‹ Observations sur les bulbes des lisChapitre 2 sur 3 · DE LIS · texte numérisé non relu

DE LIS

La description que j'ai donnée des premiers développements chez les Lilium giganteum Wall, et cordifolium Thunb. montre que ces plantes, tout en restant soumises à la grande loi d'après laquelle les végétaux qui forment l'embranchement des Monocotylédones ne produisent, en germant, qu'une radicule ou pivot purement temporaire , offrent néanmoins entre elles , malgré l'analogie de leurs caractères définitifs, une différence des plus prononcées, quant à la durée de cette radicule : chez la première de ces espèces, elle ne reste vivante et active que deux ou trois mois à peine, et jusqu'à ce que son rôle puisse être rempli par une première génération de racines adventives nées au bas de la tigelle : aussi ne prend-elle qu'un faible développement ; en outre, elle se détruit et disparaît peu après qu'une seconde génération de racines adventives a pris naissance

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au bas de la bulbe qui se forme, et a fourni à la jeune plante ses organes définitifs pour l'absorption des sucs nourriciers dans le sol ; il n'en reste plus vestige à la reprise de la végétation. Au contraire, chez la dernière de ces deux espèces, la radicule a une durée beaucoup plus longue, et arrive ainsi à constituer un long pivot plus ou moins ramifié, que nous avons vu encore vivant et actif pendant la deuxième année de l'existence de la plante, lorsque déjà celle-ci avait émis l'unique feuille normale à laquelle elle doive alors donner naissance. Je présume que ce doit être vers la fin de cette seconde période végétative que, les racines adventives étant devenues assez nombreuses à la base du jeune oignon pour fournir à elles seules à la nutrition de la plante, la radicule doit mourir, puis se détruire bientôt après. Malheureusement j'ai manqué complètement de matériaux pour vérifier ce qu'il peut y avoir de fondé dans cette supposition.

J'ai pensé qu'il y aurait hitérét à savoir, sur le plus grand nombre possible d'espèces du même genre, quelles sont celles qui se comportent de l'une ou de l'autre de ces deux manières, et de reconnaître en même temps si la marche des premiers développements qui amène la formation du jeune oignon n'est pas sujette à varier. Malheureusement, dans l'état actuel de la culture des Lis, le semis est fort peu employé en vue de multiplier ces belles plantes ; on trouve habituellement plus commode et moins long, pour obtenir des pieds capables de fleurir, de recourir aux caïeux que certaines espèces produisent assez abondamment, ou bien à la plantation en sol très-léger d'écaillés prises, à une époque avancée de l'année, à l'extérieur d'oignons adultes. On sait que ces écailles, dont on a pn^alablement laissé sécher, pendant quelques jours, la surface arrachée, peuvent, sous l'influence de la terre humide et de la chaleur, donner naissance, en un point quelconque de leur base, à un petit bourgeon adventif qui s'organise en caïeu. Quelques espèces de Lis , particulièrement les Lis californiens , le Lilmm aura" tum, etc., se multipHent facilement par ce procédé.

Cette production de caïeux adventifs à la base des écailles a lieu fréquemment, et parfois avec une remarquable abon-

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dance, sur les oignons dont Taxe fondamental a pourri. Les écailles ainsi détachées, et qui souvent commencent à s'altérer elles-mêmes, deviennent le point de départ de ces formations nouvelles, comme si, pourrait-on dire, la plante se pressait de former des descendants avant de périr.

L'une des principales difficultés que rencontre la multiplication des Lis par la voie du semis résulte de la rareté de leurs fruits dans les jardins. Sans parler du LUmni candidiim, dont la fructification ne se voit que très-rarement, beaucoup d'autres espèces ne nouent leur fruit qu'à la suite d'une fécondation artificielle, ou dans des circonstances toutes particulières que l'expérience peut seule faire connaître. C'est ainsi, par exemple, que M. Max Leichtlin a reconnu comme un moyen certain pour amener la formation de capsules sur le Lilium Brownii (qu'on voit habituellement stérile), le transport h l'ombre de ses pieds fleuris, dès le commencement de leur floraison.

