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Note sur la LEUCOPHASIA LATHYRE Duponchel,
Par M. BELLIER DE LA CHAVIGNERIE.
(Séance du 10 Novembre 1869.)
La Leucophasia Lathyri Duponchel, que quelques personnes rapportent encore à la Leucophasia Sinapis comme variété, est une espèce parfaitement distincte de cette dernière.
La L. Lathyri a des caractères spécifiques qui lui sont propres. La tache noire du sommet des ailes supérieures est toujours plus dilatée, plus fondue et autrement disposée; la base des quatre ailes en dessus est lavée de jaune citron, nuance qui envahit presque entièrement les secondes ailes; le dessin du dessous des ailes inférieures, leur coloration, ne sont pas les mêmes que chez Sénapis ; le dessous est entièrement gris, avec deux taches blanches bien arrêtées, l'une près de la base et l’autre au bord externe. Enfin, la forme des ailes de L. Lathyri diffère entièrement de celle de L. Sinapis ; ces ailes sont beaucoup plus étroites et les supérieures ont le sommet bien moins arrondi.
Aux caractères que j'ai énumérés viennent se joindre des différences de mœurs et d'habitat. Lathyri est une espèce subalpine et son vol diffère de celui de Sinapis, ce qui provient de la forme différente de ses ailes. Dans les Basses-Alpes, aux environs de Digne, j'ai vu voler à la fois Lathyri et Sinapis sans que ces deux espèces se confondent, et l’une n'exclut pas l’autre, ce qui aurait lieu si Lathyri n’était qu'une variété locale de Sénapis. Enfin Lathyri éclôt un peu avant Sénapis; elle vole d’abord seule, puis ensuite en même temps que sa congénère.
Pendant les chasses que j'ai faites autour de Digne durant toute la saison entomologique de 1869, j'ai beaucoup observé ces Leucophasia, et je puis signaler un fait qui n’a pas encore été mentionné, je crois : c’est que Leucophasia Lathyri, qui paraît pour la première fois pendant la première quinzaine de mai et même en avril, reparaît pour la seconde fois
d14 BELLIER DE LA CHAVIGNERIE. — Leucophasia Lathyri.
en juillet. Les individus de cette deuxième génération, que j'appellerai var. æstivalis, subissent une modification analogue à celle qu’on remarque chez les individus provenant de la deuxième génération de Sinapis, mais conservent les caractères principaux que j'ai signalés chez Lathyri, notamment la coupe d’ailes différente. Quelques femelles de la deuxième génération de Lathyri ont le dessous des ailes inférieures entièrement blanc, ainsi que cela se rencontre parfois chez certaines femelles de la deuxième génération de Sinapis ; mais je n’ai jamais vu de femelles de Lathyri appartenant à la var, æstivalis qui fussent entièrement blanches en dessus.
Duponchel a donné un assez bon dessin de la Leucophasia Lathyri, pl. 43, fig. 4 et 5. M. Herrich-Schäffer l’a également figurée, pl. 84, fig. 407 et 408, et les figures de l’iconographe allemand font surtout bien ressortir les caractères qui distinguent la Lathyri.
Quant à la Leucophasia Lathyri représentée par Hübner, pl. 160, fig. 797 et 798, ce n’est qu’une variété de Sénapis, variété propre aux contrées les plus chaudes de l’Europe, mais qui habite aussi nos départements méridionaux, notamment l'Ardèche, la Lozère, les environs de Marseille, de Béziers, etc. Duponchel avait confondu cette Lathyri d'Hübner, qu’on doit rapporter à Sinapis comme variété, avec la vraie Lathyri publiée par lui-même.
Je terminerai cette notice sur un de nos plus gracieux Lépidoptères diurnes de France en faisant observer que la Leucophasia Lathyri Duponchel n’existe point en Allemagne ; qu’en France elle est très-localisée et ne se rencontre guère qu’autour de Digne, dans la partie basse des Basses- Alpes, et aux environs d’Aix en Provence.
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