I. — Bulbe du Lilium Thomsonianum VLindl. (L. roseum Wall
Les auteurs ne fournissent à peu près aucun renseignement sur l’organisation de l'oignon de ceite espèce, et ils sont absolument muets sur son développement, ainsi que sur la remarquable puissance de multiplication qui le caractérise. Ce que j'en ai dit moi-même dans mes Observations (1) se réduit à un petit nombre d'indications complétement insuffisantes. La description de Royle (Z/ustr. Himal., X, p. 388), la première, à ma connaissance, qui ait été publiée pour ce Lis, renferme uniquement les mots suivants, à titre d'observation additionnelle : « Bulbus e squamis pluribus sublanceolatis acutis carnosis exti- » mis marcescentibus membranaceis compositus. » Kunth s’est borné à reproduire ces mêmes mots (Ænum., IV, p. 672). Ni Spae (Mém. sur les espèces du genre Lis, 847, p. 10), ni Will. Hooker (Botan. Magaz., tab. 1725), ni M. de Cannart d'Hamale (Monogr. histor. et littér. des Lis, 1870), n’en ont fait mention. Enfin M. Baker (Garden. Chron., 1871, p. 201) s'est contenté de commencer sa description de la même espèce, admise par lui sous le nom de Z2Xum roseum Wall., par la phrase suivante (2) : « Bulbe à tuniques, longue et épaisse d’un pouce et demi à 2 pouces (anglais = 0",038 à 0",051), enveloppée de plusieurs tuniques lâches, grises ou brunâtres, glabres, scarieuses, qui arrivent jusqu'à son col. »
Pour décrire en détail l’organisation et le développement de la bulbe du Lilium Thomsonianum Lindl., deux marches peuvent être suivies : la considérer dans son extrême jeunesse, pour constater ensuite les divers états par lesquels elle passe avant d'atteindre son état parfait; ou bien, au contraire, l’examiner dans son état de développement complet, pour rattacher ensuite à cet exposé les phases successives de sa croissance. C’est cette
(1) Journ. de la Soc, centr. d'hort, de France, 2 série, 4870, t. IV, p. 553; tirage
à part, p. 69.
(2) « Root a tunicated bulb, 4 1/2-2 inches thick and deep, enveloped in many » loose grey or brownish glabrous scarious coats, reaching up to its neck. »
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dernière marche que j'adopterai de préférence à la première, parce que Je crois qu'elle me permettra d'abréger mon exposé, tout en y mettant plus d'ordre et de précision.
Un oïguon à peu près entièrement développé de Lilium Thomsonianum est représenté sur la figure 4, pl. 15, tout entier et avec ses tuniques parfaitement intactes, tel qu’il se montre avant qu’il ait commencé d'émettre, par son extrémité supé— rieure, entr'ouverte pour cela, des feuilles vertes qu'on sait devoir acquérir en moyenne 0",30 à 0",40 de longueur. C’est au mois d'octobre ou plus tôt qu'on le voit dans cet état, sous lequel il importe de l’examiner afin de reconnaitre la nature et les caractères de ses enveloppes scarieuses externes. L’échanlillonu qui a été le sujet de la figure 1, planche 15, offrait quatre de ces enveloppes, se recouvrant l’une l’autre. Il m'avait été envoyé, au commencement du mois de novembre 1871, par M. Krelage. Les deux externes de ces enveloppes ({ et 2) étaient brunes, de consistance sèche et scarieuse, minces et fragiles dans toute leur portion membraneuse, mais parcourues dans leur longueur par plusieurs fortes nervures auxquelles correspondaent extérieurement tout autant de côtes longitudinales. La plus externe embrassait les trois quarts du pourtour de loignon, etses côtes, par conséquent ses nervures, étaient au nombre de 15; celles-ci devenaient fines et serrées vers la partie supérieure ou sur le col de l'oignon, en aa. Cette tunique mesurait 0",048 dans sa plus grande largeur. On voit par cette figure que ses deux bords, exactement appliqués sur la partie renflée de l'oignon, s’étalaient un peu plus haut. La seconde enveloppe (2, fig. 1, pl. 15)était déjà sensiblement plus mince, plus papyracée, moins sèche et plus flexible, large au maximum de 0",0/1 ; elle était relevée de 13 côtes, et, comme le montre la figure, elle se prolongeait sapérieurement, ainsi que la première, en une portion étroite, plus ou moins lacérée, qui n’était évidemment que les derniers restes d’un limbe foliaire détruit à cette époque. Quant à leur insertion, ces deux enveloppes n'étaient pas exac- . tement opposées l’une à l’autre, mais elles constituaient les deux
premiers termes d’une spirale en quinconce à peu près rigou— ARTICLE N° 9.
reux (2/5) Sous ces deux enveloppes s’en trouvait une troisième entièrement cachée par elles, également brune et sèche, mais beaucoup plus ténue, même largement déchirée selon sa longueur et vers son milieu, sous l’action de l'accroissement en épaisseur des parties sous-jacentes ; ses côtes, au nombre de onze, étaient peu proéminentes, et son extrémité supérieure se reployait en capuchon par ses bords fortement infléchis. Sa largeur maximum ne dépassait pas 0",028. Enfin, sous ces trois enveloppes 1l en existait une quatrième également brune, mais plus pâle, encore plus mince, luisante, à côtes presque entièrement effacées, au moins dans la partie inférieure, large au maximum de 0",02, dont le bord gauche était déjà plus ou moins complétement désorganisé.
Ainsi, l'oignon du Lelum Thomsonianum Lindi., tel que je viens de le considérer, offrait extérieurement quatre enveloppes concentriques, brunes et scarieuses, à plusieurs côtes et nervures diminuant graduellement de largeur et de consistance à mesure qu'elles étaient plus internes, et dans lesquelles il est évident qu'on ne peut voir autre chose que la base des feuilles normales, longues et étroites, qui avaient été produites pendant la période végétative antérieure. Or, dans cette espèce, cette période commence de bonne heure : les feuilles s'étendent déjà hors de la bulbe dès ia fin de l’automne, et elles perdent de bonne heure aussi leur portion externe et verte, pour ne laisser que leur portion basilaire souterraine qui forme les enveloppes brunes et scarieuses dont 1l vient d’être question. Employant dans tout ce qui va suivre le langage usité, j'appellerai ces enveloppes des tuniques, mais avec cette restriction essentielle, que, sauf pendant la première jeunesse de l'oignon, ce sont des tuniques incomplètes qui n’embrassent chacune qu’une portion du pourtour dela bulbe. Le nombre de ces tuniques est égal à celui des feuilles dont elles sont les restes ; il doit don£ varier comme celui des feuilles, en raison de l’âge et de la force des individus, mais sans dépasser un maximum, qui m’a semblé être de huit ou peu supérieur à huit. Il est probable que l'oignon représenté par la figure 4, pl. 15, avait déjà perdu les plus externesde ses tuniques ;
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il est même assez fréquent d’en trouver en automne moins que celui-ci n’en avait conservé en bon état.