Les graines de Lis semées en serre ou en bâche, vers la fin de l'automne ou au commencement de l'hiver, lèvent en général au printemps suivant. La germination en est plus lente, et n'a lieu d'ordinaire qu'au bout d'un an, quand le semis des mêmes espèces est fait h l'air libre. Souvent, dans un même semis, on voit de grandes inégalités, comme je l'ai dit plus haut pour le Lis gigantesque, et, d'un autre côté, cette inégalité se montre aussi d'une espèce à l'autre. Voici, à ce sujet, des renseignements instructifs qui m'ont été donnés par M. Max Leichtlin, d'après son expérience personnelle, dans une lettre en date du 23 mars 1873 :

« Les graines de toutes les espèces de Lis h rhizome {L. canay> dense, superhtim, etc.) restent une année en terre sans ger- D mer ; elles ne lèvent que pendant l'année qui suit celle du )) semis. Les Lilium Szovitzianum Fisch. et Lall. (L. colchicum y> Stev.), monadelphum Bieb., espèces du Caucase, germent au 3) bout de deux mois. Leur cotylédon ne se développe pas de y> manière à s'élever hors du sol (1) ; mais il forme néanmoins y> une petite écaille, et, la seconde année, on voit apparaître

(1) Il en est de même chez quelques autres espèces, notamment L. speciosum Thunb. et L. polyphyllum, Royb.

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y> une feuille qui est comme un intermédiaire entre le cotylédon }) et les véritables feuilles normales. Beaucoup d'espèces qui for- 5) ment de grosses bulbes ne germent que la seconde année ; i> quelques-unes cependant le font dès la première. Toutes les » espèces à vie courte, comme les L. tenuifolium^ pumilum^ puly> chelluMjConcolor^ Coridion^ etc., germent dans l'espace de quel- » ques semaines, et, après leur cotylédon, développé en feuille y> séminale, on voit apparaître bien vite trois ou quatre feuilles. * Parmi les pieds de L. teniiifolium qu'on obtient de semis, il i> s'en trouve qui fleurissent pendant leur seconde année. s>

Dans les conditions défavorables que je viens d'indiquer relativement à la pratique des semis de Lis, il ne m'était pas possible de réunir des matériaux suffisants pour une histoire suivie des premiers développements, chez un nombre tant soit peu considérable d'espèces de ce genre. Toutefois, l'obligeance de M. Max Leichthn et de M. Krelage m'a permis de faire quelques observations de cet ordre sur les Lilium auraium Lindl., callosum Zucc, Szovitzianum Fisch. etLallem.,to^^^^/i9/mwFisch., Thunbergianum Rœm. et Schult. (ou plutôt L, elegans Thunb.). En y joignant le L. giganteum Wall.,, dont j'ai pu suivre la formation sans laisser, je crois, de lacune notable dans son histoire, et le L. cordifolium Thunb., dont j'ai déjà parlé, on a un total de sept espèces sur lesquelles j'ai pu recueillir des données dont la publication ne sera peut-être pas inutile. J'espère pouvoir remplir plus tard ce cadre dans lequel je suis réduit à ne tracer en ce moment que des linéaments épars.

Sur les cinq espèces dont j'ai à parler maintenant, trois m'ont été envoyées en échantillons arrivés à leur seconde année de végétation. Ce sont : les Lilium auratum Lindl., callosum Zucc, et Szovitziamim Fisch. et Lall. Pour les deux autres, c'est-à-dire les L. tenuifolium et Thunbergianum Rœm. et Seh. , je n'ai eu sous les yeux que des pieds très-jeunes, arrachés peu de temps après leur germination. Comme ces derniers appartiennent à la catégorie des espèces à développement rapide, leur état très-jeune était celui qu'il importait le plus d'observer, puisqu'il permettait de constater combien est prompte chez elles

la production de feuilles normales remplaçant les premières écailles nourricières des espèces plus grosses et plus lentes dans leur croissance, que nous avons vues se produire chez les deux plantes dont il est principalement question dans ce mémoire.

Parmi les trois premières de ces plantes, deux sont analogues au Lilium gigantemi quant à l'absence de radicule, dès la fin de la première année. Ce sont : lesL. auratum et Szovitzianmn ; la troisième ressemble au L. cordifolmn pour la permanence et l'accroissement considérable de sa radicule, qui devient un long pivot sur les pieds arrivés à la deuxième année de leur végétation : c'est le L. callosum Zucc.

