‹ Observations sur les maladies des armées dans les camps et dans les garnisonsChapitre 2 sur 117 · AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT DU TRADUCTEUR

qu’il a faites > que ces sels, bien loin de hâter la putréfaction, la préviennent ou l’arrêtent.

La société royale a reçu ces mémoires avec applaudissement ; mais elle ne s’est pas bornée à des éloges stériles. Dans son assemblée du 20 novembre 1752 , elle gratifia M. le chevalier Pringle de la médaille annuelle assignée par le feu chevalier Copley à celui qui dans le cours de l’année se distinguerait par quelque découverte curieuse et utile. Personne ne la méritait à plus juste titre. Si l’on considère en effet les difficultés sans nombre qu’il a fallu surmonter , et le danger qui accompagne des expériences de cette nature, on conviendra sans peine qu’un homme qui sacrifie son temps , ses veilles et sa santé à acquérir des connaissances si utiles , doit être regardé comme un des bienfaiteurs de l’humanité.

On ne doit point être surpris , d’après ce court exposé , que ce .savant jouisse dans les pays étrangers de la même estime que dans sa patrie. L’empereur et l’impératrice-reine en font un cas particulier ; et le premier janvier 1769, son excellence le comte de Seilern, ambassadeur de leurs majestés impériales à la cour d’Angleterre , fit de leur part présent à M. le chevalier Pringle de trois médailles d’or et de dix-huit médailles d’argent, comme un témoignage de leur estime.

PREFACE

Il ne paraît pâs qu’aucun médecin dans l’antiquité ait écrit sur les maladies des armées; les historiens nous ont pareillement laissés dans une profonde ignorance à ce sujet , à moins qu’il ne soit survenu quelque maladie fatale et extraordinaire.

Ainsi, Xénophon, dans son histoire de la fameuse (1) retraite des dix mille, fait mention de la faim canine , de la perte de la vue et de la mortification dans les extrémités , provenant de la neige et du froid excessif auquels ces troupes furent exposées dans leur marche. Pline le naturaliste est le premier qui parle du scorbut qui affligea l’armée romaine en Germanie (2), après qu’elle y eut séjourné deux ans ; et nous voyons aussi que les Romains se virent quelquefois obligés de changer souvent de camp , à cause du mauvais air des marais voisins. Plutarque observe que (3) Démétrius perdit dans sa dernière expédition plus de huit mille hommes , par une maladie qui suivit une disette de provisions.

Tite-Live parle d’une maladie pestilentielle qui fit en Sicile de grands ravages dans les armées des Romains et des Carthaginois. Diodore de Sicile en décrit une autre , accompagnée d’un flux de sang , qui fit périr presque entièrement ces derniers, alors occupés au siège de Syracuse. Quoiqu’il attribue (4) cette calamité à la colère des dieux qui voulaient punir

(1) Liv. IV, pag. 219, édit. d’Oxford.

(2) L’ancienne Germanie renfermait la partie septentrionale des Pays-Bas, et il paraît que c’est là le pays marécageux dont Pline veut parler, puisqu’il ajoute trans Rkenum marîtimo tractu : ce qui s’accorde avec la relation que Tacite a publiée de cette expédition sous Germanicus. (Voyez Pline, livre xxv, cliap. iii.) Les recherches que j’ai faites depuis m’ont appris que Pline n’avait pas le premier parlé de la stomacace et du synonyme scélotyrbe, qui est le scorbut de nos jours. Strabon fait mention de cette maladie dans l’histoire de l’expédition que les Romains firent en Arabie, sous le commandement de Sélius Gallus : cette expédition fut un peu antérieure à celle qu’ils firent en Allemagne sous Germanicus. (Voyez Strab., Geograph.,

lib. XIII.)

(3) Viiæ parallel., vol. v, pag. 57, ex edit. Londin.

(4) Diodor. Sicul., lib, xiv, tom. i, pag. 697, ex edit. WqsscI, Amst., 1746.

PRÉFACE

leur impiété, il ne laisse pas cependant d’en expliquer les causes naturelles d’une manière plus ample et plus satisfaisante que les historiens n’ont coutume de le faire en de semblables occasions.