Sous les quatre tuniques brunes existait, dans le même échan tillon, la masse des écailles épaisses et charnues, qui constituaient en presque totalité le volume de l'oignon, et que Je dois décrire maintenant avec les détails nécessaires. Pour que cette description soit plus complète, et pour éviter les répétitions inutiles, je considérerai l'oignon de l’espèce qui m’occupe, non pas tel que le représente la figure 4, pl. 15, mais à une époque plus avancée de son développement, lorsqu'il a déjà produit ses nouvelles feuilles normales, et qu'il offre par conséquent toutes ses parties constitutives.
C'est dans cet état que se trouvait celui que représente la figure 2, planche 45, qui m'avait été envoyé de Carlsruhe, le 28 janvier 1872, par M. Max Leichtlin, et qui mesurait 0",045 de longueur sur environ 0",030 d'épaisseur.
L'ensemble de cette bulbe n’était plus recouvert que de deux tuniques brunes et sèches, qui l'embrassaient chacune dans les deux tiers au moins de son pourtour. La plus extérieure des deux était même déjà tellement sèche et si peu cohérente, qu'elle s'était dédoublée en deux lames concentriques et qu’elle s'était déchirée de haut en bas en trois sortes de grands lobes irréguliers sur plus de la moitié de sa longueur. Cette même tunique n'offrait pas moins de 23 côtes longitudinales, et par conséquent de nervures. Dans la figure 2, pl. 15, ces deux tuniques externes ont été supprimées, et en outre on a tronqué d’un côté les longues feuilles (7! à /7), de l’autre les racines (7,r',r").
Parmi les racines il y a lieu de distinguer deux catégories : 1° Les racines normales r,r, en grand nombre, dirigées comme d'habitude de haut en bas, naissant du pourtour de l'axe raccourci ou fondamental qui forme le centre et le soutien de tout le système souterrain de la plante, et qu’on nomme vulgairement le plateau; dans le faisceau qu’elles constituent par leur réunion, les plus récentes sont les plus excentriques ou les plus externes, selon la loi du développement successif de ces organes chez les
végétaux monocotylédons ; ces dernières se sont même fait jour ARTICLE N° 5.
quelquefois, comme le montre la figure 2, pl. 15, à travers la base des écailles charnues. 2° Deux groupes 7',r", de racines remarquables parce qu'elles se dirigeaient d’abord de bas en haut, sur une longueur égale ou supérieure à celle des tuniques brunes, pour se recourber ensuite et prendre alors une direction descendante. Le groupe le plus nombreux 7' était né à l’aisselle de la tunique externe, tandis que l’autre, réduit à deux racines r", avait pris naissance en dedans de la tunique interne.
Cet oignon du Lilium Thomsonianum, considéré tout entier après l'enlèvement des deux tuniques brunes, se montre, comme on le voit sur la figure 2, pl. 15, constitué par deux sortes de formations dissemblables : 1° les écailles charnues et nourricières, a,a', a", a", a"; ® les feuilles normales, /" à /*.
4° Les écailles (ou feuilles-écailles, si l’on veut) 4, a’,a",a!",a"", coustituent la plus grande partie du volume de l'oignon entier. Elles sont au nombre de sept, grandes, d’un blanc un peu jaunâtre, largement ovales, acuminées, et la pointe qui les termine est d'autant plus prolongée qu'elles sont plus internes. Leur tissu est charnu-ferme, épais à ce point que l’écaille la plus externe an’a pas moins de 0",00/ d'épaisseur dans sa portion moyenne ; elles s'amincissent beaucoup vers leurs bords, qui sont comme tranchants. Chacune d'elles est parcourue dans sa longueur par sept nervures auxquelles correspondent, sur leur face externe, tout autant de larges côtes arrondies. Leur contour se modifie beaucoup à mesure que, dans l’ordre spiral (2/5) selon lequel elles s’insèrent, elles se trouvent plus en dedans : les deux ou trois premières, a,4', sont largement ovales, sensiblement rétrécies à leur base; au contraire, les internes s’élargissent beaucoup vers leur base, où elles offrent comme deux grandes oreillettes, au-dessus desquelles elles se rétrécissent fortement pour passer ensuile à une lame ovale-lancéolée, acuminée, qui forme environ les deux tiers de leur longueur totale ; en d’aatres termes, elles ont la forme générale que représente la fig. 3, pl. 15. Le passage de l’une à l’autre de ces deux configurations se fait en général assez progressivement dans les écailles intermédiaires (1).
(1) Voici pour les sept écailles nourricières du même oignon(fig. 2, pl. 45) la série
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Ces écailles nourricières ne se prolongent jamais à leur sommet en limbe foliaire. D’un autre côté on n’observe pas la momdre transition entre elles etles feuilles normales /, /*,..., /*, dontelles embrassent le faisceau tout entier dans sa partie inférieure. Mais ce qu'il y a de plus remarquable en elles, c’est l’étonnante faculté de propagation dont elles sont douées, ainsi que les circonstances toutes particulières dans lesquelles elle se manifeste. Cette faculté va en s’affaiblissant chez elles de dedans en dehors, de telle sorte qu’elle est à son maximum sur les deux ou trois écailles internes, tandis qu’elle est généralement fort peu prononcée sur les externes ; toutefois en m'envoyant successivement et à différentes époques des échantillons de ces écailles nourricières, M. Leichtlin m'a mis à même de constater qu'il y a beaucoup de diversité à cel égard d’un oignon à l’autre. Dans celui que représente la figure 2, pl. 15, les quatre écailles internes possédaient à un haut degré la faculté de propagation qui s'exprime chez elles par la production d’un grand nombre de bulbes secondaires, caïeux ou bulbilles, comme on voudra les nommer, tandis que les trois placées plus extérieurement étaient à peu près stériles ; cependant sur d’autres échantillons celles-ci se sont montrées elles-mêmes plus fécondes. Dans tous les cas, l'énergie de cette faculté de multiplication est notablement moindre pour les écailles externes que pour les internes. Voici maintenant comment elle s’exerce.