Lilium auratum Lindl. — La figure 30 représente, de grandeur naturelle, un pied de Lilium auratum Lindl., que je crois, sans en être absolument certain, être entré, depuis peu de temps, dans sa seconde période végétative, et la figure 30 A en montre le jeune oignon assez grossi pour qu'on en distingue les différentes parties. Cet oignon est encore très-petit et fort simple d'organisation : il n'offre, en effet, qu'une feuille verte (/"% à limbe lancéolé, dont le long et grêle pétiole se renfle très-fortement à sa base pour en former presque tout le volume. Cette épaisse gaine foliaire est embrassée, du côté de sa fente, par une sorte de membrane sèche (a) qui doit être un reste de la végétation antérieure, et qui ne tardera pas à disparaître. Par le haut de l'ouverture de la gaîne de la feuille, on voit la faible saillie que fait le sommet d'une deuxième feuille (/**), qui bientôt va s'allonger fortement au dehors. Enfin, de la base du même oignon part une seule racine (r'), tandis que la radiculea disparu. La coupe longitudinale (fig. 30 B) apprend qu'au fond de la jeune feuille en gouttière (/-), il existe déjà deux autres trèspetites productions foliaires, P^f\ celle-ci tout à fait naissante.

Un autre pied de Lilium auratum un peu plus avancé est reproduit par la figure 31. Dans celui-ci, la feuille qui, sur la figure 30 A ne montrait que son extrémité, en Z*^, s'est considérablement allongée et possède maintenant un limbe linéairelancéolé à l'extrémité d'un long pétiole grêle. La coupe longitudinale (fig. 31 A) permet de reconnaître que la gaîne f^ de

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la feuille la plus jeune est presque aussi épaisse que celle de la feuille la plus âgée p ; que p a sensiblement grandi ; mais que f^ ne fait encore, au centre de toute cette formation, qu'une saillie à peine visible. On voit aussi, en comparant entre elles les figures 30 et 31 , d'abord que la gaine flétrie a^ qui existe sur la première, a disparu sur l'oignon que représente la seconde ; ensuite, que le développement d'une seconde racine adventive (r") a eu lieu pendant que la deuxième feuille {f^) s'allongeait hors de la gaine de la première feuille {f^).

Tout incomplètes que sont ces observations sur le jeune Lilium auratum^ elles montrent cependant deux faits dont je n'ai pas vu l'analogue chez les deux espèces du sous-genre Cardiocrmumj et qui semblent mériter d'être mis en lumière : 1** La production de feuilles complètes, dans cet état jeune de la plante, n'est pas restreinte comme chez les deux espèces précédemment examinées, puisqu'il en existe déjà deux sur le sujet de la figure 31, et qu'il semble, à l'examen de la figure 34 A, qu'une troisième (f^) aurait pu se faire bientôt jour au dehors, comme ses deux aînées, 2° La constitution des deux seuls jeunes pieds que j'aie pu examiner paraît montrer qu'il n'y a pas eu antérieurement d'écaillé nourricière, et qu'il ne s'en formera probablement pas non plus pendant la période végétative actuelle.

Lilium Szovitzianum Fisch. et Lall, —Je n'ai eu entre les mains, pour le Lilium Szovitzianum Fisch. et Lall., que le sujet à sa seconde année que représente la figure 32 ; mais l'examen de cette jeune plante entière et de sa coupe longitudinale (fig. 32 A) suffit pour faire reconnaître : r Que tout vestige de la radicule a déjà disparu, laissant l'axe fondamental (a,/*, fig. 32 A) tronqué à son extrémité inférieure, et que la jeune planLj n'a que des racines adventives, r\r\ 2"^ Qu'il ne reste plus de la première végétation qu'une portion de gaine desséchée, a, pour laquelle il me semble impossible, en l'absence de toute donnée sur l'état antérieur de la jeune plante, de savoir si elle a fait partie du cotylédon, ou d'une écaille nourricière formée plus tardivement; toutefois, cette dernière supposition

me paraît être la plus vraisemblable. 3° Qu'il ne s'est produit qu'une seule feuille,/*, à limbe vert, de consistance assez ferme, fortement nervé, oblong-lancéolé, se rétrécissant graduellement, à sa partie inférieure, en un pétiole qui surmonte une gaîne fortement épaissie. 4*^ Qu'après cette feuille unique, il ne se produit plus, pendant la deuxième année, que des écailles nourricières, dont l'une (a^) est déjà grande, et aussi épaisse ou même un peu plus épaisse que la gaîne de la feuille /*, et dont trois autres de plus en plus petites, visibles seulement sur une coupe longitudinale (fig. 32 A, a^^a^^a*), se recouvrent l'une l'autre.

