CHAPITRE Yir
OBSERVATIONS SUR LA FIEVRE d’jIOPITAL OU DH PRISON.
Je viens maintenant à la dernière des maladies funestes aux armées, je veux dire la fièvre d’hôpital. En la traitant, je parlerai , 1° de son origine et de la manière dont l’infection se répand ; 2® de ses symptômes ; 3® des pronostics ; 4° des dissections de quelques-uns de ceux qui sont morts ; 6° je donnerai la méthode avec laquelle on doit la traiter. Enfin , je me servirai de ces matériaux et de quelques autres , pour rechercher la nature et les causes de ces fièvres.
§ I®»". De V origine de la fièvre de prison ou d’ hôpital , et de la manière dont V infection se répand. — Quand les hôpitaux d’une armée sont trop pleins , quand les maladies sont d’une nature putride , ou bien lorsqu’en quelque temps que ce soit, mais surtout pendant les chaleurs, l’air est resserré et renfermé , il en résulte une fièvre d’une espèce particulière, et souvent mortelle (1). J’ai remarqué la même sorte de fièvre dans des casernes trop pleines , dans des vaisseaux de transport trop ehargés de monde, et retenus long-lemps en mer par des vents contraires, ou bien lorsque, dans des temps orageux, les hommes sont pressés les uns sur les autres , et que les écoutilles sont fermées. Les vaisseaux qui servent d’hôpitaux dans les expéditions de long cours ont toujours été funestes aux malades et à ceux qui en prennent soin. — Aussitôt que je commençai à connaître cette fièvre dans les
ai fait usage dans tout le cours de la maladie, en y ajoutant le soir un narcotique: j’ai particulièrement compté sur les vomitifs,"j’ai donnéd’ordinaire douze grains d’ipécacuanha , uni avec deux grains de tartre émétique. Ce mélange, quoique réitéré trois ou quatre fois, comme il m’est souvent arrivé, a toujours fait rendre une grande quantité de matière glaireuse. Les tranchées étant dissipées, si les selles restaient encore liquides, je donnais de grand matin dix grains de rhubarbe avec deux grains d’ipécacuanha; ce qui suffisait en général pour terminer la guérison en peu de jours. Le riz était la principale nourriture des malades. »
(1) Part. I, chap. ir, nj, iv, viii. Part. Il, chap. il, § 3.
116 obserVaïi6n"§
hôpitaux d’armée, je soupçonnai que c’était la même que celle qu'on appelle ici maladie de prison, que je n'avais jamais vue. Un accident dont j’ai fait mention (1) dans la première partie de ces observations , m’ayant donné occasion de les comparer ensemble, je fus confirmé dans mon sentiment. — Cette maladie arrive par conséquent dans tous les endroits qui ne sont pas bien aérés et qu’on ne tient point assez propres, c’està-dire, qui sont exposés aux émanations putrides et animales qu’exhalent les corps corrompus ou malades. Il est aisé de voir par cette description que les prisons et les hôpitaux militaires doivent être fort sujets à cette espèce d’infection pestilentielle , puisque les premiers sont continuellement malpropres, elles autres extrêmement pleins d’émanations vénéneuses de plaies, de mortifications et d’excvéments dysentériques et putrides.
J’ai été témoin qu’elle avait commencé dans une salle, quoiqu’on ne pût l’attribuer à aucune autre cause qu’aux exhalaisons putrides d’un homme qui avait un membre mortifié. Il est même à craindre, lorsque quelqu’un tombe malade d’une maladie putride , telle que la petite vérole , la dysenterie , etc. , que la maladie ne se change en cette fièvre maligne , si on le met dans un appartement petit et sans air. C’est ce que j’ai vu arriver dans le camp , lorsqu’on tenait trop fermée la lente d’une personne attaquée d’une pareille maladie. Mais si l’on excepte un petit nombre de cas semblables, cette fièvre n’est pas, à proprement parler, une maladie des camps, quoiqu’on la regarde universellement comme telle, parce que, paraissant iréquemment dans les hôpitaux militaires , on suppose par cette raison , à tort , qu’elle tire son origine des camps. — J’ai quelquefois remarqué qu’elle était extraordinairement contagieuse; mais l’infection ne se communique que lentement , et il n’y a guère que ceux qui se trouvent continuellement renfermés dans le mauvais air , qui y soient sujets, tels que les malades des hôpitaux, leurs gardes , et les prisonniers qui sont dans les prisons. Lorsque la matière infecte n’est pas considérable , ou quand on n’a pas respiré long-temps dans ces émanations dangereuses, ou lorsqu’elles ne sont point particulièrement virulentes , l’on échappera,
ou bien les symptômes viendront si lentement, qu’on aura le temps d’arrêter la fièvre avant qu’elle soit tout-à-fait formée. Cela dépend aussi beaucoup du tempérament; quelquefois la maladie est en suspens quelques jours avant qu’elle force à garder Je lit ; quelquesuns se plaignent pendant des semaines entières des mêmes symptômes, sans avoir de fièvre régulière ; et quelques autres, après avoir quitté les lieux où est l’infection sans avoir de fièvre, s'en trouvent souvent attaqués par la suite (1).
§ II. Des symptômes. — Lorsque la maladie vient lentement , les premières choses dont on se plaint sont de petites vicissitudes de chaud et de froid , un tremblement dans les mains , quelquefois un engourdissement dans les bras, une faiblesse des membres , la perte de l’appétit ; et le ùial augmentant pendant la nuit , on se sent une chaleur excessive , le sommeil devient interrompu et n’apporte aucun soulagement. On éprouve, la plupart du temps avec ces symptômes, une pesanteur, ou bien une douleur de tête. Le pouls est dans les commencements un peu plus vite qu’à l’ordinaire, la langue se trouve blanche, mais la sécheresse peu considérable. Dans ce premier période , on ne se porte pas assez bien pour vaquer à ses affaires, ni assez mal pour garder le lit. Un vomitif; le changement d’air, ou quelquefois uru sueur , suffisent pour éloigner la maladie. J’ai fait sur moi-même l’expérienc( de ces deux méthodes.
Il n’est pas aisé, dans les commence , menls, de distinguer cette maladie d’avec une fièvre ordinaire (2). J’ai remar qué que le tremblement des mains étai un des signes des plus constants; maisi faut faire attention à d’autres circou stances , pour en tirer les diagnostiques Il faut par conséquent examiner si 1 j personne en question a été exposée au I causes ordinaires des fièvres , ou bien j un air corrompu et infect , et si , ayaii ( été saignée, cette évacuation lui a pro i curé du soulagement : parce que, dans h 1 fièvres inflammatoires, la saignée mû dère en général les symptômes , au lie
(1) Voyez part, i, cbap. vi.
(2) Febres malignas in principio slali' I cognoscerc difficile est, cum malignil; sæpe diu latea, et non, nisi ubi vin suinpsit, se se prodat. (Sennert., Epit, < febrib., lib. ly, cap. x.)
(1) Voyez ci-dessus.
que dans celle-ci , elle a rarement cet effet. — Lorsque la fièvre fait des progrès rapides, les symptômes dont on a parlé tci -dessus deviennent plus violents; il s’y joint une grande lassitude, des nausées , des douleurs dans le dos , une pesanteur ou bien une douleur de tête plus i3outinue, et beaucoup d’abattement. Le pouls n’esl jamais abattu alors , mais il :st très-vif et varie souvent le même üur quant à la force et à la plénitude. Une seule saignée , si elle est modérée , affecte fort peu le pouls ; mais si l’évaîualion est ample, et surtout si on la réière afin d'obvier à la fausse indication le rinflammation , le pouls, devenant dus fréquent, perd de sa force, et souvent sans pouvoir se ranimer , pendant que le malade tombe en délire. Mais il laiit d'ailleurs observer (jue dans tous les ;as , indépendamment des évacuations , e pouls s’abat plus tôt ou plus tard, et tonne alors des indications sûres et cerjaincs de la nature de la maladie. — Le |ang varie beaucoup ; car quoique l’alération soit communément fort légère , |in l’a cependant trouvé couenneux, nonjculemerit au commencement de l’attaj[ue , mais encore après que la fièvre est lorinée. La plus mauvaise espèce est orsque le coagulam est dans un état de jiissolution , quoique cela n'arrive que lorsque la maladie est avancée ; mais j omme on tire alors rarement du sang , le ne saurais dire si cela se rencontre jréquemment.