J'ai dit que chaque écaille nourricière est parcourue par sept nervures longitudinales. C’est là le nombre normal de ces nervures; très-rarement 1l peut s'élever à neuf, et parfois 1l descend à cinq. À la face interne et concave de cette écaille, vers sa base, ces nervures offrent l'apparence de filets jaunâtres, longeant cette même face, sur une longueur qui peut aller jusqu'à 10 et 12 millimètres. Dans cette étendue, l’écaille sensiblement amin-
des dimensions : la 4°, ou la plus externe (a), 0,045 sur 0%,040, et 0,016 à l’insertion ; la 22 (a/), 0M,045 sur 0,035; la 3°, 0,045 sur 0,029 ; la 4°, 0,048 sur 0,024, avec 02,020 à l'insertion ; à 0,008 au-dessus de son attache, celle-ci forme un rétrécissement qui la réduit à 0,016; la 5° est égale à la 4°; la 6€ et la 7€ ont 0%,050 sur 02,014 vers le milieu de leur hauteur, et 0,024 un peu au-dessus de
l’attache, c’est-à-dire au niveau où chacune d'elles est élargie en deux oreillettes arrondies,
cie, offre sept sillons, et au fond de chacun de ceux-ci s'étend l’une des nervures qui s'y trouve même souvent plus ou moins solée par ses côtés, au moyen de deux fissures longitudinales ,parallèles entre elles, plus ou moins profondément enfoncées dans le tissu adjacent ; 1l en résulte qu’une section transver-
e menée à ce niveau s'offre comme la montre la figure 5, pl. 15, sur laquelle « est la coupe d’une nervure bien isolée par ses deux côtés, tandis que a' est celle d’une autre restée adhérente par ces mêmes côtés. Au-dessus de cette portion basilaire amincie, les nervures s’enfoncent dans la profondeur du tissu de l’écaille pour y occuper la situation normale, comme on le voit sur la figure 1, planche 16; en même temps les sept sillons ou fossettes longitudinales s’effacent graduellement ou même presque brusquement, laissant la plus grande partie de cette face interne lisse et unie, comme on le voit sur la figure 3, planche 15.
De bonne heure chacune des sept nervures des écailles internes donne naissance à un caïeu sessile et plus ou moins enfoncé dans la fossette ou sillon qui y correspond. Le point où ce caïeu s'attache se trouve le plus souvent à la hauteur de 3 à 5 millimètres au-dessus de la base même ou de l’attache de cette écaille ; mais je l'ai vu, dans quelques cas, situé au moins deux fois plus haut. Bientôt, au-dessus de ce premier caïeu, il s’en produit un second, qui se trouve dès lors un peu en retard sur le premier ; il peut même s'en former plus tard un troisième, d’où l'on voit que chacune de ces écailles bulbillifères peut produire ainsi quatorze caïeux ou même davantage. Il peut done y avoir un total de 50 à 60 caïeux ou bulbilles pour les quatre écailles internes d'un même oignon, et ce nombre, tout considérable qu'il est, est assez souvent dépassé d’une manière notable, soit parce que les écailles internes produisent chacune 16, 47 ou même 18 caïeux épiphylles, soit parce qu’une ou deux des écailles situées plus vers l'extérieur deviennent, quoique à un moindre degré, le siége d’un phénomène analogue. Dans un cas, j'ai vu les quatre écailles internes chargées chacune de 7 à 14 caïeux, le nombre décroissant pour elles depuis celle qui, dans l’ordre spiral, était la plus voisine du centre de l’oignon
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jusqu'à celle qui en était la plus éloignée; ensuite venait une écaille plus externe qui n'avait que à caïeux, un médian et 9 latéraux ; enfin les deux écailles tout à fait externes n'avaient donné chacune qu’un seul caïeu fort petit, issu de leur nervure médiane et presque rigoureusement basilaire. Dans un autre oignon, les deux écailles externes paraissaient être restées stériles (1); mais les cinq écailles plus internes portaient chacune au moins 7 caïeux, le nombre de ceux-ci dépassant 14 pour les plus voisines du centre. Je crois que la vigueur des plantes doit influer puissamment sur l'énergie avec laquelle s'opère leur multiplication par ce moyen, et par conséquent sur le nombre total des caïeux que produisent leurs écailles nourricières.
Je ne connais pas d'autre espèce de Lis, je pourrais même dire de plante bulbeuse, qui produise des caïeux, n1 de la manière qui vient d'être décrite, ni en aussi grande abondance; cependant il y a une espèce qui paraît être bien douée sous ce dernier rapport : c’est le Lilium pardalinum, de Californie, dont le docteur Kellogg, en le publiant comme un type spécifique voisin du L. canadense, mais toutefois suffisamment distinct, à son avis (2), disait : «C’est un Lis extraordinairement prolifique » (most sinqularly probfic). Sa production annuelle de bulbes » est aussi abondante que celle de la Pomme de terre en tuber- » Cules. » Grâce à l’aimable obligeance de mon correspondant et ami M. Max Leichtlin, j'ai pu suivre cette année la végétation d’un pied de cette belle espèce. J'ai reconnu qu’en effet elle possède une puissance de multiplication réellement remarquable ; mais, comme j'aurai occasion de le montrer dans la suite de ces notes, elle ne peut être comparée avec le Lis de Thomson, ni pour l'abondance avec laquelle elle produit ses caïeux, ni pour la régularité ou la manière avec lesquelles elle les donne.
La forme auriculée à la base des écailles nourricières du
(1) Ce second échantillon m'avait été encore envoyé de Carlsruhe par M. Leichtlin. Comme la base en avait été supprimée, il est possible que le petit caïeu, qui avait pu se trouver tout à la base de la nervure médiane des deux écailles externes, eût été eulevé.
(2) Proceedings of the California Academy of natural Sciences, t. I, p. 12.
Lilium Thomsonianum paraît être liée intimement à l’abondance avec laquelle elles donnent naissance à des caïeux ; aussi l'observe-t-on sur un nombre de ces écailles d'autant plus grand qu’il y en adavantage qui se sont montrées fécondes sur leurs sept nervures. La comparaison des deux oignons adultes que j'ai pu examiner et disséquer m'a offert des diffé rences marquées sous ce rapport.
On prendra une idée de la disposition et du développement des nombreux caïeux de ce Lis en comparant entre elles les figures 3, 4, pl. 15 ; Let 11, pl. 16. Sur la figure à, pl. 15, une écaille bulhilifère est reproduite telle qu’elle se trouvait dans l'oignou adulte qui m'avait été envoyé entier par M. Leichthin, le 28 Janvier 1872; on y voit les caïeux en place et de grandeur naturelle : l’un d'eux e, qui était nésur la nervure médiane, s'était prolongé en une longue feuille verte, tandis que ses voisins de droite et de gauche étaient encore fort petits et n’avaient guère en moyenne que 0",002 de longueur. La figure 4, pl. 15, représente la portion moyenne de la même écaille, dans sa portion bulbillifère, assez grossie pour en montrer plus nettement les détails. On voit ainsi : 1° que chaque sillon parcouru par l’une des nervures rapproche notablement ses deux bords avant de se dilater en fossette occupée par le ou les caïeux ; 2° que, sauf la nervure médiane c, qui à produit le caïeu déjà développé en longue feuille verte (c, fig. 3, pl. 15), toutes ont donné déjà deux petits caieux superposés, dont le supérieur se trouve encore beaucoup plus petit que l'inférieur. Quant à la figure 1, pl. 16, elle montre, à l’aide d’une coupe longitudinale et d’une vue de profil, la situation relative de deux caïeux nés d’une même nervure.
