‹ Observations sur les cornets acoustiquesChapitre 2 sur 2 · JO · texte numérisé non relu

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pavillon, en substituant à la forme enroulée ou en limaçon la forme conique, ou la demi-circulaire, ou la courbe qu’affectent les cornes de certains animaux. On fait choix pour la même raison d’une matière moins retentissante que les métaux , et l’on emploie le bois , la corne , la gomme élastique. Enfin , malgré ces dispositions très-propres à modérer l’intensité du son , on se trouve souvent obligé de ramener l’instrument à des formes plus simples encore, et telles qu’il ne représente plus qu’un simple réceptacle des ondes sonores, propre à les rassembler sans les modifier. Telles sont ces espèces de conques appliquées en voûte sur le pavillon auditif et disposées comme la main que beaucoup de personnes à ouïe dure s’y appliquent pour recueillir les sons de la voix. Cette conque repose sur un plancher beaucoup moins concave , qui loge l’auricule et la dépassant par ses bords se met en contact avec les parties osseuses des régions temporale et mastoïdienne. Ce mode de transmission des sons en augmente l’intensité sans nuire à leur netteté, double avantage que ne peut réunir , comme nous Pavons dit , le son qui arrive à l’oreille à travers les sinuosités fortement résonnantes’des instrumens acoustiques. Enfin, on peut, dans quelques dysécées , supprimer le plancher de ce pavillon métallique , qui ne consiste plus alors qu’en un segment de calotte , dont un des bords reste libre audevant et au-dessus de l’oreille , tandis que l’autre , en suivant son contour , s’applique sur les parties osseuses du temporal. Les deux oreilles , quand le cas l’exige , en sont munies , et un ressort commun qui passe au sommet de la tête maintient chaque cornet en place.

C’est à la catégorie de ces cornets acoustiques fixes qu’appartient celui que M. Négrier a fait présenter à

l’Académie. L*auteur avoue en avoir pris l’idée dans le Traité des Maladies de C Oreille et de T Audition ; mais il fait observer avec juste raison qu’en comparant au cornet à demeure qui y est représenté, celui qu’il a imaginé , on doit regarder le sien comme nouveau. En effet , tout est différent , et le pavillon et le conduit sonifère, et la place que l’instrument doit occuper. Le pavillon présente une ouverture plus allongée, mais moins élevée; le conduit, au lieu d’être cylindrique droit et court , se trouve aplati dans un sens , allongé , et contourné sur lui-même, ce qui permet à l’instrument de laisser le pavillon de l’oreille à découvert, et d’avoir le sien à part dans le voisinage de celui-ci. Pour l’homme, le corps de l’instrument repose sur l’apophyse mastoïde ; chez la femme , il occupe la région pariétale , où il peut être caché par un bonnet. La disposition demi-circulaire de son conduit lui donne encore l’avantage que nous avons reconnu aux cornets courbes, celui d’en augmenter la sonorité; et, ce qui ajoute à ces effets, c’est la surface plane que présente la partie de ses parois destinée à se trouver en contact avec les os du crâne. Remarquons , comme un troisième avantage attaché à sa forme , la diminution progressive de son diamètre , depuis le pavillon jusqu’à l’embouchure auriculaire.

Tel est l’instrument de M. Négrier; tels sont les avantages que nous y avons reconnus. Disons un mot de quelques défauts que nous avons cru y trouver. Nous nous bornerons à signaler les deux plus importans.

Le premier réside dans la matière employée pour l’embouchure du cornet. Cette extrémité, destinée à s’adapter à l’orifice du canal auditif, est formée d’une

olive en ivoire , qui est unie à un bout de tuyau en peau> lequel est collé à son tour à l’extrémité du conduit métallique. Ainsi divisé dans sa continuité et formé de trois substances inégalement sonores, cette partie, destinée à apporter les sons à l’oreille , ne saurait remplir qu’imparfaitement celte fonction. Une expérience bien simple peut mettre en évidence les résultats de cette imperfection. Qu’on prenne deux règles en bois, de la même longueur , de la même épaisseur, mais faites, l’une d’une seule pièce, l’autre de plusieurs parties clouées ou attachées les unes à la suite des autres. Si Uon pose une montre sur l’extrémité de la première de ces deux lattes, tandis qu’on tient l’autre extrémité entre les dents , ayant en même temps attention de se boucher avec les doigts les deux conduits auditifs, on entend très-distinctement les battemens de la montre. La même expérience , faite avec l’autre latte , celle qui est formée de plusieurs morceaux , ne transmet que très-faiblement le même son à l’oreille.

Cette transmission serait encore plus faible et plus infidèle s’il n’y avait pas identité de matière dans le conducteur. Le bizarre cornet que voici en ofire une preuve bien frappante. Dans l’intention de diminuer sa résonnance, on l’a fait de plusieurs zones d’argent et de gomme élastique, réunies alternativement les unes à la suite des autres. Le succès a outrepassé les résultats que s’en promettait l’inventeur. L’instrument est si peu sonore , qu’il n’est bon à rien , si ce n’est à prouver qu’associées avec les substances rigides , les substances molles se trouvent tout-à-fait dépourvues de la propriété de propager le son. Le second défaut des cornets qui nous occupent est dans le moyen que M. Négrier a choisi

pour les assujellir sur les tempes. Le ruban ou la lanière qui sert à cet usage et qui passe sous le menton , outre l’inconvénient de faire soupçonner l’appareil qu’on cherche à déguiser , a surtout celui de ne mettre que faiblement et imparfaitement en contact l’embouchure du cornet avec l’orifice du méat auditif. On peut y parvenir, à la vérité , en serrant fortement le lien , mais ce ne peut être qu’aux dépens de la libre circulation du sang dans les vaisseaux que le cordon rencontre dans son trajet ; et cet inconvénient est grave pour les personnes affectées de surdité , presque toujours accompagnée de bourdonnemens. Mais il est très-facile de remédier à cet inconvénient en remplaçant ces cordons par un ressort demi-circulaire qui embrasse la voûte du crâne et porte à ses deux extrémités les deux cornets, qu’il maintient invariablement en place. M. Négrier indique bien ce moyen contentif, mais sans faire sentir la préférence qu’on doit lui donner , puisque les cornets qu’il nous a envoyés sont disposés avec des cordons. Quant au défaut de construction que nous avons reconnu dans l’embouchure de l’instrument , il est tout aussi facile d’y remédier. Il suffira de prolonger jusqu’à son orifice auriculaire le conduit métallique. Nous avons fait subir cette correction à l’un des quatre cornets qui nous ont été présentés, et en l’essayant comparativement avec celui des trois autres qui est destiné pour la même oreille, nous avons pu constater les avantages de ce changement. Au reste , qu’on l’emploie avec ou sans cette amélioration , le cornet inventé par M. Négrier nous paraît devoir être d’une application commode et d’un usage plus ou moins avantageux. Toutefois , par suite des inconvé * mens attachés aux cornets de cette espèce , dont b

pavillon est nécessairement peu large , peu ouvert , le conduit plus ou moins court et peu sinueux , il ne peut être utile qu’aux personnes affectées d’une surdité peu profonde ; encore faudra-t-il , comme dans la prescription et l’application raisonnée de toutes les espèces de cornets , tenir compte des observations pratiques consignées dans cette notice , et plus encore des inductions qui en découlent , et qui se présenteront naturellement à l’esprit des médecins intéressés à approfondir cette partie inculte de la science.

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