I L’urine varie aussi beaucoup: quel- I ucfois elle est rougeâtre ou couleur de ' amme, qu’elle conserve fort long-tempsj Rais elle paraît plus souvent pâle , et la jouleur, aussi bien que sa crudité, vatient de temps en temps , étant quelqueois claire et quelquefois nébuleuse. Vers i fin , lorsqu’il survient une crise favolable, elle s’épaissit , mais elle ne dépose l'as toujours du sédiment. — Si les mandes sont chaudement, et s’ils n’ont oint eu auparavant de cours de ventre, Ils se trouvent généralement constipés ; liais s’ils ne sont pas tenus chaudement, ■omme cela n’arrive que trop souvent ans les hôpitaux des camps, les pores tant fermés, la diarrhée devient un lymplôme commun , mais elle n’est pas ritiqué. Dans les cas plus dangereux , i flux de ventre paraît dans le dernier sériode; alors les selles sont involonlaies, colliquatives , ichoreuses ou sanguiolentes, et d’une odeur cadavéreuse, 'ffets d’une mortification dans les intes-
tins et indications d’une mort prochaine. Lorsque les hôpitaux sont pleins de dyseriltries , quelques-uns des gardes se trouveront seulement attaqués du cours de ventre , et d’autres de cette fièvre , qui se terminent par des selles sanguinolentes et gangréneuses. — Au commencement la chaleur est modérée, et même lorsque la maladie se trouve avancée , en ne faisant que toucher la peau , elle ne paraît point considérable ; mais en tâtant le pouls pendant quelque temps, je me suis aperçu d’une ardeur extraordinaire, qui, quelques minutes après, mfe laissait aux doigts une légère sensation de douleur (1). La première fois que je fis cette observation , je l’attribuai à la force de l’imagination ; mais des expériences réitérées , et le témoignage de personnes qui , gans connaître mon observation , avaient fait la même remarque , m’assurèrent de sa réalité. Un jour ou deux avant la mort, les extrémités deviennent toul-à-fait froides , si Tonne prend soin de Tempêcher , et à peine sent-on le pouls. — La peau est ordinairement sèche, quoiqu’il y ait quelquefois, surtout dans les commencements, des sueurs d’une durée plus longue ou plus courte. Celles que les remèdes produisent ne sont utiles qu’à la première attaque ; souvent elles emportent alors la fièvre ; mais celles que la nature seule opère ne deviennent jamais critiques , que la maladie ne commence à baisser.
Ces sueurs se trouvent rarement abondantes comme dans les autres fièvres , mais douces, continues et répandues également partout le corps, et quelquefois la maladie se termine par une moiteur presque imperceptible de la peau. Elles exhalent ordinairement une odeur fétide et quelquefois insupportable au malade môme.
La langue est la plupart du temps sèche , et , sans une attention continuelle de la part de la garde, elle devient dure,
(1) Galien fait la même remarque au sujet de la chaleur, dans la description des fièvres qu’il appelle putrides; ce que Lacuna exprime de celte manière : « Febrium quæ a pulredine oriunlur, maximum indicium est mordacitas et acrimonia caloris, quæ perinde ac funuis, nares et oculos, sic ipsa erodere tactuni videlur... non stalim ea qualitas, admota manu, discernitur, al per moram prædicla caliditaiis species offerlur ex petitionibus partibus. » (Ep. Gaîen. de Differ. febr.; lib. i, çap. vu.)
noire , avec des gerçures profondes. Ce symptôme paraît commun à la plupart des fièvres. La langue se trouve quelquefois, quoique rarement, douce et moite jusqu’à la fin , mais avec un mélange de couleur verdâtre ou jaunâtre.
La soif est quelquefois grande, plus souvent modérée, et, lorsque la maladie est avancée , l’haleine se trouve toujours mauvaise ; il s’amasse , autour de la racine des dents . une matière noirâtre. — Quelques malades ne tombent jamais en délire, mais tous sont sujets à une grande stupeur ; fort peu conservent Tusage de leurs sens jusqu’à la mort ; un grand nombre les perdent de lionne heure , et cela provient de deux causes : ou des saignées immodérées, ou Lien de l’usage prématuré des remèdes chauds et spiritueux. Ils dorment rarement, et , à moins qu’ils ne soient dans le délire, ils ont plus l’air abattu et rêveur que cela ne se voit communément en d’autres fièvres. Le visage est le dernier à prendre une figure hideuse et moribonde : les yeux paraissent cependant toujours troubles , et le blanc de l’œil est communément d’une couleur rougeâtre comme s’il était enflammé. Cet embarras de la tête se change souvent en délire, surtout pendant la nuit, mais rarement en transports et en ces efforts d’imagination si fréquents dans les autres fièvres, à moins qu'on n’ait suivi un régime trop chaud et qui ne soit pas convenable. Lorsque le délire parvient à ce point, le visage est enflammé, les jeux sont très-rouges, la voix devient précipitée , et le malade fait des efforts pour se lever ; mais quand ce délire est occasionné par d’amples saignées , ou seulement par l’état avancé de la maladie , le visage paraît décharné , les paupières ne sont qu’à demi fermées pendant xm sommeil interrompu, et la voix, qui est communément lente et basse, s’affaiblit tellement qu’à peine peut-on l’entendre. Dès les commencements , il y a généralement un grand affaiblissement d’esprit et manque de forces. — On éprouve plus communément un tremblement des mains qu'un soubresaut des tendons, et, si ce symptôme se présente, il est beaucoup plus faible .que dans plusieurs autres fièvres. Dans chaque période de la maladie, à mesure que le pouls s’abat, le délire et le tremblement augmentent , et à proportion qu’il se relève,, la tête se rétablit dans son état. Le malade a souvent l’ouïe dure dès les
'commencements , et à la fin il devient presque sourd.
Quand la fièvre continue avec une voix lente ou basse , les malades souhaitent ardemment quelque chose de cordial , et rien ne leur fait plus de plaisir et n’est en même temps plus cordial que du vin. Ils ne désirent point d’aliments ; cependant ils prennent volontiers une i petite panade si l’on y joint du vin. Ceux ' dont le délire est accompagné d’une voix i précipitée , d’un regard égaré , d’un sautillement des tendons et d’actions vio* lentes , quoique le pouls soit abattu , ceux-là, dis -je , ne supportent ni les remèdes chauds, ni le vin, ni les cordiaux ordinaires. — Quoique les vomissements, la pesanteur et le mal d’estomac soient des symptômes de cette maladie, ils ne s’y rencontrent pas cependant essentiellement ; et l’on ne doit pas non plus tant attribuer à cette fièvre les points de côté, la difficulté de respirer, et les douleurs qui changent souvent de place, qu’au tempérament du malade, ou à un rhume précédent. — Il y a de certaines éruptions fréquentes dans celte fièvre , mais qui n’en sont pas inséparables : c’est ce qu’on nomme peiccinœ (l). Ces taches paraissent quelquefois d’un rouge plus pâle ou plus brillant , et d’autres fois d’une couleur livide; mais elles ne s’élèvent jamais au-dessus de la peau (2).
(1) Il est douteux que les anciens aient connu ces taches, et la fièvre qu’elles accompagnent. Fracastor est, autant que je le puis savoir, le premier d'entre le.‘ modernes qui les ait décrites sous les noms de Lenticulœ, Puncticula ou Peü^ culœ; car tels étaient les noms qu’or donnait communément de son temps î cette lièvre et à ses taches. « Sunt et alia febres, quæ mediæ quodammodo sun inter vere pestilentes et non pestilentes.. quales illœ fuere quæ annis 1505 et 1528 in Italia primum apparuere, ætale noslr; i non prius notæ , cerlis vero regionibii i familiares, ut Cypro et vicinis insulis | majoribus etiam nostris cognitæ, vulgu j Lenticulas, aut Puncticula appellat, quoi | maculas proférant , lenticulis aut punc luris pulicum similes. Quidam mutati litleris Peticulas dicunt. (Fracastor, D' morb. contag., lib. n, cap. vi.)
(2) On ne doit p.as par cette raison le rapporter à ce que les anciens appelaien ectijhmata, qui dénotent des pustules ei éruptions plus élevées que la peau, comm dans les lièvres miliaires, avec lesquelle on ne doit pas çonfondre çetle fièvre. i
SÜR LES MALADIES DES ARMEES. Il9
iillles Sont petites , mais généralement n si grand nombre , qu’à une petite islance la peau paraît seulement un leu plus rouge qu’à l’ordinaire , et omme si la couleur était unüonne parout ; mais en regardant de plus près, on perçoit les interstices. Ces taches sont 1 plupart du temps si peu remarquales, qu’à moins qu’on ne les examine vec beaucoup d’attention, elles peuvent chapper à la vue. Elles sont plus nomreuses sur la poitrine et sur le dos ; il ’en trouve moins sur les jambes et sur ,35 bras , et je ne me rappelle pas d’en [voir jamais vu au visage. Elles paaissent (juelquef’ois dès le (jiiatrième ou '3 cinquième jour, et d’autres fois pas lus tôt que le quatorzième. Elles ne ant jamais critiques , et l’on ne doit as les mettre au nombre des signes lortels ; elles concourent seulement , vec d’autres signes , à constater la naine de la maladie. Plus eÙes approchent l’une couleur pourprée, plus elles iufiquent de danger/J’ai remarqué, dans :n petit nombre de cas , au lieu de la- Ihcs, des raies pourprées et des pustules lui sont peut-être plus à craindre. Les aches pétéchiales ne paraissent quelquei)is qu’après la (I) mort : il arriva dans [hôpital qu’en saignant un malade , les iiches pétéchiales parurent sur son bras u-dessus de la ligature , et nulle part illeurs.
j Quoique celte fièvre soit d’une espèce ianlinue , elle a généralement des redouilements sensibles pendant la nuit, avec ne rémission et souvent des sueurs par- «elles le jour, et, après avoir continué l’ing-tcmps , elle est sujette à se changer in hectique ou à prendre une forme in- 3riniltcnte. — La durée de celte fièvre 5t incertaine ; je l’ai vue finir par la lort ou parle rétablissement de la san- ; , en sept jours , à compter du temps ue le malade gardait le lit ; mais dans 3S hôpitaux , elle continuait généra- ,:ment depuis quatorze jusqu’à vingt purs (2) ; et quelques-uns moururent, et
I (1) Celle circonstance, ainsi que pluieurs autres qui se rencontrent dans jette lièvre, sont communes à la peste.
