‹ Observations sur les maladies des armées dans les camps et dans les garnisonsChapitre 15 sur 117 · CHAPITRE ly · texte numérisé non relu

CHAPITRE ly

iGOMPARAISON DES SAISONS PAR RAPPORT A LA I SANTÉ d’une armée.

Nous devons nous attendre, au com- ,mencement de chaque campagne, du moins pendant le premier mois, à voir les listes des malades beaucoup plus fortes que si les troupes fussent restées idans leurs quartiers. En 1748, on ouvrit , |la campagne le 8 avril ( 1 ) , et c’est le , ‘plos tôt qu’elleait jamais commencé ; aussi y eut-il un si grand nombre de malades que les listes montèrent, en un mois , à ^ de l’armée entière. En 1745 , on ouvrit la campagne dans les Pays-Bas, le 25 avril, et en 1747, le 23 du même mois, dans le même pays. Mais en 1746, ;les troupes campèrent, le 23 avril, dans jle nord de l’Ecosse; si l’on considère la latitude de ce pays, on doit regarder cette campagne comme la plus avancée de ' toutes. On a raison de croire par tous ces i exemples que lorsque l’armée quittera en I Flandre ses quartiers la première ou la seconde semaine d’avril, on trouvera entre I les malades et ceux qui ne le sont pas la . ; même proportion qu’on a vue ci-dessus. —

, 1 Mais si les troupes continuaient dans les ; quartiers jusqu’au milieu de mai, la maladie serait moins considérable le pre- 1 mier mois, quoiqu’elle ne le fût peut-être pas autant qu’on pourrait s’y attendre.

" Ainsi, dans la première année, les troupes campèrent le 17 mai (2), et il y eut,

, dans les hôpitaux, un mois après, environ Y'2 l’armée entière : proportion , cependant que je ne veux pas regarder . I comme générale, parce que les soldats

(1) Voyez Part, i, chap. vin.

(2) Voyez Part, i, chap. net ii;

avaient fait une longue marche, et que c’était leur première campagne. L’année suivante, les troupes sortirent de leurs quartiers le 13 mai; après un campement d’un mois, il ne se trouva, dans les hôpitaux, qu’environ du total. Mais comme le temps fut fort doux, et que d’autres circonstances favorables concoururent ensemble, on peut réduire la proportion, année commune, à de sorte que, tout étant égal d’ailleurs, le nombre des malades sera, après le premier mois, environ -j- plus grand lorsque l’armée campe au milieu d’avril, que lorsqu’elle entre en campagne un mois plus tard. — Quinze jours ou trois semaines après le premier campement, la maladie diminue d’une manière sensible; les plus infirmes sont déjà dans les hôpitaux, le resta se trouve plus accoutumé à la fatigue, et le temps devient plus chaud de jour en jour. Cet état de santé continue pendant tout l’été (I), à 'moins que les soldats, venant à être exposés à la pluie , n’aient leurs habits ou leurs lits mouillés; et en ce cas les dysenteries sont plus ou moins fréquentes, à proportion des chaleurs qui ont précédé. — La grande maladie commence ordinairement vers le milieu ou vers la fin d’août ; car si les jours se trouvent encore chauds, les nuits sont humides et refroidies par les brouillards et les rosées. La dysenterie devient alors dominante, si elle ne l’a pas été plus tôt ; et quoique vers le commencement d’octobre sa violence soit beaucoup diminuée, cependant, comme les fièvres rémittentes , gagnant alors du terrain , elle continue le reste de la campagne et ne cesse jamais entièrement, même dans les quartiers , que vers le temps des premières gelées.

