OBSERVATIONS SUR QUELQUES INFLAMMA- TIONS PARTICULIÈRES
§ De V injlammalim du cerveau,
— La frénésie , ou inflammation du cerveau , considérée comme une inflaramalion originale , est proprement une maladie d’été qui vient d'avoir été exposé à l’ardeur du soleil, surtout pendant le sommeil et après avoir bu. Mais la frénésie, ou délire symptomatique, n’est limitée à aucune saison, et arrive indifféremment dans les fièvres rémittentes d’automne , la fièvre d’hôpital , ou la fièvre inflammatoire. Elle est peut-être plus commune à l’armée que partout ailleurs, à cause de la violence qu’on fait à toutes les lièvres , en transportant dans des chariots les malades du camp à l’hôpital; violence d’autant plus grande, que le bruit et la lumière seuls suffisent pour exciter la frénésie dans un tempérament délicat. — L’inflammation primitive du cerveau exige sur-le-champ des saignées amples et réitérées; et l’on regarde le soulagement comme beaucoup plus sûr , si l’on peut tirer le sang de la veine jugulaire. Je n’ai jamais conseillé de couper l’artère des tempes, parce que j’ai toujours trouvé de la ressource à appliquer à chacune trois ou quatre sangsues (1), après des saignées réitérées du bras. On peut comparer l’avantage qu’on en retire aux effets d’une abondante hé-
(1) Depuis, j’en ai quelquefois appliqué §ix à chaque tempe.
morrhagie du nez. Le reste de cette cure consiste en remèdes communs à toutes les fièvres inflammatoires. — On guérit aussi la frénésie symptomatique en ouvrant la veine , si le pouls le peut permettre ; mais, si on ne le saurait faire à cause de son abattement , on doit employer les sangsues et les vésicatoires.
Lorsqu’on applique les vésicatoires , on commence ordinairement par la tête ; mais je pense qu’il est plus à propos dans les hôpitaux militaires dé la laisser pour la dernière chose, parce que les barbiers sont nég-ligents , et qu’en coupant la peau, ils exposent davantage le malade à la strangurie (l). Je faisais communément usage, pour remède interne, de la poudre ou mélange diaphorétique , dont on a fait mention dans le chapitre dernier. — La frénésie est souvent occasionnée ou augmentée , dans les hôpitaux d’une armée , par le défaut d’une transpirationîsuffisante, et le manque de chaleur aux extrémités. Aussitôt donc qu’on a mené un soldat à l’hôpital, avec des symptômes fiévreux, on doit bien bassiner ses pieds et ses mains avec de l’eau et du vinaigre chauds. Je recommande pareillement pour les hôpitaux de fomenter les pieds et la partie inférieure des jambes avec une flanelle en double, trempée dans de l’eau tiède mêlée avec un septième de vinaigre, mais dont on a exprimé l’eau en la tordant.
On renouvelle cela de temps en temps , pendant une heure ou deux. Je m’en suis servi avec succès dans ma pratique ordinaire.
§ II. De V injlammation des yeux. — Les soldats sont sujets à l’ophthalmie ou inflammation des yeux. Gela vient nonseulement des froids de l’hiver, mais en-
(1) Feu M. le docteur Whytt, professeur de médecine dans l’université d’Edimbourg, eut la bonté de m’envoyer la remarque qu'il fit sur ce passage, à la lecture de la première édition. Il observa qu’en rasant la tête, douze ou quinze heures avant l’application des vésicatoires , on prévenait communément la strangurie. J’ai remarqué quelquefois qu’on soulageait la tête en coupant les cheveux et en la rasant, quoiqu'on n’y appliquât pas les vésicatoires; et dans quelques cas, j’ai donné toutes les quatre heures vingt-cinq grains de sel sédatif d’Homberg; et je m’imagine que cela a réussi, quoique je ne puisse l’assurer, ne m’étant pas borné à ce seul remède.
core de leur exposition continuelle au soleil et à la poussière pendant la campagne. On peut guérir les cas légers sans saigner; mais, s’il s’y joint un peu de fièvre, ou que l’inflammation soit considérable , on ne doit point manquer de faire tirer du sang. On ne peut guérir les inflammations violentes sans d’amples saignées , à moins qu’on ne puisse détourner les humeurs de la partie affectée sans épuiser le corps entier. Il est , par cette raison , fort utile d’appliquer les vésicatoires derrière les oreilles, surtout si on les y laisse pendant deux ou trois jours, et qu’on laisse suppurer la plaie. Cette partie de la cure est sullisamment connue. J’ai observé que les sangsues étaient quelquefois plus efficaces, quoiqu’on ne s’en serve pas communément. On doit en appliquer deux à la partie inférieure de l’orbite , ou proche l’angle externe de l’œil, et laisser le sang couler goutte à goutte , jusqu’à ce qu’il s’arrête de lui-même. C’est pourquoi, dans toutes les inflammations considérables , j’ai toujours fait usage de cette , méthode après la saignée du bras ou de la veine jugulaire, la réitérant plusieurs fois si cela était nécessaire. Cette méthode n’est pas moins recommandable dans les inflammations des yeux , occasionnées par un coup qu’on aura reçu. On doit toutefois faire attention que, dans les fluxions considérables, il est à propos de i saigner d’abord au bras , et immédiatement après la saignée, il faut donner une purgation forte , afin de faire une révolution. — Il faut, dans tous les cas, examiner souvent et attentivement l’œil ■ enflammé ; puisque l’inflammation peut être occasionnée et continuée par de petites poussières , ou par des poils des sourcils qui seront tombés dedans , ou qui croissent intérieurement, et qui causent une irritation continuelle. — On guérit les inflammations légères occasionnées par le soleil et par la poussière, en fomentant les yeux avec du lait et de l’eau’ chaude , à quoi on aura ajouté un peu d’eau-de-vie , et en frottant le soir avec V imguentum tuliœ le bord des paupières, principalement quand cette partie est excoriée et ulcérée. Mais dans les cas fâcheux , après que l’inflammation a i un peu cédé aux évacuations , on peut étendre du coagulum aluminosum, de la pharmacopée de Londres, sur de la charpie, et l’appliquer en se mettant au lit. J’ai souvent éprouvé que c’est le meilleur remède extérieur dont on puisse
SUR LES maladies DES ARMÉES.
faire usage. Le malade doit jusqu’alors se servir d’une dissolution de vitriol blanc (I), ou dans les douleurs violentes, se bassiner fréquemment les yeux avec une décoction de têtes de pavots blancs.
I § III. De r inflammation de la gorge.