Si l’on excepte ces exemples et un petit nombre d’autres encore, on ne trouve rien, dans ce que nous ont laissé les anciens, qui ait rapport aux maladies des armées. Il paraît étonnant que Yégèce, dans son livre sur l’art militaire , ait fait un chapitre exprès sur les moyens de conserver la santé des soldats, et qu’il n’ait parlé nulle part des maladies auxquelles ils étaient particulièrement sujets ; qu’il ait fait mention des médecins qui accompagnaient les armées , et qu’il ait passé sous silence la manière dont on disposait les malades dans des hôpitaux ou autres lieux semblables.

On doit d’autant plus regretter le silence des anciens sur cet article, que, faisant de la guerre leur principale étude , on ne peut guère douter que ce qui regardait le soin des malades n’ait été porté à un aussi haut point de perfection que les autres parties de leur science militaire. Les troup-es se trouvant continuellement en campagne , et dans des climats fort différents, les médecins étaient alors plus à portée de faire d’utiles observations sur la nature et les causes des maladies des camps, et sur la méthode la plus sûre de les traiter.

Lorsque je fus employé pour la première fois à l’armée , il y avait bien peu de médecins parmi les modernes qui eussent essayé d’écrire sur ce sujet ; encore n’avaient-ils point été attachés aux armées et aux hôpitaux militaires, ou du moins ils l'avaient été fort peu. Ainsi , cette partie de la médecine , qui depuis long- temps aurait dû être parfaite , est , pour ainsi dire , encore nouvelle : la vie militaire étant si peu compatible avec la tranquillité nécessaire pour l’étude et les observations.

M’étant donc aperçu du peu de secours que je devais attendre des livres, je pris le parti de mettre par écrit mes observations à mesure qu’elles se présentaient , dans l’espérance de les trouver par la suite de quelque utilité dans la pratique. Ayant continué cette méthode jusqu’à la fin de la guerre (1) , j’ai depuis rédigé ces matériaux , et j’ai tâché de suppléer en quelque sorte par ma propre expérience, avec autant de clarté et de précision que je le pouvais , à ce qui manquait sur ce sujet.

J’ai partagé cet ouvrage en trois parties. Dans la première , après une relation succincte des qualités de l’air et des maladies particulières aux Pays- Bas , théâtre ordinaire de nos guerres , je donne un abrégé du journal de médecine des différentes campagnes. J’y fais mention des maladies épidé-

(1) La guerre de 1743.

PRÉFACE

iniques , c^est-à-dire de celles qui arrivèrent le plus fréquemment parmi nos troupes , dans Tordre qu’elles se sont présentées, des embarquements, des campements , des quartiers d’hiver , des saisons , des changements de j temps , en un mot , de toutes les positions où se trouve une armée , qui me I paraissent devoir affecter la santé des soldats. Bien loin de traiter en cette ! partie de la guérison des maladies , je n’ai fait qu’en eflleurer la description, réservant ces deux points pour la suite de mon ouvrage. Mon but était d’y rassembler des matériaux pour remonter aux causes les plus évidentes des maladies militaires , afin de pouvoir établir d’une manière sûre tout ce qui se trouvait compatible avec le service , et qui dépendait de ceux qui ont l’autorité en main , et afin de suggérer des mesures convenables pour prévenir ou pour diminuer par la suite les causes de ces maladies dans toute autre campagne. Je me suis d’autant plus attaché à rendre ces observations exactes , que j’ai prévu que cette partie , étant surtout un récit de faits dont i j’ai été témoin oculaire , ne laisserait pas d’être reçue favorablement , quelque accueil qu’on fît d’ailleurs au reste de l’ouvrage. Les conséquences que ! je tire de ces faits sont courtes et en petit nombre, parce qu’une discussion j trop étendue aurait interrompu leur enchaînement , et c|u’on devait les j présenter sous un seul point de vue.

