Observations sur les bulbes des lis
Enécrivant les Observations sur le genre Lis, qui ontété publiées enneufarticles dans le Journal de la Société centrale d'horticulture de France (À), à côté de la description des organes aériens de ces plantes je n'ai pas négligé d'exposer ce que je savais relativement à leur portion souterraine, c'est-à-dire à leur bulbe ou oignon. Mais cette partie de mon travail est certainement mcomplète pour divers motifs, dont le principal est, quant à certaines espèces, l'insuffisance, et quant à d’autres ou très-rares ou nouvelles, le manque complet de matériaux. On sait, en effet, qu'un grand nombre d'espèces et variétés de ce beau genre sont fort peu répandues dans les jardins, et qu’il est dès 1ors difficile de se les procurer, même à un prix élevé; que d’autres n'existent pas encore dans les cultures européennes, et que, pour toutes, les herbiers les plus riches, s’il en est qu’on puisse regarder comme tels relativement à ce genre, ne fournissent aucun sujet d'études sérieuses sur les bulbes. D'un autre côté, mes Observalions ne sont pas accompagnées de planches, et, par une conséquence nécessaire, il y manque une foule de détails qu'un texte ne peut rendre, quelque soin qu'on puisse mettre à le rédiger, mais qu'apprend au contraire immédiatement la vue d’une figure mème imparfaite. Pour remplir ces diverses lacunes, que je suis le premier à regretter, j'ai pensé qu'il ne serait pas inu-
(1) Observations sur le genre Lis (Lilium Tourn.), à propos du catalogue de la collection de ces plantes qui a été formée par M. Max Leichtlin, de Carlsruhe (Journ. de la Soc, centr. d'hortic. de France, 2 série, 4870, t. IV, p. 212-222, 274-285, 341- 359, 472-488, 542-562; t. V, 1871, p. 39-57, 87-106, 265-287, 318--324.
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tile de reprendre ce sujet avec plus de soin et de détails, surtout en joignant au texte descriptif des figures assez nombreuses pour en faciliter notablement l'intelligence. C'est ce que je commence à réaliser dans cette note, qui sera la première d’une série dans laquelle je me propose d'examiner successivement les types assez variés de forme, de structure et de développement qu'offrent les bulbes des diverses espèces du genre Lis.
Je suis heureux de pouvoir adresser 101 publiquement de vifs remereiments à mes obligeants correspondants : M. Krelage, l'horticulteur justement renommé de Haarlem (Hollande), et M. Max Leichtlin, le savant et zélé amateur de Lis, de Carlsruhe (grand-duché de Bade). C'est à eux que je dois à peu près tous les sujets de mes observations, qui dès lors n'auraient pu être même entreprises sans leur généreux concours. Pour le présent écrit, qui est relatif à une charmante espèce indienne, le Lilium Thomsonianum Lindl., j'avais pu prendre quelques notes sur un fort oignon de cette espèce qui venait de l'établissement de M. L. Van Houtte (de Gand), et sur des caïeux qui en étaient provenus; mais, pendant l'hiver de 1871-1872 et jusqu'au mois de juin dernier, M. Leichtlin a bien voulume faire plusieurs envois successifs d’oiguons entiers et de fragments d'oignons pris aux différents degrés de développement que sa parfaite connaissance de la végétation des Lis lui faisait considérer comme intéressants à observer. C’est donc à lui que je dois d’avoir pu combler les lacunes trop nombreuses qui existaient dans mes notes anté rieures à cette année, et d’avoir pu ainsi tracer une histoire à peu près complète des formations souterraines de cette belle espèce.
Je dois dire d’abord pourquoi j'adopte le nom spécifique de Lilium Thomsonianum Lindi. pour le Lis qui va faire le sujet de cette note, et pourquoi c’est par lui que Je commence la série de mes études sur les bulbes de ce genre.