— L’esquinancie inflammatoire est trèsfréquente et très -dangereuse au commencement d’une campagne. Sa propenjsité à causer la suflbcation indique la nécessité de faire une prompte et ample saignée, qu’on réitère le lendemain , si l’inflammation n’est pas diminuée; dans tous ces cas, on donne une purgation I douce, et ensuite des clystères tous les jours, pour tenir le ventre libre. Lorsque les amygdales font beaucoup de douleur, ou qu’elles sont enflées , on appli- 1 que un large vésicatoire le soir après la ! première saignée , et c’est pareillement une partie nécessaire de la cure (2). Mais
! (1) Je me suis servi depuis peu, avec
succès, pour un collyre, d’un gros A’ace- I tum lithargyrîtes , deux gros d'eau-de-»vie : de France et huit onces d’eau douce, à la 1 manière de M. Goulard; et en la place de Vunguentum tutiœ, je fais usage d’un Uniment fait avec une partie de pierre I calaminaire réduite en poussière très- I fine, et deux parties de graisse de vipère. Cette dernière composition es4 plus nécessaire quand le bord des paupières est principalement affecté. J’ai vu, dans ce I cas, réussiV pareillement l’onguent dont [ parle Boerbaave dans ses Leçons sur les I maladies des yeux, Demorbis oculorum, imprimées à Gottingue en 1750, pag. 50.
(2) Dans ma pratique ordinaire , j’ai I fait usage depuis, dans les cas fâcheux,
^ d’un vésicatoire placé sur la gorge en travers, indépendamment de celui qu’on avait appliqué sur le dos. D’autres fois, quand l’inflammation était rebelle, je faisais ouvrir sous la langue les veines i qu’on appelle ranines, et en tirer le sang qui peut en venir. Ces deux méthodes i m’ont réussi. Sydenham ne parle point,
I dans l’ouvrage intitulé Processus integrî, i de saigner sous la langue; mais son fils en fait mention dans un petit ouvrage intitule ; Compendium praxeos medicce ; Sydenliami; soit que son père l’ait omis ! par inadvertance, ou que le fils l’ait reardé comme une partie trop importante e la curation pour ne pas l'ajouter d’a- ’ près les observations pratiques de son
Ï)ère. Comme on avale difficilement es poudres diaphorétiques, dont j’ai I parlé dans le traitement général des fièi vres inflammatoires, je donne actuelle ^
comme Sydeiibam a parfaitement bien expliqué la méthode et la manière dont il faut se servir de toutes ces choses , je me contente de recommander ici le remède suivant , dont j’ai quelquefois éprouvé l’utilité. Trempez un morceau de flanelle épaisse dans deux parties d’huile douce commune , sur une* d’es prit de corne de cerf, ou même sur une plus grande quantité si la peau le peut endurer; appliquez-la à la gorge, et renouvelez-la une fois toutes les quatre ou cinq heures. Au moyen de quoi le cou, et quelquefois le corps entier entre en sueur, qui, ^près la saignée, emporte l’inflammation, ou du moins la diminue beaucoup. La formule est nouvelle, mais l’intention ne l’est pas; car 'les anciens appliquaient l’huile chaude avec des éponges et des sachets de sel chauds (1). Quelques-uns d’entre les derniers écrivains ont recommandé des cataplasmes faits avec de la fiente d’animaux (2) ; ce qui ne paraît être qu’une manière grossière et dégoûtante d’employer les volatils. — Dans l’esquinancie inflammatoire , je ne fais jamais toucher les parties enflammées avec un acide minéral, comme l’ordonne Sydenham; et j’ai remarqué qu’on tirait fort peu d’avantage d’aucune espèce de gargarisme, excepté quand la suppuration se forme. Dans ce cas, le malade doit en employer un fait avec du lait et de l’eau dans laquelle on aura fait bouillir des figues , et il faut tenir un morceau d’une de ces figues aussi près qu’on le peut de la partie affectée. ■ — Mais ,dans ce qu’on appelle angina malignay qui n’est point véritablement une maladie des armées , je fais grand cas des gargarismes, que je fais injecter
ment en leur place une mixtion de deux ou trois onces de Vemulsio camphorata Pharmacopeiœ Edinburgensîs , trois fois autant d’eau de fontaine ,. et deux scrupules de nitre. Le malade en prend trois cuillerées toutes les trois Jieures, et s’il ne veut point faire usage tous les jours d’un clyslère laxatif, j’omets le nitre, et je lui substitue deux gros de sel cathartique amer, ou quelque autre semblable, afin de tenir le ventre libre.
(1) Ergo admovere spongias oportet; quæ melius in calidum oleum, quam in calidam aquam subinde demiituntur.
Efficacissimumque est hic quoque, salem calidis cum saccellis superimponere.
(Gels., lib. IV, cap. iv.)
(2) Etmuller., çap. de Angina.
avec une seringue. Par cette méthode , le malade évacue une grande quantité de flegmes épais et nuisibles, et communément ii se sent soulagé , et cela empêche les ulcères de s’étendre. Je donne pour eet effet treize onces d’eau d’orge, ou d’une infusion de sauge avec deuv onces de miel rosat et une once de vinaigre; j’y ajoute quelquefois une once d’une teinture de myrrhe, pour rendre ce gargarisme plus antiseptique ; j’en fais injecter quatre ou cinq scringuées, l’une après l’autre-, chacune contenant environ trois cuillerées , et je réitère ce remède trois ou quatre fois par jour,
§ ly. De la pleurésie et de Vinjlammation des poumons. — La pleurésie et la péripneumonie sont les formes sous lesquelles la fièvre inflammatoire paraît le plus fréquemment. On doit d’abord remarquer que dans ces maladies on ressent une douleur dans quelque partie que ce soit de la poitrine, derrière , devant , aussi bien qu’aux côtés , et quelquefois elle descend si bas, qu’on la prend pour une inflammation de quelques-uns des viscères de l’abdomen, tels que le foie, la rate et les reins. Sans m’attacher scrupuleusement à la distinction que la plupart des auteurs ont faite entre la pleurésie et la péripneumonie , je me contenterai de faire mention des remèdes que j’ai employés avec le plus de succès dans toutes les douleurs de la poitrine , vives ou sourdes , accompagnées d'une difficulté dans la respiration, presque toujours avec une toux , et jamais sans 'quelque degré de fièvre. Car il ne faut pas confondre ces douleurs inflammatoires et cette difficulté dans la respiration , avec quelques points spasmodiques, qui, attaquant les muscles de la respiration , ne sont point accompagnés de fièvre, et qu’on guérit seulement par des remèdes externes. Il ne faut pas non plus les confondre avec des douleurs aux côtés , occasionnées par des vents auxquels les personnes hystériques et hypochondriaques sont très-sujettes.
Ces cas paraisscut rarement dans nos hôpitaux. Mais tous ceux que les maladies, et surtout celles des intestins, ont réduits fort bas, sont très-sujets à ces points de côté venteux. Ces douleurs sont causées par des vents , ou par des excréments renfermés dans la partie du colon la plus proche du diaphragme. Elles se font communément sentir de la poitrine au dos, ou d’un côté à l’autre, affectant la respiration , et sont quelquefois ac-
compagnées d’une tout petite, mais fré- 1 quente. Mais la fièvre, ni le sang couen- f neux, ni les autres marques d’une véri- i table pleurésie ne se rencontrent, l.a I saignée peut faire du mal ; les carminatils relâchants, avec quelque chose de J chaud appliqué à la partie affectée, donnent du soulagement. Les vésicatoires sont peut-être le seul remède qui soit commun à l’un et à l’autre.