Voyez Diemcrbroelv, De peste, lib. iv,
'ist, V.)
(2) Le docteur Clephane , un des méecins de l’armée , a remarqué que les [haugemenls les plus sensibles en un état 'leilleur étaient généralement ledix-sep-
d’aulres se sont rétablis après quatre semaines de maladie. Depuis le temps que le pouls s’abat jusqu’à la mort , ou jusqu’à une crise favorable, on aperçoit peut-être moins de changement d’un jour à un autre dans cette fièvre que dans la plupart des autres. Quand elle est d’une longue durée, elle se termine souvent par des suppurations des parotides (1) ou des glandes maxillaires ; lorsqu’elles ne paraissent point , il devient probable que la fièvre est entretenue par quelque abcès qui se forme intérieurement. Plusieurs se plaignent, après la crise , de douleurs dans les membres et de privation de repos , et presque tous d’une grande faiblesse, d’un étourdissement, d’un vertige, et d’un grand bruit dans les oreilles. — Après avoir rapporté les marques qui caractérisent davantage cette fièvre , j’ajouterai seulement qu’il y en a quekpiefois de faibles degrés qu’on a peine à définir, et qu’on ne peut découvrir dans les hôpitaux qui sont pleins, qu’en observant les malades dans un état languissant, quoique la nature de la maladie pour laquelle on les avait admis parut susceptible d’une plus prompte guérison. Dans ce cas , les seuls diagnostics sont de légers maux de tête, la langue blanchâtre, manque d’appétit, et d’autres symptômes fiévreux très-peu considérables.
§ 111. Vas pronostics. — Les person ncs déjà affaiblies par d’autres maladies, ou par d’autres accidents ( celles, par
liême jour depuis que le malade se trouvait assez mal pour garder le lit. On doit faire d’autant plus d’attention au cours ordinaire de celte fièvre, qu’on ne doit pas espérer de procurer unojci’ise convenable avant ce temps, excepté dans une rccbule, dont le cours est ordinairement moins long.
(1) Les parotides ne sup'purent pas d’clles-mêmes, mais seulement quebjucsuncs des gl-nidcs lymphatiques qui sont au-dessus. Je me rappelle un exemple d’une fumeur de celte espèce, des deux côtés, s^ns aucune indisposition précédente; la personne n’en soupçonnant pas la cause, et y ayant appliqué un cataplasme résolutif, fut saisie sur-lc-cbamp, tandis que les tumeurs s'affaissaient, de la fièvre d’bôpilal. Cela est arrivé à M. Duncan Forbes, chirurgien de la seconde brigade des gardes à cheval, qui ôtait aide-chirurgien dans l’Iiôpital, tandis que celle fièvre y était très-fréquente.
exemple, qui ont ('prouvé la’salivalion ) , sont plus susceptibles de rint'eciion (jiie les j)ersoimes furies et vij'oureuscs , et courent plus de risque. Ceux qu’on admet dans des Injpitaux trop chargés de monde, et qui ont la petite vérole, quoiqu’elle soit d’une espèce favorable, tom-' Lent promptement dans cette fièvre , et ils courent plus de risque que d’autres d’en mourir. Une personne qui s’est rétablie devient aussi sujette à une rechute cju’elle l’était d’abord à cette maladie ; mais l’on n’a pas observé si ceux qui ont eu des abcès sont aussi exposés à retomber que les autres. La seconde fièvre se trouve accompagnée d’un double danger, parce que la première a beaucoup affaibli le malade. La marque évidente de lu corruption de l’air dans un hôpital, c’est lorsque beaucoup de gardes tombent malades. — On* ne doit point tirer d’aucun signe seul quelque pronostic , et tous ces signes réunis sont peutêtre plus trompeurs dans cette fièvre que dans les autres. Les suivants paraissent communément favorables; un petit délire, les forces peu diminuées , l’urine trouble sur le déclin de la maladie, et dans le même temps une sueur douce ou une moiteur répandue par tout le corps, ou même la peau douce et la langue moite, ou bien des selles liquides succédées d’une sueur ; un pouls à ([ui le vin et les cordiaux donnent de la force, avec une diminution de la stupeur, du tremblement et des autres affections du cerveau. Il paraît (|uc dans cette fièvre la surdité est un signe favorable. Du sédiment dans l’urine, sans aucun autre changement favorable , n’est pas un signe sûr de rétablissement, et quelques personnes ont guéri sans cela.
Les signes défavorables sont un soubresaut des tendons, des yeux fort enflammés et égarés, la parole prompte et le son delà voix altéré, un délire violent, des insomnies continuelles, des vomissements, des selles fréquentes, avec un pouls qui s’abat et une augmentation du mal de fête, les cxtiémilés froides et un tremblement de la langue. On a remar- <jiié qu’un des plus mauvais signes est lorsque le malade se plaint de la perte de la vue, qu’il avale avec peine, qu'il ne saurait tirer la langue quand on le lui dit ; quand il ne peut se tenir couché que pur le dos et qu’il se tient les genoux élevés, ou lorsqii’élanl insensible, il fait des efforts pour se découvrir la poitrine, ou qu’il essaie souYCuf de sortir du lit, sans
en donner aucune raison. S’il se jolnlà quelques-uns de ces signes des selh^s ieboreuses, cadavéreuses et involontaires , elles indiquent une mortification dans les intestins et une mort prochaine. — Ou ne sera pas surpris de trouver la plupart de ces pronostics communs aux autres fièvres, lorsqu’elles sont avancées, si l’on vient à considérer que, quelle que soit la cause qui produit une lièvre, si cette fièvre dure long-temps, elle corrompt les humeurs, affecte le cerveau et les nerfs à peu près de la même manière que celles qui tireutleur origine de l’infection.
§ ly. I^es dissections. — Les dissections de ceux qui moururent de la fièvre d’hôpital commune, et de ceux du régiment île Houghton, dont la maladie leur vint des prisons, montèrent en tout à dix. Chez quelques-uns, on ouvrit toutes les cavités, et chez les autres on n’examina que le cerveau ou les intestins. J’ai jugé à propos de faire mention de CCS imperfections dans celte partie, afin que, s’il est possible d’apprendre quelque chose de plus par le moyen des dissections, on ne regarde point ce que nous avons fait comme quelque chose de complet, et que cela ne détourne point les autres de pousser plus loin leurs recherches. — Le phénomène qu’on s’attendait le moins à trouver après la mort, ce fut des abcès dans le cerveau ; c’est pour cela que j’en ferai mention plii‘ particulièrement : ce fut à Gandqueje les lemanjuai pour la première fois. Le .soldat en qui j’en trouvai un n’ayant éfi admis à l’hôpital que deux jours avant srj mort, je conjecturai seulement, par IriL symptômes et par le détail imparfai , qn’on me fit de sa maladie, que sa mor avait été causée par une fièvre de celt( i espèce, après avoir langui près d’un mois Je trouvai environ trois onces dematièn purulente dans les ventricules du cer veau, et je remarquai que toute la sub stance corticale et médullaire était e.x trêmement flasque et molle. Ce qu’il i eut de plus extraordinaire, c’est que j' découvris de la même matière sur la par tic supérieure du cervelet; et cepemlan ce malade, avec une stupeur et une sur dité , ne laissa pas, jusqu’à la nuit qu précéda sa mort, de conserver sa raisoi si entière, qu’il répondait distinctemen à tout ce qu’on lui demandait; mais vers ce temps- là, les muscles de la fac | commencèrent à devenir convulsifs. - De deux soUDls qui moururent indubi
iablement <1c Celte fièvre, chez run le cerveau avait suppuré, et chez l’aulre le cervelet. Dans le premier cas, le malade eut une stupeur et une surdité dès le commencement, mais il ne tomba point en délire, et ne perdit pas loiit-à-fait la raison. Son pouls s’aliaissa de bonne heure. Environ dix jours avant sa mort, la léte commença à lui enller, et elle continua à être fort grosse, jusqu’à ce qu’elle diminuât un peu deux jours avant sa mort. Plusieurs jours avant qu’il mourût, il ne voulait prendre que de l'eau froide. Pendant sa maladie, il se tenait continuellement couché sur le côté droit. La tête ayant été ouverte, on I trouva dans la substance delà partie antérieure de l’hémisphère droit du cer- I veau un abcès de la grosseur d’un œuf,
1 qui était plein d’une matière fluide seml)lab!e à du petit-lait. Cinq autres soldats, malades de la même fièvre, eurent pa- I reillementla tête enflée, mais ils en revinrent (1). Je n’ava's jamais remarqué auparavant ce symptôme extraordinaire, et je ne l’ai pas trouvé depuis. Dans l’au- I Ire cas, l’abcès du cervelet était environ j de la grosseur d’un petit œuf de pigeon, et il renfermait pareillement une matière fluide et ichoreuse. Ce malade n’avait pas non plus tellement perdu l’usage de la raison, qu’il ne répondît sensément aux questions qu’on lui faisait. Deux jours avant sa mort, son urine devint fort pâle. Ces deux cadavres furent ouverts par M. Breach, alors aide d’hôpital, maintenant apothicaire dans le faubourg de Souch-Wark.