On vient de voir que sur l’écaille représentée par la figure 3, pl. 15, le caïeu produit par la nervure médiane est fort en avance de développement sur tousles autres, puisqu'il s'est déjà prolongé en feuille verte, tubulée, longue de 0",07. Il arrive de même, dans un assez grand nombre de cas, que le caïeu médian soit vlus développé que les autres en proportion plus ou moins forte ; mais ce n'est pas là une règle sans exception, à beaucoup près :
ist sur les quatre caïeux déjà prolongés chacun en une longue
1h P. DUCHARTRE.
feuille, €, c', c', c”', qui existaient dans l'oignon représenté sur la figure 2, pl. 15, c et c" provenaient d’une nervure médiane, mais c' et c' étaient latéraux, et de plus ils étaient nés sur la même moitié de l’écaille qui aurait porté le n° 6 dans l’ordre d'insertion.
Si, à la fin du mois de janvier, les caïeux nés sur les nervures des écailles nourricières sont encore fort petits, à partir de ce moment ils croissent rapidement. Déjà, le 7 mars 1872, une écaille bulbillifère qui m'a été envoyée par M. Leichtlin, détachée de la bulbe à laquelle elle avait appartenu, les offrait avec les dimensions et dans la situation que reproduit la figure 11, pl. 16. Dans cet échantillon il existait 16 caïeux en place, et un dix-septième s'était détaché pendant le voyage. Il avait donc fallu que trois nervures sur sept produisissent à caïeux chacune. Le plus développé de ces caïeux 4, né sur la nervure médiane, mesurait déjà 0",015 de longueur sur 0",012 d'épaisseur. Comme l'espace lui avait manqué pour acquérir de pareilles dimensions à sa place d’origine, comme d’ailleurs le grossissement de ses voisins l’avait soulevé graduellement, il avait arraché de force une lanière du tissu de l’écaille qui, comme on le voit sur cette figure, adhérait encore à sa base et lui formait un assez long pédicule.
Il arrive un fait analogue pour la généralité de ces caïeux pendant qu’ils grossissent. S'appuyant sur leurs voisins tandis qu'ils s’accroissent eux-mêmes, soulevés d’ailleurs à mesure que ceux-ci acquièrent plus de volume, les uns se forment un pédicule par l’arrachement de la portion de nervure sur l'extrémité de laquelle ils étaient nés; les autres peuvent être détachés et isolés violemment ; de là vient que, à une époque encore plus avancée de leur développement, ces caïeux, qui tous sont nés sessiles sur une écaille nourricière, se montrent tantôt pédiculés, tantôt libres de toute adhérence.
Il importe d'ajouter que les caïeux épiphylles, en se développant, épuisent l’écaille qui leur a donné naissance, d’abord dans sa portion inférieure à laquelle ils s’attachent, ensuite et graduellement de plus en plus haut. Déjà l’écaille que représente la
figure 11, pl, 16, avait perdu sa consistance etse montrait comme ARTICLE N° 5.
vidée de toute substance nutritive dans le tiers inférieur de sa longueur, molle et flasque dans lereste de son étendue. C'était, il me semble difficile d'en douter, le commencement de la désorganisation qui devait laisser plus tard les caïeux libres. D'un autre côté, l'oignon entier que j'ai examiné au commencement du mois de mars offrait ses deux écailles externes et stériles encore fraîches, épaisses et rigides, quand ses quatre écailles internes étaient épuisées, ainincies et ridées sous l’action des nombreux caïeux auxquels elles avaient donné naissance; quant à sa troisième écaille, intermédiaire par sa situation entre les deux externes et les quatre internes, elle l'était aussi par son état d'épuisement, car elle se montrait toute ridée à l'extérieur, unie et fraîche à l’intérieur dans sa portion supérieure, tandis que sa portion inférieure et bulbillifère était amincie et épuisée.
2 En dedans des écailles nourricières, à l’âge de la bulbe de Lilium Thomsonianum que représente la figure 2 , pl. 45 (fin de janvier), se trouve la masse des longues feuilles normales qu'indiquent /* à /$.Sur cette figure ces feuilles, trop longues pour y être dessinées entières, sont représentées tronquées à quelques centimètres au-dessus du sommet des écailles, sauf la plus interne /*. Il est facile de reconnaître qu'elles vont en diminuant de longueur et de largeur vers le centre du faisceau, à ce point que la plus interne d’entre elles /$ est environ cinq fois plus étroite et plus courte que celles qui forment l'extérieur de ce même faisceau.
La base de ce faisceau de feuilles, pris dans le même oignon, est représentée par la figure 2 (pl. 16), reposant sur l’axe fondamental de la formation tout entière, tel qu'il reste après l'enlèvement des tuniques brunes et des écailles nourricières. D'un autre côté, la figure 14 (pl. 16) montre la base du faisceau foliaire pris au centre de l'oignon plus avancé, qui m’avait été envoyé dans les premiers jours du mois de mars. Dans l’un et l’autre cas, cette base forme un léger renflement, sensiblement plus prononcé au commencement de mars (fig. 14), qu'à la fin de janvier (fig. 2). Là les feuilles, dont la substance légèrement épaissie atteint un millimètre au plus d'épaisseur, sont marquées extérieurement de stries nombreuses qui correspondent à tout
16 P, DUCHARTRE.
autant de nervures. Ces stries se prolongent sur toute la longueur du limbe, mais en y devenant beaucoup plus légères, à une faible hauteur. Les deux oignons que j'ai pu examiner en détail renfermaient l’un huit, l’autre sept de ces organes, dont la disposition phyllotaxique était quinconciale. A l'extérieur du faisceau 11 n’existait absolument aucune apparence de transition entre les écailles nourricières et les feuilles. On n’en remarquait pas davantage entre les feuilles vertes les plus internes et les productions centrales, encore de faibles dimensions, qu'elles entouraient de leur base fortement concave, et dans lesquelles il était facile de reconnaître une nouvelle génération d’écailles nourricières; ces dernières productions cachaient et enveloppaient entièrement, par leur ensemble, le bourgeon central encore très-jeune qui occupait le sommet de l’axe de la bulbe totale. C’est cette nouvelle génération d’écailles nourricières que représentent en place et dans deux positions différentes les figures à et 15 (pl. 16), dont la dernière a été fournie par l'oignon disséqué en mar:, et la première par celui que j'ai examiné à la fin de Janvier.