Quoiqu’on doive rejeter les jours critiques, ii faut continuer d’observer avec les anciens certains périodes de ces inflammations de poitrine, qui sont accompagnées de symptômes différents , et qui exigent un traitement différent. On amène souvent les malades à l’hôpital, lorsque l’inflammation s’est déjà répandue sur les poumons , et qu’elle est trop avancée pour céder à la saignée.
Or, quoiqu’il ire soit pas à propos d’abandonner le tout à la nature, il est cependant certain que, si les crachats paraissent tels qu’Hippocrate les décrit, nous devons les regarder comme un moyen de guérison, et ne point les détourner par les saignées ou par les purgations, comme je m’ensuis convaincu par l’expérience. — C’est avec ces précautions qu’il faut procéder. On peut saigner librement les trois ou quatre premiers jours de la maladie ; mais si, dans > ce temps4à, le crachement commence, on doit tout-à-fait discontinuer la saignée, ou bien la modérer ^de manière qu’elle soulage la poitrine, sans diminuer la force et sans arrêter l’expectoration. — On ne peut donner aucune règle précise par rapport à la quantité de sang qu’on î doit tirer, et au nombre de saignées. Sydenham a déterminé quarante onces , pour la quantité moyenne que les hommes pouvaient prendre dans une pleurésie , mais dans les circonstances où se trouvaient nos malades, c’aurait été trop peu sans les vésicatoires , qui non-seulement abrègent la cure, mais préviennent encore la perte d’une grande quantité de sang.
Une pleurésie peut se guérir dans le commencement avec une saignée abondante , et un vésicatoire appliqué au côté affecté. On fait contre cette pratique une objection , qu’on tire de la qualité sti- ! mulante des cantharides. Mais le soula- ; gement est si certain , qu’on ne doit se j servir ici de la théorie que pour rendre raison de la manière dont le stimulus agit et résout le spasme interne ou obstruction. — La méthode d’appliquer des vé-
sicatoires aux côtés paraît fort ancienne; l’on employait à cet usage des sinapismes (1). On se sert seulement à présent des mouches cantharides, et la pra- [tiqiie en est devenue fort commiir e en lAngleterre (2). Reste maintenant quel- Ique difficulté au sujet du temps où l’on idoit appliquer les vésicatoires; savoir s’il vaut mieux en faire usage au comjmencement, ou bien attendre que le Ipouls soit adouci par de fréquentes saiîjgnées. L’expérience que j’ai m’engage |à préférer une prompte application ; car jen traitant dans les hôpitaux un grand nombre de ces sortes de maladies , je n’ai jamais vu qu'en appliquant les vésicatoires immédiatement après la première i saignée, il en résultât aucun inconvéj nient, et je me suis toujours aperçu au I contraire que ce remède apportait un soulagement plus prompt et plus certain. Bien plus, lorsqu’il n’y avait point ide chirurgien à portée, j’ai fait souvent lappliquer sur-le-champ les vésicatoires au côté, et saigner après, pourvu qu’on , ouvrît la veine avant que les canthari- I des eussent eu le temps d’agir. Ces vé- I sicatoires latéraux, aussi bien que ceux du dos , sont de la largeur de la main , grandeur qui n’est en usage que dans ce j pays-ci.
I Quand même les vésicatoires feraient ! disparaître les symptômes, il serait plus I sur de recommencer la saignée, à moins j qu’une sueur abondante, survenant avec j la cessation de la douleur, ne rendît I inutile ce remède-ci, aussi bien que tous ! les autres. Mais si les poumons sont fort enflammés, la cure ne saurait être si I prompte. Car, quand même la première j saignée et le premier vésicatoire apporj teraient du soulagement, il serait cepenj dant nécessaire de réitérer l’un et l’auj tre. Quelquefois la douleur se renoui velle et se fixe à l’autre côté ; mais si on ' la traite comme la première, elle se dissi- ! pera pareillement. — On fait commu- ; nément une distinction entre la pleurésie et la péripneumonie ; je l’ai suivie dans les premières éditions de cet ouvrage ; mais ayant lu depuis les dissections et les remarques de Haller (3) et de Morgagni (4) sur ce sujet , je suis con-
(1) Cels., lib. IV, cap. vi.
(2) Mead, monita et præcepla medica.
(3) Opusc. pallïolog., obs. xiii, xiv.
(4) De sed. et causis morb., Ep. xx,
vaincu qu’on doit considérer ces deux maladies comme une seule, dans laquelle les poumons sont toujours enflammés , souvent sans la plèvre, et la plèvre jamais sans les poumons. J’applique toujours un large vésicatoire à l’endroit où est la douleur ; mais s’il n’y a point de douleur particulière , et qu’on ne sente qu’une oppression générale , je le fais mettre entre les épaules. Si la maladie devient opiniâtre, je le fais d’abord appliquer à un côlé, et ensuite à l'autre. Les vésicatoires tendent à soulager la poitrine et à provoquer l’expectoration, non-seulement lorsqu’on les applique à la poitrine, mais encore, comme d’autres l’ont remarqué, lorsqu’on les métaux extrémités; au lieu que, lorsque les crachats ont paru, on ne doit se servir de la saignée qu’avec^es plus grandes précautions, si tant est qu’on doive y recourir. — Je donne au malade, non-seulement dans le fort de l’inflammation, mais encore pendant tout le temps de l’expectoration, d’heure en heure, plein une petite tasse à thé d’une infusion pectorale chaude (1), et une fois en cinq ou six heures, quatre cuillerées d’une mixtion huileuse (2) ; mais quand l’expectoration diminue, j’ordonne, en la place de ce dernier remède, autant d’oxymel scillitique que le malade peut en prendre sans être purgé ; ou bien, je donne une fois en six ou huit heures quatre cuillerées d’une solution de gomme ammoniaque (3), remède que j’ai trouvé plus efficace. J’ai remarqué aussi de bons effets de faire respirer au malade la vapeur de l’eau chaude.
Cette pratique, recommandée par Boerhaave et le baron Yan-Swieten, m’a été confirmée par les essais réitérés du docteur Huck, qui trouve plus avantageux et plus agréable au malade d’y ajouter quelque peu de vinaigre , quand les phlegmes sont épais: telle est ma méthode actuelle.
Si, malgré cette évacuation, le malade se plaint beaucoup d’un point ou qu’il
(i) Sur une pinle d’une infusion faile avec les ingrédients du decoctum pectorale i on ajoute une once d’oxymel simple.
f2) Pr. Mellis (vel syrupi ex allhea) 6 drach., gummi arabici inpulverem coniritil drach., aquæ rosarum2 drach., accurate subactis admisce invicem olei amygdalarum dulcium 1 une. , et aquæ puræ 6 une.
