‹ Observations sur les maladies des armées dans les camps et dans les garnisonsChapitre 17 sur 117 · i (1) Part. I, chap. vu · texte numérisé non relu

i (1) Part. I, chap. vu

i. i (2) Part. I, chap. iv.

, ! (5) Chap, V,

observations pratiques sur chaque maÎRdie, dans l’ordre qu’on lésa proposées (I); c’est pourquoi je vais commencer par celles qui sont simplement inflammatoires.— Mais, comme les maladies inflammatoires sont communes partout , et que ce sujet a été souvent traité, je n’entrerai ici dans aucun détail ; je me contenterai seulement de faire quelques remarques sur celles qui reviennent le plus souvent dans les hôpitaux d’armées. —

(1) Voyez Part, ii, çhap. i.

Au commencement d’une campagne, de même que pendant l’hiver , les pleurésies et les péripneumonies sont les formes sous lesquelles la fièvre inflammatoire paraît le plus communément ; •viennent ensuite les fièvres accompagnées de douleurs de rhumatisme. L’inflammation se jette aussi sur le cerveau , le foie , l’estomac et les autres viscères en général. La fièvre provenant d’une transpiration supprimée , ou de tout ce qui est le principal eff'et du froid , en causant de l’inflammation à quelqu'une de ces parties, s’entretient ordinairement par cette inflammation. — Quelquefois on ne remarque pas qu’une partie soit plus affectée qu’une autre, et l’on n’aperçoit que quelques symptômes généraux d’inflammation. On appelle alors la maladie simplement fièvre inflammatoire , quoiqu’il soit probable que quelquesunes des parties les plus indolentes soient enflammées. Cette fièvre est plus commune lorsque le temps commence à devenir chaud. Mais, sur la fin de l’été, ou en automne, il n’y a point de fièvre inflammatoire qui soit simple ; car dans cette saison , l’exposition au froid et à l’humidité produit des fièvres et des flux de ventre d’une espèce putride , et l’inflammation ne paraît souvent que la moindre partie de la maladie. — Car, après le solstice d’été, la plupart des fièvres tendent à être rémittentes, et le sang est moins couenneux et plus disposé à la putréfaction. Mais, vers la fin de la campagne , lorsque le temps devient froid, il s'y joint un plus grand nombre de symptômes inflammatoires; de sorte qu’on peut dire que les fièvres dépendent en ce temps-là de deux causes différentes. — On peut mettre pareillement au nombre des fièvres inflammatoires mixtes, les intermittentes du printemps, qui attaquent, au commencement d’une campagne , non-seulement ceux qui en ont eu l’automne précédent , mais encore ceux qui se sont bien portés. On doit les distinguer des véritables fièvres intermittentes , avec d’autant plus de soin , qu’il faut surtout faire usage pour les guérir des saignées et des remèdes antiphlogistiques. Si Ton donne le quinquina tandis que le sang est enflammé , ou avant une intermission conf^enable, j’ai remarqué que la maladie se changeait en fièvre continue, ou qu’elle s’arrêlait quelque temps, pour revenir ensuite avec des symptômes plus fâchenx.

L€s fièvres infiammutoires d’une ar-

mée ne diffèrent des autres qu’en ce qu’elles sont plus violentes et peut-être plus fréquemment accompagnées de diarrhées. La rigueur des saisons à laquelle un soldat se trouve particulièrement ex- | posé , sa négligence à se plaindre des i premiers symptômes , et la dure sur la- ! quelle il est couché au commencement i de sa maladie ; l’incommodité du chariot | sur lequel on le transporte à un hôpi- | tal assez éloigné, dans le temps qu’il a déjà la fièvre , sont autant de circonstances qui suffisent pour rendre raison de la violence de la fièvre inflammatoire ; et c’est la transpiration arrêtée par les lits froids ou par des boissons peu convenables , au commencement du mal , qui occasionne le flux de ventre. Comme i la saignée est le remède le plus indispensable pour la guérison de toutes les maladies inflammatoires , il s’ensuit que si on la diffère trop long-temps j ou que si on ne la réitère pas assez souvent, dans les commencements des rhumes fâcheux, ils se terminent par des fièvrss dangereuses , des rhumatismes , ou des consomptions. Gomme un soldat s’adresse d’abord au chirurgien de son régiment, il dépend de lui de prévenir la mort de beaucoup de personnes, en faisant de bonne heure usage de la lancette. Les jeunes praticiens , en général, ne sont pas portés à tirer beaucoup de sang , et different trop long-temps la saignée. Mais le chirurgien peut être sûr que les soldats se plaignent rarement de toux , ou de douleurs avec symptômes inflammatoires , où cette opération ne soit pas sur-le-champ nécessaire. Il doit / juger,- par la continuation des douleurs , ' de la nécessité de recommencer la sai- i gnée , et si le malade a un point de côté, ] ou sent quelque difficulté à respirer , il ne doit pas balancer à lui en faire une , j même dans l’état avancé delà fièvre. Je i fais tirer communément dans les inflammations , depuis douze jusqu’à seize onces de sang , pour la première ou la seconde saignée , et un peu moins pour les e autres. Il est à propos de suivre ici la o règle de Celse , et faire attention à la i couleur et à la consistance du sang, pen- } dant qu’il coule, c’est-à-dire s’il est un peu épais et noirâtre ( ce qui arrive toujours dans une respiration difficile et ^ dans les grandes inflammations }, on peut en tirer plus abondamment (l). Dans tous ^