La maladie est tellement uniforme au.

commencement de chaque campagne , qu’on peut prédire à peu près le nombre de ceux qui en seront attaqués. Mais pendant le reste de la saison, comme les maladies sont alors d’une nature contagieuse, et qu’elles dépendent en grande partie des chaleurs de l’été, il est impossible de prévoir combien il y aura de malades depuis le commencement jusqu’à la fin de l’automne. A la fin de la camp'agne d’Allemagne , le nombre des hommes qui se trouvaient dans les hôpitaux était à ceux qui se portaient bien

(1) C’est-à-dire jusqu’au milieu du mois d’août.

comme trois à treize. Lorsqueles troupes, en 1747, entrèrent dans leurs quartiers, les malades faisaient environ—^— de toute l’armée, ftlais si l’on examine à part le détachement qu’on envoya cette aniÆe en Zélande, la proportion est presque inverse ; car ceux qui se trouvaient en bonne santé étaient aux malades comme un est à quatre. Lorsqu’on termina la campagne de 1744, quoique la moitié de l’armée ne lut composée que de troupes nouvelles, il n’y eut cependant de malades qu’un sur dix- sept, et l’année suivante, qui fut remarquable par sa salubrité, il n’y en eut qu’un sur vingt-six; mais aussi les troupes entrèrent ces deux années en quartiers d’hiver plus tôt qu’à l’ordinaire. — J’ai remarqué que si l’on prolonge une campagne jusqu’au premier novembre, il y a plus de maladies les quinze derniers jours, que les deux premiers mois de campement. — C'est pourquoi, si l’on doit rester campé pendant six mois, il importe beaucoup pour la santé que les campagnes commencent de bonne lieure. Car, quoiqu’on pense qu’il est plus salutaire pour les troupes de différer à entrer en campagne jusqu’au commencement du mois de mai , et de rester campées jusqu’à la fin d’octobre , cependant l’expérience fait voir qu’il vaut mieux commencer la campagne quinze jours auparavant, afin de rentrer d’autant plus tôt dans les quartiers d’hiver.

Nous avons déjà remarqué que la fièvre réraitlenle ne finit pas toujours avec la campagne, et qu’elle continue dans les quartiers jusqu’aux premières gelées. Nous avons pareillement observé qu’il n’y a point d’antres maladies aiguës , à moins t^u’ellcs ne soient occasionnées par des froids (i) violents, depuis ce période jusqu'au campement suivant. Mais il se trouvera toujours une grande variété de maladies chroniques causées communément par des obstructions dans les viscères et par l’automne précédent ; cependant les rôles des malades diminueront tellement, que si les troupes ont le nécessaire , et que l’automne précédent n’ait point été extraordinairement malsain , suivant les apparences elles entreront en campagne le printemps suivant, sans avoir plus d’un malade sur quarante ' hommes.

Quoique les expéditions d’hiver soient rudes en apparence , elles se trouvent

accompagnées de fort peu de maladies , [

si l’on fournit aux soldats des souliers ^ forts , du feu , de bonnes provisions et i de bons quartiers. Nous en avons eu une “ preuve lorsque nous marchâmes en Aile- i magne; nous en eûmes une autre dans ” la campagne du Nord, l’année de la ré- ® bellion. Mais il est dangereux de faire ‘ de longues marches en été, à moins qu’on ‘ lie les fasse pendant la nuit, ou si matin I qu’elles puissent cesser avant la chaleur ’ du jour. — Ceux qui tombent malades ' dans le camp , surtout avant la hn de l’été , et qui sont obligés d’étre pendant quelque temps à rhôpilal, ne se trouvent pas en état de servir cette saison ; car , étant affaiblis par la maladie et la manière chaude dont on les tient , tandis qu’ils sont entre les mains des médecins, il est probable qu’ils retomberont aussitôt qu’ils rentreront en campagne. Il serait , par conséquent , à propos de mettre les convalescents dans les garnisons pour le reste de la campagne, ou du moins jusqu’à ce qu’ils soient parfaitement rétablis; les hôpitaux n’ayant ni les commodités nécessaires , ni un air assez bon pour cela. 11 serait fort utile, pour prévenir les maladies, d’envoyer, lorsqu’on le pourrait commodément , les corps maladifs , ou qui ne sont pas accoutumés à la fatigue , en quartier d’hiver quinze jours plus tôt que le reste des troupes. — Puisque je viens de parler de la manière d’uccouliimer les troupes à la fatigue, il est à propos d’ajouter la précaution suivante, parce qu’il est fort aisé de se tromper en cette matière. On entend communément par des troupes endurcies à la fatigue, des troupes qui en ont beaucoup éprouvé, i et qu’on croit, par celte raison , en état d’en supporter beaucoup davantage. Mais nous pouvons nous tromper en cela, parce que ces corps, que le service a rendus maladifs, ne seront jamais forts, ou en i état de supporter de nouveaux travaux, jusqu’à ce que tous les infirmes soient morts, ou qu’on les ait renvoyés. Car, comme les soldats en temps deguerre sont non-seulement sujets à des maladies violentes , mais encore qu’ils ont peu de temps pour se rétablir , et aucune commodité propre à cela, s’ils tombent une fois malades, il est presque sûr que leur tempérament s’aftuiblira tellement, qu’ils seront toiijouis par la suite plus sujets aux maladies. J’en vais rapporter deux exemples. Nos troupes ayant campé, l’année qui précéda la guerre , à Lexdenliealb, près de Golcbesler, et y élan

