‹ Observations Sur Les Fleurs Doubles Des Lis, Et Plus Particulièrement Sur Celle Du Lilium Tigrinum GawlChapitre 2 sur 3 · SÉANCE DIT 14 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

SÉANCE DIT 14 DÉCEMBRE

plus, la saillie médiane relevée en côte longitudinale à leur face externe est peu proéminente et à section arrondie sur les premières, très-prononcée et à section carrée ou rectangulaire sur les dernières. Cette fleur est orientée de façon qu’un sépale impair est supérieur ou postérieur, c’està-dire placé vers l’axe, et que les deux autres sont latéraux-inférieurs ou antérieurs. Les verticilles plus internes se disposent relativement au calyce, conformément à la loi d’alternance.

Cela posé, la fleur double du Lilium tigrinum a presque toujours triplé son périanthe par multiplication régulière ; d’où il résulte : 1° que, en place des six pièces qui forment le périanthe de la fleur simple, elle en offre trois fois autant ou dix-huit ; 2° que les douze pièces additionnelles constituent deux nouveaux verticilles calvcinaux et deux nouveaux verticilles corollins, alternant régulièrement entre eux ainsi qu’avec le périanthe normal. Ces nouvelles pièces pétaloides sont semblables à celles de la fleur simple pour la forme, la grandeur et la coloration; elles ont, en outre, alternativement, trois par trois, les caractères distinctifs des sépales et des pétales normaux, bien que leurs différences aillent en s’affaiblissant vers l’intérieur de la fleur ; de là celle-ci présente, de dehors en dedans : 1° le calyce normal, 2" la corolle normale, 3“ un premier calyce additionnel, 4° une première corolle additionnelle, 5° un deuxième calyce additionnel, 0° une deuxième corolle additionnelle. L’alternance de ces verticilles successifs est tellement régulière, que, si l’on suppose six lignes équidistantes menées du centre de la fleur à sa circonférence, trois d’entre elles passant chacune par la ligne médiane de trois sépales, les trois autres, alternes avec elles, passeront chacune par le milieu de trois pétales.

L’androcée, dans la fleur double du Lis tigré, n’augmente pas le nombre normal de ses parties ; mais, dans des cas très-rares, il le réduit par avortement. La transformation pétaloide que subissent ces organes procède de l’extérieur vers l’intérieur: le plus souvent elle affecte le verticille slaminal externe tout entier, en respectant le verticille interne qui alors reste à l’état normal ; rarement je l’ai vue envahir le verticille staminal interne, mais en laissant toujours au moins une étamine parfaite et inaltérée. Dans aucun "des cas que j’ai observés la transformation n’avait fait disparaître tout vestige de l’anthère, et du pollen en bon état tenait encore aux restes des loges. Ainsi, dans sept fleurs sur neuf, les trois étamines internes étaient restées normales ; dans la huitième, il ne s’en était conservé qu’une normale, les deux autres s’étant quelque peu transformées ; enfin, dans la neuvième, ce même verticille interne avait disparu.

La pétalisation des étamines de cette fleur affecte essentiellement le lilet. Le cas dominant est celui dans lequel chacune des trois étamines externes épanouit ce filet en une lame pétaloide, épaisse sur sa ligne médiane, amincie sur ses côtés, qui se rétrécit en coin vers sa base, et se dilate supérieurement en deux grandes oreillettes ascendantes. Entre ces

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deux oreHletles le filet se prolonge à peu près inaltéré, sur une longueur (jui peut atteindre un centimètre, et il se termine par une anthère semblable à celle de la fleur simple. Parfois aussi cette portion terminale du filet reste courte en même temps qu’elle s’élargit, et elle se rétrécit supérieurement en un prolongement triangulaire dont les deux bords, de couleur brune, portent du pollen bien formé. Il est évident que, dans ce cas, la transformation pétaloïde a envahi le connectif, et que les deux loges de l’anthère se sont réduites aux deux bordures brunes et pollinifères qu’offre le prolongement terminal de cette étamine monstrueuse. Dans une étamine dont la transformation était fort avancée, le filet et le connectif pétalisés s’étaient confondus en un corps pétaloïde oblong, irrégulier, concave en dedans, dont le bord le plus droit portait une longue loge d’anthère, remplie de pollen, tandis que la seconde loge avait disparu ou peut-être s’était fondue dans la lame pétaloïde. Il est en effet fort difficile de décider, d’après de pareilles déformations, si, comme le pense M. D. Clos, les loges de l’anthère cessent d’exister quand le connectif se pétalise, ou si la lame pétaloïde qui remplace l’organe normal réunit le connectif et l’anthère transformés; l’étamine monstrueuse dont il s’agit en ce moment me semblerait venir à l’appui de cette dernière interprétation plutôt que de la première.

Dans un autre cas, le filet était resté à peu près normal vers.sa base ; supérieurement il s’était élargi pour passer à une sorte de capuchon arrondi et fermé dans le haut, ouvert au contraire dans le bas, où son bord oblique et tronqué portait deux loges d’anthères pleines de pollen, dirigées de haut en bas et divergentes.

Quant au pistil, toutes les fleurs doubles de L'ilium tigrinum que j'ai vues me l’ont montré dans l’état normal ou rarement atteint d’un peu d’irrégularité dans la partie supérieure de son style. Dans tous les cas, son stigmate hérissé de papilles et son ovaire rempli d’ovules bien conformés semblaient être dans toutes les conditions requises pour déterminer et subir la fécondation. Comme, d’un autre côté, ces fleurs avaient conservé au moins une et généralement trois étamines normales, qu’il y avait même du pollen produit en plus ou moins grande quantité par les étamines partiellement pétalisées, il était évident que ces fleurs monstrueuses étaient en état de donner naissance à des capsules renfermant de bonnes graines. Je crois cependant pouvoir douter que cette remarquable variété fructifie jamais, puisque son type à fleur simple paraît être constamment stérile sans doute par compensation avec son extrême facilité de multiplication au moyen de bulbilles axillaires.

Un changement remarquable dans l’orientation habituelle de l’androcée m’a été offert par deux fleurs. Dans le Lilium tigrinum simple j’ai toujours vu le périanthe orienté de façon que le calyce présentait un sépale impair supérieur ou postérieur et les deux autres latéro-inférieurs ou aidé-

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