(3) Pr. Spermatis ceti (ex vitello ovi quantum salis est soluti) 2 drach., lactis ammoniaci 7 une., syrupi croci 0 drach. ; misce.
ait de la difficulté à respirer, la saignée est nécessaire; mais, en ce cas-là, il est dangereux d’alleu d’une extrémité à l’autre; en omettant la saignée, on risque de causer dans les poumons une obstrue» tion générale, et en saignant trop abondamment.On doit craindre d’arrêter l'expectoration. On a l’obligation aux docteurs Huxham , Triller et au baron Yan- Swieten de quelques-unes des meilleures règles dont on puisse faire usage dans cette occasion ; mais, par rapport aux vésicatoires, il n’est pas nécessaire de prendre aucune précaution dans une telle conjoncture, puisqu’ils sont toujours bons pour ranimer le pouls et pour soulager la poitrine. — Pendant l’expectoration , il sera quelquefois utile de donner un vomitif pour débarrasser la poitrine des flegmes visqueuses. On peut aussi donner quelquefois des opiats , mais avec de grandes précautions. Car, tant que le pouls est dur, qu’on sent de la difficulté à respirer et que la fièvre cause des insomnies, ils sont pernicieux. Mais lorsque la fièvre est passée, et que l’insomnie ne se trouve plus occasionnée que par des humeurs qui tombent sur la gorge ou les poumons , les opiats , surtout si on les joint à la squille, donnent du repos et provoquent l'expectoration.' J’ajouterai seulement que pendant que j’exerçais en Flandre à l’armée, je ne connaissais point l’usage du quinquina, dans l’état avancé de ces inflammations. J’ai eu depuis occasion d’en voir les effets , seulement quand le malade était abattu par la saignée, tandis qu'il restait encore un peu de toux et quelque difficulté de respirer, aussi bien qu’une augmentation sensible de fièvre pendant la nuit, avec une rémission pendant le jour et l’urine chargée. J’ai donné avec succès dans ce cas, excepté dans le fort des paroxysmes , une fois en trois heures , deux onces de décoction de quinquina , auquel j’ajoutais un peu de réglisse sans aucun autre pectoral.
§ Y. De V inflammation du foie. — Le foie est non-seulement sujet à des inflammations primitives , mais encore à souffrir par des métastases de la matière. J’ai remarqué dans plusieurs corps disséqués, qu’après les ponmons ce viscère se trouvait le plus sujet à la suppuration ; mais je n’ai jamais vu qu’un seul cas où l’on ait guéri après un abcès. La matière se dirigeant vers l’extérieur, on la fit sortir, et le malade se rétablit en peu de temps. — H se présenta un autre cas re-
marquable par la situation de l’abcès qui était tout-à'fait sur le côté gauche de la ligne blanche. On fit néanmoins l’incision, et il en sortit une grande quantité de pus. Le malade fut soulagé ; mais l’opération ayant peut-être été trop longtemps différée, il mourut bientôt après.
En ouvrant le corps, on trouva que l’incision avait pénétré dans le foie ; mais qu’elle était trop petite pour évacuer toute la matière. — Il y eut un autre cas fort singulier par la qualité de la tumeur qui était plate, et par la grande difficulté qu’avait le malade à respirer; |car il ne pouvait point du tout se tenir couché de son long, mais il s’appuyait la plupart du temps sur les genoux et sur les mains. Il faisait d’ailleurs de fréquents efforts pour vomir, et il se sentait une douleur d’estomac continuelle et extraordinaire.
Deux jours avant sa mort il devint jaune et fut attaqué d’un hoquet. A l’ouverture du corps, on trouva le foie totalement squirrheux et plein de pus. Le grand lobe avait suppuré; un autre grand abcès s’était formé dans la partie concave qui poussait l’estomac en dehors, de telle manière que si l’on eût fait une incision avant la mort comme le premier cas, il aurait fallu traverser l’estomac avant que d’arriver au sac. — A l’égard de la cure, (f une inflammation du foie, je n’ai fait aucune remarque digne d’attention sur la manière dont on doit la traiter, si ce n’est qu’après des saignées abondantes , le meilleur remède consistait à appliquer un large vésicatoire sur la partie affectée.
§ YI. De V inflammation de V estomac et des intestins. — La même méthode a^ réussi dans l’inflammation de l’estomac et des intestins , et je n’ai jamais remarqué que les vésicatoires locaux aient eu des suites funestes , si après une saignée abondante on les appliquait de bonne heure dans la maladie. Ils sont en particulier fort utiles dans la passion iliaque ou colique inflammatoire, et ils ont pareillement un heureux succès dans les douleurs fixes des intestins , qui viennent de spasmes, sans marques évidentes d’inflammation. — Je vais joindre à cette observation , relative aux effets des vésicatoires dans les douleurs de l’abdomen , quelques remarques sur l’inflammation des intestins , que l’expérience et de plus amples réflexions m’ont suggérées. — La passion iliaque , en grec à^eôç ( iléus tenuioris intestini morbus, selon Gelse), est, suivant un ouvrage attribué à Ga-
licii(i), « une inflammation des inles- J) tins accompagnée de tranchées vio- M lentes, et d’une si grande conslriclion, » que la matière fécale et les vents ne » peuvent passer. » Quoique le vomissemetit ne soit point nommé dans cette définition, elle s’accorde néanmoins avec la description qu’a donnée Hippocrate (2) de la passion iliaque. Cet auteur fait mention de vomissements bilieux et stercoracés , mais il les considère comme des symptômes additionnels, lorsque la maladie parvient à un point considérable.
Car , dans les aphorismes (3) , il observe que le vomissement est un sujet fâcheux dans la passion iliaque ; ce qui semble supposer que celle maladie peut exister sans aucune sorte de vomissement. Aréitée (4) , qui , de tous les anciens , nous a donné la description la plus ample et la plus satisfaisante de cette maladie, parle Ide trois degrés: l’un, dans lequel l’estomac est oppressé sans voiiüssement ; un jautre , dans lequel le malade rend des flegmes et de la bile; et le troisième, jui est mortel , lorsqu’il rend ses excrér laients par la bouche. Il paraît , par-là , jjue toutes les fois qu’il ÿ a des douleurs jiiguës dans les intestins , accompagnées l’oppression de l’estomac, d’une constilaalion opiniâtre, et, s’il faut s’en rapporter à Hippofcrale , d’une tension de j/entie , le plus constant, peut-être, de ,ous les symptômes, sans égard s’il y a ijles vomissements ou non , nous pouvons •jissurer que c’est ce que les anciens en- ■jendaient par passion iliaque; et nous levons alors tirer d’eux des lumières c )our la guérir. Mais si , conformément à ai(uelques-uns des plus habiles modernes, clious ne donnons le nom de passion ilia- •liue que lorsque le mouvement péristtlaltique est totalement renversé , nous die pouvons recevoir aucun secours des i irccs , qui regardaient comme incurai- de cet état de la passion iliaque, le Ainsi , lorsque le vomissement des ali- !• aents se joint même aux symptômes cin lessus rapportés, Sydenham ne lui douai le point d’autre nom que celui de passio D- (iaca nolha (5) , supposant, dans ce cas, b.iiue inversion partielle du mouvement ;i-|érislallique. Mais lorsqu’on rend les
losl (1) Lib. de Définit.
Üi (2) De Morb., lib. ni,
JJ, j (3) Scct. vn, X.
Vj (4) Acul. morb., lib. If, Cap. Vit.
• 1 (5) Scct. I, cap. VI.