On voit, par la comparaison desfig. 2et3,14 et 15, pl. 16, que toutes les feuilles du Lilium T'homsonianum sont concaves à leur base, qui est large et embrassante, blanche et côtelée ; mais que la plus interne d’entreelles, se dilatant plus que lesautres dans cette partie, embrasse la moitié de la masse des jeunes écailles, audessus de laquelle elle rapprocheses bords en tube, pour s'ouvrir plus haut en gouttière et s’aplauir plus haut encore presque entièrement. Cette même masse centrale est déjà très-complexe ; je l'ai trouvée formée, dans mes deux sujets, d’une douzame d’'écailles disposées en ordre quincoucial, de manière à constituer deux cycles complets. Parmi ces écailles, les quatre ou cinq externes sont à peu près de la même grandeur, nettement côtelées en dehors, charnues et déjà épaisses de près de 0",002, bien que leur longueur ne soit que de à 9mullimètres, au commencement du mois de mars. Leur contour est ovale-deltoïde, et elles deviennent d'autant plus étroites qu’elles sont plus intérieures ; elles sont donc beaucoup moins embrassantes à leur base que les
feuilles qui les entourent; enfin, elles ne possèdent mtérieure- ARTICLE N° 5. :
ment que sept nervures, tandis que les feuilles ont toujours le double, le triple de ce nombre ou même davantage. Elles sont donc, dès cet instant, bien caractérisées comme devant devenir les écailles nourricières et bulbillifères de la bulbe qui émettra ses feuilles à l’automne prochain. Sur le sujet de la figure 15, pl. 16, qui était plus avancé de cinq à six semaines que celui de la figure 3, des six premières aux suivantes, on remarquait un ressaut prononcé, une différence brusque de grandeur, la sixième étant longue de 0",006, tandis que la septième n’avait que 0",003 de hauteur, par conséquent, la moitié seulement desdimensions de la précédente. Cette particularité pouvait résulter de ce que la bulbe en voie de formation ne devait avoir que six écailles nourricières, ou bien de ce que six de celles-ci avaient seules revêtu déjà leurs caractères distinctifs. — Quant aux écailles plus internes, elles devenaient de plus en plus petites, et les plus voisines du centre pe formaient encore que des saillies presque microscopiques, entourant l'extrémité végétative de l'axe qui était conformée en mamelon déprimé où même un peu concave au sommet. Ces très-petites écailles internes me semblent devoir être les premiers indices des feuilles qui se développeront dès la fin de l’automne suivant et qui acquerront alors rapidement une longueur de 0°,25, 0",30 ou même davantage.
Ainsi, en résumé, l'oignon du Lilium Thomsonianum, considéré avant l'hiver, offre, de l'extérieur à l’intérieur, les parties suivantes : 1° quelques tuniques brunes ou brunâtres, sèches et plus ou moius scarieuses, à nervures nombreuses, embrassant chacune une grande portion de la circonférence, qui ne sont que les restes de la base des feuilles de la végétation antérieure ; 2° de grandes écailles nourricières généralement au nombre de sept, ne se prolongeant jamais en limbe foliacé et trés-remarquables par la faculté qu’elles possèdent de produire de nom breux caïeux à leur face imterne, à une certaine hauteur au-dessus de leur base, sur les nervures qui les parcourent longitudinalement ; 3° un faisceau de longues feuillesvertes, généralement au nombre de sept, très-largement embrassantes à leur
base et pourvues de nombreuses nervures ; h° de Jeunes écailles H. ÉTUDES. — SC. NAT. VII. — ART. N° 0. 2
18 P. DUCHARTRE.,
nourricières qui prendront tout leur développement pendant la prochaine période végétative; 5° les rudiments des feuilles que celte même période végélative prochaine fera pousser et amènera à leur longueur normale. Chacune des générations qui correspondent à une période végétative comprend une série d’écailles nourricières et une série de feuilles; dès lors l'oignon adulte, considéré à la fin de l’hiver, réunit : 1° quelques restes de la génération antérieure ; 2° la génération présente, arrivée à l’apogée de son développement; 3° enfin, la génération prochaine encore en voie de formation, mais permettant déjà de reconpaître les caractères qui distinguent l’un de l’autre ses deux éléments constitutifs.
Cette organisation de la bulbe qui m'occupe est remarquable par la régularité avec laquelle alternent entre elles la série des écailles nourricières et celle des feuilles normales, ainsi que par le défaut de transition entre ces deux ordres d'organes dissemblables pour leurs caractères physiques et pour le rôle qu'ils jouent.
Mais cette succession et cette alternance de formations foliaires complétement dissemblables d'état, de consistance et d'action, peuvent être altérées artificiellement à la suite d’une opération dont les effets intéressent à la fois le botaniste et l’horticulteur. Il paraît que l'oignon du Lélium Thomsonianum, quand il est abandonné à lui-même, et que, selon sa tendance naturelle, 1l produit des caïeux en grand nombre sur ses écailles nourricières, a rarement la force de développer son axe fondamental en tige florifère ; aussi, dans ce cas, en obtient-on rarement la floraison. Pour ma part, j'ai conservé des pieds de cette espèce pendant plusieurs années sans les voir fleurir, et diverses personnes m'ont assuré n’avoir pas été plus heureuses, à cet égard, que je ne l'avais été moi-même. Frappé de la difficulté qu'il éprouvait à obtenir la floraison de cette belle espèce et convaineu que cette difficulté tenait à l'abondance avec laquelle s’y produisent habituellement les caïeux épiphylles, M. Leichtlin à imaginé de s'opposer à cette production de caïeux pour diriger
vers l’axe lui-même toute la force végétative de la bulbe et, par ARTICLEN® 5.
suite, pour le déterminer à s’élancer en tige florifère. D’après une lettre qu’ilin’a fait l'honneur de m'écrire, le 13 novembre 1871, dès le mois de Janvier, 1l enlève, avec la lame d’un canif effilé, les caïeux encore très-Jeunes qui ont déjà pris naissance sur les écailles nourricières, et 1l répète cette opération au mois de mars pour supprimer Ceux qui avaient pu lui échapper la première fois ou qui ont été produits plus tard que les premiers. Dès lors les matières nutritives de la plante n'étant plus absorbées, en majeure partie, par le développement des caïeux, favorisent à un degré inusité la croissance de la bulbe, qui en acquiert un volume considérable, et elles déterminent ordinairement l’axe fondamental à s’allonger en tige florifère.
