‹ Observations sur les ascidies composées des côtes de la MancheChapitre 3 sur 15 · B OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

B OBSERVATIONS

culation qui offre beaucoup d'analogie avec celle constatée chez les Biphores, d'ajjord par Kuhl et Van-Hasselt (i), puis par MM. Quoy et Gaimard (2). Enfin, M. Lister a aperçu aussi un mouvement circulatoire chez une Ascidie composée, qu'il range à tort dans le genre Polyclinium; mais il n'a pu déterminer la marche que le liquide nourricier suit dans le corps de cet animal. On voit par conséquent que la question de la circulation chez les Ascidies composées reste presque tout entière à résoudre.

En étudiant ces petits animaux pendant qu'ils sont encore vivants , il m'a été facile de constater que chez tous il existe un cœur très-développé.

Chez les Ascidies composées de la famille des Polycliniens, cet organe important se trouve relégué à l'extrémité inférieure du post-abdomen (3) ; il est logé dans un péricarde mince et transparent , et il affecte la forme d'un gros tube contractile, recourbé sur lui-même et l'étréci à ses deux extrémités. Chez les Didemniens, le cœur est moins allongé, et au lieu d'être placé sous l'ovaire il est logé avec cet organe à côté de l'anse formée par l'intestin. Il en est à peu près de même chez les Claveliniens (4); enfin, chez les Botrylliens il remonte encore davantage, et se montre auprès de l'estomac, près du fond du sac branchial (5). On remarquera que ces va-

(i) Extrait d'une lettre de Van Hasselt, Bulletin des sciences naturelles, de Ferrussac, tome II, page 212.

(2) Fojage de r Astrolabe , partie zoologique, tome III, page 56 1.

(3) o, fig. I, 2", 3 et 4'. pi. 3.

(4) o, fig. I, i^a" et 3; pi. 2.

(5)P1. 7;fig. !,<?. .

(223) SUR LES ASCIDIES COMPOSEES. -j

riations dans la position du cœur coïncident toujours avec des changements analogues dans la place occupée par les ovaires ; il en est encore de même chez les Ascidies simples, et c'est sans des raisons suffisantes que Cuvier a cru pouvoir admettre que, chez ces animaux, c'est la position de la bouche f[ui détermine celle du cœur. Là où les ovaires sont thoraciques, le cœur l'est également; là où les ovaires sont logés avec le tube digestif dans un aiidomen simple, le cœur est placé aussi à côté de l'intestin dans cette même cavité ; enfin, là où l'ovaire est infère et se trouve dans un post-abdomen, le cœur est également relégué dans cette portion terminale du corps.

Si l'on retire de la masse tégumentaire commune de quelque Polyclinien un individu bien vivant et qu'on le plate sous le microscope, dans un peu d'eau de mer, on étudie facilement les mouvements du cœur. On voit alors cjue ses battements se succèdent avec assez de régularité, mais ne se font pas, comme chez la plupart des animaux, brusquement et dans toute son étendue à la fois; sa contraction commence à une de ses extrémités, et l'étranglement ainsi produit se propage d'une manière ondulatoire jusqu'à l'extrémité opposée, à peu près comme les mouvements péristaltiques des intestins chez les animaux supérieurs. Pendant quelque temps, ces contractions se suivent assez rapidement et se propagent toutes dans la même direction ; à un certain moment cependant elles s'arrêtent, puis recommencent, mais en sens contraire, de façon que le sang, contenu dans cet organe et circulant dans le reste du corps, se trouve poussé alternativement dans des directions contraires.