Les suppurations dans le cerveau ne furent pas constantes ; car nn autre soldat , qui mourut environ ce même temps, et qui avait été malade à peu près le même nombre de jours, gvec des symptômes semblables , excepté la pâleur de l’urine , n’eut point d’abcès ni dans le cerveau ni dans le cervelet. On ouvrit par la suite deux autres soldats : la substtnee corticale du cerveau parut enflammée ; mais on ne trouva point de suppuration. Dans l’un, les gros intestins étaient déjà corrompus et les grêles fort eullammés. Un dévoiement l’emporta ; et, un instant avant qu’il mourût, il lui sortit par le nez de la matière ichoreuse. Dans l’hôpital militaire
(1) Cela est arrivé à Inverness, et presque tous les soldats dont il est ici question élaioul du régiment d’Hougthon,
d’fpsxvich, un soldat éfahl mort de cctie fièvre lorsqu’on s’y attendait le moins, après avoir été près de se rétablir, on ne lui trouva aucitne suppuration dans le cerveau. Le docteur Cléphane me dit, à peu près dans le même temps, qu'il avait fait ouvrir la tête d’une personne qui mourut après la formation d’un abcès dans chacun des orbites, et qu’il avait trouvé le cerveau très-flasque, et environ deux onces de sérosité fluide dans les ventricules. Mais on n’examina pas davantage ces deux corps. — • Je n’entreprendrai point de décrire les autres particularités que j’ai remarquées dans ces dissections ; car, quoique je les aie écrites au long, ce qu’on vient de dire suffit ici pour tirer les conclusions suivantes. — Comme la tendance à la putréfaction, pendant tout le cours de la maladie, est très-grande; aussi se termine-t-elle généralement, quand elle devient fatale, soit par une mortification actuelle de quelque partie, ou par un abcès du cerveau souvent ichoreux. Les intestins sont plus particulièrement sujets à se mortifier, puisqu’il y a peu de ces malades qui meurent sans des selles cadavéreuses et involontaires; et, d’après l’observation que nous avons faite, que les taches pétéchiales ne paraissent qu’après la mort, il paraît raisonnable de conclure qu’elles sont toujours causées par une dissolution et une corruption du sang. Les sueurs putrides et l’odeur infecte qu’exhale le corps peu avant la mort peuvent servir de nouvelle preuve de ce qui a été avancé. A l’égard des abcès, si souvent trouvés dans le cerveau, on peut regarder ceux qui contiennent une matière ichoreuse comme une sorte de mortification particulière aux parties de celte contexture. Et, par tes cas précédents, il est naturel de conclure que CCS abcès ne sont point rares dans cette fièvre {!). — De ce que le cerveau paraît enflammé sans suppuration, on peut comprendre par 1 1 que les mêmes remèdes ont quelquefois dans cette fièvre des eft’ets opposés. Car, quoique le vin et les cordiaux soient souvent les meilleurs remèdes lorsqu’elle est
(1) Il paraît par les nombreuses dissections qu’on fît de ceux qui moururent de la dernière peste, à Marseille, qu’il y avait toujours quelque viscère d’enflammé et de mortifié, et que le cerveau et les poumons étaient le plus souvent alîeclés de cette manière. (Voyez le Traité de la peste, part, i.)
avancée, cependant il se trouve des malades qui ne les sauraient prendre sans augmenter le délire : ceux-là, par conséquent, ont probablement dans le cerveau quelque inflammation plus considérable qu’à l’ordinaire.
La dernière observation que je ferai à l’étjard des dissections est que la grande disposition de cette fièvre à la putréfaction la réduit au rang des maladies pestilentielles, dont toutes les espèces sont remarquables par rabattement des forces, raffaissemcnt du pouls, la déjection des esprits, par des sueurs et des selles putrides, des taches pétéchiales et autres symptômes de corruption. — Telles sont les conclusions que nous pouvons tirer raisonnablement de la direction des corps ; mais vouloir déterminer par ce moyen la première cause morbifique, tandis qu’on n’en voit que les effets, et vouloir par là rendre raison de toutes les variétés de cette fièvre, c’est une entreprise trop grande. Il ne serait pas juste non plus de proposer la méthode que je donne pour traitement, comme si je l’avais tirée de l’inspectiou des corps morts, puisquecelle qui m’a le mieux réussi est fondée sur rexpéiience des autres, ou sur les essais quej'ai faits moi-mème avant la plupart des dissec • lions.
§ V. Du traitement. — Dans le traitement de cette fièvre, de même que dans celui de toutes les autres, il faut varier sa méthode suivant l’état de la maladie. Je la distinguerai par conséquent en trois périodes, et dans chacun je proposerai les remèdes que j’ai, par expérience, trouvé les meilleurs. Supposons que le premier dure tant que la personne peut faire ses fonctions ; que le second période commence quand elle garde le lit, que !a lièvre paraît, que la tète est quelque peu affectée, mais le pouls toujours plein ; et le troisième période, ^lorsque le pouls s’abat, et que la stupeur vient avec les autres symptômes déjà décrits. — Dans le premier période, de même que dans les autres, ou doit principalement avoir attention d’éloigner les malades du mauvais air, et, si l’on ne peut le faire, on doit s’attacher à leur procurer une succession continuelle d’air frais par le moyen du feu, ou en tenant les portes et les fenêtres ouvertes ; ou bien puriher la chambre en y répandant du vinaigre ou autres choses semblables. Car, quelque remède qu’on donne, tant que l’air persiste dans cet état de corrup-
tion, et que même elle augmente à cause delà transpiration des malades, il y a fort peu d’espérance de guérison. C’est pourquoi, dans toutes les périodes de la maladie, quand même le malade ne respirerait d’autre air infect que celui de son atmosphère, il n’en serait pas moins nécessaire de tenir les rideaux ouverts, de lui procurer par toutes sortes de moyens une succession d’air frais. C’est de l’exactitude à observer cette règle que dépend en grande partie la guérison de celte fièvre. — Après cette précaution, je donne un vomitif, et, après l’opération, un demi gros de thériaque, avec dix grains de sel de corne de cerf et quelques verrées de petit-lait fait avec le vinaigre, et je réitère la même chose le soir suivant, sans y joindre le vomitif. Quelquefois je ne me sers que de sudorifiques ; et, par le moyen de ces deux méthodes, je détourne communément les symptômes qui sont les avant-coureurs de cette fièvre reçue par contagion. — Il ne faut pas omettre une circonstance qui paraîtra peut-être minutieuse, comme, non seulement dans les commencements, mais encore par la suite, la guérison dépend beaucoup d’une sueur libre, il est fort utile, surtout pour ceux qui sont moins propres, d’avoir les pieds et les mains lavés avec de l’eau et du vinaigre chauds. S’il faut que le malade reste après la sueur dans le mauvais air, je me sers pour préservatif d’une décoction de quinquina et de serpentaire, dont je parlerai dans la suite.
H. Mais, dans le second période, lorsque la fièvrese manifeste, si le pouls est plein, je fais ordinairement tirer un peu de sang, si on ne l’a pas fait plus tôt. Lorsque les symptômes sont violents, ils semblent indiquer une évacuation abondante ; cependant les grandes saignées deviennent communément funestes, parce qu’elles abattent le pouls et qu’elles affectent la tête. On ne doit même réitérer une saignée modérée qu’avec les plus grandes précautions ; car, comme on rencontre ici plusieurs circonstances différentes de celles des fièvres ordinaires, l’expérience fait voir pareillement que ceux-même dont le sang est couenneux se trouvent communément plus ma! après nue seconde saignée , à moins que les poumons ne soient enflammés. Si l’on se sent seulement mal à la tête, il vaut mieux appliquer lessangsues aux tempes que d’ouvrir la veine du bras. Mais, dans le délire, accompa-
SUR LE5 MALADIES DES ARMEES
|fjné d’un pouls abattu , les sangsues ne iont aucun bien, et j’ai tout lieu de penser qu'^èifes font quelquefois du mal; on n’a point, ï>ar conséquent, essayé la saignée. Gi^«md nombre de malades ont été j guéris sans saignées, et, parmi ceux à qui on a tiré beaucoup de sang, très-peu se sont rétablis. — On doit aussi employer les vomitifs avec précaution. Avant la formation de la maladie, on peut en prendre un pour la prévenir ; et meme, si l’estomac est chargé de matières corrompues, comme cela arrive assez ordinairement en automne, on croit qu’un jémétique convient aussi au commencement du second période, afin de soulager l’estomac et de disposera la transpiration.
I Quand nos troupes revinrent, dans l’automne de 1752 , de l’expédition à la rade de Basque, on amena à l’iiôpital de Portsmoutli plusieurs soldats attaqués d’une maladie composée d’une fièvre (d’automne et d’une fièvre d’hôpital. La fièvre ordinaire à celte saison prit bientôt une forme maligne dans les endroits ,du vaisseau trop chargés de monde où I on les mit. Tous ceux qui n’étaient pas fort labattus, etqui ne se plaignaient que d’un grand mal de tête, de constipation et de mal d’estomac, je les faisais d’abord saigner et ensuite purger; après cela, pro- I cédant de la manière dont j’ai parlé dans le traitement des fièvres d’automne (1), je leur donnais deux fois par jour un I grain de tartre émétique, qui, non-seujlement faisait aller par haut et par bas,* , mais encore amenait une sueur. Tous ceux qu'on traita de celte manière se rétablirent. Mais, dans l’état avancé de la I fièvre d’hôpital, lorsque le malade s’est I coutinuelleinent plaint de nausées, je juge l’émétique dangereux, d’après deux exemples où, après avoir donné l’ipécacuanhadans ces.circonstanccs, la maladie i prit soudain une tournure plus fâcheuse . Je ne trouve même pour ce symptôme aucune méthode dont l’expérience m’ait montré suffisamment l’efficacité. Mais, en d’autres fièvres que j’ai traitées depuis, et qui, par les nausées continuelles, paraissent en approcher beaucoup, je suis souvent venu à bout de détruire ce symptôme, en donnant la potion saline de Rivière (2) dans le temps de l’ef-
(1) Page 84 et suiv.