(I) Part. Ji, chap. i.

jreslées fort tard, elles entrèrent en quartiers toutes malades. Or, on remarqua j[jüe dans les garnisons la maladie com- : imença par ceux qui s’étaient rétablis et Ijui avaient passé en Flandre ; que les i Imêmes , avec les autres qui avaient été

■ [inalades dans les Pays-Bas , le furent ! jeiicore les premiers dans les quartiers, i let ensuite dans le camp en Allemagne.

1 |De sorte que ces corps ne se portèrent [ jbien que lorsqu’ils eurent perdu tous î |ceux d’entre eux qui étaient faibles; ce : jqui arriva en grande partie pendant le ! icours de la première campagne. Le se- 1 jcond exemple est celui des détachements , i^u'on envoya en Zélande et à Berg-Op-

• jïoom , et qui souffrirent beaucoup par s :1e mauvais air du pays. Les mêmes ba- , jtaillons furent au commencement de la tlcampagne suivante beaucoup plus ma- , jlades qu’aucun autre (1). Mais comme la i première campagne de Flandre fut trèss saine (2) (quoiqu'à la suite d’une fort . jrnaladive en Allemagne), et que la sui-

■ jvante le fut encore davantage (3), quel-

• !ques-iins pourraient inférer (^e-là que t les troupes ne sont sujettes à souffrir que s la première année , et que les soldats . étant alors endurcis à la fatigue , ils , peuvent supporter les travaux militaires . jsans en être incommodés. Mais outre que ille temps fut fort favorable pendant la se- . jconde et la troisième campagne, et qu’on

entra en quartiers de fort bonne heure, on i doit se rappeler que toutes les troupes qui Javaient été en Allemagne y avaient péril jdu presque tous leurs malades; de sorte

que ceux qui entrèrent en campagne l’année suivante étaient de vieux soldats qui s’étaient toujours bien portés , des recrues ou des régiments nouvellement levés qui arrivaient d’Angleterre ; ce qui est une nouvelle preuve de ce que nous avons avancé plus haut. Si la troisième campagne fut encore plus saine que la seconde , on doit remarquer que l’armée était alors dans son premier état , étant surtout composée de soldats nouvellemment levés, ou qui n’avaient jamais été malades, ou d’autres enfin qui s’étaient habitués à la fatigue en faisant une petite campagne par un temps modéré. Mais , preuve évidente qu’on ne doit ni mesurer la santé des troupes par le temps qu’elles ont servi , ni en conclure qu’elles sont faites aux saisons, c’est que, dans les deux dernières années de la guerre, les malades furent en aussi grand nombre à proportion qu’ils l'avaient été les deux premières. Ce qui arriva dans les quartiers du Brabant-Hollandais pendant la dernière campagne fait voir qu’il n'y a point d’habitude à la fatigue qui puisse être de quelque utilité contre l’influence de l’uir humide et corrompu des marais. — ■ Ce que nous venons de dire peut se réduire à ceci : vu toutes les fatigues et le froid qu’éprouvent les troupes dans le service le plus doux, on peut assurer que celles dont le tempérament aura été moins affai’oli par les fatigues et le mauvais temps d’une première campagne seront plus propres à soutenir les travaux d’une seconde.

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