[^e sang ainsi chassé tki cœur, tantôt d'avant en arrière,

g OBSERVATIONS (224)

tantôt d'arrière en avant, remonte vers le thorax, mais ne paraît pas y être conduit par des vaisseaux ; il se trouve répandu entre la tunique interne de l'abdomen et les viscères logés dans cette cavité, et il y forme des courants dont la position peut varier suivant que les mouvements de l'animal ou toute autre cause mécanique viennent en gêner le passage dans un point déterminé. En général, cependant, la plus grande partie du sang remonte par la face dorsale ou par la face ventrale de l'abdomen, et après avoir baigné ainsi les viscères, il gagne le fond de la cavité branchiale. Lorsque le cœur s'est contracté d'arrière en avant, le courant ascendant s'établit le long de la lixce antérieure de l'abdomen, et le sang arrive ainsi dans un large canal vertical qui occupe le devant de la cavité respiratoire, et qui pourrait être appelé le grand sinus thoracique ou ventral (i). Ce sinus médian donne naissance de chaque côté à une série de gros vaisseaux transversaux qui communiquent entre eux par une multitude de petits canaux verticaux, et qui, aprèsavoir formé delà sorteun réseau vasculaire étendu sur les parois delà cavité respiratoire (2), vont déboucher dans un autre canal vertical parallèle au grand sinus ventral, mais situé du côté opposé du thorax (3). Une portion du san^ arrive en même temps dans ce sinus dorsal {^), sans avoir traversé le réseau respiratoire, par l'intermédiaire d'un

(i)y; fig. I et I', pi. 2; fig. i, 2", 3° e\ c, pi. 3.

(2) e, fig. I, pi. 2; e, fig. I, pi. 3, etc.

[i) e , fig. I , pi. 2 , etc.

(4) Je crois nécessaire d'avertir le lecteur qu'ici, (le même que cliez les polypes, je désigne toujours sous le nom de ^o/\$.// le côté du corps sur lequel est placée l'ouverture anale.

canal qui naît de l'extrémité supérieure du grand sinus ventral, et entoure comme un anneau la base de la bouche. Enfin, la niasse tki liquide nourricier se répand entre les viscères et la tuuique interne du corps, pour descendre ensuite le long de la face dorsale de l'abdomen et gagner de nouveau le cœur. Si la circulation se faisait toujours de cette manière, elle ressemblerait assez à celle des mollusques proprement dits, et ne différerait que peu de celle que l'on croit généralement exister chez les Ascidies simples; le cœur pourrait alors être comparé à un ventricule aortique , le grand sinus thoracique à une grosse artère branchiale, et le sinus dorsal à une veine branchiale ; mais il n'en est pas ainsi , car lorsque le cœur vient à se contracter en sens opposé, c'est-à-dire, d'avant en arrière, la direction de tout le courant circulatoire change; le sang arrive aux branchies par les canaux qui auparavant recevaient ce liquide après son passage dans l'appareil respiratoire, et les vaisseaux qui remplissaient quelques instants avant les fonctions de veines, deviennent des artères. Ce singulier mode de circulation n'appartient pas exclusivement aux Polycliniens; il a déjà été constaté par M. Lister chez les Pérophores, et il offre la plus grande ressemblance avec celui que l'on connaît chez les Salpa. Je l'ai rencontré aussi chez les Botrylliens; et chez les Clavelines, il est encore plus facile à observer. Une espèce de ce dernier genre, longue de près d'un pouce et d'une grande transparence, VAscidia iepadiformis deMuller(i), me l'a montré d'une manièreadmirable, et j'en ai rendu témoin M. le professeur Nordmarui, qui a passé quelque temps avec moi sur les cotes de la Manche.

(i; Zoologia Danica, tome II, pag. 54, pi- 79, fig. 5.

lO OBSERVATIONS (22(i)

Si l'on conservait quelque doute sur l'existence d'une circulation vague ou extravasculaire dans toute la portion abdominale du corps chez les Polycliniens, cette incertitude cesserait par l'observation de la manière dont le sang se meut chez les Clavelines, surtout chez la Claveline lépadiforme et chez la Claveline naine, espèce nouvelle où l'espace compris entre la tunique interne et les viscères est plus considérable que d'ordinaire ( i ), et chez laquelle les courants , décelés par le mouvement des petits globules sphériques tenus en suspension dans le liquide nourricier, sont plus visibles.