(1) Pc med*; lib. IJ; cap. x.

! les cas oii une saignée abondante est nécessaire , il vaut mieux la faire au lit , afin de prévenir l’évanouissement , qui ,

' en tout autre cas , est une circonstance favorable dans les maladies inflammatoires , lorsqu’il arrive pendant la saignée.

Un autre préservatif consiste à exciter les sueurs de bonne heure. Une des meilleures recettes pour les provoquer est de prendre , en se couchant, un peu d’esprit de corne de cerf , dans une dose : considérable de petit-lait fait avec du vinaigre (1). On donne communément I dans ce dessein de la thériaque, ou quel- ! que autre remède chaud; mais si ces re- I nièdes ne provoquent point la sueur fils ne font qu’augmenter la fièvre ; au lieu I que les préparations salines opèrent sans t échauffer. La thériaque devient plus sudo* rifique en y ajoutant , sur un demi-gros, quelques grains de sel de corne de cerf ,

; et en excitant la sueur par du petit-lait ! fait avec du vinaigre ou par de l’eau de I gruau légère et acidulée avec du vinaigre. Mais, quant à ce qui regarde la mé- I thode pour prévenir les fièvres , elle déî pend plus des chirurgiens des régi- I ments , que des médecins des hôpitaux, qui voient rarement le malade que la I fièvre ne soit tout-à-fait formée , ou ! tellement avancée , qu’on ne peut I plus l’arreter avec les sudorifiques. —

: C’est pourquoi , si un rhume , ou quel- • que disposition à la fièvre , dure pendant I deux ou trois jours , on doit se conten- I 1er seulement de saigner , et n’employer ( que les remèdes qui , sans être échauf- I fants , tendent cependant à écarter les 1 obstructions inflammatoires et à procu- I rer la transpiration. Quelques personnes 1 pensent qu’il n’y a rien de si efficace en I ce genre, que le spiriliis Mindereri ; Le savant Boerhaave (3) ale premier fait I mention ^e son usage interne : il est de-

(1) On peut donner aussi sur le soir,

I en une seule fois, deux scrupules de sel •I de corne de cerf rassasiés avec environ

I trois cuillerées de vinaigre commun , et (| provoquer la sueur par quelque boisson

II tiède délayante.

. (2) Pliarmacop. Edimburgensis. — On

j doit observer qu’à moins que je ne m’exij prime autrement, comme ici, je suis,

I par rapport aux noms et aux composi- ! tions des remèdes, la dernière édition de ! la Pharmacopée de Londres, savoir celle ! de l'année 174G.

(3) Chem., vol, n, proc. 108.

venu depuis fort commun à Édimbourg, où le docteur Clerk(l), célèbre méde-

(1) Comme les observations du docteur Clerk , sur les effets de ce remède en différents cas, peuvent faire plaisir à mes lecteurs, je joindrai ici ses propres expressions tirées de l’extrait d’une lettre sur ce sujet, dont il m’a honoré.

« Je ne donne jamais plus d’une demi- » once de spiritus Mindereri pour une dose. «Quand j’ai intention de provoquer l’u- «rine, je donne la même quantité deux «fois le jour, mêlée avec autant de sirop ■•d’althea, et rarement ce remède man- »que-t-il de faire effet. Mais, dans une- «hydropisie, je fais plus communément » usage du julapium diuretîcum (Pharma-

* copœiœ pauperum Edimburgensis). J’a- » joute quelquefois du sel desuccin, quand «je suis sûr qu’il est véritable; mais on «le trouve larement tel. On l’a retran- » ché, par cette raison, de la pharmaco- » pée des pauvres , et l’on a mis en sa «place l’esprit, qui est en même raison «au sel, que l’esprit de corne de cerf est » à son sel, quoique, n’étant pas jusqu’a- «lors en usage, on le jetât comme » n’ayant aucune valeur. Lorsque je « donne le spiritus Mindereri pour exciter » la sueur, j’ajoute toujours une petite «quantité de sel de corne de cerf, pour » lui donner une teinture alcaline, comme » dans le haustus diaphoreticus {Pharma- » cop. pauper). Quand je veux exciter une «sueur abondante, comme dans les rhu- « malismes , je donne deux cuillerées du ^julapîum diaphoreticum ( Pharmacop.