Découvert 1l y a quatre-vingts années environ, par Wallich, dans les montagnes de Gossain-Than et Kamaon, qui dépendent de la grande chaîne de l'Himalaya, ce joli Lis fut nommé par ce
célèbre botaniste Lileum roseum ; mais cette dénomination ne fut ARTICLE N° 5. à
OBSERVATIONS SUR LES BULBES DES LIS. D) publiée par lui que dans le catalogue autographié des plantes indiennes réunies dans le musée de la Compagnie des Indes (A numerical List of dried specimens of plants in the East India Company s Museum ; in-foho, 1823), sous un simple numéro (n° 5077), sans être accompagné de la moindre note caractéristique. Or, comme le dit A. P. De Candolle, dans l’exposé des lois de la nomenclature botanique (Théor. élém., 2° édit., p. 282) : «Une plante n’est pas censée connue lorsqu'on l’a » seulement désignée par un nom; mais il faut encore que ce » nom soit accompagné au moins d'une phrase caractéristique » suffisante pour la faire reconnaître : ainsi, par exemple, on » n'est pas obligé à admettre des noms qui ne se trouvent que » dans un simple catalogue de jardin. » Ce principe très-sage, seule sauvegarde des droits de priorité des auteurs qui font connaître des espèces en les caractérisant pour la première fois, a été admis et sanctionné par le Congrès botanique tenu à Paris en 1867, qui l'a formulé dans les termes suivants : «Art. AG. » Une espèce annoncée dans un ouvrage sous des noms géné- » rique et spécifique, mais sans aucun renseignement sur les » caractères, ne peut être considérée comme publiée. » (Loës de la nomencl. botan., dans Actes du Congrès international de botan., p. 219). Conformément à cette loi, Royle ayant, une dizaine d'années après Wallich (Z/lustr. of the Bot. of Himat. mountains, 1, p. 388, pl. 92, fig. 1), publié et caractérisé la même espèce comme une Fritillaire, sous le nom de Fritillaria Thomsoniana, et en 1845 Lindley ayant adopté pour elle cette dénomination spécifique, tout en la séparant des Fritillaires, dont elle n’a pas les caractères, pour la rattacher au genre Lilium, sous le nom de L. Thomsonianum (Botan. Regist. janv. 1845), c’est ce dernier nom qui seul est scientifiquement admissible. C’est donc à tort, ce me semble, que Will. Hooker (Bot. Mag., tab. 4725), en 1853, et récemment M. Koch (Wochenschr.. 1870), ainsi que M. Baker (Gard. Chron., 18 févr. 1871), ont adopté le nom de Lilium roseum Wall., préférablement à celui de L. Thomsonianum Lindl.
Si je commence cette série de notes par l’examen de la
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bulbe (1) du Lilium Thomsonianum Lindi., c'est non-seulement qu’elle se présente dans des conditions spéciales d’organisation et de développement, mais encore que l'espèce à laquelle eile appartient est le type d’un sous-genre des Lis nettement caractérisé. Les caractères de ce petit groupe sont si tranchés, que, dans son Synopsis des Lilium(J. G. Baker, À new Synopsis of all the known Lilies, dans Gardeners” Chronicle, n° des 28 janvier, 18 février, 15 avril,3 juin, 15 juillet, 12 août, 9 septembre, Al octobre, 4 novembre et 23 décembre 1871), M. J. G. Baker s'en est servi pour diviser ce genre entier en deux sous-genres fort inégaux d'étendue, dont le premier (Nofholirion Wall.) ne comprend que le L. Thomsonanum avec une espèce nouvelle, L. Hookeri, Baker, qui a été découverte dans la zone tempérée du Sikkim (Himalaya), par le docteur D. Hooker, et qui n'a pas été encore introduite vivante en Europe, tandis que le second (Lelum proprement dits) réunit tous les autres Lis connus. Sous ce nom ou bien sous celui d’'Amblirion Rafin., le même sous-genre, qui correspond aux Lila fritélluroidea de Roemer et Schultes, est conservé par tous les liriographes, qui ne l’ont pas confondu avec les Fritillaires, comme le faisait Kunth (n4. meraho, IN), et 1l est placé par eux à la tête du genre entier. C'est donc l’ordre naturel qui m’autorise et me détermine à commencer l'examen des bulbes des Lis par l’histoire de celle du Lilium Thomsonianum Lindl. J'ajoute que, comme on va le voir, l’organisation et le développement de l'oignon de celte espèce ne sont pas moins distinctifs pour elle, relativement à ses congénères, que ne l’est dans sa fleur le caractère du style nettement trifide à son extrémité supérieure.
(4) Tous les dictionnaires, et à leur tête celui de l’Académie, font le mot bulbe féminin, De Candolle, Mirbel, même, en 1840, Aug. Saint-Hilaire, ont conservé à ce mot son genre réel; cependant, sans raisons connues, A. Richard et A. de Jussieu ont employé au masculin ce même mot qui, jusqu'à eux, avait été constamment usité comme féminin. Ce changement ne me paraissant avoir ni motifs ni avantages, je suis autorité de l'Académie française, la seule souveraine en matière de langue,
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