‹ [Observations sur les lépidoptères]Chapitre 9 sur 21 · LA À · texte numérisé non relu

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EXTRAIT DES ANNALES

DE LA

SOCIÉTÉ ENTONOLOGIQUE

DE FRANCE

Ve SERIE, TOME 0 © TRIMESTRE DE 48

Paris. — Imprimerie FELIX MALTESTE et Cie, rue des Deüx-Portes-St-Saùyeur, 22. °

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Note sur le BOMBYX CANENSIS Millière

Par M. BELLIER DE LA CHAVIGNERIE.

(Séance du 28 Novembre 1877.)

Je possède dans ma collection, depuis près d’une vingtaine d'années, le Bombyx que vient de décrire et de faire figurer M. Millière, sous le nom de Canensis, dans le volume de cette année-ci de nos Annales, p. 5, fig. 9 et 40 de la pl. 4°. L’individu en question est une femelle qui est éclose

chez moi, à Paris, le 1° janvier 1860 et qui provenait de chenilles que j'avais récoltées en Sicile l’été précédent, aux environs de Palerme, dans le magnifique parc royal de La Favorita où, pendant toute une saison, je fis de nombreuses explorations entomologiques. J’ai signalé ce Bombyæ dans le compte rendu de mes chasses en Sicile, publié dans nos Annales (année 1860) et je l’ai rapporté comme variété au Bombyx populi.

Quand je trouvai ce Bombyx éclos dans mes boîtes, je fus d’abord tenté à première vue de le décrire comme espèce nouvelle, ainsi que l'a fait M. Millière; mais un examen attentif et la comparaison de ce Lépidoptère avec des Bombyæ populi de diverses provenances, me firent penser qu’il n’offrait pas de caractères spécifiques assez sérieux pour le séparer du populi qui se trouve répandu à peu près dans toute l’Europe du Nord au Midi, de l'Est à l'Ouest, et qui comme le Bombyx cratægi, celui de ses congénères avec lequel il a le plus de rapports, doit également subir les modifications que les conditions géologiques et climalériques imposent à un si grand nombre de Lépidoptères, surtout chez les espèces dont les chenilles ne vivent pas exclusivement sur un seul végétal, la nourriture prise par la chenille ayant une influence assez grande, principalement sur le développement et la coloration de l’insecte qu’elle produira.

La chenille du Bombyx populi vit, ce qu'aucun lépidoptériste n’ignore, sur un assez grand nombre d’arbres d’essences fort différentes. On ne la trouve pas seulement, en effet, sur le peuplier comme semblerait l’indiquer le nom appliqué à l'espèce par Linné, et sur les autres arbres blancs,

368 BELLIER DE LA CHAVIGNERIE. — Bombyx Ganensis Millicre.

tremble, bouleau etc., mais elle vit également sur le kétre, le châtaïgnier, l'épine, l'érable, le chéne, etc. Cette différence de nourriture ainsi que la différence de climat dans les localités habitées par le Bombyx populi doivent donc certainement modifier ce Bombyx comme elles modifient encore bien plus profondément le Bombyx cratægi qui lui aussi est une espèce cosmopolite.

Les chenilles qui m’ont donné mon Bombyx sicilien avaient été trouvées par moi appliquées sur les écorces du chêne (Quercus ilex). Le temps me manqua, il est vrai, pour entreprendre une description, mais d’après mes souvenirs elles différaient fort peu, si même elles différaient, de celles du Bombyx populi des environs de Paris auquel je les rapportai tout d’abord. On sait du reste combien la chenille du Bombyx populi est variable pour la taille, la couleur et le dessin.

Quant aux mœurs, quant au cocon et même quant à l’époque de l’éclosion de linsecte parfait, il y avait tout à fait identité avec l'espèce de notre pays.

Je crois donc que le Bombyx alpinus Zeller, des Alpes suisses, n’est, ainsi que l’a pensé M. le professeur Frey, qu’une variélé locale du Bombyx populi des auteurs, qu’il en est de même du Bombyx Canensis Millière, et qu’il en sera de même des autres modifications qu’on ne manquera certainement pas de découvrir plus tard chez une espèce répandue dans un aussi grand nombre de pays, et vivant également sur un aussi grand nombre de végétaux différents.

La meilleure manière, du reste, d’être fixé sur les varialions que l’influence du climat et de la nourriture est susceptible de produire chez le Bombyx populi, serait peut-être de transporter des contrées méridionales dans celles du Nord, et vice versa du Nord dans le Midi, des œufs de ce Bombyx, et d'élever pendant plusieurs générations les chenilles qu'on obtiendrait, en les observant avec soin et en les soumettant à différents modes d’alimentation.

J'allais oublier de citer, à l’appui des modifications dont est susceptible le Bombyæ populi, les deux variélés représentées par Herrich-Schäffer, pl. 17, fig. 87 et pl. 29, fig. 451. La première de ces variétés surtout, ne se rapproche-t-elle pas énormément de la variété Canensis ?

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