« pauper.) d’heure en heure, ou toutes les » heures une et demie, jusqu’à ee que la «sueur paraisse; et, je le répète, suivant » que le besoin l’exige , lorque les li- « queurs chaudes délayantes ne suffisent «pas pour l’entretenir. J’ai donné de «cette manière environ deux onces d’es- «prit et dix grains de sel de corne de «cerf dans l’espace de vingt-quatre heu- «res. Dans les inflammations topiques, «je lui donne un goût d’acide, en y mê- «lant une égale quantité d’acetum scilli- » ticum. Je l’ai souvent ordonné de la > sorte dans les pleurésies et les péri-

* pneumonies. Je sais que plusieurs de » mes confrères ne se servent que de cette «formule. Je crois que, de tous les sels «neutres, le sel ammoniac cru approche » davantage du spiritus Mindereri. Je fais « quelquefois usage du bol diaphorétique » [Pharm. Pauper.), mais je ne trouve pas «qu’il soit, à beaucoup près, aussi effi- » cace que le jidep. »

Ayant eu, depuis la mort du docteur Clerk, quelques doutes au sujet de la

cin de cette ville , l'a introduit. Mais j’ai suivi , dans la guerre précédente , la pratique commune, en joignant les testacées au nilre, sans faire d’abord une attention particulière à l’elFet des premiers; mais ayant depuis découvert, par des expériences faites hors du corps , la qualité septique de ces substances, il était naturel de conclure que, prises intérieurement , elles devaient faire le même effet (J). Et peut-être qu’on s’en apercevrait plus souvent, sans la quantité des acides qu’on donne ordinairement dans les maladies aiguës. Dans ce cas, nonseulement la qualité septique des testacées peut être détruite, mais les acides peuvent devenir neutres , et avoir par là une vertu plus diaphorétique. Qn peut aussi corriger la qualité putréfactive de ces poudres, par la racine de contrayer^ et le camphre qu’on y ajoute. La dose ordinaire est d’un scrupule de poudre de contrayerva composée de dix grains de nitre et de trois grains de camphre réduit en poudre ; cette dose se partage en quatre parties , qu’on donne quatre fois par jour dans un peu d’eau d’orge.

dose de Vacetum scillHiCÂm, ]q consultai son fils, un des médecins de l’infirmerie royale d’Edimbourg. Il m’apprit qu’il y avait une méprise dans la lettre de son père, qu’il devait y avoir sirupiis scillitieus, au lieu de acetiim scilliticum, et que son père ne donnait jamais le spiritus Mindererî en pareille quantité, soit qu’on le joignît ou non au sirupus scilliticus. II ajouta qu’il avait trouvé dans le journal de son père la recette suivante. Pr. Aquœ hïssopi {vel cinnamomi sine vino ) spiritus Mindereri, syrupi scillitici cm. ij une. misce. dentur cocîüearia ij bis die. Telle était la dose ordinaire de tous les juleps scilliliques de son père; mais quand l’estomac n’en pouvait pas supporter une dose si forte dans la matinée, il n’en donnait qu’une cuillerée. 11 ne se rappelait pas particulièrement la quantité de cette mixture, que son père donnait dans la pleurésie et la péripneumonie ; mais il pensait qu’elle ne passait pas quatre à cinq cuillerées par jour. Il finit par remarquer que, vu la différente manière de faire le vinaigre de squillc à Londres et h Edimboui’g, celui de Londres devait cire plus fort.

(I) Voyez les Mémoires sur les substances septiques et anti-septiques (Môm.

IM, expérience xxiii, à la fin du second volume }.

On donne ces poudres en partie pour provoquer les sueurs, quand la nature paraît l’indiquer , et en partie pour apaiser les spasmes, parce que la tête est dans cet état fort sujette à être affectée. Après tout, ce remède a un effet très peu sensible; aussi je compte fort peu dessus. Il est bon d’observer qu’indépendamment des remèdes dont l’action est manifeste, les médecins en ont employé d’autres dans les fièvres , en différents pays et en différents siècles, qu'on a regardés de quelque eflicacité pour détruire la maladie, quoiqu’ils opérassent d’une manière imperceptible. Mais comme leur pratique était fondée si\r la théorie dominante en ce temps-là, quand celle-ci vint à changer , l’autre changea pareillement, et cela ne manquera jamais d’arriver, jusqu’à ce qu’on connaisse mieux la nature de la fièvre , ou qu’un heureux hasard fasse découvrir un plus grand nombre de remèdes qui diminuent sensiblement sa violence. — Dans les commencements que je pratiquais, je faisais appliquer les vésicatoires dans toutes les fièvres inflammatoires , et principalement dans leur étal avancé, lorsque je croyais que le malade ne pouvait ])lus supporter la saignée.

