LÉPIDOPTÈRES DES PYRÉNÉES-ORIENTALES
(Le Vernet.)
Par M. BELLIER DE LA CHAVIGNERIE,
(Séance du 9 Septembre 1857.)
Vernet-les-Bains compte environ 806 habitants, et est distant de Perpignan de 40 kilomètres. Situé dans la partie la plus méridionale des Pyrénées-Orientales, le village est bâti au pied même du mont Canigou, cette sentinelle avancée de la grande chaîne pyrénéenne, dont la cime a près de 3,000 mètres d’élévation au-dessus du niveau de la mer.
Si Le Vernet jouit à juste titre, dans toute la France méridionale, d’une excellente réputation que lui ont value l'efficacité de ses eaux thermales sulfureuses et la douceur de son climat pendant l'hiver, ses productions en insectes de tous ordres doivent également lui attirer l'attention et l’estime des entomologistes. Aussi a-t-il été souvent visité par des coléoptéristes, qui en ont toujours rapporté d’abondantes récoltes ; mais cette partie de la France avait été, jusqu'à
présent, fort délaissée des Lépidoptéristes, et, parmi ces derniers, n’avait guère reçu la visite que de quelques amateurs de nos départements du Midi, de l’infatigable Donzel, dont la vie a été si prodigieusement active et malheureusement si courte, et de notre collègue M. de Graslin qui, en 1847, explora pendant plus de trois mois les Pyrénées- Orientales et y fit deux importantes découvertes, celles de la Chelonia hemigena et de l'Hadena sociabilis. Il est à regretter que, en publiant dans nos Annales ces Lépidoptères nouveaux, M. de Graslin n'ait pas fait connaître le résultat de ses trois mois de chasses et n’ait pas indiqué les localités qu'il avait parcourues, les principales espèces qu'il y avait prises. Nous aurions eu ainsi, sur la Faune lépidoptérologique des Pyrénées-Orientales, des détails qui nous ont manqué jusqu'à ce jour et qui, fournis par un aussi excellent observateur que M. de Graslin, auraient été trés utiles pour diriger uliérieurement les recherches des Lépidoptéristes tentés d’aller visiter ce beau pays.
Frappé de cette lacune, j'ai pensé qu’il ne serait pas sans intérêt de dresser le catalogue des Lépidoptères que six à sept semaines de chasses sérieuses et non interrompues aux environs du Vernet, pendant les mois de juin et juillet, m'ont permis de recueillir, de noter mes observations, de signaler les époques et les localités, et j'ose espérer que la Société voudra bien accueillir ce travail avec la même bienveillance qu’elle m'a déjà témoignée pour d’autres mémoires d’une nature analogue. Ce catalogue prouvera que la Faune du Vernet est très méridionale. L'exploration du Canigou, de Montlouis, de la Cerdagne française, m'aurait procuré des espèces très différentes, ainsi que je m'en suis assuré par quelques excursions faites dans ces hautes mon-
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tagnes, mais retenu au Vernet par le désir d’y prendre les eaux et par l'éducation de nombreuses chenilles à la recherche desquelles je me suis pius particulièrement adonné cette année, j'ai dû renoncer aux courses lointaines et me contenter de l'exploration d’une localité beaucoup plus restreinte, mais qui ne laisse pas néanmoins que d'offrir un champ suffisamment vaste pour satisfaire le chasseur même le plus exigeant.
J'ai dit que la Faune du Vernet était très méridionale, ce qui n'empêche pas d'y rencontrer aussi la plupart des espèces des environs de Paris et du centre de la France, moins celles toutefois qui habitent les grandes forêts dont le pays est dépourvu. Si donc on ne voit pas figurer sur ma liste des Lépidoptères, tels que Colias Edusa, Lycæna Corydon, Adonis, et bien d’autres, il ne faut pas en conclure que ces espèces n'existent pas au Vernet, mais seulement qu'il m'a paru inutile d’en parler , parce qu’elles sont sans intérêt, et qu'elles appartiennent à la Faune générale de la France.
Becueillis dans les Pyrénées-Orientales