La fig. 4, pl. 17, représente, de grosseur naturelle, un oignon que M. Leichtlin a bien voulu m'envoyer, le 23 mai 1872, après en avoir enlevé tous les caïeux épiphylles de la manière et aux époques qui viennent d'être indiquées. Comparé à celui des bulbes que représentent les fig. 1 et 2, pl. 15, le volume en était devenu vraiment exceptionnel, car 1l n'avait pas moins de 0",049 dans le sens de son plus grand diamètre transversal, de 0",057 dans celui de sa hauteur. En outre, la dissection que j'en ai faite a montré que l'organisation imtérieure en avait été notablement altérée.
Le revêtement externe de cet oignon consistait en sept écailles brunes, scarieuses, offrant chacune onze à dix-neuf côtes et nervures ; les trois extérieures (/, /',/"), plus ou moins déchirées ou en partie désorganisées, n'offraient plus à leur sommet que la cicatrice laissée par la destruction totale du limbe foliaire, tandis que les quatre plus] mtérieures (/!", f", /*, f") conservaient encore à leur extrémité des restes plus ou moins altérés de celimbe. Ainsi, les feuilles, dont ces écailles scarieuses n'étaient que la base élargie, avaient été produites selon le nombre normal.
Toute la masse recouverte par ces tuniques sèches consistait uniquement en nombreuses écailles charnues, épaisses, d’un blanc jaunâtre, dont aucune ne présentait au sommet le moindre indice de limbe foliacé, et dont les plus externes, qui étaient en
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même temps les plus grandes, montraient leur extrémité (, 4", fig. 1, pl. 17)en saillie au-dessus des tuniques brunes. Parmi ces écailles charnues, la plus externe avait neuf nervures et les quatre suivantes en offraient chacune sept. Ces cinq écailles extérieures élaient larges et étalées; celles qu’elles entouraient devenaient de plus en plus étroites, et leurs côtés se reployaient plus ou moins en dedans; celles-ci ne possédaient plus que cinq nervures. Les écailles allaient ainsi en diminuant de longueur et de largeur, tout en restant épaisses et charnues, jusqu'à la vingt et unième, qui avait moins de 0",015 de longueur. La vingtdeuxième, longue seulement de 0°,006, était la première du groupe central qu'on pouvait regarder comme le bourgeon terminal. Celui-ci est vu par en haut et tout entier sur la fig. 2, pl. 17. Je l'ai trouvé composé d’une douzaine d’écailles de plus en plus petites, toutes charnues, ovales-raccourcies, jusqu'aux plus internes et, par conséquent, aux plus jeunes qui étaient à peine visibles sous une forte loupe; mais l'extrémité d’axe que terminait ce bourgeon était surbaissée et ne semblait nullement disposée, à cette époque à laquelle fleurit ordinairement le Lilium Thomsonianum, à se développer en tige florifère.
Aivsi, dans cel oignon, l'ablation des caïeux épiphylles avait eu pour effet d’altérer profondément l'ordre de formation alternalive de feuilles et d’écailles nourricières; elle avait donné lieu à une production considérable d’écailles charnues (j'en ai compté trente-quatre, abstraction faite de celles qui étaient simplement naissantes) et à la suppression d’une nouvelle génération de feuilles normales. Contrairement à ce qui est la conséquence ordinaire de celte opération, elle n'avait pas déterminé le développement d’une tige florifère centrale; toutefois, à l’aisselle de l’une des grandes écailles charnues externes était né un court pédoncule terminé par une fleur à laquelle avait succédé une capsule encore incomplétement développée au moment où j'ai examiné cet oignon. La fig. 3, pl. 17, représente, doublée en grandeur, cette capsule avec l’épais pédoncule qui la portait et la bractée asymétrique, nettement latérale, qui s’attachait sur sa base.
Fe
OBSERVATIONS SUR LES BULBES DES LIS. 21 Développement d'une tige florifère. — Pour compléter cette histoire de la bulbe du Lilium Thomsonianum Lidl. et de son développement, il me reste à faire connaître comment elle donne naissance à une tige florifère et ce qu'amène pour elle la floraison. C'est encore à l’infatigable obligeance de M. Max Leichtlin que j'ai dû de pouvoir combler cette lacune regrettable qui était restée jusqu'au dernier moment dans mes observations.
Le 12 juin 1872, ce généreux et éclairé correspondant a bien voulu m'envoyer un oignon de Lélium Thomsonianum qui avait fleuri dans l’année, ainsi qu’une tige fructifère séparée sur laquelle se trouvaient trois capsules. L'une de celles-ci est représeutée : 1° en entier sur la fig. 7, pl. 17, avec la bractée 4, à Vaisselle de laquelle était venue la fleur ; 2° coupée longitudinalement dans sa moitié supérieure, sur la fig. 8, pl. 17; 3° enfin, coupée transversalement vers son milieu, sur la fig. 9, pl. 17. J'ai cru devoir également dessiner une graine prise dans celte capsule, tant entière et vue par dessus (fig. 10, A) que coupée transversalement (fig. 10, B, pl. 17).
Cet oignon, qui avait produit une tige florifère, était épais de 0",033, haut d'environ 0=,058. Il était couvert de quatre tuniques brunes et scarieuses, côtelées, formées comme toujours par les bases des feuilles dont le limbe avait depuis longtemps disparu. Entre ces tuniques s’élevaient plusieurs racines, nées à leur aisselle, et qui se dirigeaient de bas en haut, les unes sur toute leur longueur, c’est-à-dire sur environ 0",10, les autres jusqu’à l'extrémité supérieure de l'oignon, au-dessus de laquelle elles s'étaient recourbées pour prendre la direction normale de haut en bas. Sous les tuniques brunes on ne comptait pas moins de quatorze écailles nourricières, dont le Ussu, primitivement épais et charnu, avait été comme épuisé par suite de la production d’une tige, et était dès lors resté flasque et affaissé. Toutes ces écailles étaient aiguës où mème acuminées au sommet, et elles allaient en diminuant de largeur proportionnelle, de la plus externe (longue de 0",075, large de 0° ,029) jusqu'à la plus interne (longue de 0",024 sur 0",006). Les deux plus grandes ou les plus externes étaient parcourues par neuf nervures, tandis que
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les douze autres en offraient chacune sept, c’est-à-dire le nombre normal. Il est à peu près inutile d'ajouter qu'aucune de ces écailles n'avait conservé le moindre vestige de caïeux épiphylles, PR les avait tous enlevés de bonne heure pour détermmer la floraison de ia plante.