(1) Huic symptomati (scHîcet vomituï) gravissimo stalUn rpedetur, quasi miraculo.
fervescence ; mais je la réitérais plus souvent qu’on ne le fait communément. Voici ma formule.
Recipe ; Salis ahsinlïiii scrupul. 4 , sachnri albi drachm. 2 , sohe ex aquee parce une. 4 et ndmisce aquee cinnamomi simplicis uncias 2. — Dentur om-> ni hora cochlearix 3, cum cochleari uno succi limonunij donec œger nauseare desierit.
Avant ce remède, je fais prendre quelquefois au malade une infusion de fleurs de camomille, pour lui nettoyer l’estomac ; d’autres fois j’omettais celte infusion. Mais, s’il était resserré, je lui ordonnais toujours un lavement laxatif ,
sal absinthii ad 1 drach. in succi limonum recenlis cochleari exhibitiim, ut experienlia didici. (River, in cap. De febr. pestilent.) On peut déduire la manière dont ce remède opère, de l’expérience xliv , Mémoires sur les substances septiques et anti-septiques. Les deux édilioiic originales de Rivière portent dans la mixture précédente un drachme de sel; je crois que c’est une faute d’impression, et qu’il faut un scrupule, si l’auteur a eu intention de ne donner qu’autant de sel qu’il en faut pour rassasier l'acide, et si le sel dont il faisait usage était de la même force que le nôtre. On peut douter de la dernière circonstance, si l’on considère qu’autrefois on préparait souvent le sel d’absinthe avec le soufre, et, parle moyen de l’acide qu’il renferme, il devenait un alcali beaucoup plus faible que celui qu’on trouve actuellement chez nos apothicaires. On avait, en ce tomps-là> recours à ce sel en différentes maladies de l’estomac, parce qu’on lui croyait toutes les vertus de la plante originale. L’acide n’y fut ajouté , à ce qu’il paraît , que pour le rendre plus agréable à l’estomac. Mais maintenant nous trouvons que le sel lixiviel de toutes les plantes réussit aussi bien que celui d’absinthe, et que le suc de limon, ou quelqu’autre acide, est nécessaire pour produire une effervescence et le développement de quelque air fixe, d’où dépend la vertu de ce remède utile. (Voyez Mémoires sur les substances septiques et anti-septiques. Expér. xuv.) Depuis que ceci est imprimé, j’ai trouvé dans les observations de Rivière (Cent, r, obs. xv) que la proportion ordinaire du sel d’absinthe était d’un scrupule sur une cuillerée de jus de limon; ce qui prouve qu’il y a réellement, comme je le soupçonnais, une faute d’impression dans le chapitre de Febr, pestil.
que je faisais réitérer tous les jours, ou fréquemineut, si le malade ii’aliait point autrement à la selle. — Le soin qu’on doit prendre ensuite est d’exciter la sueur ; mais, dans ce période de la fièvre, on ne doit faire usage que de sudorifiques doux, et l’on se servait pour cet effet du spiritus Mindereri. Mais il arrive communément que la cause morbifique se trouve alors trop enracinée pour que les sueurs remportent. A moins qu’elles ne viennent aisément et qu’elles n’apportent du soulagement au malade, il ne faut point insister dessus. Bien plus, si elles viennent d’elles-memes et qu’elles soient abondantes avec un pouls petit et fréquent, on doit les arrêter. La fièvre commence alors à éluder toute la force du vésicatoire, des alexipliarmaques et des sudorifiques, jusqu’au temps ordinaire de son déclin. Entre plusieurs exemples dont j’ai été témoin, je me contenterai d’en rapporter un seul. M. Aiinesli, un des aides de l’hôpital, fut attaqué de la fièvre d’hôpital, et, après avoir gardé le lit quatre ou cinq jours et avoir eu les vésicatoires appliqués, il prit plusieurs doses de musc, chacune de vingtcinq grains, qui ranimèrent le pouls et occasionnèrent une sueur abondante. La fièvre continua cependant jusqu’au dixseptième jour, qu’elle se dissipa avec une moiteur de la peau et des urines troubles. — C’est pourquoi, dès que la maladie se confirme, il est à propos de ne donner d’autres remèdes que ceux qu’on a recommandés auparavant dans le traitement des fièvres inflammatoires (1} , savoir, la poudre de conlrayerva, avec le nitre, le camphre et l’eau d’orge acidulée avec du vinaigre. — Quoiqu’on prévînt la constipation par des elystères émollients, de peur que la matière fécale, venant à s’accumuler, ne servît à entretenir la corruption, il ne faut pas cependant encourager un dévoiement, cà cause de la grande faiblesse qui accompagne celte maladie. — Je me suis servi, vers ce temps là , des vésicatoires, mais sans aucun succès. Bien plus, h la première attaque, on appliqua les vésicatoires sur toute la tête, et l’on entretint la plaie Iiendant quelques jours ; mais sans apporter aucun soulagement, ou sans même prévenir aucun des symptômes ordinaires.
ilL Nous voici maintenant arrivés au
troisième période, qui est le plus long. Dans cet état, le pouls s’affaisse, la stupeur est grande, on est menacé du délire, et il survient souvent des taches pétéchiales. Ce changement commence dans les trois ou quatre jours après la formation de la fièvre, souvent plus tard, suivant les circonstances et la manière dont on Ta traitée. Mais il est bon d’observer que, si l’on a saigné le malade une fois ou deux abondamment, dès qu’il s’est plaint, il ne passera pas communément par le second période, et d’un état fort peu éloigné de la santé, son pouls sera disposé à s’abattre, et tout d’un coup il tombera en délire. Soit que cette altération arrive par la mauvaise conduite, ou par le cours de la maladie, nous devons varier la méthode, et pegarder comme la partie la plus essentielle l’entretien du principe de vie, surtout vers le déclin de la fièvre ; mais on ne saurait le faire sans employer des remèdes plus chauds que ceux qu’on a proposés jusqu’ici. C’est pourquoi, dès que le pouls commence à être languissant et l’urine à devenir pâle, nous devon-i omettre le nitre dans les poudres diaphorétiques (!}, et le remplacer par dix grains de serpentaire de Virginie. — J’ai quelquefois donné une décoction simple de cette racine, y ajoutant quelque liqueur spiritueuse en petite quantité.
J’ai prescrit d’autres fois le même remède en substance, depuis deux scrupules jusqu’à un gros par jour, ce qui fut suivi de bons effets. Mais le hasard me fit naître, à la dernière campagne, l’idée d’y ajouter le quinquina. Un homme malade de celle fièvre, avec des taches pétéchiales, ayant eu un vésicatoire appliqué au dos, cette partie commença à se mortifier; mais, lui ayant donné une forte décoction de quinquina, avec un peu de la teinture de celle substance, qu’il continua pendant quelques jours avec les cordiaux ordinaires, la plaie commença à suppurer el h prendre iin tour si favorable, qu'on ne doutait point que le malade ne se rétablît. Ayant pris ensuite du dégoût pour ce remède, il le discontinua ; sur quoi la gangrène revint et il mourut. C’est là toutefois ce qui m’a engagé à joindre le quinquina à la serpentaire, dans l’état avancé de celle fièvre. Les neuf premiers qui prirent ce remède composé recouvrèrent la santé,
(1) Part. III; çhap. i,
(1) Part. III, çhap. I*
SUR tES MÀIABIES DES ARM^ES^
}uoîqu’il y en eut quatre qui eussent des achcs pétéchiales. De trente-neuf maados dont j’ai pris soin pendant cette saison, je n’en perdis que quatre. Mais 1 faut ajouter que les endroits où les maadcs se trouvaient étaient parfaitement !l)ien aérés, et que la fièvre n’était pas iccorapagnée ’dc symptômes aussi iâ- :heux que je lui en ai vu quelques au- . res fois; car, à Ipswich, où elle était plus maligne, et où l’air d’hôpital devint tellement infect, que presque toutes les ‘gardes furent attaquées de cette maladie, iîussi bien que ceux qu'on admettait pour d’autres cas, je crois en avoir perdu environ le double proportionnellement , car je n’en ai point tenu de registre exact. — La première fois que je joignis le quinquina à la serpentaire dans les cas ordinaires, je commençai par une quantité beaucoup plus petite que celle que je donnais dans la gangrène, dans l’intention de l’augmenter peu à peu ; mais trouvant que la faible dose réussissait si bien, je la changeai rarement.
Voici la recette dont je fais actuellement jusage.
i Recipe : Corticis Peruviani in pulverern contrili drach. 3, coque ex aquœ fontanœ ujic, 16 ad une. 8, adjcctis su,Ù finem coctionis radicis serpentariœ vir^inianœ contas æ drach. 2 stent per horqm^ dein colaturœ admisce aquœ alexiteriæ spirituosæ cum acclo une.
\ 2, sacchari albi semi-unc.