Quant au niécanisme de cette circulation, il est très-simple. Le cœur est un tube musculaire, élastique et ouvert près de chacune de ses extrémités. Ses contractions annulaires commencent à un bout et se propagent peu à peu vers le bout opposé , de façon à pousser en avant tout le sang dont sa cavité est remplie ; à mesure que cet étranglement s'avance de la sorte, les parois de la portion du cœur laissée en arrière, se relâchent, et reprennent leur position primitive à raison de leur élasticité; alors le cœur se remplit de nouveau par l'extrémité où le mouvement péristaltique avait commencé; puis cette même extrémité se contractant une seconde lois, et la contraction se propageant comme la première vers l'extrémité opposée du cœur, pousse une nouvelle ondée de sang dans les canaux en communication avec cette dernière extrémité ; bientôt une troisième contraction progressive se manifeste, et l'effet que nous venons d'indiquer se répète; enfin, tant que le mouvement vermiculaire du cœur conserve la même direction, le sang circule dans le sens de ce mouve--

(l) PI. 2, fig. 2°.

ment; mais lorsque la contraction péristaltique de cet organe vient à s'établir en sens contraire et commence par l'extrémité où il venait auparavant se terminer, le sang se trouve poussé aussi dans une direction opposée à celle du mouvement dont il était animé ; ce liquide s'arrête alors dans les canaux oîi il coulait avec rapidité, puis il revient sur ses pas, et on voit tout le courant circulatoire se renverser. Ces changements périodiques dans la direction de la circulation ne dépendent donc que d'un changement correspondant dans la direction du mouvement péristaltique du cœur; c'est toujours par le même mécanisme que les courants en sens opposés se produisent alternativement, et on peut remarquer que les choses se passent dans le cœur de nos Ascidies à peu près de la même manière que dans l'œsophage des ruminants , chez lesquels la déglutition ou la régurgitation s'opère suivant que les contractions annulaires de ce conduit charnu se propagent de la bouche vers l'estomac, ou de l'estomac vers la bouche.

D'après les recherches de M. Délie Chiaje, on serait porté à croire que, chez les Ascidies simples, la circulation se fait d une manière toute différente; car. en injectant du mercure dans l'appareil vasculaire d'un de ces animaux , ce savant a cru y apercevoir des valvules disposées de façon à empêcher le sang de rentrer du vaisseau qu'il nomme artère aorte dans la cavité du cœur, ou de refluer de cet organe dans les conduits par lesquels il y est arrivé fi). Si cet appareil valvulaire existait, le mouvement circulatoire ne pourrait pas se ren-

(i) Memorie su/la Storia e notomia degli animali senza vertèbre del regnn di Napoli, tome III, pag. iy5.

j2 OBSERVATIONS (228)

verser périodiquement, comme cela a lieu chez les Ascidies composées, et cette particularité établirait entre ces animaux une différence importante. Mais ayant dépouillé de sa tunique externe une des Ascidies simples , les plus communes de nos côtes, VJscidia intestinalis (i), et ayant placé sous le microscope l'animal ainsi préparé, et encore bien vivant, j'ai pu me convaincre que l'ojjinion de M. Délie Chiaje n'est pas fondée, et que chez ces Tuniciers , de même que chez les Ascidies composées et les Biphores, le sang, après avoir coulé pendant ({uelque temps dans un sens, parcourt le même cercle en suivant la direction contraire. Le cœur, qui est très-long et étendu sous le bord ventral de la cavité respiratoire, communicjue avecle grand sinus thoracique par une fente longitudinale située à peu de distance de son extrémité antérieure, et lorsque les mouvements péristaltiques de cet organe s'établissent d'arrière en avant, la presque totalité du sang contenu dans sa cavité, passe dans ce sinus, pour pénétrer ensuite dans le réseau vasculaire du sac respiratoire, et aller dans le sinus dorsal , d'où il se répand entre les viscères et revient dans l'extrémité postérieure du cœur située près de l'anus; dans ce moment, le cœur remplit par conséquent les fonctions d'un ventricule branchial , et le grand sinus thoracique est une espèce d'artère pulmonaire. Mais lorsque cet état de choses a duré pendant quelques minutes, le mouvement péristaltique du cœur s'intervertit, et le sang, au lieu de traverser le réseau branchial de bas en haut connue auparavant, y circule de haut en bas, et passe du grand sinus thoracique dans le cœur. Ce dernier organe devient alors un

(0 Cuv., op. cit. — Phulhisla intestinalis, Savigny, op. cit., pag. 169.