P ring- le.
elystères parla bouche, il considère cela comme une marque d’une inversion totale et par conséquent comme un symptôme pathognomonique de la véritable passion iliaque ; qunnelo liqucl ex c/ys~ teribus per os ejectis et aliis si^nis verum esse ileum , etc- (1 ). Je n’ai jamais vu qu’une seule fois la vraie passion iliaque de Sydenham ; le malade mourut. Je pense que de notre temps les plus grands praticiens n’en ont rencontré que bien peu, et qu’ils n’en ont jamais guéri , ou du moins rarement. Il paraît par conséquent assez extraordinaire que, du temps de cet habile médecin , ce cas se présentât assez souvent pour qu’il pût s’assurer de sa cure; et cela, d’autant plus , que les remèdes qu’il employait ne paraîtraient pas actuellement avoir assez de vertu pour des degrés plus faibles de cette maladie. Mais il paraît que cet excellent auteur s’aperçut dans la suite de rinsuffisance de sa première pratique ; car, dans son ouvrage posthume ( processus integri ) il omet partie des remèdes qu’il avait d’abord recommandés , et en leur place , il en substitue de plus efficaces , qui en d’autres mains ne réussiraient peut-être pas davantage. — A l’égard des degrés plus faibles de la passion iliaque, il faut en chercher la description et la cure dans Sydenham , sous le titre de colica biliosa\ nous sommes d’autant plus assurés que c’est la mêipe maladie que la passion iliaque, que l’auteur lui-même dit : « que si on neremé- » die pas à temps à cette colique , elle se » termine en une passion iliaque (2), » Il aurait été à souhaiter que Sydenham n’eût point donné à cette dernière maladie le nom de colique bilieuse , et qu’il ne l’eût point considérée dans le jour qu’il a fait , parce que son autorité a engagé plusieurs personnes à corriger et à évacuer la bile, peut-être à tort, sans prêter une attention suffisante à l’inflammation , à cause qu’il n’en fait aucune mention. Sydenham ne saigne qu’une fois. D’après celle circonstance seule , nous pouvons juger qu’il ne s’était jamais informé de l’état où paraissaient, après la mort , les intestins de ceux qui périssaient de celle maladie ; qu'il ne craignait point la mortification, quoiqu’on en soit toujours menacé , comme
(1) Ibidem»
Sect. IV, cap. vu.
nous nous en sommes assures par de nombreuses dissections.
Ces raisons m’ayant engagé à m’écarter de la méthode de Sydenham, j’ai suivi la plus ancienne , celle de saigner abondamment et souvent , aussi long-temps que dure la violence des symptômes , ou que les forces du malade le peuvent permettre. Si, après la première saignée, le malade n’est pas sensiblement mieux , quelques heures après je fais ouvrir une seconde fois la veine , et immédiatement après , je fuis appliquer sur la partie du ventre la plus affectée un emplâtre vésicatoire aussi large que la main. Comme je me suis aperçu plus d’une fois que le malade était soulagé dans les intestins aussitôt qu’il sentait la brûlure de la peau, et qu’en même temps la purgation ou le clyslère qu’on lui avait donné auparavant sans aucun effet le faisait aller, j’ai raison de penser que les vésicatoires agissent plutôt comme un antispasmodique que comme un évacuant. Telle était ma méthode ordinaire dans les hôpitaux. Si , depuis ce temps là , j’ai lait moins d’usage des vésicatoires, ce n’est pas que j’aie remarqué qu’ils eussent aucune suite fâcheuse, mais parce que, dans ma pratique particulière , les malades, en général, y répugnaient, à cause qu’on les appliquait sur une partie où on ne le fait pas ordinairement. J’en ai pareillement cessé l’usage, parce qu’il gênait un peu lorsqu’on voulait prendre les bains chauds , article important dans le traitement de cette maladie, mais qui manquait ordinairement dans les hôpitaux d’armées.
Après la saignée , la principale altention doit être de tenir le ventre libre. Je lâchais d’y parvenir auparavant par des elystères, et en faisant prendre toutes les heures une pilule d’alocs, de savon et de mercure doux ; mais je changeai ensuite de méthode, et j’eus recours à des remèdes plus doux. Je donnais dans cette intention, toutes les heures, gros comme line noix muscade d’un électuaire composé d’une demi-once à' electuarium leiiiiii’um, de deux gros de fleur de soufre, et d’un gros de crème de tartre , avec quelque sirop ; mais , depuis peu, je m’en liens davantage au sel cathartique amer, dont l’usage m’a été recommandé parle docteur Heberden, qui a eu des preuves de ses bons effets en doses petites, mais souvent répétées. Après avoir fait dissoudre deux onces de ce sel dans une pinte d’eau , j’en donne deux cuillerées toutes
les demi-heures , ou une cuillerée dans un intervalle plus court, aussi long-temps que l’estomac du malade peut le supporter , ou jusqu’à ce qu’il ait été deux fois. | Quoique ce remède ait un goût désagréable , l’eslomac le relient plutôt, suivant la remarque du docteur Heberden , qu’une liqueur plus agréable : circonstance qui porte à croire ce qu’on a dit de quelques autres sels neutres, qu’ils ont une qualité sédative aussi bien qu’une laxative. Soit que j’ordonne l’élecluaire ou ce sel , je fais toujours prendre un clyslère purement laxatif, pour aider l’opération ; car je n’ai jamais pu comprendre comment des parties qui sont au centre de la chaleur animale, et naturellement dans un état humide , peuvent être fomentées par un fluide qui n’est pas plus chaud qu’elles- mêmes, et qui est administré par un clyslère. Quand je soupçonne que l’obstruction est causée par des matières durcies , je me contente d’abord de faire usage de lavements d’huile, mais toutes les autres fois je me sers de la recette suivante.
Pr. Decocli communis pro clystert\ une. X electuarii lenitivi^ olei oIwarum^\ singulorum une. ii, misce.
Mais quand l’estomac est tellement dérangé qu’il rejette l’un ou l’autre do laxatifs ci-dessus , je joins alors de l’opium à un purgatif stimulant, niélhod( en usage dans ce pays-ci depuis longtemps , et qui a été suivie par le docteui Mead(l).
Pr. Exlrncii caiharlici gr. xxv. Ex-tracti thebaici gr. i. fl. Mtreurii dut' cis sexies subliniati g. v. misce y fian pilulæ X.
Celte dose se donne à différents in tervalles, lorsque le malade se plaint après le vomissement, du moindre mal Plus les pilules sont petites , et plus il a apparence qu’il les gardera aisémeni Environ douze heures après , ou quan l’opium commence à perdre sa force, j lâche d’exciter l’opération de la médeci ne par la dissolution du sel calhartiqu amer, comme ci-dessus , et quelque heures ensuite , je fais prendre un lave i ment sans discontinuer ce sel. — Apn j avoir procuré des selles , et la plus grai ’j de partie du danger étant passée, je su j d’assez près la méthode de Sydenhai ;
(1) Monilu et præcepta medica ; paf
dans le reste de la maladie. Je donne du laudanum le soir, à l’heure qu’on se couche , et le matin autant de la dissolution du sel cathartique, ou d’un autre laxatif, qu’il suffit pour tenir le ventre libre, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à craindre d'une rechute, — Sydenham recommande pour le vomissement , dans , ce qu’il appelle la passion iliaque (1), un I scrupule de sel d’absinthe dans une cuillerée de jus de citron , qu’on fait prendre dans le temps de l’effervescence.