I La dose ordinaire était de quatre cuillerées toutes les six heures; si cela échauffait le malade, je ne lui en faisais prendre que trois ; mais, s’il était plus ' bas qu’à l’ordinaire, je donnais quatre cuillerées toutes les quatre heures, diminuant la dose ou la donnant à de plus longs intervalles, suivant les circonstances. J'ai quelquefois diminué Jq dose de la serpentaire et de la liqueur spiritueuse, quand j’ai imaginé qu’elles échauffaient trop. — Il y eut un cas où la fièvre finit par la suppuration d’une des pa- ! rolidcs : elle fut ouverte et guérie pendant qu’on faisait usage de ce même remède. — Outre ce remède, il est quelquefois à propos de donner un cordial volatil, de cette manière :
Recipe : Aquœ fontanœ une. h ..aquœ nucis moschalœ une. 1 , conf eciionis cardiaeœ sesquidrach. , saliscornu cervi semi- drach. , sxjrupi croci semiunc. Misce. — Dcîitur subinde in languoribus cochlearia 2 vel 3.
On consomme communément cette dose en vingt-quatre heures. Mais, hors des hôpitaux et partout où l’on peut se procurer le vin en abondance, je ne faisais point usage de ce cordial, ou je m’en servais beaucoup moins. En général, il convient bien dans l’état bas de ces fièvres, et c’est la meilleure ressource, après le vin, dans les grands abattements occasionnés par des saignées faites mal à propos, ou par une longue diète. Mais, en fait de cordial agréable et efficace dans ce période de la maladie, il n’y en a point qu’on puisse comparer au vin.
On accordait par jour aux simples soldats, depuis un poisson jusqu’à un demisetier d’un vin fort, converti en petitlait, ou mêlé avec la panade qui était leur seule nourriture. Mais à ceux qui n’étaient pas dans l’hôpital , je prescrivais communément du vin du Rhin ou du petit vin de France. Quelquesuns en buvaient près d’une chopine par jour et une partie sans eau. La vertu du vin est en effet si puissante dans ce période de la fièvre que j’ai vu plusieurs personnes réduites extrêmement bas, et refusant la décoction à cause de son goût, en réchapper en ne prenant qu’un peu de panade avec du vin et de la mixture volatile, toutes les deux ou trois heures alternativement. Et peut-être n’y a-t-il aucune règle plus importante dans cet état, que de recommandera ceux qui ont soin des malades, de ne jamais les laisser long- temps , lorsqu’ils sont faibles, sans prendre quelque chose de cordial et de nourrissant. J’ai vu des personnes dans un état qui donnait des espérances, abattues à n’en pouvoir revenir, pour avoir passé une nuit entière, et vers le temps de la crise, sans rien prendre qui pût les souttnir. Les malades ne peuvent être plus bas que dans l’état avancé de cette fièvre ; c’est par cette raison qu’Hoffman conseille de les tenir continuellement au lit, et qu’il ne leur permet pas même de se lever sur leur séant. Dans le dernier période de cetle maladie, aussi bien que dans le scorbut de mer, on dirait que la force du cœur est trop petite pour porter le sang au cerveau, à moins qu’on ne soit dans une situation horizontale (l).
Mais quelque nécessaires que soient le vin et la décoction ci-dessus, dans la bas
(1) Voyez la Description du scorbut de mer, dans les voyages de milord Anson,
état de la fièvre, on doit se ressouvenir que pendant tout ce long période il ne faut donner ces remèdes que comme anti-septiques et pour soutenir le principe de vie , sans avoir pour but de relever entièrement le pouls, de soulager totalement la tête, ou de forcer les sueurs avant que la naturelle se détermine de ce côtélà : ce qui arrive rarement avant le quatorzième jour. Car, quoique les saignées immodérées dans les commencements, et dans la suite fusage trop fréquent des médicaments chauds, puissent occasionner la mort avant ce période, cependant, autant que j’ai pu l’observer, ces rénèdes, dont j’ai fait jusqu’à présent usage, ne sont pas assez puissants pour amener plus tôt une crise favorable. Nous avons vu que la stupeur se trouvait inséparable de cette fièvre, particulièrement dans son état d’abattement, et que sur le soir elle était sujette à se changer en un léger délire. S’il n’y a rien autre chose, comme ce symptôme est dans l'ordre naturel , il ne faut rien faire. Mais si le délire augmente par l’usage du vin , si les yeux paraissent égarés et que la voix devienne plus vive , c’est une forte présomption d'une véritable frénésie. J’ai observé qu’alors tous les remèdes internes échauffants ne faisaient qu’aggraver les symptômes , tandis que les vésicatoires , qui étaient inutiles auparavant , devenaient extrêmement avantageux. On doit par conséquent en faire usage dans ces conjonctures , de même que dans les fièvres inflammatoires. Je n’ai point eu l’occasion d’essayer, dans le délire de celte maladie, les fomentations aux pieds avec de l’eau chaude et du vinaigre , que j’ai trouvé depuis la guerre si efficaces en d’autres fièvres (1). Je suis assez porté à croire que dans ce cas-ci elles réussiraient mieux que les sinapismes et les vésicatoires , pourvu qu’on les appliquât assez souvent et assez long- temps. Dans les fièvres inflammatoires, l’effet en est peu sensible la première heure , et cependant elles réussissent dans la suite. Pour remède interne, j’omettais pendant quelque temps la décoction , mais je continuais la boisson acide (2), et je donnais le camphre avec la poudre de contrayerva composée, et le nitre, comme auparavant. Si le délire se trouvait accompagné d’une voix lente et sans violentes agitations, on con-
(1) Part, ni, chap. ii, § 1.
(2) L’eau d’orge acidulée avec du vinaigre.
tinuaitla décoction et le vin, sans aucun autre remède. Je ne connais point d'exemple où ce symptôme ait disparu tout-à-fait avant le temps ordinaire de la crise.
Ayant remarqué que le délire provenait de deux fautes tout-à-fait contraires, les saignées copieuses et réitérées, et le vin et les cordiaux donnés de trop bonne j heure, il s’ensuit que les principes, par i rapport au traitement , sont très-délicats. I Ainsi, ni le régime chaud, ni le rafraîchissant, ne conviennent pas à tous les malades, ni dans tous les différents périodes de la maladie.
S’il survient une diarrhée dans le déclin de la fièvre , il ne faut point l’arrêter, mais la modérer, en ajoutant quelques gouttes de la teinture Ihébaïque au total de la décoction alexipharmaque; ou bien en donnant quelques cuillerées de julep de craie avec l’opium, dont on a fait mention ci-dessus (i). Car, quoiqu’on puisse regarder le cours de ventre comme critique , cependant les malades étant trop abattus pour supporter de grandes évacuations , on doit le restreindre un peu ; et j’ai souvent remarqué que lorsqu’on l'a traité de la sorte vers le temps ordinaire de la crise , le malade tombe dans une sueur douce qui emporte la maladie. Dans les espèces les plus fâcheuses de cette fièvre, et surtout lorsqu’elle se rencontre avec la dysenterie, les selles sont fréquemment sanguinolentes.
Dans ce cas dangereux, si l’on peut attendre quelque secours des remèdes , ce ne peut être que de ceux-là. Il faut sc servir avec beaucoup de précaution des opiats et des astringents , à proportion de la nature putride des selles. — Nous allons maintenant considérer l’état du malade après que la fièvre est passée , ou lorsqu’elle a changé de forme. Si la malaJie se termine par une suppuration au-dessus d’une des parotides (car la glande elle-même ne suppure point) , il est nécessaire d’ouvrir de bonne heure l’abcès , sans attendre la fluctuation ou que la tumeur s’amollisse, ce qui peut fort bien ne jamais arriver, le pus étant si visqueux, que lorsqu’il est à son point de maturité'la partie paraît presque aussi dure au tact que si la suppuration n’eût pas commencé (2).
(1) Page 87, etc. Note. Pour arrêter sûrement la diarrhée, je préfère maintenant un bol de thériaque avec l’ipécacuanlia. (Voyez la note, ibid.)
(2) C’est sans doute par cette raison
Presque tous les malades se plaignent, lorsque la fièvre est passée, d’une insomnie, de fréquents vertiges ou embarras dans la tête , d’une continuation de surdité, et autres symptômes nerveux. On doit alors prendre le soir un opiat avec des remèdes corroboratifs , tels que le quinquina et l’elixir de vitriol. J’ai remarqué que le quinquina est non-seulement lenneilleur remède pour fortifier, mais encore le préservatif le plus sûr contre les rechutes ; dans celte dernière intention, il est nécessaire que le convalescent en prenne environ trois gros par jour pendant six ou sept jours consécutifs, et ensuite tous les jours une dose plus petite, s’il reste plus long-temps à l’hôpital. Lorsque le pouls est lent, quelques grains di*assa fœtida, pris deux fois par jour, font un bon effet. Mais s’il y a quelque apparence d’une fièvre hectique,en conséquence d’un abcès intérieur, on doit traiter ce cas en conséquence.
En comparant quelques-uns des symptômes qui restèrent aux personnes qui recouvrèrent la santé, avec l’état où se trouva le cerveau dans celles qui mouirurent, je suis porté à croire que quelque partie de cette substance pourrait suppurer sans empêcher le malade de guérir.
— Quelquefois on tombe dans une fièvre {intermittente irrégulière, qui, si ce n’est point une fièvre hectique causée par un ibcès interne, vient d’avoir négligé de aettoyer les premières voies. Car il est aisé de concevoir qu’après une longue lièvre d’une nature si putride, souvent accompagnée d’un affaiblissement des in- ;estins, la matière fécale s’accumule et >e corrompt quelquefois au point qu’elle occasionne diverses maladies. Mais en ce cas, après avoir fait les évacuations convenables par bas, le quinquina est preslue infaillible.
