OBSERVATIONS ZOOLOGIQUES
Les zoologistes s'accordent généralement à diviser la famille des Ascidiens en deux grandes sections : les Ascidies simples qui vivent isolées, ou qui, du moins, n'ont entre elles aucune connexion organique; et les Ascidies composées, (jui vivent en grand nombre confondues dans une seule masse , et qui y sont unies par un tissu tégumentaire commun. Mais, d'après les observations consignées dans la première partie de ce mémoire, il me paraîtrait nécessaire de modifier cette classification. Effectivement , le mode de reproduction que j'ai fait connaître chez les Clavelines et les Pérophores, ainsi cjue les connexions organiques qui chez ces animaux lient entre eux les divers individus issus d'une même souche, ne permettent plus de ranger ces Tuniciers parmi les Ascidies simples, et, d un autre côté, l'absence de toute soudure entre le corps des individus ainsi groupés sur une base commune, les éloigne trop des Ascidies composées, pour que l'on puisse les réunir à celles-ci. Il me paraîtrait, par conséquent, convenable d'établir pour ces animaux un troisième groupe, qui serait intermédiaire entre les deux sections déjà admises , et qui comprendrait les Ascidies qui se reproduisent par des bourgeons aussi bien que par des œufs, et qui vivent réunies sur des prolongements
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latlici formes communs , mais qui, du reste, sont libres de toute adhérence entre elles.
On réserverait alors le nom d^ Ascidies simples pour les Ascidies qui ne se reproduisent point par bourgeons, et qui ne vivent pas réunies en groupes, par l'intermédiaire d'une (jortion commune du tissu tégumentaire.
Enfin, \e?, Ascidies composées se rapprocheraient de cette division nouvelle par leur mode de multiplication , mais s'en distingueraient par l'existence d'un seul corps tégumentaire commun à tous les individus dont se compose chaque colonie; tandis que chez les premiers, chaque individu possède une tunique tégumentaire qui lui est propre.
Je proposerai aussi de donner à ce groupe intermédiaire le nom de : Section des Ascidies sociales.
Cette section nouvelle comprend plusieurs espèces assez conununes sur nos côtes. L'une d'elles, XAscidia lepadiformis de Muller (i), a été assez bien figurée par ce zoologiste, et a été rapportée avec raison par M. Savigny au genre cla- VELINE (2) , mais ne doit pas être confondue avec l'Ascidien que ce dernier savant a décrit sous le même nom , dans le supplément de son excellent ouvrage (3). Je l'ai trouvée en assez grande abondance à Saint-Vaast-la-Hougue, aux îles Cliausey, à Roscoff, et sur plusieurs autres points de la por-
(i ! Zoologica Danica^ tome II, page 54) pi- 79, fig- 5-
(2) Mém. sur les arum, sans vert., deuxième partie, p. 174.
(3) Savigny, op. cit., p. 237.
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tioii granitique ou schisteuse du littoral de la Manclie. Elle vit , en général , attachée sur les rochers , et ne se rencontre qu'au-dessous de la limite des basses eaux ordinaires. Quelquefois ces Clavelines sont solitaires; mais, en général, on les voit réunies en assez grand nombre, de façon à former de petites touffes. Leur corps (i), long d'environ deux centimètres, est presque cylindrique, mais beaucoup plus large dans son tiers supérieur que dans le reste de son étendue ; cette portion renflée constitue ce que l'on peut appeler le thorax de l'animal , tandis que la portion rétrécie correspond à son abdomen (2). A son extrémité supérieure se trouve l'ouverture buccale, qui est circulaire, dirigée directement en haut, et garnie d'un rebord labial très-mince , lequel s'élève verticalement en forme de cylindre, et n'offre aucune trace de divisions lobulaires, mais donne attache intérieurement à une couroinie de filaments tentaculaires (3) , dont le nombre est ordinairement de trente, et dont dix sont assez longs pour atteindre presque l'axe de l'orifice, tandis que les autres, situés entre les premiers , sont très-courts. A peu de distance de la bouche et vers la partie supérieure de la face dorsale du thorax, se trouve l'ouverture anale, qui est également circulaire, et à bords minces et entiers (4). Enfin, à l'extrémité inférieure du corps , on voit un nombre variable de prolongements radiai/ormes (5), qui servent à le fixer au sol.
