sont seulement des agrégations de petits cristaux pyramidaux, réunis par leur base, de façon à représenter une étoile à plusieurs rayons , surmontée sur chacune de ses faces d'un groupe d'autres rayons semblables aux premiers, quoique plus petits (2); pour s'en assurer , il

(i) Leptocliniim ninculosum JSob., pi. 8, fig. 2. (2) PI. 8, fig. iK

g.j OBSERVATIONS (298)

suffit d'isoler quelques-uns de ces granules et de les examiner au microscope. Les ouvertures buccales sont disposées à peu près en quinconce et deviennent presque imperceptibles lors de leur contraction ; mais lorsqu'elles se dilatent , elles sont assez grandes, et leur bord membraneux et légèrement saillant se découpe en six lobules arrondis. Quant à la structure intérieure des individus réunis par ce tissu tégunientaire commun , elle est essentiellement la même que celle des Dideraniens , ainsi qu'on peut le voir par les figures jointes à ce mémoire (i).

.le désignerai sous le nom de leptocline uude (2), un autre Didemnien qui est très-voisin de l'espèce précédente, et qui peut-être même n'en est qu'une variété , mais qui en diffère par l'existence d'un gros tubercule conique, situé auprès de chacun des orifices buccaux, dont la surface de la masse commune est parsemée ; cette masse présente , du reste, la même conformation que chez le I;eptocline maculé : il est seulement à noter que sa couleur est en général blanchâtre. On trouve le Leptocline rude dans les mêmes localités que l'espèce précédente.

Une troisième espèce de Leptocline, qui ressemble aux deux précédentes , par la minceur et la consistance des croiites qu'elle forme, se reconnaît à sa couleur uniforme d'un jaune chamois. Elle se trouve adhérente aux pierres qui bordent l'île de Tatihou , et je la désignerai sous le nom de leptocline coriace (3). Les orifices buccaux sont plus rap-

(i) P1.8,fig. 2".

(2) Leptoclinum aspenim ]\oh., pi. 8 , tig. 3 , 3°

(3) Lepivclinum durum Nob., pi. 8, fig. 4) 4° ■

proches que dans l'espèce précédente et plus profondément lobules; ces orifices sont garnis d'une bordure membraneuse, divisée en six dents qui s'élèvent quelquefois en manière de couronne, ainsi que cela se voit en <7 dans la fig.4%pl-8. Mais, en général, cette bordure ne saille pas au dehors, et alors l'ouverture buccale paraît avoir seulement des bords épais, et divisés en six lobes arrondis (comme en b, dans la figure déjà citée). Quant aux animaux, considérés individuellement, ils ne m'ont offert rien de particulier, si ce n'est que le pédicule situé entre le thorax et l'abdomen est plus court que dans le Leptocline maculé.

Une quatrième espèce, qui se trouve dans les mêmes localités que les précédentes, est le leptocune éclatant (i), que je nomme ainsi à cause de sa belle couleur d'un rouge de Saturne ; elle ressemble du reste beaucoup à l'espèce précédente.

Enfin, j'appellerai leptocline gélatineux (a), une cinquième espèce qui se distingue facilement des précédentes par la consistance gélatineuse et la semi-transparence de son tissu tégumentaire commun. Les individus , ayant les viscères abdominaux seuls colorés en jaune , sont rangés irrégulièrement autour des cloaques communs , et ont le bord supérieur de l'ouverture buccale profondément divisé en lobules (3) ; on aperçoit aussi autour du bord inférieur de cet orifice une série de tentacules filiformes, dont le nombre est ordinairement de douze, et dont les uns sont grands

(i) Leptoclinum fui gens Nol>., pi. 8, fig. 5.

(2) Leptoclinum gelatinosum Noh., pi. 8, fig. i, 1°.

(3) PI. 8, fig. i«.

84 OBSERVATIONS (3oo)

et les autres petits; mais sans que ces deux sortes d'appendices alternent entre eux aussi régulièrement que chez les Polyclinicns. Le sac branchial est garni de cinq rangées de l'entes stigmatiformes, et l'abdomen appliqué contre l'extrémité inférieure du thorax est à peine pédicule (i).

L'Ascidie composée, mentionnée par M. Lister (2), comme étant un Polycline appartenant évidemment à mon genre LEPTOCLINE, ressemble beaucoup à l'espèce précédente , mais s'en distingue par l'existence d'un cercle de taches autour de l'orifice buccal, disposition qui n'existe pas chez le Lep-

tocline gélatineux.

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