Il y a donc, pour la formation de l'oignon de deux ans, chez le LiliumSzovitzianum^ analogie avec le L. giganteum^ dissemblance prononcée avec le L. auratum.

Liliimi callosum Zucc. — C'est au contraire au type du Lilmn cordifolium Thunb. que se rattache leL. callosum Zucc. Il suffit de jeter les yeux sur la figure 35, qui représente un pied de cette espèce, pendant la seconde année de son existence, pour être frappé du développement considérable qu'a pris la radicule (r), qui non-seulement s'est beaucoup allongée, mais encore a donné cinq ramifications, dont une, la plus haute, s'est subdivisée à son tour. Cette radicule offre une particularité qu'on voit nettement sur la figure 35 A, et qui consiste en ce qu'elle est comme ondulée transversalement à sa surface. La tigelle n'est représentée, dans sa portion libre, que par le tronc de cône court et libre (?, fig. 35 A, 35 B), qui se trouve placé entre la basedupivotet celledu petitoignon. Quant à cet oignon lui-môme, il est essentiellement constitué par deux écailles épaisses et charnues, à peu près en regard l'une de l'autre (1 , 2) , dont l'externe, 1, présente à son extrémité une petite cicatrice, et dont l'interne, 2, est beaucoup plus grande et plus épaisse que la première. Je crois que ces deux parties ne peuvent être que deux écailles nourricières, restes de la végétation de la première année. Plus intérieurement se trouvent deux feuilles vertes, dont l'une (3, fig. 35, 35 A et 35 B) ne forme qu'une courte lame ployée en gouttière, dont le sommet dépasse à peine

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récaille 2; elle me semble ne pouvoir être autre chose qu'une écaille nourricière qui, sous l'influence de la végétation actuelle, est devenue foliacée en s'allongeant, comme j'ai montré que cela se passe chez le Lilium fjUjanteum, La situation de cet organe est assez étrange, puisqu'elle est placée presque au devant de l'écaille 2, seulement un peu de côté; mais elle est évidemment postérieure en date à l'écaille 2 qui l'embrasse entièrement, et antérieure à la feuille 4, dont elle entoure la base avec sa portion inférieure élargie et engainante. Cette dernière feuille elle-même est longue, linéaire, faiblement élargie vers son extrémité supérieure en un limbe lancéolé, et devant sa base, au sommet de l'axe, se montre une production foliaire nouvelle (5, fig. 35 B, 35 C), qui n'a pas plus d'un demi-millimètre de longueur. L'absence de tout intermédiaire entre cet organe foliaire naissant, et la longue feuille 4 qui est en ce moment tout à fait développée, me semble autoriser à penser qu'il ne se formera plus de feuille verte pendant la deuxième année, mais seulement de nouvelles écailles nourricières, dont il est impossible de savoir le nombre par avance et sans examen de sujets plus avancés.

En somme, la formation de l'oignon, chez le Lilium callosum^ résulte d'une production alternative de feuilles vertes et d'écaillés nourricières, comme chez les L. giganteum, cordifolium et Szovitzianum. Cette espèce ressemble, en outre, au L. cordifolium pour la longue durée et le grand développement de sa radicule ou pivot ; enfin elle se rattache aux deux dernières de ces espèces, et diffère de la première par l'extrême brièveté delà portion libre de sa tigelle, et par l'absence de racines adventives intermédiaires d'âge et de situation entre la radicule elle-même et les racines adventives définitives.

Les Lilium tenuifolium Fisch. et Thimbergianum Rœm. et Sch. appartiennent l'un et l'autre au type des Lis à développement rapide, s'accusant, dès la première année, par la production hâtive de feuilles vertes normales, indépendamment de leur cotylédon, qui est devenu lui-même une longue feuille séminale. Je suis porté à croire, bien que je n'aie pas eu les moyens de

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m'en assurer par Tobservation, que leur radicule ne doit pas se maintenir jusqu'à la seconde année.

