AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR
Je n’entreprendrai point Téloge de l’ouvrage de M. le chevalier Pringle. L’accueil que lui ont fait les vrais savants (1) dans tous les pays où les sciences sont en honneur a quelque chose de plus flatteur que toutes les louanges que pourrait donner un traducteur, toujours soupçonné de se passionner pour l’auteur qu’il traduit. M. Pringle est fils de Jean Pringle de Stitchil, près de Berwick, chevalier-baronnet. Ce titre, qui est héréditaire, a passé avec la terre de Stitchil à son frère aîné le chevalier Robert Pringle. Le roi actuellement régnant a créé notre savant chevalier-baronnet. Son goût l’ayant porté à se consacrer à la médecine, il reçut à Leyde, en 1730, le titre de docteur. Sa dissertation qui roulait sur le dessèchement des vieillards (2), de Marcore seiiiliy annonçait déjà ce qu’on devait attendre de lui.
(1) Il a (ilé Iracluit en allemand et en italien.
(2) Voyez l’extrait qu’en a donné le jQurnal dtes savants, au jnois d’avril J 751.
Pringle, 1
AVERTISSEMENT
La guerre étant survenue en 1742 , M. le chevalier Pringle suivit les armées , et pai- les services qu’il rendit , il mérita d’avoir la place de médecin du duc de Cumberland , et ensuite celle de médecin général des armées du roi d’Angleterre.
Il donna en 1750 ses observations sur la nature et le traitement des fièvres des hôpitaux et des prisons. Elles étaient adressées en forme de lettre au docteur Mead , médecin du roi d’Angleterre. Mais elles furent publiées à la hâte , à l’occasion de cette maladie contagieuse qui enleva quelquesuns des magistrats de Londres , qui avaient tenu les assises au mois de mai 1750 , le chevalier Samuel Pennant , lord-maire de Londres, le chevalier * Thomas Abney et le baron Clarke , juges ; le chevalier Daniel Lambert , alderman , et un grand nombre d’autres personnes qui avaient assisté à ces assises.
Cette maladie tirait son origine de Newgate, prison qui ale désavantage de recevoir de toutes les autres les criminels qu’on y conduit dans le temps des assises. L’air renfermé , l’humidité et la malpropreté du lieu et de ceux c[ui l’occupent , rendent comme impossible d’y éviter un mal qui se communique si aisément,
Des accidents de ce genre montrent assez combien il importe de renouveler l’air des lieux qui renferment une multitude de gens malpropres. On a depuis tâché de détruire le principe de ce mal contagieux dans la prison de IVewgate. On permet au prisonnier de se promener trois fois par jour dans une grande cour , qu’on lave souvent et qu’on purifie de même que les chambres , en y faisant brûler du soufre toutes les six semaines. Ces attentions, avec l’usage du ventilateur (1) , ont sauvé tous les ans la vie à grand nombre de personnes. J’ai vu ce ventilateur dans la prison de Newgate, et la manière dont on l’y a placé m’a paru très-ingénieuse. Les vingt-quatre tuyaux des différents appartements communiquent à un tronc principal , ou à un corps de pompe aérienne , qu’un moulin à vent placé au haut de la prison fait agir. Il serait à souhaiter qu’on eût les mêmes attentions pour nos hôpitaux et pour nos prisons , et que nos magistrats , dont on connaît assez le zèle pour le bien public , y fissent construire de pareilles machines.
Cette fièvre des prisons a tant de rapport avec la fièvre pestilentielle des hôpitaux qui cause de si grands ravages dans les armées , que M. Pringle n’a pas voulu priver ses lecteurs des observations qu’il avait publiées dans sa lettre sur ce sujet. Il les a donc refondues, et après y avoir fait les chan-
(D Ypyçîi la d^sçriptivn de celte clauis le livre du degieur Haies.
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I gements et les corrections qu’il a crus nécessaires pour les perfectionner , il I en a fait un chapitre à part , qu’il a inséré dans la troisième partie de cet j| ouvrage.
Cette édition a un avantage considérable sur la précédente. Je l’ai revue I avec soin sur la dernière édition anglaise , dont l’auteur m’a envoyé les j feuilles à mesure qu’elles s’imprimaient. Indépendamment d’un grand nombre de changements qu’a faits l’auteur dans le corps de l’ouvrage , il y a des additions considérables. Par exemple , le § 6 du chapitre II de la seconde partie , qui n’avait dans la seconde édition anglaise qu’une demipage , en occupe actuellement huit; et le chapitre de la dysenterie, qui dans j cette seconde édition n’avait que vingt-huit pages , en a plus de quatrei vingt actuellement.
Qui croirait qu’un ouvrage qui est le fruit d’une expérience consommée eût rencontré des censeurs? M. de Haen, professeur en médecine à Vienne, attaqua notre savant en 1760 , au sujet de la fièvre pétéchiale ; mais il lui a répondu d’une manière victorieuse. Le docteur de Haen prête à M. le chevalier Pringle des sentiments qu’il n’a jamais eus , et l’on dirait qu’il a pris à tâche de le décrier. Tantôt ce sont des maximes générales tirées d’Hippocrate et de Sydenham , qu’on ne peut appliquer aux cas particuliers qu’a eus sous les yeux notre savant ; tantôt ce sont des passages qui , étant isolés , n’ont plus la même signification qu’ils avaient dans le corps de l’ouvrage ; tantôt ce sont des réticences qui dénaturent les pensées de l’auteur. Quel nom donner à un pareil procédé ? Je me tais. Interprète des sentiments de M. le chevalier Pringle , de même que de ses écrits, je me fais gloire d’imiter sa modération.
M. le chevalier Pringle a joint aux observations sur les maladies des armées des mémoires sur les substances septiques et anti-septiques. Ils ont été lus successivement à la société royale , depuis le 28 juin 1750 jusqu’au 13 février 1752.
Rien n’a plus nui aux progrès de la médecine que les systèmes formés avec précipitation sur des connaissances imparfaites de la nature. La théorie de la putréfaction en offre un exemple , et les expériences de M. le chevalier Pringle montrent à combien d’égards les idées communes sur la corruption des substances animales , et les conclusions qu’on en a tirées pour la pratique, s’éloignent de la vérité. On avait, par exemple, regardé comme septiques les sels alcalis volatils , et les auteurs du Dictionnaire encyclopédique , ouvrage si estimable d’ailleurs , sont tombés dans la même erreur. Mais M. le chevalier Pringle s’est vu convaincu , d’après les expériences