; J’ai , par cette raison , renvoyé à la seconde partie la plupart des raison- I nements qui résultent de la première. Après avoir divisé et rangé par classes les maladies qui sont communes à la vie militaire , j’en examine les causes générales je veux dire celles qui dépendent de Tair , du régime et de ces autres circonstances qu’on comprend communément , quoique improprement, sous les noms de non naturels. Je rapporte quelques-unes de ces maladies à des causes fort différentes de celles que les autres écrivains leur attribuent communément ; et je fais voir que telles causes qu’on a regardées jusqu’ici comme des sources fréquentes de plusieurs maladies militaires n’y ont pas la moindre part. J’espère qu’on excusera ces libertés , si Ton fait attention que je me suis trouvé plus à portée de faire ces remarques que ceux qui m’ont précédé : les connaissances de la nature se perfectionnant d’ailleurs tous les jours , il est vraisemblable que ceux qui écrivent les derniers sur de pareils sujets approchent davantage de la perfection.

Le lecteur s’attend fort peu à me voir mettre les hôpitaux , dont Tunique destination est de servir au rétablissement et à la conservation de la santé , au nombre des principales causes des maladies , et des ravages que fait la mort dans les armées. Ce qui m’y a déterminé est le mauvais air et les autres inconvénients qui en sont inséparables. Pendant la première

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guerre on rendit les hôpitaux plus commodes , et on les porta à un point de perfection qu’on n’avait point encore connu. On avait été jusqu’alors dans l’usage de transporter les malades fort loin de l’armée, quand l’en- , nemi était proche, ce qui en faisait périr un grand nombre avant que les médecins en eussent pris soin. Le feu comte de Stair, mon illustre protecteur , instruit de cet inconvénient , engagea , dans le temps que l’armée était à Aschaffenbour, le maréchal de Noailles dont il connaissait parfaitement l’humanité , à regarder des deux côtés les hôpitaux comme des sanctuaires, et à les protéger mutuellement. Le général français y consentit de bonne grâce , et saisit la première occasion qui se présenta , pour montrer l’attention particulière qu’il avait à remplir ses engagements. Car tandis qu’après la bataille de Dettingen, notre hôpital était à Feckenhein, village sur le Mein, assez éloigné du camp, le maréchal de Noailles , voulant envoyer un détachement à un autre village situé sur la rive opposée, et craignant que cela ne causât quelque alarme aux malades, il leur envoya dire qu’étant informé que l’hôpital anglais se trouvait en cet endroit, il avait donné des ordres exprès à ses troupes de ne le point inquiéter. Cet accord s’observa strictement des deux côtés durant cette campagne ; et, quoiqu’il ait été négligé depuis, on espère cependant que dans la suite les l généraux le regarderont comme un exemple, qu’ils s’empresseront de faire | revivre. |

Après avoir expliqué les causes générales des maladies des armées, je traite ensuite des moyens d’en écarter quelques-unes, et de rendre les autres moins dangereuses. Sans cela les observations antérieures eussent été de fort peu d’utilité. Mais il est aisé de concevoir que ce n’est point par des remèdes qu’on doit prévenir les maladies, et qu’on ne doit point ' faire dépendre cet article essentiel de quelque chose qu’il soit au pouvoir du soldat de négliger ; mais d’ordres formels, qui, en même temps qu’il se voit dans la nécessité d’y obéir, ne lui paraissent pas déraisonnables.

Je termine la seconde partie par comparer les diverses quantités de malades en différentes saisons, afin que le général puisse savoir avec quelque degré de certitude le nombre de troupes sur lequel il peut compter en quelque temps que ce soit ; qu’il puisse connaître les effets que fait sur la santé une campagne d’une longue ou d’une courte durée, une campagne commencée de trop bonne heure, et des quartiers d’hiver pris trop tard, et beaucoup d’autres calculs fondés sur les matériaux amassés pendant la dernière guerre. Les données sont en trop petit nombre pour en déduire des conséquences certaines ; mais, comme je n’en ai point trouvé d’autres sur lesquelles je pusse compter, je me suis vu forcé d’en faire le meilleur

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i usage que je pouvais. Cela servira du moins comme un essai de ce qu"on pourrait faire sur ce sujet en acquérant plus d’expérience.