Sous ces quatorze écailles nourricières ie se trouvait un faisceau de feuilles ordinaires, à limbe bien développé, déjà mortes, brunies et sèches ou en partie décomposées pour la plupart, mais dont les plus internes avaient encore leur portion basilaire verte et fraîche. L’axe raccourci qui formait le centre et la base commune de toute la bulbe s'était allongé par son sommet, comme le montre la fig. 6, pl. 17, en une grosse tige cylindrique, fistuleuse à l'intérieur. Sur cette figure on à conservé l'extrême base des tuniques (#), des écailles nourricières (éc) et des feuilles vertes (/f). Or, il est facile de voir que ces dernières ont été de plus en plus entraînées par la tige florifère, à mesure qu'elle se développait, de telle sorte que, très-rapprochées au bas de celle-ci, elles s’espacent d'autant plus qu'elles s’y attachent en un point plus élevé.
On voit donc que la bulbe du Lilium Thomsonianum fleurit par suite du développement de son axe fondamental en une tige florifère terminale, et qu’il est dès lors monocarpique, c’est-àdire qu'il ne fleurit qu’une fois. Cette floraison l'épuise entièrement, comme on vient de le voir, et de la plante qui a fleuri rien ne survit, si ce n’est parfois un petit nombre de caïeux, trèsprobablement axillaires dans ce cas, qui faisaient entièrement défaut dans l'individu que je viens de décrire, mais que M. Leichtlin m’a dit avoir observés assez souvent.
Végétation et développement des caïeux épiphylles du Lilhium Thomsonianum. — Une fois qu’ils sont nés des écailles nourri cières, les caïeux épiphylles offrent des particularités de développement qui méritent d’être exposées.
On à vu plus haut que, dès leur jeune âge et pendant qu'ils sont encore fixés directement à l’écaille mère, ils peuvent se
comporter de deux manières différentes : les uns, en pelit ARTICLE N° 5.
OBSERVATIONS SUR LES BULBES DES LIS. 23 nombre, s’allongent immédiatement en une longue feuille verte, tubuleuse : c’est ce qu'ont fait, par exemple, ceux dont on voit la feuille, en c, c',c",c'!, faire plus ou moins longuement saillie au-dessus de la bulbe que représente la fig. 2, pl. 15 ; les autres, beaucoup plus nombreux, restent courts, turbinés et surmontés d’un bec pointu, plus ou moins arqué, sans jamais verdir, en raison de leur situation souterraine : ce sont ceux dont la fig. 11, pl. 16, représente un groupe nombreux à divers degrés de développement. Dans tous les cas, leur enveloppe externe consiste en une seule feuille que ses bords, soudés l’un à l’autre jusque non loin de l'extrémité, convertissent en un tube ouvert au bout et dont la petite ouverture se prolonge quelque peu en fente le long du côté supérieur ou ventral. C’est ce que montre la fig. 4, pl. 16, qui représente un de ces caïeux jeune, long d’environ 0,003, tel qu'il s'offre quand 1l est vu par son côté supérieur.
Les caïeux ordinaires, c’est-à-dire ceux qui restent courts, comme celui que reproduit cette fig. 4, pl. 16, sont fortement côtelés à l'extérieur, sur leur portion inférieure renflée qui renferme dans sa cavité le bourgeon central. Une coupe longitudinale, menée par l’axe des caïeux ainsi conformés (fig. 5, pl. 16), montre qu'au-dessus de cette portion renflée l'enveloppe tubuleuse du caïeu devient très-épaisse et ne laisse à son centre qu’un tube longitudinal étroit. |
Une coupe transversale (fig. 6, pl. 16) fait voir le nombre et la situation de leurs côtes longitudinales dont une c est impaire et suit la ligne médiane du côté dorsal ou externe. Dès lors la feuille modifiée qui constitue l'enveloppe charnue du caïeu se trouve en situation normale, c’est-à-dire qu’elle a sa côte médiane située vers le dehors ou dorsale, et que ses bords soudés sont ventraux, c'est-à-dire placés vers l’axe de l'oignon mère. La situation est absolument la même quand l'enveloppe du caïeu s’est développée en une longue feuille verte, comme on peut le reconpaître en jetant les yeux sur la figure 10 (pl. 16), qui représente la coupe transversale d’une de ces feuilles vertes et longuement tubuleuses. D'un autre côté, la comparaison de la figure 5 avec
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la figure 8 À, qui représente la coupe longitudinale d’un caïeu beaucoup plus jeune que celui des figures 4 et 5, apprend que le tube qui en suit toujours l'axe est d'autant plus large et plus court relativement, que le développement est moins avancé; c’est la conséquence du mode de formation de cette enveloppe commune qui est apparue à l’origine comme un simple bourrelet eirculaire entourant un mamelon végétatif central, et qui a tendu à se fermer à mesure qu’elle se prolongeait davantage en col.
Dans les cas où l'enveloppe continue du caïeu s’allonge de bonne heure en feuille tubuleuse verte, sa base, comme le montre la figure 10, est plus faiblement côtelée à l'extérieur et moins renflée.
Même dans les états très-jeunes où je viens de considérer ces caïeux, leur cavité basilaire renferme un bourgeon assez complexe, puisqu'il est composé de deux ou trois écailles charnues et fortement concaves, abritant et cachant un mamelon central quiv’est que l'extrémité végétative de l’axe auquel se rattache et duquel émane toute cette formation. La sériedes figures 8,A,B,C, pour un caïeu court et très-jeune, des figures 9,A,B,C,D (pl. 16), pour un caïeu sensiblement plus avancé et dont l’enveloppe générale s’est prolongée en une longue feuille tubuleuse, me dispense, je crois, de donner une description circonstanciée des parties que réunit ce petit bourgeon central. Je ferai seulement remarquer la modification qui s'opère bientôt dans l’arrangement phyllotaxique des écailles jeunes. Tant que le caïeu est très-jeune, et que, par suite, ses écailles charnues internes sont fort peu nombreuses (2 ou 3 au plus), l’ensemble qu’elles constituent est logé à l'aise dans la cavité basilaire de l'enveloppe commune et elles-mêmes sont disposées en ordre distique. C’est ce qu’on voit bien sur les fig. 9 Bet C, pl. 16, particulièrement sur la dernière, qui représente cet ensemble vu par dessus. Mais dès qu'en se multipliant tant soit peu et en acquérant une plus grande épaisseur, ces mêmes écailles charnues remplissent la cavité de l'enveloppe commune, elles manifestent, d’abord faiblement, bientôt très-nettement, leur tendance à s’écarter de la disposition distique pour prendre l’ordre spiralé quinconcial (2).
ARTIÈLE N° 5.