]ue l’on n'a pas toujours trouvé ces tumeurs critiques. Rivière se vit obligé de 'aire des évacuations après la tumeur les parotides, peut-être pour ne les avoir lias ouvertes à propos. (Vid. cap. de Feb. Ipestilent.) M. Girle, ci-devant chirurgien i l’Iiôpilal Saint-Thomas, m’a dit depuis, qu’il avait toujours remarqué que ces tumeurs critiques, après ces fièvres, n’éi aient point amenées à maturité par des cataplasmes de mie de pain et de lait , ]ui en se refroidissant sont plus propres t répercuter le mal en dedans, mais par des emplâtres chauds où il entre des 'sommes.
§ yi. De la nature et des causes de la fièvre de prison ou d' hôpital , et des fièvres pestilentielles en general. — Il est évident, par la relation précédente, que cette maladie est d’une nature véritablement pestilentielle; cela ne paraît que trop par la manière dont la tête se trouve affectée, par l’abattement des esprits, la débilité, le pouls affaissé, la suppuration des glandes lymphatiques, les sueurs putrides , les taches pétéchiales , la gangrène et la contagion. Car, quoique tous ces symptômes ne se rencontrent pas en même temps chez la même personne, ils sont cependant communs à id maladie ; et l’on n’ignore point que dans la peste même, les symptômes varient suivant le degré de virulence et le tempérament de la personne qui en est attaquée. Je ne parlerai point ici de la distinction qu’on doit faire entre la fièvre pestilentielle et la vraie peste. Les anciens ne sont point assez clairs sur ce sujet , et ceux d’entre les modernes qui prétendent qu’il y a une différence réelle n’ont point encore été en état de la prouver au point de la mettre hors de toute dispute. — Je me contenterai par conséquent de remarqoer que, quoique la fièvre d’hôpital ou de prison puisse différer en espèce de la véritable peste, on peut cependant la regarder comme une maladie du même genre, puisqu’elle provient d’une eause similaire, et qu’elle est accomjmgnée de symptômes semblables. La fièvre pestilentielle qui paraît tous les ans à Constantinople , et qui a tant de ressemblance avec celle de nos hôpitaux et de nos prisons, ne s’appelle peste, comme me l’a appris le docteur Mordach Makenzie, qui a résidé trente ans en cette ville , que lorsqu’elle est accompagnée de bubons et de charbons ; et peut-être cela est-il la meilleure distinction qu’on puisse faire. — On donne généralement à ces fièvres le nom de malignes , et j’ai fait souvent usage moi-même de ce terme dans les pre»nières éditions de ces observations; mais, après de plus amples réflexions, j’ai jugé à propos de l’omettre, parce qu’on a souvent abusé de cette expre.^sion, et qu’elle ne donne jamais aucune idée précise de la maladie. — Les fièvres pestilentielles varient suivant l’espèce et la quantité des miasmes virulents qui se mêlent dans la masse du sang; mais toutes dépendent de quelques levains de corruption soit internes, soit externes, qu’on peut attribuer à une al-
fection scorbulique, ou aux exhalaisons putrides des substances animales ou végétales. Je vais commencer par les causes éloignées et externes : je parlerai ensuite des immédiates et internes.
I. On doit regarder la lièvre d’hôpital et celle de prison comme la même maladie, et comme fort peu différentes, si tant est qu’elles le soient , de celle qui paraît après un combat, lorsqu’on laisse pourrir et se corrompre les morts sur le champ de bataille. Galien en fait mention comme d’une des causes desftèvres (1) pestilentielles; il est d’ailleurs appuyé par le témoignage d’autres auteurs , en particulier par celui de Forestus, qui fut témoin oculaire d’une maladie dp celte espèce, qu’il appelle en effet peste. Elle fut occasionnée par la même cause , se trouva accompagnée de bubons et contagieuse à un point considérable (2). Le même auteur parle aussi d’une fièvre maligne qui parut à Egmont , dans le IVort-Hol lande, et fut causée par la putréfaction d’une baleine abandonnée sur le rivage (3). Il y a une observation semblable de l’équipage d’un vaisseau français qui fut attaqué d’une fièvre , pour avoir laissé corrompre du bétail qu’ils avaient tué dans l’île de Névis, aux Indes occidentales (4). Ils furent saisis d’une douleur de tête et de reins, d’une grande faiblesse et d’un grand mal d’estomac, accompagnés de fièvre. Quelques-uns eurent des charbons, et quelques autres des taches pourprées après la mort. — Galien assigne deux causes aux fièvres pestilentielles : la première, la grande chaleur, lorsqu’il arrive aux humeurs de se trouver dans un état plus putrescible qu’à l’ordinaire ; la seconde, qui est trèsfréquente , est l’état putride de l’air occasionné ou par un grand nombre de corps morts qu’on laisse sur le champ de bataille sans les brûler, ou par les exhalaisons des marais ou des lacs corrompus (5).
Diodore de Sicile (6) fait mention d’une maladie des plus remarquables qui
(1) Epit. Galen., De Feb. differ. , lib. I, cap. IV.
(2) Observ., lib. vi, observ. xxvi.
(3) Obs. IX, Schol. Paræus dit que de son temps la meme chose arriva sur les côtes de Toscane. (De peste, cap. iii.)
(4) Traité de la peste.
(5) De Feb. differ. , lib. i, cap. iv.
(6) Bibliothec. Hist. , lib. xiv, cap.
ixx et Lxxr.
soit arrivée h une armc'c. Elle se fit sentir aux Carthaginois occupés au siège de Syracuse, en Sicile, et leur emporta beaucoup de monde. Cet auteur ne se contente pas de rapporter quelques-uns des symptômes les plus remarquables; il raisonne aussi fort bien sur la cause. Il raconte que les douleurs dans le dos et les éruptions (l) étaient communes; que quelques-uns avaient des selles sanguinolentes, et que d’autres se trouvaient saisis tout-à-coup d’un délire qui les faisait courir de côté et d’autre, et frapper tous ceux qui se rencontraient en leur chemin (2); que les médecins n’y connaissaient aucun remède, et que cette maladie fut d’autant plus funesie , qu’à cause de la contagion les malades se virent abandonnés de tout le monde. En parlant de sa cause, l’historien fait mention de la multitude de personnes enfermées dans un espace étroit, de la situation du camp sur un terrain bas et humide, des chaleurs excessives vers le milieu du jour, suivies de vapeurs froides et humides qui venaient des marais pendant la nuit (3), Il ajoute aussi les exhalaisons pulrides qui s’élevaient d’abord des marais , et ensuite des corps 'morts qu’on n’enterrait point. Cette maladie paraît avoir été un mélange de fièvre de.s lieux marécageux et de fièvre pestilentielle.
Nous avons remarqué que la relation qu’a donnée Fracastor des fièvres pestilentielles, accompagnées de taches pétéchiales, est la première et la plus complète que nous ayons. En 1505, il y eut en Italie une de ces fièvres; vingt-trois ans après , il en parut une autre dans le même pays. Cet auteur passe sous silence la cause de la première; mais il attribue la dernière à un débordement extraordinaire du Pô, qui, étant arrivé au prin temps , forma des marais qui, par leui corruption, infectèrent l’air pendanltonl l’été. — Forestus remarque qu’à cause d( la seule putréfaction des eaux , la vill(
(1) L’original porte 'pXûxTa'va:, des pus
tides, ' '
(2) ‘Celle circonstance d’un délire subi' s’accorde avec ce que l’on a dit dans h description de la fièvre des pays marécageux, dans les reiranchements près di Dois-le-Duc. (Voy. Part, ni, chap. iv,§2.
(5) On prétend que ce fut là la prin cipale cause dps maladies destructive:
des camps en Hongrie, ( Voyez page 80 Note.)
StTR IeS MAlAMEè iOiMEE^ 120
de Delft, où il pratiquait, s’est à peine trouvée exempte dix ans de suite de la peste ou de quelque maladie pestilentielle (i). En 1694, une fièvre parut à Rochefort, en France. On la prit d’abord pour la peste, à cause de ses symptômes extraordinaires et de la grande mortalité (2). Mais M. Chirac, qui fut envoyé par la cour pour en examiner la nature , trouva qu’elle provenait de quelques marais formés par l’inondation de la mer.
Il remarqua pareillement que ces vapeurs putrides, qui rendaient une odeur semblable à celle de la poudre à canon , étaient portées vers la ville par le vent ! qui soufflait depuis long-temps de ce côté là. Les deux- tiers environ de ceux qui tombèrent malades en moururent (3).
, Cette fièvre fit le plus de ravage dans les i mois de juin, de juillet et d’août, et finit par une grande pluie qui putréfia l’air et rafraîchit l’eau croupie. — Je pourrais apporter plusieurs autres exemples de I cette sorte de fièvre occasionnée parles [émanations putrides des marais; mais, comme ceux dont nous avons déjà fait Imention suffisent pour prouver ce qu’on la avancé, j’observerai sur le tout que les [fièvres rémittentes et intermittentes, d’aujtomne dans les pays bas et humides peii- ,vent être regardées, quand elles sont !dans leur plus fâcheux état, comme une jautre espèce de fièvre pestilentielle, puisqu’on les a vues avec tous les symptômes de virulence particuliers à cette espèce de maladie (4).
j On peut remarquer en général que la Iputréfaction des substances animales ou végétales dans un air sec est fort' sujette là produire une fièvre fâcheuse d’une forme plus continue; au lieu que les émanations putrides dans une atmosphère humide ont plus de disposition à cau-
j (i) Observ., lib. vi. 11 ajoute que les iinagisirats firent élever sur ses représenlations un moulin à vent pour agiter et !30ur rafraîchir l’eau. La Hollande était Dlus sujette alors aux inondations et à la ^îtagnation des eaux qu’elle ne l’est à présent.