I Comme j’ai eu en vue dans ces deux parties l’instruction des officiers au- |tant que celle des médecins , j’ai tâché de raconter clairement les faits et I d’en tirer les conséquences de la manière la plus simple, sans me servir des I termes de l’art, autant que me l’a permis la nature du sujet; de me rendre, en un mot, si clair, que je fusse entendu de quiconque posséderait les premiers principes de la connaissance de la nature.

Mais la troisième partie, qui renferme la pratique, n’a été écrite que pour |les médecins, parce qu’on n’aurait pu expliquer suffisamment ce sujet aux j autres, et qu’il aurait été fort peu instructif pour eux. Je balançai longi temps sur la manière dont je devais traiter cette partie, incertain si j’omettrais les choses généralement connues , ou si je parlerais d’une manière ample et régulière de toutes les maladies dont il y est fait mention. Je me déterminai enfin pour la méthode suivante.

Je conçois qu’on peut diviser les maladies auxquelles une armée est le plus sujette en deux classes ; la première renferme celles qui sont communes à la Grande-Bretagne et aux autres pays ; et l’autre, celles qui sont propres à un climat différent et à l’état de soldat. Or, comme les maladies de la première classe ont été amplement traitées par plusieurs savants auteurs, dont les ouvrages sont entre les mains de tous les médecins , et que d’ailleurs elles se rencontrent tous les jours, j’en parle à la hâte et sans m’y arrêter, me contentant d’établir ma méthode générale, et la différence, supposé qu’il y en aie, qu’il faut observer dans les ordonnances par rapport aux hôpitaux militaires.

A l’égard de l’autre classe qui renferme les fièvres rémittentes et intermittentes d’automne, la fièvre d’hôpital et de prison et la dysenterie, comme ces maladies sont moins fréquentes en ce pays-ci (1), j’ai jugé à propos *’de les traiter plus au long , et d’une manière propre à instruire ceux qui les auraient peu connues auparavant.

Mes observations sur la fièvre d’hôpital furent imprimées pour la première fois en 1750, dans une lettre adressée au docteur Mead. Mais comme elle fut publiée à la hâte à l’occasion de la maladie de prison, qui parut vers ce temps-là à Londres, je fus forcé d’omettre beaucoup de choses que j’ai depuis suppléées, et il m’échappa des méprises que j’ai tâché de rectifier dans cet ouvrage, qui renferme aussi cette dissertation (2).

(1) L’Angleterre.

(2) On publia en Angleterre, en 1722, un traité dont le titre est Jlecherclm raison-

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dernière guerre jusqu^à la paix , m’ont mis à portée de les perfectionner en présentant, avec plus d’assurance , des remarques que je n’avais publiées qu’avec une sorte de défiance , et en en omettant d’autres que j’avais avancées sans aucune raison suffisante. J’ai pareillement ajouté quelques nouvelles observations à la plupart des articles de la troisième partie , et particulièrement au chapitre sur la dysenterie. Quoique cette maladie ne soit pas commune en ce pays- ci , cependant elle le fut pendant l’automne de 1762, et cela me donna occasion de faire un plus grand nombre d’expériences. J’ai évité avec soin, dans cette édition, toutes les dénominations de fièvres qui ne donnent point d’idée claire de leur nature , ou qui peuvent en donner de fausses. L’on ne trouvera plus par conséquent les termes de fièvres nerveuses^ bilieuses , putrides ou malignes , ou du moins on les définira de manière à ne plus causer d’ambiguité.

Je suis persuadé que, malgré tous les soins et toutes les attentions que j’ai apportés en faisant ces observations et ces expériences , et les différentes occasions que j’ai eues de revoir et de corriger cet ouvrage, il m’est échappé plusieurs inexactitudes et quelques méprises. Ceux qui se sont appliqués à des recherches de cette nature, et qui n’ignorent point les difficultés qui les accompagnent, seront très-portés à les excuser. Cependant , tout imparfait que cet ouvrage peut être , j’ai la satisfaction de voir qu’il a servi de fondement à des écrivains qui ont concouru avec moi à faire leurs eft'orts pour tirer, des malheurs même de la guerre , quelque avantage pour le genre humain.

I LES MALADIES DES ARMÉES

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