On voit déjà quelques indices de spiralité dans les écailles encore au nombre de trois seulement que montre la fig. 13, pl. 16, reproduction de la coupe transversale du caïeu désigné par 4 sur la figure 11, pl 16, qui n’était que de grosseur moyenne, tandis que l’arrangement quinconcial est manifeste sur la coupe transversale, reproduite par la figure 12, du gros caïeu & (fig. 41, pl. 16), dans lequel le nombre des écailles charnues s'était déjà élevé à cinq. Nous avons vu plus haut que cet ordre quinconcial persistera généralement désormais pendant toute la suite de l'existence de la bulbe qui doit provenir de l'accroissement de ces caïeux. Une autre remarque qu'il n’est pas inutile de faire à ce propos, c’est qu'il y a une sorte de balancement entre le développement de l’enveloppe continue des caïeux et celui de leurs petites écailles charnues internes. La première a une épaisseur considérable tant que les dernières sont peu nombreuses, fort petites et qu’elles ne remplissent pas la cavité basilarre; c'est ce qu’on voit par les figures 8 A et 5, pl. 16; mais lorsqu'elles ont crû en nombre et en épaisseur au point de remplir cette même cavité, en pressant probablement contre ses parois qui sont obligées de se prêter à l’augmentation de volume de la masse Imtérieure, l'enveloppe commune diminue graduellement d'épaisseur relative (fig. 12, 43, pl. 16), tout en gardant ses côtes longitudi nales externes fortement prononcées; elle passe ainsi à l’état membraneux. Bientôt elle brunit et se dessèche de manière à devenir scarieuse ; en un mot, elle prend tous les caractères des tuniques brunes externes que nous avons déja examinées dans un âge plus avancé de l'oignon, et qui forment, dans leur ensemble, l'enveloppe généralede celui-ci. Seulement sur le caïeu déjà gros, mais qui n’a pas encore dépassé la première période de son développement, tel que celui que représente en entier, et de grandeur naturelle, la figure 6, pl. 15, cette tunique est complète et continue sur toute sa circonférence, parce qu'elle n’est pas autre chose que l’enveloppe première et tubuleuse du caïeu, qui à grandi avec celui-ci. Plus tard, les tuniques brunes qui recouvriront l'oignon plus avancé seront toujours incomplètes, parce que les feuilles de production postérieure, dont elles ne seront que
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la base persistante, ne seront jamais fermées en tube et n'embrasseront même jamais la circonférence entière.
Ainsi, l'oignon du Lilium Thomsonianum a été d'abord un caïeu pourvu d’une tunique complète et sans solution de continuité ; plus tard, il rentre réellement dans la catégorie des bulbes écailleuses, avec cette seule particularité que certaines de ses parties constitutives, les tuniques, embrassent une grande partie de sa périphérie, tandis que les autres, les écailles charnues, ont une base moins étendue. C'est là un mélange de caractères qui, dans le genre Lalium, paraît exister uniquement chez cette espèce, probablement aussi chez sa voisine, le L. Hooker Baker, et qui, dans tous les cas, doit être propre au sous-genre Nofhohrion.
Le passage de l’état de caïeu à tunique brune, unique et complète, à celui de bulbe avancée, pourvue de plusieurs tuniques incomplètes, s'opère la seconde année de l'existence des caïeux. Ceux-ci ont déjà, pendant la première période végétative, pris des proportions assez fortes, tout en conservant une structure encore peu complexe qui se réduit à une seule tunique brune ou continue (4, b', fig. 6,7, pl. 15), recouvrant un petit nombre d’écailles nourricières, charnues (1, 2, 3, fig. 7, 8, pl. 15), dont l’externe est nettement côtelée à sa partie inférieure (1, fig. 8, pl, 15). Sous ces écailles (au nombre de quatre, mais dont trois seulement sont visibles sur ces figures) est abrité le petit bourgeon central qui donnera plus tard toutes les productions successives, feuilles et écailles nourricières, que nous avons examinées dans l'oignon adulte. Au commencement de la seconde période végétative, le bourgeon central produira une, deux ou trois longues feuilles vertes. La première de ces feuilles se montre encore jeune et enroulée en cône à son extrémité, en a sur la figure 6, pl. 15.0n voit sa situation centrale, en a sur les figures? et 8, qui montrent en mème temps la disposition relative des écailles charnues. Toutefois je ferai observer que le caïeu d’après lequel ont été faites ces trois figures était de la catégorie de ceux qui, comme e, c', c”, c'!", fig. 2, etc, fig. 3, pl. 15, s’allongent de très-bonne heure en une |longue
feuille verte tubuleuse. Or, par une conséquence de la loi de balan- ARTICLE N°5.
cement dontj'ai déjà signalé l'application, sous un autre rapport, dans les caïeux qui restent courts, quand ce développement en feuille a lieu, les écailles charnues internes sont peu nombreuses : c’est ce qui a eu lieu ici. Pendant la seconde période végétative, qui donne naissance aux premières feuilles ouvertes de la plante, les écailles nourricières externes ou de première formation s’épuisent et disparaissent comme de coutume, pendant qu’il s'en produit de nouvelles, plus nombreuses et plus grandes, à l’intérieur du petit faisceau foliaire; en même temps la tunique brune continue externe, rompue sous l'effort du grossissement des parties sous-jacentes, ne tarde pas à disparaître également, et dès lors la bulbe se trouve constituée comme nous le savons déjà. À chaque nouvelle période végétative, elle produira désormais une série d’écailles nourricières et, plus intérieurement, une série de feuilles. Vers la fin de chacune de ces périodes, ses écailles nourricières s’épuiseront et disparaîtront, tandis que ses feuilles vertes, ne conservant plus que leur portion inférieure, passeront à l’état de tuniques brunes, scarieuses, près de se détruire, et cette succession de phénomènes se continuera jusqu’à l’année où la bulbe aura une énergie végétative suffisante pour développer son axe fondamental en tige florifère, c’està-dire pour que la plante acquière ses moyens naturels de reproduction par fruit et graines. Dans ce cas, le cycle de son existence sera terminé ; la bulbe, épuisée dans son ensemble, disparaîtra, ne laissant à sa place qu’un petit nombre de caïeux. La bulbe du Lelium Thomsonianum Lindl. est donc monocarpique, tandis que celle de plusieurs de ses congénères est polycarpique; mais elle l’est tout autrement que certaines autres espèces du même genre, dont je compte faire connaître la végétation dans l’une des notes qui doivent faire suite à celle-ci. Seulement, en vertu d’une faculté spéciale des plus remarquables, en attendant d’être en état de donner à cette espèce ses organes de reproduction sexuée, cette bulbe lui fournit, avec une énergie et une abondance singulières, un moyen particulier de multiplication, en produisant sur les nervures de ses écailles nourricières une nombreuse génération de caïeux. C’est là un enchai-
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nement de faits qui m'a semblé digne au plus haut degré de fixer l'attention des botanistes, et dont je me suis cru dès lors autorisé à leur soumettre un exposé circonstancié.