Observations Sur Les Fleurs Doubles Des Lis, Et Plus Particulièrement Sur Celle Du Lilium Tigrinum Gawl
M. le Président exprime à la Société Ions ses regrets de ce que le discours qu’il a prononcé à l'ouverture de la Session extraoitlinaire de Lyon n’a pas été reproduit dans le compte rendu de celte session. C’est, dit-il, par suite d’un malentendu que ce discours n’a pas été imprimé.
M. Drevault présente à la Société un échantillon de Clathrus cancellatus qu’il a reçu récemment de la Bretagne; ce Champignon, quoique très-rare dans ce pays, y a été observé plusieurs années de suite dans la même localité.
M. Chatin annonce que l’Oronge vraie, qu’il avait recueillie plusieurs années de suite dans le bois des Essarts, n'a pas reparu < <*1 automne ; il a remarqué du reste que dans la même localité les Cèpes avaient été très-rares.
M Ducharlre fait la communication suivante :
OBSERVATIONS SUR LES FLEURS DOUBLES DES LIS, ET PLUS PARTICULIÉREMENT SUR CELLE DU LILIUM TIGRINVM Gawl., par M. F. DUCHARTRE
Jusqu’à ces derniers temps, la duplicature de la fleur ne s’était montrée que comme un phénomène rare chez les espèces du grand et beau genre Lilium ; encore même n’y avait-elle été vue, à une exception près, que médiocrement prononcée, et constituant seulement des fleurs semi-doubles. Mais, à la date de quelques années, il a été importé du Japon un Lis tigré à fleur remarquablement double, bien qu’elle ne mérite pas la dénomination de Lilium tigrinum flore plcno qui lui a été donnée par M. Regel. Grâce à la facilité peu commune avec laquelle se multiplie par extension cette belle espèce, au moyen de bulbilles axillaires, sa forme à fleur double s’est répandue en peu de temps dans les jardins, et déjà aujourd’hui on l’y rencontre assez fréquemment. Cette année, j’ai pu en examiner de près une dizaine de fleurs ou boutons, et j'ai reconnu ainsi que la duplicature s’y effectue dans des conditions remarquables qu’il me semble à propos de faire connaître en détail. Mais avant d’aborder cet examen, il me semble utile de consacrer quelques lignes aux autres Lis plus ou moins doubles qui existent aujourd’hui dans les cultures d’agrément.
Les seules espèces du genre Lilium qui, à ma connaissance, aient été signalées comme ayant donné des variétés à fleurs plus ou moins doubles
sont le L. cundidum L., le L. elegans Thunb. (L. Thunhergianum Ilœm. et Sehult.) et le L. Martaqon L. Le L. candidum L., parmi ses variétés cultivées, en compte deux chez lesquelles la duplicature s’est opérée d’après le même type, et dont l’une a les feuilles vertes, tandis que l’autre les a
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panachées ; en outre, on a vu quelquefois des cas isolés dans lesquels ce Lis produisait des fleurs semi-doubles. Le L. elegans Thunb. ( L. Tlmnbergianum Rœm. et Sclndt.) a deux variétés caractérisées par des fleurs plus ou moins doubles : dans l’une, qui est rare dans les jardins, ou on la nomme L. Thunbergianum flore pleno, la fleur est généralement double ; elle est semi-double dans l’autre, qui a été décrite et figurée dans VIllustration horticole, (décembre 1864, pi. 4:2:2) sous le nom de L. fulgens Ch.Morr. var. staminosum, et qui peut être appelé L. elegans Thunb. var. staminosum. Enfin le L. Martagon L. a une forme double cultivée sous le nom de L. Martagon flore pleno , et quelques catalogues d’horticulteurs mentionnent un L. Martagon à fleur blanche double qui doit être extrêmement rare, puisque l’un des hommes les plus compétents en fait de Lis, M. Krelage, de Haarlem, en révoque en doute l’existence. A ces trois espèces il faut joindre maintenant le L. tigrinum Gavvl., grâce à l’importation en Europe de sa variété qui fait l’objet principal de cette note.
Il existe donc, dans ces quatre espèces de Lilium, des formes à fleurs plus ou moins doubles assez permanentes pour former des variétés jardinières; mais, en outre, une cinquième espèce a produit en plusieurs circonstances des fleurs semi-doubles d’une manière purement accidentelle : c’est le Lilium auratum Lincll. Les recueils horticoles citent des exemples de cette monstruosité isolée, notamment le Gardeners ’ Chronicle, 1865, p. 222 et 773; 1860, p. 829; le Journal de la Société centrale d'horticulture , 1873, p- 539; 1874, p. 141 ; 1877, p. 572, etc.
La fleur double du Lilium tigrinum GawL offre cette particularité remarquable que dans sa formation interviennent une multiplication du périanthe et une pétalisation partielle de l’androcée; les deux sortes de pétales additionnels, dont la production est due à l’une et l’autre de ces deux causes diffèrent, entièrement entre elles, et ceux qui proviennent de la multiplication du périanthe prennent la part de beaucoup la plus importante à ce doublement.
On sait qu’une fleur simple de Lilium tigrinum présente : 1° un périanthe de six pièces rangées, comme dans la généralité des Monocotylédones, en deux verticilles ternaires alternes, l’externe formant le calvce
l’interne la corolle; 2° un androcée de six étamines disposées aussi en deux verticilles alternes ; 3° un pistil de trois carpelles, dont l’ovaire trigone porte un style allongé, sensiblement épaissi dans le haut, où il devient trigone, et surmonté d’un gros stigmate trilobé. Ce périanthe est d’un beau rouge-cinabre sensiblement saumoné, et il est marqué d’un grand nombre de macules ou gros points d’un rouge brun foncé. Les six pièces du périanthe sont semblables entre elles pour la coloration et la texture, mais notablement différentes sous d’autres rapports : les trois externes, ou sépales, sont notablement plus étroites que les trois internes ou pétales (0 m ,020 contre 0"‘,028-0"',029), avec la même longueur; de