(i) Voyez pi. I, fig. I.
(2) PI. 2, fig. I , A thorax; B abdomen.
(3) PI. 2, fig. i'.
(4) ', fig- I , pi- 2.
(5) j, fig. I , et 1'' pi. 2.
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Presque tous les tissus qui forment ces parties diverses sont incolores et d'une transparence si grande, qu'on peut facilement étudier la structure intérieure de l'animal vivant, sans avoir recours à la dissection. On remarque cependant au milieu de ces parties hyalines , quelques lignes d'un jaune de soufre (i) et d'un aspect granuleux, lesquelles correspondent, comme nous le verrons bientôt, aux points de soudure de certaines parties intérieures; deux de ces bandes (2), très-rapprochées l'une de l'autre , descendent verticalement tout le long de la ligne médiane de la face ventrale du thorax , et sont séparées par un espace linéaire incolore , mais semi-opaque; une troisième ligne jaune (3) naît à droite et à gauche de celles-ci , vers la partie supérieure du thorax , et se porte horizontalement en arrière, en décrivant un cercle autour de la base de l'ouverture buccale; une quatrième ligne de même couleur et disposée également en anneau (4) occupe l'extrémité inférieure du thorax, et paraît naître aussi des lignes verticales dont il a déjà été question; une cinquième ligne semblable aux précédentes entoure l'ouverture anale, et se prolonge en haut et en avant jusque tout auprès du bord postérieur de la bouche (5). En général , on aperçoit , à quelque distance de la face dorsale du thorax , une sixième ligne jaune qui descend verticalement de l'anneau supérieur à l'anneau inférieur, mais qui est beaucoup
(,) PI. i,fig. I.
(9.) PI. 2 , fig. I ,./;
(3) PI. 2, fig. i,e'.
(4) -?:', fig. i,pl. 2.
(5) i', fig. i,pl. 2.
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plus pâle que les autres , et se trouve située plus profondément. Vers le milieu de la portion abdominale du corps , on aperçoit une petite masse ovalaire d'un jaune orangé (i), qui est garnie de quatre lignes verticales d'un jaune clair , comme celles du thorax, et qui n'est autre chose que l'estomac. Enfin, tout auprès se trouve une autre tache orangée, formée par une portion colorée de l'intestin , et plus bas une masse blanchâtre d'aspect glanduleux (a).
I>a tunique extérieure ou membrane tégumentaire du corps est mince, mais d'un tissu subcartilagineux (3); elle n'adhère que faiblement aux autres parties, si ce n'est autour des deux orifices buccal et anal, et elle ne présente rien de remarquable.
ha seconde tunique, comme suspendue dans l'intérieur de la première (4), est tout à fait membraneuse et d'une délicatesse extrême. Supérieurement elle adhère au pourtour des deux orifices, et inférieurement elle se termine en cul-de-sac ; souvent elle présente dans ce dernier point quelques prolongements tubuleux , tantôt simples, tantôt ramifiés , qui descendent vers le pied de l'animal et s'avancent quelquefois dans l'intérieur des appendices radiciformes de la tunique externe (5); enfin, sa surface est parcourue par divei'ses^/-'r<?j' musculaires {&) , dont les unes sont circulaires et constituent des sphincters
(1) /, fig. I,pl. 2.
(2) P, ?, fig- I , Pl- 2.
(3) <7,fig. I, pi. 2.
(4) è, fig. I,pl. 2.
(5) Z.',<,lig. l,pl. 2.
(6) PI. 2, fig. 1".