(229) SUR LES ASCIDIES COMPOSEES. l3

ventricule aortique, et le sinus lui-même une sorte de veine branchiale ou d'oreillette aortique. On voit, par conséqueiit, que l'existence des valvules mentionnées par M. Délie Chiaje est inq)ossible, et que les noms d'artères et de veines, dont on a décoré les divers vaisseaux des Ascidies, ne peuvent nullement y convenir.

(En étudiant à l'état vivant des jeunes Pyrosomes , il m'a été facile de me convaincre que chez ces animaux , de même que chez les Biphores et les Ascidiens , le courant circulatoire change périodiquement de direction , et que ce changement dépend de ce que les mouvements péristaltiques du cœur se succèdent alternativement de gauche à droite et de droite à gauche ) (1).

Ainsi, ce singulier mode de circulation, si différent de ce qui se voit chez les mollusques proprement dits, paraît appartenir à tout le groupe naturel des Tuniciers , et fournit un argument de plus aux zoologistes qui, à l'exemple de Lamarck, veulent exclure ces animaux de la grande division des Mollusques, pour les rapprocher davantage des zoophytes.

D'après l'ensemlDle des faits connus, il était assez difficile de se former inie idée précise du mécanisme de la respiration chez les Ascidies. i;)'après les descriptions que Cuvier et M. Savignv ont données de l'appareil respiratoire de ces ani-

(i) Ce passage a été ajouté au moment de l'impression d« ce mémoire, et le fait dont il est ici question a été consigné dans les Comptes rendus (le l'Académie^ tome X, page 284 ; 17 février 1840.

l4 OBSERVATIONS (aSo)

maux, on serait porté à croire que le sac branchial se dilate et se resserre alternativement pour faire entrer et pour expulser tour à tour par la même voie l'eau nécessaire à l'exercice de cette fonction importante (i). Mais lorsqu'on observe ces animaux à l'état vivant, on ne tarde pas à se convaincre que les choses ne se passent pas ainsi ; car, tant que la bouche reste dilatée, le courant qui traverse le sac branchial continue sans interruption, bien que les parois de cette cavité ne soient le siège d'aucune contraction visible. M. Lister a constaté aussi que, dans le singulier Tunicier connu sous le nom de Perophore, l'eau employée pour la respiration s'échappe au dehors par l'ouverture anale, et cju'il existe, sur les parois du sac branchial, une ninltitude de fentes entourées de cils vibratiles (2). En observant une Ascidie que ce savant rapporte au genre Polycline, mais qui doit indubitablement appartenir à la tribu des Didemniens, il a vu encore quelque chose d'analogue; mais il pense que les fentes dont il vient d'être question traversent de part en part les parois du thorax, et que l'eau qui s'en échappe se répand librement sous une pellicule gélatineuse qui unirait entre eux les animaux rassemblés en une même masse, et qui à son tour laisserait sortir ce liquide par les ouvertures communes éparses à sa surface (3). Mais cette opinion est évidemment inadmissible car les Ascidies composées ne flottent pas librement dans une cavité commune, comme M. Lister le croit, et on sait, à ne pas en douter, que leur thorax est revêtu d'une tunique con-

(i) Voyez Cuvier, op. cit., page 7, et Savigny, op. cit., page 128.

(2) Philos, trans., i834, page SyS.

(3) Lister, op. cit., page 382.

(23 1) SUR LES ASCIDIES COMPOSEES. l5

tinue partout, excepté dans les points occupés par la bouche et par l'anus. Il était par conséquent nécessaire d'étudier avec plus de soin les voies respiratoires de ces animaux, et de chercher par quel mécanisme l'eau passe de la bouche jusqu'à l'anus sans traverser le tube digestif".