I Je me rappelle de m’être servi plusieurs [fois, avec succès, de celte méthode, lorsque le malade ne vomissait que de la Ibile , mais avec cette différence , qu'au 'lieu de donner cela deux fois par jour, (je le faisais prendre toutes les heures, j Ceux qui ont des ruptures sont plus isujets que les autres à la passion iliaque ; iinais de tels cas ne sont pas communs dans les armées. A l’égard des autres icauses, j’en ai vu trop peu d’exemples jpour être satisfait au sujet des plus fréi juentes. Ce n’est pas qu'il n’y ait point, [parmi les soldats, d’inflammation dans les intestins ; mais toutes les inflamma-
I ions de ces parties ne tendent point à la ,)assion iliaque , car, en tombant sur les jîrands intestins, elles occasionnent comlUimément un flux de ventre, comme cela [)arut à l’ouverture de ceux qui mouru- *ent de la dysenterie. On peut trouver quelques exemples de la passion iliaque Occasionnée par une inflammation du coon ; mais j'imagine que, dans la plupart, jles matières durcies ou quelque tumeur
uront concouru à rétrécir le passage
I I à empêcher les selles. Au reste , j’ai fencontré plus souvent ici celte maladie [ue dans nos armées. Les enfants et les liersonnes d’un tempérament délicat y lont peut-être plus sujets que les hommes I ans la force de l’âge; et d’ailleurs on I ’enrôle point les gens qui ont des rup- !ures. Une humeur goutteuse peut sou- 1 ont occasionner cette maladie parmi les [ens qui ont des ruptures. Une humeur joutteusc peut souvent occasionner cette iialadie parmi les gens d’un rang élevé , liais les soldats n’y sont jamais sujets, ou lu moins rarement. J’ai vu , comme je lie le rappelle, deux personnes attaquées le la passion iliaque , accompagnée de fomissemenls. L’urte était un jeune genilliomme de vingt-deux ans, dont la vie l’avait pas été fort réglée : sa maladie fi- |it par un accès de goutte, La seconde
(I) rage 250.
était un homme de cinquante ans , qui , quelques jours après une seconde attaque, eut pareillement un accès de goutte qui fit disparaître les douleurs des intestins. Ces personnes n’avaient point été incommodées auparavant de la goutte.
Ceux qui désirent pousser plus loin leurs recherches là-dessus peuvent consulter le Sepulchretum anatomiciim, les observations anatomiques et chirurgiques de Ruysch (1), l’excellent ouvrage de Morgagni, De sedibus et causis morhorum (2).
Je finirai par une remarque que l’on a faite auparavant , mais qui n’a pas été assez généralement reçue pour rendre mon témoignage inutile. La passion iliaque est la plupart du temps accompagnée d’un degré sensible de fièvre, avec tous les autres symptômes ci-dessus rapportés. Mais, indépendamment qu’il y a des cas dans lesquels il n’y a point de vomissement, comme il paraît par les anciens, il y en a d’autres où la fièvre est à peine sensible, lorsque le malade ne sent que peu de douleur et qu’il n’est pas tout-à-fait resserré. Je dis qu’il y a de pareilles inflammations , parce que le malade étant mort avec des symptômes si peu capables d’alarmer, on trouva les intestins non moins mortifiés que dans les symptômes les plus caractérisés de cette maladie. Le docteur Simson en a le premier fait la remarque, autant que je puis le savoir, et le baron Yan-Swietea la cite et la confirme (3), aussi bien que Morgagrii (4) , qui observe que dans ces circonstances il n’y a d’autres indications de danger que la tension du ventre, une douleur sourde en le pressant, l’abattement et l’inégalité du pouls , et le changement de la contenance. Ce qu’il dit à ce sujet mérite toute notre attention.
§ YII. Du rhumatisme. — Il paraît que les anciens distinguaient imparfaitement la goutte de la 'maladie qu’on appelle maintenant rhumatisme. Ils donnaient le nom à*arthritis à l’affection de toutes les articulations, soit que la douleur provînt d’une inflammation rhumatismale ou d’une humeur goutteuse. Si
(1) Observ. xcr.
(2) Epist. xxxiv, XXXV.
(3) Comment, in Boerli. aphor. , ^
(4) De sed, et caus. Morb. Epist.
XXXY. 22.
l’on ne souffrait pas dans toutes les articulations, mais seulement dans quelquesunes, la maladie tirait son nom de la partie affectée ; de là viennent les termes àechiragra, podagra, ischias, etc., qui étaient tous considérés comme des espèces d'arlhritis. Mais comme on remarqua qu’il y avait des douleurs arthritiques d’une nature différente des autres , on les distingua suivant les différentes humeurs qu’on regardait comme la cause de la maladie. On supposa, par exemple, qu’une espèce dépendait du sang , et l’on recommanda par conséquent la saignée comme le principal remède , et , dans les constitutions pléthoriques , on la réitéra. — Quoiqu’au moyen de cette distinction les anciens pussent traiter , de la manière qu'il convient, la maladie qu’on appelle à présent rhumatisme, cependant, comme les noms sont fort propres à en imposer à l’esprit, on doit penser qu’on confondait souvent les différentes espèces d’arlhritis , et par conséquent qu’on les traitait souvent fort mal. Nous voyons que, conformément à cela, les médecins, dans les temps postérieurs, considérèrent toutes les douleurs des articulations comme les effets d’un catarrhe, c’esta-dire d’une humeur qui tombe du cerveau. Cette nouvelle théorie eut des suites plus pernicieuses, car toutes les humeurs catarrheuses étant supposées d’une nature froide , on défendit la saignée, et l’on en- Irepritlacure d’unrhumatismeaigu, aussi bien que celle de la goutte, sans ouvrir la veine. Botlallus s’opposa , à ce qu’il paraît, un des premiers à celte opinion et à cet usage , et , en distinguant dans le catarrhe l’espèce inflammatoire que nous appelons actuellement rhumatisme, d’avec les autres espèces, il déclara que les saignées réitérées étaient nécessaires pour la guérison (1). — Ballonius est le premier qui ait appliqué le terme peup-aru^aciç ( car il se sert toujours du mot grec ) à cette espèce inflammatoire de l’arthrilis, qu’il soutient être une humeur différente de celle de la goutte, quoiqu’elle en approche beaucoup (2j. Le même auteur est
aussi le premier qui ail décrit d’une manière convenable cette maladie, et qui ait pareillement recommandé les saignées réitérées , comme la partie la plus indispensable de la cure. Cette méthode a depuis été suivie par ceux qui ont le mieux écrit sur la médecine pratique, tels que Rivière et Sydenham. — On a vu, dans la première partie (1) , combien les rhumatismes se rencontrent fréquemment , et h quelles causes il faut les attribuer ; mais il faut ajouter que, quoique la maladie parût quelquefois avec toute la violence dont Ballonius et Sydenham font mention, elle était communément d’une espèce beaucoup plus douce , parce que sa cause ne pouvait pas agir avec tant d’efficacité sur des hommes dont le sang, en général , avait peu de disposition à s’enflammer, soit par leur manière de vivre , soit par un effet de leur tempérament. Dans les rhumatismes plus aigus, non-seulement quelques-unes des articulations sont considér.jblement enflées et enflammées , mais elles sont toutes tellement affectées , que le malade ne saurait se remuer un tant soit peu, ou être remué par d’autres, sans des douleurs extrêmement vives. Il y a dans ces circonstances toujours quelque peu de fièvre qui les accompagne. Il paraît par conséquent étonnant que Ballonius, qui décrit si bien d’ailleurs celte maladie, dise qu’elle altère peu le pouls , puisque nous le trouvons dans cette espèce si fort animé, que, si nous jugions par ce signe seul, nous penserions souvent que le malade aurait une fièvre violente.
