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La TRIBU DES BoTRYLLiENS Comprend les Ascidies comjjosées qui, réunies par systèmes autour de cloaques communs, n'ont pas le corps divisé en un thorax et un abdomen distincts; les viscères étant refoulés en avant sur le côté de la chambre branchiale (3).
Jusqu'ici toutes les Ascidies composées qui présentent ces caractères ont été réunies en un seul geni^e , celui des Botrylles ; mais dans l'état actuel de la science il me paraîtrait utile d'en former deux groupes génériques, car on y remarque des différences considérables que la classification me semble
(i) P!. 8, fig. i' et i\
(2) Philos. T/ans., 1 834, part. ^L page 382, pi. i2,lig. i. Je proposerai de dédier cette espèce à robservateur judicieux qui l'a fait connaître ; on pourniit par conséquent la nommer LeptocUnum Listerianum.
(3) PI. 6 et pi. 7, fig. I à 4.
r3oi) SUR J.ES ASCIDIES COMPOSEES. 85
devoir signaler. Effectivement, chez les uns (i), les divers individus composant chaque système, sont réunis en cercle ou en ovale autour d'un cloaque commun, simple et en forme de fossette à bords relevés, d'où résulte pour chacune de ces aaréaations la forme d'une étoile à plusieurs branches ; chez les autres (2), les cloaques se continuent dans la masse commune sous la forme de canaux intérieurs, de chaque côté desquels les individus se trouvent rangés en séries linéaires , de sorte que l'aspect étoile ne se retrouve plus dans les systèmes ainsi disposés. Il est aussi à noter que chez les premiers, auxquels il convient de conserver le nom de Botrylle, le corps de ces petits animaux est couché presque horizontalement, et l'anus est très-éloigné de la bouche (3), tandis que chez les seconds, dont je proposerai de former le genre Botrylloîde, le corps est placé presque verticalement , et les deux orifices sont très-rapprochés l'un de l'autre (4).
L'espèce de ce dernier groupe que j'ai rencontré le plus communément sur nos côtes , est le Botrylloîde rotifère (5). Cet Ascidien vit sur les rochers et sur les fucus, aux environs de Langrune, de Saint-Vaast , etc., et se compose de systèmes irréguliers à individus très -nombreux dont la partie antérieure du corps ne s'élève que peu. Le tissu tégumentaire commun est de consistance gélatineuse et d'une teinte jaunâtre. La tunique des divers individus,
(i)Pl. 6,fig.4, 4%5, 5^6,6^7,7^ (2)P1.6,fig. I, i%2, 3,3».
(3) PI. 7, fig. 3, 4.
(4) PI. 7, fig. I et 2.
(5) Botrylloides rotifera Nob., pi 6, fig. i et i".
86 OBSERVATIONS (3o2)
ainsi réunis , n'est pas opaque et uniformément teinte en rouge comme dans un autre Botrylloïde dont j'aurai bientôt à parler, mais est semi-transparente et ornée d'une multitude de petits points rouges qui deviennent assez serrés entre eux autour de la bouche, autour du bord supérieur du sac branchial et sur la ligne correspondante aux replis longitudinaux dont ce sac est garni intérieurement ; il en résulte autour de l'ouverture buccale de chacun de ces petits êtres un double anneau ponctué de rouge, et dans l'espace compris entre ces anneaux huit lignes divergentes (jui représentent assez bien les rayons d'une roue. La ligne de démarcation entre les divers individus d'un même système, n'est pas toujours bien distincte. L'oriHce extérieur du cloaque commun est entouré immédiatement par environ six ou huit individus seulement; mais il naît de cette cavité une ou plusieurs branches latérales, de chaque côté desquelles se trouvent d'autres individus rangés avec assez de régularité, avec l'extrémité anale dirigée en dedans, et vers le centre commun du système. L'orifice buccal de ces animaux est grand, et présente en dedans un cercle de filaments tentaculiformes dont quatre sont toujours assez développés, tandis que les autres, en nombre variable, sont toujours rudimentaires. Le sac respiratoire présente dix rangées verticales de stigmates branchiaux, séparés entre eux de trois en trois, par un repli vertical (i) ; on compte neuf de ces ouvertures, en forme de boutonnière, sur chaque rangée latérale, et on remarque à chacun de leurs quatre angles un petit tubercule. L'estomac est pyriforme et divisé en
(i) PI. 7, tig. I et 1", e.