Une des espèces qui se prêtent le mieux à l'investigation , tant à cause de sa transpai-ence cristalline qu'à raison de sa taille, qui s'élève quelquefois à dix ou douze lignes , est la Claveline lépadiforme (i) dont on trouve des touffes sur presque toutes les parties rocheuses des côtes de la Manche. Chez cet Ascidien, le sac branchial, qu'on peut comparer à une sorte de pharynx énormément dilaté, comnnniique directement au dehors par une grande ouverture qui en occupe le sommet et qui remplit en même temps l'office d'une bouche (2). Cette ouverture est entourée de fibres musculaires disposées en anneaux et faisant les fonctions d'un sphincter (3) : aussi est-elle très-contractile; mais lorsque rien n'irrite l'animal, elle est toujours béante et sa dilatation paraît dépendre en partie, de l'élasticité de son tissu , en partie de la contraction d'un certain nombre de muscles longitudinaux qui s'insèrent autour de sa base et descendent verticalement jusqu'à l'extréinité inférieure du corps (4). L'eau nécessaire à la respiration entre par cet orifice, et la nature prévoyante y a placé un petit appareil destiné à tamiser en quelque sorte ce liquide

{i) Ascidia lepadiformis ^ Muller, loc. cH.— Clai>eIina lepadiformis , Sa- ■»igny, op- cit.,pag. 174.

(2) PI. I , fig. I, et pi. 2, fig. I, c.

(3) PI. 2, fig. i" et i'.

(4) PI. 2, fig. i\b\

1 6 OBSERVATIONS (aSa)

et à empêcher l'entrée de corpuscules solides trop gros pour pouvoir pénétrer ensuite dans le tube intestinal ou pour être entraînés au dehors par l'eau expirée. C'est un cercle de tentacules filiformes, qui, fixés à la marge inférieure de l'espèce de bordure membraneuse dont la bouche est entourée, se dirigent verticalement vers l'axe de l'ouverture, et ressemblent aux rayons d'une roue (i); on en compte environ trente, dont une dizaine sont assez longs pour se rencontrer au centre de l'orifice, tandis que les autres, placés entre les premiers sont beaucoup plus courts. Du reste, cette disposition ne se rencontre pas seulement chez les Clavelines : les dissections faites par M. Savigny avaient permis à ce savant de s'assurer de l'existence de filaments tentaculaires à l'entrée du sac branchial chez un grand nombre d'Aseidiens, mais il ne paraît pas avoir connu la manière dont ils fonctionnent (2). M. J. Lister a représenté aussi ces appendices chez les deux espèces d'Aseidiens qu'il a décrits (3), et en étudiant à l'état vivant les Ascidies composées de nos côtes j'ai pu me convaincre que ces tentacules existent avec plus ou moins de développement chez toutes, et constituent comme chez la Claveline lépadiforme une sorte de grille étoilée servant aux mêmes usages (4).

(i) PI. 3, fig. I et fig. i'.

(2) M. Savigny a représenté ces filaments tentaculaires renversés en haut, comme les tentacules des polypes; disposition qui n'existe jamais pendant la vie , et qui ne permettrait pas à ces organes de servir aux usages dont il est ici question. (Voyez les Méiii. sur les animaux sans veriè^/ei, deuxième partie, pi. 14, fig. i5.

(3) Philos, trans., i834.

(4) Voyez pi. I , fig. 3« ; pi. 3, fig. a'^et 3' ; pi. 6, etc.