En traitant du rhumatisme accompagné' de fièvre, j’ai suivi la pratique des auteurs! dont je viens de parler, par rapport aiu saignées réitérées qui élaientmon princi-j pal remède. Il faut se rappeler que me; malades étaient dans la force de l’âge, oi d’une classe peu sujette aux douleurs ar thrltiques, qu’il est si aisé de confondn avec les douleurs de rhumatisme. J’a joute que, dans ma pratique particulière depuis ce temps, parmi des gens dont 1; manière de vivre les dispose davantage:
(1) De curât, per Sang, miss., cap.
(2) Nous rencontrons dans les ouvrages des anciens le terme pèopiaTio-^ûç, dans le sens de rhume ou fluxion, et non point, autant que je le puis savoir, pour désigner une maladie particulière. Ballonius
commçnço «ou truité «ur le rlumiuti«uié
par ces mois : Ajffectus pene apud antiquos ; mais il ne paraît pas qu'i ait été le premier parmi les moderne qui lui ait donné ce nom. Il dit en effe dans le même ouvrage : AJf'ectio c/w falso catarrhus dicitur, aliis meiius pevp.y. uapo; dici videtur. (Lib. de Rheumat.
(1) Part. I, çhap. iii et iv.
SUR LES ifA£ADIES DES aRmÉES.
des attaques de goutte qu’à un véritable rhumatisme , je fais tirer du sang dans tous les cas douteux, s’il y a de la fièvre, non-seulement une fois, mais une seconde et une troisième si le sang était couenneux çt que le malade ne fût pas trop affaibli par celte évacuation, et qu’il en fût soulagé. Nous avons pour cela l’autorité de Ballonius. Dans le rhumatisme aigu, les saignées fréquentes affaiblissent peut-être moins le corps, comme l’a remarqué avec raison Rivière (l),que dans ! toute autre maladie , et je crois pouvoir ajouter avec certitude que , lorsque la ! goutte se déguise chez les jeunes gens Isous la forme d’un rhumatisme, on ne j saurait se tromper beaucoup en traitant ce cas comme si c’était un rhumatisme seul. — Si les malades n’ont pas le venitre libre, je fais donner presque tous les î jours un clystère , ou quelque laxatif doux, pour rafraîchir et pour empêcher la constipation. Pendant tout le temps , ion leur fait observer la diète la plus tejnue à laquelle on peut les engager. On leur donne pour nourriture de la panade, ,du gruau à l’eau, ou autre chose semblable, et pour boisson, de l’eau d’orge, ou, ijquand on peut se procurer du lait, du jpetit-lait fait au vinaigre , au lieu de pressure, qu’ils boivent avec plaisir.
! Dans les cas où les poumons sont imjmédiatement aifecté.s, ou bien lorsque le malade se plaint d’une difficulté dans la respiration, ou d’un mal de tête auxquels lies saignées n’ont point apporté de soujlagement, je fais appliquer un vésicatoire ■entre les épaules, cç qui manque rarement de faire cesser ces symptômes ou âe les diminuer. On a remarqué qu’en général les vésicatoires font du bien dans ces rhumatismes universels , et je puis xerlifier que, lorsque la douleur est bornée à une partie , c’est un topique des jplus efficaces. Mais dans les rhumatismes jaigus , accompagnés d’articulations enflées, je préfère les sangsues à tout autre remède topique. J’en fais appliquer qua- [Ire, ou même davantage, sur la partie de (l’articulation où l’inflammation et la tu- !ineur sont les plus considérables. Lorsque les sangsues sont tombées, je laisse jîlégoutter le sang jusqu’à ce qu’il s’arjrêle de lui-même. Comme cela soulage ibeaucoup, et que l’évacuation est petite, |ie fais réitérer cela souvent. J’ai quelque- |lois , depuis ce temps-là , ordonné avec
succès , dans ma pratique particulière , une douzaine de sangsues à la fors , que je partage entre deux , ou un plus grand nombre d’articulations affectées , que je renouvelle pendant trois jours consécutifs, après quoi j’en applique en plus petite quantité, et à des intervalles plus longs, suivant l’exigence des cas. Par ce moyen, je procure généralement un soulagement immédiat, j’abrège pareillement la maladie , et j’épargne beaucoup de sang qu’il aurait fallu tirer du bras. Ballonius dit quelque chose de l'application des sangsues dans le rhumatisme ; mais il en parle plutôt comme d’une chose qu'on pourrait essayer que comme d’un remède qu’il aurait éprouvé , puisqu’il dit en passant : Cornicula frequentia et hirudines copiosœ habitai corporis ap~ plicaiœ conf errent (l).
Les saignées générales et les évacuations locales du sang, avec les vésicatoires suivant l’occasion, une diète tenue et les laxatifs les plus doux, suffisent la plupart du temps pour guérir le rhumatisme aigu des armées, ou du moins pour le diminuer considérablement. Il est vrai que j’ajoutais communément les poudres diapliorétiques dont j’ai parlé dans le traitement des fièvres en général, mais sans aucune confiance , et nullement dans la vue de proeuier une évacuation sensible par la peau ; car quoique , dans les commencements que j’exerçais, je tachais d’exciter les sueurs par le spiritus Mindereri , et d’autres remèdes de cette nature, cependant je me suis convaincu, par la suite , que celte méthode de traiter un rhumatisme avec fièvre ne convenait point. Il est vrai que, lorsqu’ en tirant beaucoup de sang la fièvre était diminuée, ou que ces évacuations avaient beaucoup aftaibli, je donnais, trois fois par jour, environ quarante gouttes d’esprit de corne de cerf , comme un cordial et non point comme un sudorifique. Ayant remarqué que ce remède répondait suffisamment à celte intention , et qu’il diminuait les douleurs, je continuais à le donner tous les jours, aussi long-temps qu’elles subsistaient, soit que le malade gardât le lit ou qu’il allât de côté et d’autre. Ainsi on faisait usage, dans les rhumatismes aigus, aussitôt que la fièvre commençait à céder, de l’alcali volatil que Sydenham recommande seulement dans les rhumatismes chroniques Telle était ma ma-
(1) Cap, de Rheum.