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sept ou huit lobes par des sillons qui se portent horizontalement de son extrémité cardiaque vers le pylore. L'intestin est recourbé en cr., et se divise en trois portions dont la première est lisse et transparente (i) , la seconde est entourée d'un tissu granuleux (2), et la troisième (3) est de nouveau membraneuse. Une masse glandulaire (4) , qui paraît être un organe hépatique , est couchée sur le commencement de la troisième portion de l'intestin, et donne naissance à plusieurs petits canaux excréteurs qui se réunissent bientôt en un seul tronc, lequel paraît déboucher dans l'intestin près du pylore (5). Au-dessous de cet organe , et plus en arrière, on aperçoit une autre masse glandulaire qui paraît appartenir à l'appareil de la génération et qui m'a semblé donner naissance à un petit canal dirigé vers le cloaque (6). Le cœur (7) est situé latéralement et repose sur le côté cardiaque de l'estomac. Enfin la portion inférieure de la tunique propre donne naissance à des prolongements radiciformes qui s'avancent dans le tissu commun, se ramifient et portent à l'extrémité de leurs divisions des renflements pyriformes destinés à devenir de nouveaux individus (8).
Une seconde espèce appartenant à la même division générique se rencontre également aux environs de Saint- Vaast et
(l) W, fig. 1% pi. 7.
(2) /«', fig. 1-, pi. 7.
(3) m", fig. I", pi. 7.
(4) ^, fig- 1°. pi- 7-
(5) x', fig. I", pi. 7.
(6) 7, ^ fig- i°.pl-7-
(7) «jfig- i)Pl-7-
(8) ^f',fig. 1,1% i^pl. 7.
88 OBSERVATIONS (3o4)
se fait remarquer par sa couleur éclatante. Je la désignerai sous le nom de Botrylloïue rouge (i), et, pour la distinguer de l'espèce précédente, il me suffira de dire que la tunique propre de ces petits Ascidiens est opaque et partout d'un rouge de saturne très-intense. Il est aussi à noter que la circonscription des divei'S systèmes réunis dans une même masse est beaucoup plus distincte que chez le Botrylloide rotifère; que la démarcation entre les individus d'un même système est également bien apparente; que l'extrémité antérieure du corps de ceux-ci s'élève beaucoup en forme de mamelons, et que les filaments tentaculaires sont assez développés. Quant à la structure intérieure de ces animaux (2), elle ne m'a présenté rien de particulier.
.rai trouvé aussi sur les côtes de la Normandie, mais dans une localité différente (sur les rochers du Calvados, vis-à-vis le village de Langrunej, ini autre Botrylloide qui est évidemment très-voisin de ceux dont je viens de faire la description, surtout du Botrylloide rotifère, mais qui me paraît devoir en être distingué spécifiquement à cause de sa couleur blanchâtre légèrement teintée de rose, et de quelques autres caractères, tels que la grandeur des tentacules buccaux et la forme plus allongée du corps. On pourra désigner cette espèce sous le nom de Botrylloide blanchâtre (3).
Le Botrjllus Leachii de M. Savigny (4) appartient également à ce genre, et diffère des espèces précédentes par
{i\ Botrjlloides rubruin , pi. 6, fig. 3, 3".
(2) PI. 7, fig. 2.
(3) Botrjlloides albicans Nob., pi. 6, fig. 2.
(4) Op. cit., page iy9,pl. 4, fig. 6 jet pi. 20, fig. 4-
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plusieurs caractères; entre autres par le nombre beaucoup plus considérable des fentes branchiales. II me parait probable que le Botryllus rosaceus du même auteur (i) devra aussi prendre place dans cette nouvelle division généri(jue.
Nos côtes sont très-riches en Botkylles proprement dits; M. Savigny en a décrit plusieurs avec tout le soin minutieux qui distingue ses travaux, mais la plupart des espèces des côtes de la Manche me paraissent encore inédites : de ce nombre est un Botrylle qui est extrêmement commun aux environs de Saint-Vaast et qui ressendjle beaucoup au Botryllus gemmeus de M. Savigny (2).
Chez celui-ci (3) le tissu commun est d'tuie teinte brunâtre, et les étoiles assez régulières , formées par la reunion d'environ six ou huit individus en cercle aiitoiu- d'un petit cloaque commun, présentent trois zones bien distinctes; la zone extérieure, d'une teinte violacée, est formée par l'extrémité renflée de ces petits êtres et loge les orifices buccaux ; la zone moyenne, d'un jaune vif, est divisée en petits compartiments par une série de lignes violacées qui constituent pour chaque individu du système une petite étoile à six branches; enfin , la zone interne est formée par un fond violacé, parsemée de petits points jaunes qui se prononcent surtout autour de l'orifice du cloaque commun, et an-dessus la ligne médiane de chaque individu, de façon à représenter vaguement une étoile à plusieurs branches.
Dans l'espèce nouvelle, que je nommerai le Botrylle vio-
(i) Op. cit., page 198.
(^2) Op. cit., page 2o3.
(3) PI. 6, fig. 5 et 5° .
90 OBSERVATIONS (3o6)
LACÉ (1), le tissu tégiiiiientaire commun est plus pale, et la tunique propre de chacpie Ascidien, groupé comme dans l'espèce précédente, est pres([ue entièrement d'un bleu foncé tirant sur le violet; seulement autour du cloaque commun, et dans les deux tiers de l'espace com|jris entre cette ouverture et la bouche, se trouve de chaque côté de la ligne médiane une tache d'un blanc jaunâtre; il en résulte que chaque système ressemble à une double rosace dont les lobes marginaux seraient violets et les lobes intérieurs blanchâtres avec une nervure longitudinale violacée.