SUR LES ASCIDIES COMPOSEES. l'J

Le grand sac branchial dans lequel l'eau pénètre de la sorte pour servir à la respiration occupe presque toute la moitié supérieure du corps de la Claveline lépadiforme , et présente de chaque coté douze replis transversaux très-minces qui font sailif dans sa cavité (i), et qui se réunissent en arrière pour donner naissance à autant de languettes membraneuses, lesquelles se tiennent roides comme des épines pendant la vie de l'animal, et semblent être dans tnie sorte d'érection. Les vaisseaux branchiaux côtoient le bord basilaire de ces replis, et, comme d'ordinaire , communiquent entre eux par une nuiltitude de petits canaux anastomotiques simples, dirigés verticalement (2). Il résulte de cette disposition des espèces de mailles ovalaires, ou plutôt quadrangulaires, placées avec une grande régularité par rangées transversales et occupant toute la surface interne du sac branchial , excepté à l'entour delà bouche et sur la ligne médiane ventrale, où se voit un large sillon vertical séparant deux replis longitudinaux et correspondant au grand sinus thoracicjue dont il a déjà été question. On compte de chaque côté du thorax treize de ces rangées, et chacune des mailles dont elles se composent est garnie tout autour d'une bordure de cils vibratiles qui se meuvent avec une rapidité extrême , et produisent l'apparence d'une rangée de perles roulant sur elles-mêmes dans un cercle continu ; enfin, le tond de ces mêmes mailles vasculaires est occu[)é par une t'enle verticale semblable à une bouton nière. C'est par ces espèces de stigmates intérieurs que l'eau s'échappe du sac branchial et c'est le mouvement ciliairedont

(i) e, fig. ., pi. a, ('2) PI. 2 , lig. t et I'.

l8 OBSERVATIONS

il vient d'être question qui détermine évidemment sa sortie et qui produit par conséquent une sorte d'appel d'où résulte l'entrée de nouvelles quantités de liquide par l'orifice buccal. L'eau après avoir traversé ces fentes se répand dans une grande cavité comprise entre la face externe du sac branchial et une tunique membraneuse qui enveloppe complètement ce sac et qui en avant vient se fixer de chaque coté du grand sinus thoracique, le long d'une ligne jaune facile à distinguer. Cette tiuiique membraneuse se réunit aussi au sac branchial autour de ses deux extrémités dans les points occupés par des lignes jaunes horizontales semblables aux deux lignes verticales dont nous venons de parler et elle y adhère en outre latéralement d'espace en espace au moyen de brides membraneuses; mais en arrière cette cavité que j'appellerai la chambre thoracique , se prolonge beaucoup plus loin que le sac l)ranchial suspendu dans son intérieur et y forme un gros canal cylindrique (i)dont l'extrémité supérieure comnuinicpie librement au dehors par l'ouverture anale (2) et dont le fond est occupé par les orifices de l'intestin et des organes de la génération (3). Ce canal dorsal constitue j)ar conséquent un véritable cloaque, et comme il comnuniiqiie librement avec les parties latérales de la chambre thoracique où l'eau se répand après avoir traversé les fentes branchiales, c'est par son intermédiaire que ce liquide arrive jusqu'à l'aïuis et s'écoule au dehors.

Dans les grandes Ascidies simples, dont M. Savigny a formé

(i) K fig. I, pi- 2.

(2) i, fig. I, pi. 2.

(3) n et /■', fig. I, pi. 2.

son genre Phallnsie, le mécanisme de la respiration n'est pas aussi facile à observer, à cause de l'opacité de l'enveloppe extérieure de ces animaux; mais on peut, néanmoins, s'assurer (ju'il doit être le même chez les Clavelines; car, si l'on isole avec soin une portion du sac branchial, et qu'on la place sous le microscope, on voit que le tond de chacune des grandes mailles vasculaires est occupé par une petite fente, qui établit la communication entre l'intérieur de ce sac et la chambre thoracique, dont les parois sont formées par l'enveloppe membraneuse désignée par Cuvier sous le nom de tunique interne. I^a portion dorsale de cette chambre constitue aussi une sorte de cloaque, dont !e fond est occiqié par les orifices extérieurs (les ap|)areils digestif et générateur, et dont le sommet cominuniqiiedirectementaudehorsparrouvertureanale(i). Ainsi, la disposition anatomique des parties est essentiellement la même que chez les Clavelines, et, en poussant un liquide coloré dans l'intérieur du sac branchial, on peut s'assurer que sous le rapport physiologi(jue la ressemblance est également complète, car on voit alors cette injection traverser les parois de ce sac, se répandre dans la partie voisine de la chambre thoracique, et ariiver jusque dans le cloaque.