Lilium tenuifolium Fisch. — Un pied de L. tenuifolium est représenté entier et de grandeur naturelle par la figure 36, tel qu'il était peu de temps après sa germination. La radicule (r) en est simple et peu développée; le cotylédon a déjà produit un limbe long et linéaire {et') ; une portion brunâtre (a), longue de 2 à 3 millimètres, sépare ce limbe, qui est tout entier d'un vert intense, de la portion inférieure ou pétiolaire qui est restée blanche. Ce défaut de coloration du quart inférieur de la feuille séminale amène un contraste marqué avec la feuille /*, qui est verte à partir du point où elle sort de la gaine cotylédonaire. C'est cette gaine (c^), fortement épaissie, qui constitue essentiellement le petit oignon naissant. Entière et continue à sa base, elle est, comme toujours, fendue plus haut longitudinalement, et elle superpose ses deux bords dilatés jusqu'à sa partie supérieure, où elle laisse une petite ouverture qui donne passage à la feuille /^ Cette disposition est indiquée par les figures 36 A, qui représente l'oignon entier grossi, 36 D, qui montre une section transversale de la gaine cotylédonaire (et), dans sa portion entière; et 36 E, sur laquelle on voit la même gaîne, coupée transversalement un peu plus haut, avec ses deux bords superposés l'un à l'autre. A la base du petit oignon et sous la fente cotylédonaire vient d'apparaître lapremière racine adventive (r), sous la forme d'un mamelon encore peu proéminent. Cette apparition hâtive d'une racine définitive semble indiquer que la radicule n'aura pas une longue durée.

La feuille verte /"* n'est encore qu'incomplètement développée, et elle se fait voir seule à l'extérieur de l'oignon naissant ; mais une coupe longitudinale (fig. 36 B) montre que sa portion inférieure, non-seulement engainante, mais encore dilatée en deux oreillettes basilaires (fig 36 C), embrasse une autre formation foliaire presque naissante, arrondie-convexe à sa face dorsale, profondément creusée en gouttière à sa face interne ou ventrale (/, fig. 36 D, 36 E), qui n'a pas encore un demi-millimètre de longueur. Les coupes transversales menées à travers la

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feuille /* et la production nouvelle qu'embrasse sa base ont le même contour, et présentent de même, à leur intérieur, trois faisceaux fibro-vasculaires disposés de la môme manière ; je crois donc pouvoir admettre que ces deux organes sont de la même nature, çt que, par conséquent, f^ est, comme /"^ une feuille qui doit venir faire également saillie en dehors du petit oignon, dans le courant de la première année, probablement môme après un espace de temps peu prolongé. C'est au reste ce que prouve l'observation de l'espèce suivante.

Lilium Thunbergiamim Rœm. et Sch. — Pour le Lilium Thunbergiamim^ j'ai eu sous les yeux un échantillon tellement jeune, que, comme on le voit par la figure 33, l'extrémité de son cotylédon, en train de devenir une longue feuille séminale, était encore logée dans la cavité du tégument séminal sp. La radicule r de cette petite plante était courte et simple. La fente gemmulaire se trouvait au niveau du point a ; en menant une section transversale par ce point, j'ai obtenu le sujet de la figure 33 A, par laquelle on voit que, déjà dans cette extrême jeunesse, la plante renferme sa première feuille (/*) bien formée, dans la petite cavité que circonscrivent les bords rapprochés de la gaine cotylédonaire. Aussi ne faut-il que fort peu de temps pour qu'elle arrive à l'état que représente la figure 34. Alors le cotylédon est devenu une longue feuille séminale verte sur les trois quarts de sa longueur, dans laquelle on distingue un limbe linéaire-lancéolé (c^'), rétréci graduellement dans le bas en un pétiole blanc, qui surmonte à son tour une gaine également blanche, renflée de manière à constituer un petit oignon. En même temps la radicule a plus que doublé de longueur, et s'est même ramifiée; et Ton voit, d'un autre côté, qu'une racine adventive {r\ fig. 34 A) a déjà pris naissance à la base de la petite bulbe, à peu près au-dessous de la fente cotylédonaire. Enfin, la première feuille p fait assez longuement saillie en dehors du jeune oignon.