Dans le Botrylle violacé, ainsi que dans le Botrylle doi-é, les animaux sont de petite taille et la bouche médiocrement dilatable; les tentacules buccaux sont en même temps presque rudimentaires, de façon fju'il est très-difficile de les apercevoir, mais dans la première de ces deux espèces leur nombre paraît être plus considérable que d'ordinaire. Lorsqu'on dissèque un Botrylle violacé, on remarque aussi à droite et à gauche de l'ouverture buccale un petit tubercule gangliforme, situé à distance à peu près égale de l'extrémité supérieure du sinus ventral et du petit noyau dorsal qui semble devoir être considéré comme un ganglion nerveux (2). Le sac respiratoire , couché presque horizontalement , offre de chacpie côté neuf rangées transversales de stigmates branchiaux séparés de trois en trois par des replis longitudinaux. Enfin l'estomac est petit, et l'intestin est fortement recoin^bé en forme de c/3 renversé (3).
(i) Botryllus vio/aci'iis, pi. 6, f'ig. 4, 4"-
(2) PI. 7, fîg. y.
(3) PI. 7, (ig. 3«.
(3o7 ) SUR LES ASCIDIES COMPOSEES. gi
Je ne puis rapporter à aucune espèce décrite par les naturalistes un autre Botrylle qui se trouve également sur les fucus près de Saint-Vaast, et cpii se fait remarquer par ses belles couleurs jaune et verte. Dans cette espèce, que j'appellerai le I3otrylle émeraude (i), la disposition des systèmes est la même que chez les précédentes, mais les individus dont les groupes se composent sont beaucoup plus grands et se distinguent aussi par la dilatabilité considérable de leur ouverture buccale, au-dessous de laquelle on aperçoit facilement, à l'entrée de la cavité thoracique, une couronne de quatre tentacules fdiformes assez longs. La couleur générale de la tunique propie de chaque individu est d'un vert plus ou moins intense, et souvent fort brillant, mais le tour de la bouche est toujours très-]jâle, quelquefois même jaiuiâtre, ainsi que les tentacules buccaux, et l'espace compris entre cet oritice et le bord du cloaque commun est oci^upé presque entièrement par une grande tache pyrifornie divisée en petits compartiments par des lignes verdâtres dont une est médiane, et les autres se dirigent de celle-ci vers les côtés du corps; parmi ces dernières lignes, une, tout à fait transversale, forme avec la première une croix située à peu de distance du bord du cloaque, mais les autres, situées plus près de la bouche, rayonnent d un centre commun, de façon à représenter une étoile, et au milieu de cette étoile se trouve une tache circulaire de couleur orangée. Quant à la structure anatomique de ces Botrylles, je n'y ai aperçu rien qui soit digne de remarque [-a).
(i) BotrjUus smnragdw. Nob., \i\. 6, fig. 6, 6". (,) PI. 7, fig. 4.
()2 OBSERVATIONS (3o8)
Enfin je signalerai encore à l'attention des zoologistes une troisième espèce nouvelle de Botrylle (i) c|ue j'ai trouvée à fjangrune, et qui se reconnaît aux deux bandes jaunes étendues le long du dos de chaque individu depuis la bouche jusqu'au bord du cloacpie commun ; la couleur générale de ces animaux , qui diffère peu de celle de leur tissu tégumentaire commun, est d'un jaune verdâtre terne, tandis que les bandes dont il vient d'être question sont d'un jaune vif et représentant tout à l'entour de l'orifice fécal une série de triangles.
Dans les divers voyages que j'ai faits sur nos côtes, j'ai eu l'occasion de m'assurer de l'existence de plusieurs autres espèces nouvelles d'Ascidies composées, mais ne pouvant en donner ici des figures sans trop nuiltiplier le nombre des planches consacrées à ce mémoire, je n'ai pas cru devoir en faire la description; par la suite, j'espère pouvoir combler cette lacune et présenter aussi les résultats de mes recherches sur la structure de plusieurs animaux de la même famille, rpii n'habitent pas nos mers, et cjui me sont connus, grâce à l'activité éclairée des voyageurs dont les collections ont depuis quelques années eiu'ichi à un si haut degré le ]Muséum d'histoire naturelle. C'est alors seulement que je pourrai exposer l'ensemble des modifications que l'état actuel de nos connaissances me semble nécessiter dans la classification méthodicjue des Ascidies, car la discussion de plusieurs de ces questions serait prématurée ici.
(i) Botryllus bmttnln^ Noù., pi. 6, fig. 7, 7°.
(3o9) SUR LES ASCIDIES compose'es. g3