Enfin, chez les Polycliniens,les Didemniens et les Botrylliens en assez grand nombre, que j'ai eu l'occasion d'étudier sur nos côtes, les fentes branchiales, constamment bordées de cils vibratiles, débouchent aussi dans une cavité thoracique, disposée de la même manière que chez les Clavelines dont j'ai donné ci-dessus la description. Ce sont les mouvements

(i) Voyez à ce sujet les planches de l'anatomie des Ascidies simples , que j'ai données dans la nouvelle édition du R'egtie animal, de Cnvier.

ao OBSERVATIONS

de ces cils qui établissent le courant dans l'intérieur de lappareil respiratoire, et l'ean, après avoir baigné l'intérieur du sac branchial , s'en échappe et pénètre dans la chambre thoracique, où elle agit de nouveau sur le sang par la surface externe du réseau vasculaire des branchies. Enfin, le liquide parvenu dans le cloaque est expulsé par l'anus et s'écoule directement au dehors ou bien s'échajipe par des cavités creusées dans le tissu tégumentaire commun , suivant que ces animaux sont pourvus d'un anus libre , ou se trouvent léunis en groupe autour d'une cavité centrale, au fond de laquelle l'orifice anal de chacun d'eux vient déboucher comme dans un cloaque commun (i).

S ni.

On ne sait que peu de chose sin- l'appareil de ia génération chez les Ascidies composées. M.Savigny a signalé l'existence d'un ovaire, qui, chez les Polycliniens surtout, est trèsdéveloppé, et qui, logé dans le post-abdomen, paraîtrait communiquer avec le cloaque à l'aide d un canal très-long et très-étroit, qu'on voit aboutir dans cette dernière cavité, à côté de l'extrémité de l'intestin. On n'a encore rencontré aucun indice de la présence d'un organe mâle chez ces animaux; et lesavantque je viensdeciter, pense que leurs œufs se développent sans aucune fécondation préalable (2). Mais nous allons voir que sons ce rapport la structure des Ascidies composées est plus compliquée qu'on ne le supposait.

(i)Pi. i,fig.4«,5^pl. 3, fig.4; pi. 6,7, 8. {2)Savigny, op. cit., page il.

SUR LES ASCIDIES COMPOSEES. Hï

Efl'ecti veinent, en disséquant sons la loupe un des animaux presque microscopiques dont se conqiosent les masses arrondies d'une nouvelle espèce de Polycliniens, à laquelle je donnerai le nom à'Jmarouque argus {\) , je suis parvenu a constater l'existence d'un testicule très-développé, qui occupe pres(jue toutela partie inférieure du post-abdomen(2), et communique avec le cloaque par le canal filiforme considéré par M. Savigny comme étant un oviducte (3). Cette glande se compose d'une multitude de vésicules blanchâtres, qui, au premier abord, ressemblent beaucoup à des œufs peu développés, et qui paraissent avoir été confondus avec l'ovaire par M. Savigny- Mais pour s'assurer de leur nature, il suffit d'en isoler quelques-unes à l'aide de la pointe d'une aiguille très-fine, et de les écraser entre deux lames de verre; car, si l'animal sur lequel on opère était bien vivant, on voit alors (|ue ces vésicules sont renqjlies d'un liquide blanchâtre et opaque, (jui fourmille (V animalcules spermatiques , reconnaissablcs à leur forme, et surtout aux mouvements dont ils sont agi tés (/^). Ces zoospermes (5) sontd'une petitesse extrême; en avant, leur corps est renflé de manière à simuler une tête lancéolée terminée par un pointe aiguë, et leur extrémité pos-

rOPl. i,fig. 4 et 4".

(2) y, fig. I, pi. 3.

(3) r, fig. i,pi. 3.

(4) Ces observations ont été faites en automne , et d'après le peu de développement que m'a offert l'appareil générateur des Ascidies au printemps , je suis porté à croire qu'il n'en est pas de même dans toutes les saisons.