Le nombre, la situation et la nature des parties, sont absolument identiques pour le Lilium Thimbergianum, à l'état que montre la figure 34, et pour le L. tenuifolium^ sujet de la

figure 36. On peut s'en convaincre en comparant la figure de Toignon grossi 34 A à 36 A, sa coupe longitudinale 34 B avec 36 B, et même la base de la feuille cachant une autre feuille naissante et canaliculée /"^ Je n'ai donc pas à répéter ce que je viens de dire au sujet de cette dernière espèce. De plus, cette parfaite similitude, sous tous les rapports, montre que Tûge du jeune L. Thunbergianum^ représenté par la figure 34, est le même que celui du jeune L. tenuifoUum qui a été le sujet de la figure 36. La marche du développement est donc absolument semblable chez ces deux espèces, et elles appartiennent également Tune et l'autre à un type bien distinct de ceux dans lesquels rentrent les cinq premières espèces dont il a été question dans ce travail, et ce type est essentiellement caractérisé par la production de feuilles vertes immédiatement après la germination, ainsi que par l'absence d'écaillés nourricières pendant la jeunesse des plantes.

N'ayant pas eu occasion d'observer des pieds de cette plante arrivés à leur seconde année, je né puis dire quand commencent à se produire les écailles nourricières qui doivent entrer dans la constitution des bulbes plus ou moins voisines de l'état adulte. Je crois qu'elles doivent commencer à se produire vers la seconde année.

La germination des Lis n'a pas été, que je sache, étudiée avec tant soit peu de soin jusqu'à ce jour. Tout ce que je connais, comme méritant d'être cité à ce sujet, sous le rapport morphologique, est dû à M. J. Schleiden. A la page 214, 2' partie de ses Grundziige der wmenschaftlichen Botanik [3* édit. (1)], ce botaniste donne, sous len° 154 A, B, C, trois figures de la germination du Lifej??.j»?f m i7ra^, dont l'une est la représentation d'un jeune pied dans lequel la feuille séminale a sa partie supérieure encore recourbée et logée dans la graine, tandis que les deux autres consistent en une coupe longitudinale et une coupe transver-

(1) Ce qui a été publié comme une 4"^ édition de cet ouvrage étant une simple spéculation de librairie et ne consistant qu'en une réimpression de la troisième, sans le moindre changement, je crois que c'est cette dernière qu'on doit toujours citer.

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sale du même sujet. Il m'est fort difficile de penser que ces figures sont rigoureusement exactes. La première, correspondant au plus à l'âge du sujet de ma figure 33, montre déjà une radicule longue de 0'",026, et un oignon qui ne mesurerait pas moins de 3 millimètres 1/4 d'épaisseur, et cela pour une espèce inférieure en rapidité de développement au L. Thunbergianimi. Or, chez celui-ci, malgré la rapidité de sa croissance, le petit oignon (fig. 34) atteint à peine O^jOOS d'épaisseur, lorsque sa première feuille est déjà fortement saillante, c'est-à-dire quand il est arrivé à un état beaucoup plus avancé. Je crains dès lors que le savant allemand n'ait réuni, par inadvertance, sur cette seule figure, le haut d'un sujet très-jeune et le bas d'un autre plus âgé. Les deux autres figures (154 B et C) confirment cette supposition, et d'ailleurs elles me semblent être plutôt des schéma que des reproductions rigoureuses. Dans le texte correspondant, on ne lit pas un seul mot de description, et l'on ne voit que le nom du Lilium pumilum intercalé entre ceux de quelques autres Liliacées, dont M. Schleiden dit avoir observé et suivi les premiers développements.

Quoique forcément incomplètes pour six espèces de Lis sur sept dont j'ai pu examiner l'état jeune, les observations précédentes me semblent montrer suffisamment qu'il existe, dans ce beau genre de Liliacées, une diversité remarquable quant au premier développement des plantes et quant à la formation initiale de leurs bulbes. Il me semble utile de résumer ici les principaux d'entre les faits ci-dessus exposés, qui mettent en évidence cette diversité à laquelle on ne s'attendrait guère dans un groupe générique qu'on ne peut s'empêcher de regarder comme naturel.