Mais ayant découvert dans la suite, par des expériences réitérées, qu’on ne pouvait, par cette méthode, s’en procurer la guérison , j’en bornai l’usage au cas où jélais siir de leur efllcacilc. Par exemple , quand par la première saignée , ou en tenant le ventre libre, on n’emportait pas le mal de tête , les vésicatoires entre les épaules manquaient rarement de procurer du soulagement. Lorsque le malade avait une toux, comme cela est assez ordinaire , ou tout autre signe d’inflammation dans les poumons , j’appliquais au même endroit les vésicatoires , sans avoir cependant la même certitude du succès ; mais s’il se plaignait d’un point de coté , je les faisais mettre sur la partie affectée. J’ordonnais dans ces circonstances quelque boisson pectorale et une mixture huileuse, dont je ferai mention lorsque j’en serai à la pleurésie. Dans le délire, je faisais pareillement usage des vésicatoires , et je suivais la méthode dont je parlerai dans le chapitre suivant.

Si le malade était constipé , j’avais recours, après la première saignée, à quelque laxatif doux ; mais dans le temps de la fièvre, je treuvais suffisant défaire

prendre tous les jours un lavement (1) , afin de prévenir la constipation , en cas qu’il n’allât point régulièrement au siège. Lorsque le malade est rétabli , il est souvent nécessaire de luL donner une purgation douce , pour prévenir une trop prompte réplétion ; ce qui arrive communément aux convalescents, qui ne manquent point de satisfaire leur appétit, autrement les purgations paraissent alors inutiles. Si dans les commencejinents la fièvre était accompagnée de tranchées et de dévoiements, je faisais iprendre au malade , après la saignée , de jla rhubarbe ; si le dévoiement continuait encore, je tâchais de l’arrêter avec un julep de craie, lui en faisant prendre quatre cuillerées après chaque selle, et I j’avais ensuite recours à la méthode cij dessus.

Vers la crise, ou dans le déclin de la fièvre , on peut ajouter à la panade un ipeu de vin , ou bien le donner sous une 1 autre forme, comme un des meilleurs cordiaux. Dans un grand abattement je préfère à tout autre remède quelques gouttes d’esprit de corne de cerf, dans ! plein une tasse à thé de petit-lait fait avec du vin blanc (2). — Après avoir fait voir que dans le commencement de ces fièvres il faut avoir recours de bonne heure à des saignées réitérées et aux vésicatoires, je dois avertir un jeune médecin de ne point se servir d’opiats , quoiqu’il soit naturellement porté à les 1 donner pour apaiser les douleurs, arrêter le dévoiment et procurer du repos. Par rapport aux deux premiers cas, j’ai déjà proposé ce que j’ai cru suffisant pour la icure; mais à l’égard de l’insomnie, j’objserverai qu’il ne faut employer ces opiats, dans l'état avancé de la maladie, que lorsque les symptômes inflammatoires i sont beaucoup diminués, que la tête n’est plus affectée, et que le malade, après de longues- insomnies, pense qu’il se porterait assez bien s’il pouvait dormir. Alors, et surtout dans le temps de la crise et

(1) Une ou deux selles procurées tous les jours de cette manière sont un des meilleurs remèdes dans les fièvres.

(2) Comme on pourrait ignorer en France ce que c’est, voici la manière

i dont il se fait. On met sur le feu le lait, et on y verse une certaine quaniité de vin blanc. Quand le lait est caillé, on le passe; c’est ce qu'on appelle du petitlait fait au vin.

après, j’avais coutume de donner à l’heure du coucher deux scrupules de la confection de Damocrate; ce qui me réussissait. Si l’on continue ce parégorique , on peut prévenir la constipation par des clystères ou par quelque laxatif doux.

— Dans ces fièvres , de même que dans les autres, on modère la soif en acidulant l’eau d’orge avec du vinaigre ; ou bien l’on prend du baume en guise de thé avec du suc de limon. A l’égard de la diète, il faut observer la plus stricte, telle que la panade, du gruau fait à l’eau, ou autre chose, semblable sans permettre au malade de prendre du bouillon, que son urine ne devienne chargée , et qu’il ne s’y forme un sédiment. Quand cela vient à arriver, une décoction de quinquina, ou l’élixir de vitriol, achève la cure.

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