(5) PI. 3, fig. !■.

lérieure constitue une sorte de queue flexible. Enfin, il est encore à noter que ces animalcules abondent non-seulement dans la slande testiculaire elle-même, lui'.is aussi dans le ii- (|tiide dont le canal déférent est gorgé : quelquefois je les ai l'etrouvés jusque dans le cloaque où ce canal va alioutir.

.1 ai constaté aussi la présence de cet appareil niale et de ces zoospermes chez lesPolyelines, les Aplides , les Clavelines et plusiein-s autres Aseidiens, de sorte que je n'hésite pas à admettre leur existence chez tous les animaux de cette grande famille. Quant à l'ovaire, il est plus ou moins intimement uni au testicule. Chez tous les Polycliniens, il se trouve dans le post-abdomen accolé à cet organe, dont il n'est, en général, (jue peu distinct vers l'extrémité postérieure du corps; mais vers le tiers supérieur du post-abdomen, il devient plus facile à reconnaître à causedu vohmie et de lacoiileurdes o-iifs qui s'y trouvent [i). Ces œufs, dont je m'occuperai bientôt d une manière spéciale, ne s'y développent qu'en petit nombre à la fois, et passent ensuite dans le cloaque, ou même jusque dans la partie latérale de la chandire thoracique, entre la tunique propre de cette cavité et le sac branchial (2). Ils y séjournent assez longtemps, et s'y trouvent dans les conditions les plus favorables pour éprouver l'influence vivifiante de l'eau aérée; mais il m'a été impossible de découvrir la voie par laquelle ils se rendent de l'ovaire dans cette espèce de poche incubatrice. Il serait possible que le canal déférent de l'appareil mâle servît en même tenqjs d'oviducte, car il paraît adhérer intimement à la portion supérieure de l'ovaire; mais sa ténuité

(i) p et//, fig. I, 2°, 3, pi. 3.

(2);,",fig. i,2",3,3",pl.3.

StJK LES ASCIDIES COMPOSEES. u'i

extrême, par rapport aux. œufs, et la densité du liquide séminal dont je l'ai toujours trouvé distendu, nie paraissent rendre cette supposition peu probable. J'ajouterai aussi que je nV ai jamais vu d'œuis engagés, et je suis porté à croire que c'est après s'être détachés de l'ovaire, et après être tombés ainsi dans la cavité abdominale, que ces corps arrivent au cloaque.

Dans la famille des Didemniens, ainsi que M. Savigny l'avait constaté, l'ovaire se trouve appendu au côté de l'anse intestinale, et les œufs qui s'y développent paraissent quel- (piefois s'échapper au dehors sans traverser le cloaque, et se loger immédiatement dans la substance du tissu tégumentaire comnuni. effectivement, en étudiant au microscope de petites plaques du Didennie gélatineux, espèce nouvelle , qui, à raison de la transparence de son tissu tégumentaire , se prête très-bien à ce genre d'observation, j'ai souvent vu un ou deux œufs très-gros faire saillie à la partie inférieure du corps de ces animaux et n'y tenir même que par un pédoncide très- grêle, formé par la tunique interne extrêmement distendue, et devenue facile à rompre (i); enfin, àcôté de ces œufs encoread hérents, j'ai trou vé, dans ces mêmes masses gélatineuses, des œufs parfaitement libres de toute adhérence avec les animaux situés au[)rès, et offrant des degrés très- variés de développement (2). Or, il serait difficile de s'expliquer la présence de ces œufs dans la profondeur du tissu commun, si ce n'est en admettant qu'ils se détachent de l'abdomen des animaux adultes englobés de toutes parts dans ce même tissu.

il) PI. 7, fig. 5", 5', S',:')''.

(2)R7,fig.5",//, //'.

u4 OBSERVATIONS

Du reste, les laits me manquent encore pour trancher complètement la question, et je crois devoir ne |>résentcr qu'avec réserve l'opinion que je viens d'énoncer.

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