1° Parmi les différentes espèces de Lis, la germination et le développement sont rapides chez les unes, plus ou moins lents au contraire chez les autres. Les premières sont en général des plantes de proportions assez faibles, qui arrivent à leur floraison trois ou quatre années au plus après le semis, quelquefois même plus tôt {Lilkim temiifoliiwiL,^ Thimhergiamim) ; les dernières sont des plantes plus grandes, dont l'oignon est plus volumi-

OBSERVATIONS SUR LES BULBES DES LIS. fil

neux, dont la floraison est plus tardive (L. giganteiim^ cordifolium, auratum^ etc.). Les graines des premières lèvent au bout de quelques semaines ; celles des dernières ne lèvent le plus souvent qu'au bout d'une année, parfois aussi de deux années après le semis.

2** Les Lis à germination et croissance rapides produisent, pendant la première année, trois ou quatre feuilles normales, outre leur feuille séminale. Au contraire, ceux à germination et croissance plus lentes ne montrent hors du sol, pendant cette même année, que leur feuille séminale; leur première feuille normale n'apparaît que la seconde année, pendant laquelle elle reste généralement unique; rarement (L. auratum) la jeune plante développe deux ou trois feuilles normales dans le cours de la seconde année. Il paraît même, d'après un renseignement qu'a bien voulu me communiquer M. Max Leichtlin, que, chez les L. monadelphum Bieb. et Szovitzianum pendant la première année, t le cotylédon ne se développe pas de manière à s'élever hors du sol, mais forme néanmoins une petite écaille » (;I).

3° Chez tous les Lis, la radicule se développe, à la germination, en un pivot bien caractérisé; mais tandis que, chez la plupart, l'activité et même l'existence de ce pivot sont circonscrites dans l'espace de la première année (L. giganteum^ L. auratum^ L. Szovitzianum^ L. temdfoliiim^ L. Thunhergianum) ^ la seconde année amène pour lui, chez quelques autres, une continuation d'activité et un développement considérable (L. cordifolium^ L. callosum). Cette importante dissemblance physiologique peut se montrer chez deux espèces très-voisines par tous leurs* autres caractères : tels sont le L. giganteimi et le L. cordifolium.

¥ Dans la grande majorité des Lis, la tigelle ne se développe pas sensiblement à la suite de la germination; cependant, chez le L. giganteum^ elle forme un axe hypocotylé qui atteint environ 0'",003 de longueur dans sa portion libre.

5° Cette dernière espèce est aussi la seule chez laquelle j'aie

(1) J'ai reconnu, cette année, que quelques autres espèces, notamment Lilium speciosum Thunb. et L. pohjphyllum Iloyle, sont dans le même cas.

H. ÉTUDES. — se. NAT. XIJI. 5. — ART. N" 3.

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VU se produire successivement deux générations de racines adventives : la première naissant du bas de Taxe hypocotylé, et devant disparaître avec lui ; la seconde se formant à la base du petit oignon qui vient d'apparaître, et devant se multiplier rapidement à mesure que celui-ci fait des progrès. Dans les autres espèces dont la tigelle reste rudimentaire, la première de ces deux générations manque nécessairement.

6^* La première apparition de l'oignon est toujours due au développement notable en épaisseur que prend la portion vaginale du cotylédon devenu feuille séminale ; elle a lieu peu de temps après que cette feuille séminale s'est dégagée du spermoderme qui en coiffait l'extrémité.

7° La gaîne cotylédonaire persiste pendant toute la première année, et même, dans les grandes espèces, elle reste fraîche pendant une partie plus ou moins longue de la seconde année. Pendant toute cette durée, c'est son accroissement qui contribue le plus à l'augmentation graduelle de volume du jeune oignon.

8"* Les parties internes auxquelles la gemmule donne naissance ne concourent d'abord que pour une faible part au grossissement de l'oignon ; mais quand la gaîne cotylédonaire s'est épuisée et flétrie pour disparaître peu après, elles constituent essentiellement l'oignon, et, devenant rapidement de plus en plus nombreuses, se montrent sous les deux apparences de feuilles et d'écaillés nourricières ; elles le rendent de plus en plus volumineux jusqu'à ce qu'il produise une tige florifère. Quand cette tige est due au bourgeon qui termine l'axe de la bulbe, celle-ci meurt après sa fructification, et peut dès lors être dite monocarpienne. Mais quand elle provient d'un bourgeon latéral ou axillaire, et qu'elle constitue ainsi une ramification de l'axe fondamental, il peut s'en produire successivement plusieurs, d'année en année ; la bulbe se conserve donc pendant plusieurs floraisons consécutives, et l'on peut dès lors la qualifier de polycarpienne.

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