(1) Loto oit
nière de traiter les rliiimatismes aigus de l’année , et la plupart du temps elle me réussissait. Mais le rhumatisme chronique est une maladie des plus opiniâtres qu’il y ait dans les hôpitaux. Ce sont quelquefois les restes d’une fièvre de rhumatisme mal guérie, ou des douleurs causées originairement par des froids, et qui se sont enracinées faute d’y avoir apporté remède à temps. Lorsque dans les dour leurs de cette espèce le sang n’était pas couenneux , je soupçonnais les douleurs d’être d’une nature vénérienne , ou le .soldat de prétexter une indisposition. Je pense m’eire rarement trompé à l’égard de ce dernier soupçon. Je dois cependavt convenir que j’ai vu depuis des personnes d’un état plus relevé , et au-dessus de la tentation de déguiser leur situation, qui se plaignaient des mêmes douleurs sans qu'il y eût une altération visible dans leur sang. — Sydenham ayant trèsbien distingué cette espèce de rhumatisme de l’autre, ce que Ballonius n'a pas fait, j’ai suivi sa méthode à l’égard de la saignée. Toutes les fois donc que je trouvais le sang enflammé , j’en faisais tirer une fois en huit ou dix jours, environ huit onces, tant qu’il demeurait couenneux ou que les douleurs subsistaient. De temps en temps je purgeais le malade avec une dissolution de gomme gaïae, et dans les intervalles je lui donnais de l’esprit de corne de cerf. Je considérais alors le gaïae comme un purgatif spécifique dans ces rhumatismes lents, et d’autres l’avaient fait avant moi. L’expérience que j’ai acquise depuis m’a tellement confirmé dans la bonne opinion que j’avais de ses bonnes qualités , que , dans ces cas-là , après avoir tiré du sang avec la lancette ou avec les sangsues , si les parties étaient enflées ou enflammées , j'ordonnais ordinairement un demi-gros de cette substance di.ssous dans un jaune d’œuf, deux onces d’eau avec un peu de sucre , qu’on prenait tous les soirs à l’heure qu’on se couche, afin de procurer deux ou trois selles le jour suivant. Je continuais cette méthode jusqu’à ce que les douleurs cessassent, ou jusqu’à ce que le malade se trouvât si fort affaibli par ces évacuations, qu’il ne pût plus la continuer. Dans l’un ou dans l’autre cas, et surtout si l’urine devenait chargée , ou si le malade se plaignait de sueurs pendant la nuit , je tâchais de finir la cure par le quinquina , dont je lui donnais dans le jour jusqu’à la concurrence d’un gros et demi en substance. Pendant l’u-
sage du gaïae et du quinquina , j’ordon- | nais toujours l’esprit de corne de cerf , comme ci-dessus ; et toutes les fois que les articulations élaient enflées et enflammées , j'avais recours aux sangsues, dont l’effet n’est guère moins efficace ici que dans les rhumatismes accompagnés de fièvre.
Dans les rhumatismes aigus, les remèdes appliqués à l’extérieur ne m’ont jamais réussi , excepté les ventouses , les sangsues et les vésicatoires. Quoique i j’aie vu des douleurs sans fièvre être | soulagées quelquefois par le baume anodin de Bâtes, des embrocations d’esprils alcalins volatils seuls , ou dans le lini- ' ment volatil , auquel on ajoute un quart , d’huile de térébenthine ; cependant je me suis aperçu d’autres fois que toutes ces choses aggravaient plutôt les symptômes. La flanelle est en général ce qu’on peut appliquer de plus utile, et cependant j’ai vu des personnes s’en plaindre et obligées de l’ôter , parce que cela les , échauffait trop. — Ballonius admet les parégoriques, pour pallier les symptômes, mais sans en définir l’espèce ni les temps les plus propres pour les donner. Sydenham condamne tous les opiats comme servant à fixer la maladie , mais on ne peut douter que ce soit avec justice. Pendant que je pratiquais à l’armée, je m’en abstenais, sur son autorité, dans les rhumatismes aigus et chroniques ; mais le témoignage de quelques autres auteurs m’a fait, depuis ce tempslà , changer ma méthode à cet égard ; et dans les douleurs vives de la nuit , qui empêchent de reposer, j’ai quelquefois; donné avec succès depuis vingt jusqu’àS vingt- cinq gouttes de teinture thébaïque, jointes à trente goultes de vin d’antimoine. Dans les autres cas, je pense, avec Sydenham, qu’il vaut mieux ne point se servir de ces sortes de remèdes.
La sciatique se distingue communément en espèce goutteuse et en espèce rhumatismale ; mais si l’on entend par ce terme une douleur ou mal de la hanche, qui affecte cette partie de manière à faire boiter, il en faut admettre au moins une autre espèce qui provient d’un dépôt de matière sur le psoas ou sur le muscle iliaque interne, d’un côté, ou sur l’articulation même, qui à la longue carici’i t les os. Si la sciatique ordinaire est ré- ' cente, on la traite avec les saignées, le.' vésicatoires appliqués sur la partie , le purgatifs de gaïae et d’esprits volatils en un mot avec les remèdes qu’on e |
lonnds dans le rîiiimalismc commun , iiivant qu'elle est accompagnée de fiè- /re ou non. Je ne l’ai point trouvée rebelle à cplte méthode, quoique la plu- >art du temps elle soit plus opiniâtre que l’autres douleurs de rhumatisme. Lors- |ue le boitement et la douleur sont de /ieillc date, je réussissais si peu alors et lepuis ce temps-là, que je crois inutile le proposer aux autres la méthode inructueusc dont je faisais usage. Je parai , dans la première édition de cet ou- ;rage , de deux cas qui se présentèrent lans la première guerre. Dans tous les leux, la douleur fut grande et constante, ien ne put soulager ces hommes, et, près être devenus étiques , ils mouruent dans l’agonie. On ne les ouvrit pas, nais je ne doute point qu’il n’y ait eu de la matière rassemblée aux environs de la jointure , et qu’une partie de celte maière, ayantété absorbée, n’ait occasionné ,a fièvre lente. En effet, j’ai remarqué, lepuis ce temps-là, six cas où la douleur ' t le boitement étaient évidemment cariés par la suppuration. Il y eut trois de es cas où la matière aboutit à un abcès ans la partie supérieure de la cuisse, ;ui se vida en grande quantité, et les ‘lalades se rclablirent. Dans les trois aucs , la matière ne parut qu’après la lort. Dans l’un , la matière était logée ur le muscle psoas, du côté boiteux, et ulle part ailleurs ; dans le second, elle tait tout autour de l’articulation, tandis ,ue l’acctabulum et la tête de l’os du féjiur étaient cariés; dans le troisième,
! articulation était pareillement cariée, et i matière l’environnait aussi bien que la jcssie. On en trouva aussi dans le rein iu même côté. Le feu docteur Jean ilcrk m’apprit, après la première paix , u'il avait guéri des sciatiques opiniârcs et d’autres douleurs arthritiques, en onnant , pendant quelques mois conséutifs, du savon , depuis une demi-once isqu’à une once par jour.