PAR M, VAN-SWIETEN
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AVERTISSEMENT
Boerhaave est un de ces hommes rares et célèbres qu’il suffît de nommer pour faire leur éloge. Cet Hippocrate moderne a su réunir à la pra- I tique la plus consommée , la théorie qui manquait à l’ancien, et avec cet I esprit observateur qui a immortalisé le médecin grec , il avait encore I par-dessus lui toute l’étendue des connaissances dont notre siècle s’est I enrichi. Heureusement pour le bien de la société , ce grand homme n’a Ipas laissé éteindre avec lui des lumières si utiles et si peu communes ; il se plaisait à les communiquer de vive voix à ceux qui pouvaient se pro-
I curer le bonheur de l'entendre , et à les transmettre à la postérité , dans des écrits marqués au coin de l’immortalité. Ce qui paraîtra peut-être un paradoxe parmi nous, qui séparons toujours, je ne sais pourquoi , les idées de savant professeur et de bon médecin, Boerhaave était tout à la fois l’oracle^des académies et le premier des médecins cliniques; il professait, et cependant il guérissait des malades. Tout ce quia trait à la médecine, directement ou indirectement, suffisait à peine pour ce génie vaste et universel ; anatomie, physiologie, botanique, chimie, etc.
II possédait toutes ces sciences à un degré plus parfait qu'on n’est en droit de l’exiger d’un homme qui les embrasse toutes. Il les a traitées
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avec succès ; il les a enseignées avec applaudissement j il en a écrit en maître. Après avoir conduit ses élèves, pour ainsi dire, depuis le seuil du temple d’Esculape jusqu’au sanctuaire , il ne lui restait plus qu’à leur donner des lumières pour connaître les maladies , et des armes pour les combattre. On trouve l’un et l’autre dans ses excellents aphorismes (1). Mais ces armes deviennent inutiles, et quelquefois même (l’oserai-jc dire ?) dangereuses entre les mains de ceux qui ne savent pas s’en servir. La trop grande précision qui y règne, quoique bonnè et utile pour ceux qu’on suppose déjà instruits, les rend obscurs pour les commençants, et laissant trop à deviner, expose à ne pas deviner toujours juste. D’ailleurs, comme il est impossible qu’un seul homme voie tout par lui-même, il y a plus d’une maladie que Boerhaave a décrite d'après les autres, et l’on ne sait que trop que sa méthode était de concilier ingénieusement les sentiments des auteurs les plus accrédités, et qu’il avait l’art de faire de plusieurs pièces bien assorties un tout satisfaisant à l’imagination, il est vrai, mais peu conforme quelquefois à l’expérience et à la vérité. L’article du scorbut, entre autres, nous eu fournit un exemple bien sensible. Les symptômes y sont admirablement décrits , parce qu’il les a tirés des premiers auteurs qui ont traité du scorbut, et qui les avaient décrits euxmêmes d’après l’observation; et la curation qu’il donne est prise de Willis, qui, sous le nom de scorbut, n’a pas décrit la même maladie que ces premiers auteurs. Pour ce qui est des causes immédiates auxquelles il attribue cette maladie, on peut voir dans Lind jusqu’à quel point on peut i y compter. Il était donc nécessaire et avantageux , autant pour l’instrucH] tiqn des médecins que pour la santé des malades, qu’une main habile i ajoutât à ce texte un commentaire qui pût éclaircir ce qu’il y a d’obscur,^( étendre ce qui est trop concis, expliquer ce qu’il sous-entend , et confir-js mer les règles thérapeutiques par des observations répétées. Mais commejf personne n’est plus en état d’expliquer les idées d’un auteur que celui qui|^ l’a entendu lui-mème , ces commentaires ne pouvaient partir que d’unjj disciple de Boerhaave. Van-Swieten a parfaitement atteint le but , danljq un important ouvrage qui ne nous laisse rien à désirer. Cet illustrèl médecin , marchant sur les traces de son illustre maître , et joignan^tid l’observation à l’étude des plus excellents modèles, est devenu Un delji plus grands praticiens de l’Europe. Ses commentaires se ressentent par*l| tout de cet esprit judicieux qui fait le vrai médecin. Ou y trouve l’expli-,ji cation de tous les symptômes conformes aux lois les plus reconnues dllsi l’économie animale; les causes des maladies y sont prises des principes si
(1) Jphor, de cognoscendis ci curandis morbis,
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de la saine physique' comparés ayec les phénomènes : les signes sont tirés d'Hippocrate, d'Arétée et des autres anciens observateurs qui les ont mieux décrits ; enfin, scs indications sont très-bien raisonnées , et toutefois il en appelle toujours à l’expérience. Mais le ton qui règne généralement dans son ouvrage , c’est la conformité de sa doctrine avec celle d’Hippocrate, qui, malgré nos nouvelles découvertes , était aussi avancé que nous dans la connaissance des maladies. Avec un pareil secours, les aphorismes de Boerhaave seront désormais le chef-d’œuvre de la médecine, et le livre le plus utile que nous ayons dans l’art de guérir. Si le troisième tome , dans lequel est l’article qui traite du scorbut, eût paru avant l’impression de l’ouvrage de Lind, il n’est pas douteux que cet auteur n'en eût fait mention dans sa Bibliothèque scorbutique. Comme il s’y trouve des choses qui expliquent ou qui corrigent le texte de Boerhaave, et quantité d’excellentes observations dont la plupart appuient celles de M. Lind , nous avons cru faire plus de plaisir au lecteur d’en donner ici la traduction toute entière . à la suite de l’anglais , que d’en faire simplement l’extrait. Lorsque nous avons trouvé quelque chose qui ne s’accorde pas avec le sentiment deM. Lind, et qui tient plus de l’hypothèse que de la vérité, nous avons eu soin d’avertir, dans une petite note , d’avoir recours à l’ouvrage du médecin écossais, et nous avons indiqué la page où l’on trouvera les raisons qu’il apporte pour ou contre. Ceux qui ont reconnu l’inconvénient des compilations mal dirigées, qui ne sont que trop fréquentes en médecine , et dont la lecture ne sert qu'à rendre un homme indécis et plus embarrassé qu’il ae l’était, sentiront combien notre précaution peut être utile. Cette espèce le concordance jette de l’uniformité dans deux ouvrages qui paraissent se contredire, met le lecteur en état de comparer les deux sentiments pour savoir à quoi s’en tenir. On se flatte que l’addition de ce petit oui^rage, qui sert de complément au traité anglais, fera plaisir, du moins ï ceux qui connaissent les noms de Boerhaave et de Van-Swieten , et lui ne peuvent se procurer la lecture de leurs ouvrages, soit à cause de 'étendue et du nombre des volumes où cet article se trouve, pour ainsi lire, confondu parmi d’autres matières dont ils n’ont que faire , soit nôme par l’ignorance ou par le peu d’usage de la langue dans laluelle ces auteurs ont écrit; ignorance au reste assez pardonnable lu plus grand nombre de ceux à qui la lecture d’un traité du scorbut lera utile, comme tous les marins, la plupart des chirurgiens des vaisieaux, et les pauvres habitants des pays où cette maladie est endénique.
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TRAITÉ DU SCORBUT