; (2) Voyez Traité des fièvres malignes , icuvrcs posthumes de M. Chirac , éloge ,1c 3U. Chirac, par M. de Fontenelle.
(3) On trouva dans cedx qu’on ouvrit e cerveau enflammé ou chargé de sang, es fibres du corps prodigieusement re- .âchées, et les intestins en suppuration i>u bien gangrénés.
(4) Part. III, chap, iv, § 3.
Pringle^
ser des paroxysmes et des ternissions. Mais les exhalaisons du sang corrompu paraissent disposer davantage à un flux de ventre qu’à toute autre maladie. Car, quoique il y ait des personnes à qui la contagion des selles sanguinolentes donne la fièvre d’hôpital, j’ai cependant remarqué que la plupart du temps celte infection causait la dysenterie (1). — Par ce que nous venons de dire sur les causes de ces fièvres , il est aisé de concevoir que ces maladies doivent être fréquentes, non-seulement dans tous les pays marécageux après une saison chaude, mais encore dans toutes les villes fort peuplées, basses et mal aérées , dépourvues d’égouts , où les rues sont étroites et malpropres, les maisons petites «t sales , où l’eau fraîche est rare, où les hôpitaux et les prisons sont trop chargés de monde, sans que l’air y soit renouvelé, et qui ne sont point entretenus assez proprement ; lorsque dans les temps où les maladies régnent les enterrements se font dans l’enceinte des villes (2), et que les cadavres ne sont pas mis assez avant en terre; lorsque les tueries sont aussi dans l’enceinte des villes , ou quand on laisse pourrir des animaux ,dans les ruisseaux ou sur du fumier ; lorsqu’il n’y a point d’écoulement pratiqué pour emporter les eauxcorrompues ou croupissantes du voisinage; quand la viande faitla plus grande partie de la nourriture, sans la mélanger assez avec du pain, des herbages, du vin. ou d’autres liqueurs fermentées; quand on fait usage de grain vieux et moisi, ou qui a été endommagé par l’humidité de la saison ; mais, par-dessus tout, lorsqu’on n’a pas eu soin de purifier suffisamment les maisons qui ont été une fois infectées. Je dis qu’à proportion du nombre de ces causes ou d'autres semblables, une ville sera plus ou moins sujette aux maladies pestilentielles, ou à recevoir le levain d’une véritable peste lorsqu’il y est apporté par quelques marchandises. Je vais ajouter quelques exemples pour appuyer ces observations.
Constantinople est non-seulement sujette aux retours fréquents de la véritable peste , mais encore à une fièvre pestilentielle qui paraît tous les ans, et qu’on peut regarder comme la maladie épidémique de cette ville (3j. Maison ne
(1) Part. III, chap. vi, § 3.
(2) Screta de feb. çastrens. malig.
(3) Voyez la relation de la peste de Constantinople par Timoni, dans les
doit l’attribuer ni à l’air ni au climat, puisqu’il paraît que l’un et l’autre étaient sains sous l’empire des Grecs, et qu’on a remarqué que, même à présent, ceux qui demeurent dans les faubourgs , qui se tiennent renfermés et qui s’éloignent de l’infection, ne courent aucun danger.
On ne doit pas non plus l’attribuer seulement à la multitude des habitants, à la malpropreté des rues et à leur peu de largeur, puisqu’il y a plusieurs villes aussi peuplées et moins propres qui sont exemptes d’aucune maladie pestilentielle; ajoutez que les étrangers y sont moins sujets à celte maladie qne les Turcs (Ij. Il faut par conséquent la rapporter à quelque chose de particulier à la religion de ce peuple ; car, outre que les maladies pestilentielles sont fréquentes. dans toutes les villes du Levant; elles dominent en Egypte (2), qui paraît en être la source, et où l’on ne doit pas en accuser seulement les inondations, puisque ce pays était beaucoup plus sain avant qu’il devînt une province de l’empire ottoman. Dans le Sennar, où le mahométisme est pareillement établi, les fièvres pestilentielles sont fréquentes, quoiqu’elles attaquent rarement les peuples de l’Abyssinie, qui confinent à ce royaume, et dont le climat est plus chaud, mais qui sont chrétiens (3). A l’égard de celte différence , on peut en assigner les causes suivantes. Les Turcs s’abstiennent de vin et de toutes liqueurs fermentées, qui sont des antidotes souverains contre la putréfaction (4); ils prennent souvent
Transact. philos., n° 564, et la relation du docteur Mackenzie. îbid., vol. xlvih, art. 65 et 87.
(1) Quoique Timoni observe que les étrangers courent en général plus de risque que les citoyens, il ajoute cependant : « Armeni omnium nationum minime ad pestem sunt dispositi : observe illospaucissimis uli carnibus : cepis, porris, aliis, vinoque maxime uîuntur. »
(2j Mackenzie, Transact. philosopli., vol. xLviii, art. 65 et 87.
(5) Lettres édifiantes et curieuses, 4e recueil.
(4) Foreslus fait , à l’occasion d’une fièvre pestilentielle qui fil beaucoup de ravages de son temps, l’observation suivante et remarquable: «Quicurnqueaquam ob ingentern calorem febrilem bibissent (ut villicus quidam, ad quem curandum alio morbo affeclum, accitusessem, mihi iiarravit), correpli intra duos dies morie-
des bains chauds (I), et soutiennent le principe du fatalisme, qui empêche le peuple d’éviter l’infection , et TEtat d’ordonner des quarantaines et de faire d’autres règlements qui pourraient prévenir l’importation delà peste, que leur apporte le commerce avec l’Egypte et les autres lieux infectés de ce mal. Le même principe mal entendu leur faisant omettre de purifier leurs maisons après une contagion , le germe delà maladie les expose à une nouvelle attaque, aussitôt que la saison et l'étal de l’air commencent à favoriser son développement.
Dans la relation de la fièvre maligne épidémique arrivée en 1731 à Cork en Irlande , nous trouvons que l’auteur (2) en attribue la cause au concours de ces circonstances : l’humidité de l’air, l’impureté de l’eau, l’infection d’un nombre prodigieux de tueries, et les restes qu’on laissait corrompre dans les rues. Joignez à cela la quantité immodérée de viande que le petit peuple mangeait sans pain, ou sans liqueurs fermentées, pendant la saison qu’on avitaillait la flotte. — Fores! us parle d’une fièvre pestilentielle qui fit de sou temps beaucoup de ravage à Venise, et qui fut causée par une espèce de petit poisson qui se putréfia dans cette partie de la mer Adriatique (3). Le même auteur cite la description que fait Montanus de la fièvre pestilentielle endémique arrivée à Famagouste , dans
banlur. Qui vero cerevisiam bibebant, utpote potuni rnagis huic nosfræ regioni consuelum, iis morbus protrahebatur. »
Le docteur Rogers remarque que ceux qui ne mangent que de la viande et ne boivent que de l’eau sont sujets à des fièvres putrides et lentes.
(1 ) Celse défend le bain dans les temps de la pes'e; c’est-à-dire, comme on l’a fait voir ci-dessus, dans la saison où les fièvres des lieux marécageux dominent.
(De mecl., lib. i, cap. x.)
(2) Voy. Dr. Rogers’s Essay on epidemical diseascs. On voit en cet ouvrage une curieuse description des progrès d’une fièvre pétéchiale et. de la petite vérole, qui provenaient d’une putréfaction de l’air particulière à la ville de Cork, depuis le mois d’août jusqu’à celui de janvier. .^ette ville est remarquable par le grand nombre de bétail qu’on y tue tous les ans pour l’usage de la flotte, et qui monte, à ce qu’on prétend, à plus de 120000 bêtes.
(5) Observât,, lib, vi.. obs. ix. Schol.
SUR LES MALABIES DES. ARMEES. 131
I rîle de Chypre , provenant de la cprruption d’un lac voisin pendant l’été. Fracastor parle de cette maladie, et l’on convient que c’est la même qu’jl appelle lenticulœ ou puncticula^ et qu’on a depuis connue sous le nom de fièvre pétéchiale. ‘
L’histoire est pleine d’exemples de fièvres pestilentielles, qui augmentent les autres incommodités d’un siège : bien plus, à peine voit-on un seul exemple d’une ville investie depuis long-temps, sans quelque maladie funeste de cette espèce. Elle se trouve quelquefois causée par la malpropreté de la ville, surchargée de personnes et de bétail qui viennent s’y mettre à couvert, comme cela est autrefois arrivé à Athènes (1 ) et à Rome (2j, et quelques autres fois elle est occasion- I née par un grain corrompu (3) et par des i viandes salées depuis long-temps, qui étaient devenues putrides. — Quoique la putréfaction des végétaux ne soit pas à beaucoup près aussi funeste que celle des animaux, elle n’est pas cependant sans danger, car les végétaux, se pourrissant dans un air renfermé, exhalent une odeur cadavéreuse; et nous avons des exemples de fièvres occasionnées par les émanations de choux putrides (4) , aussi bien que par celles des plantes des marais. ï^orestus attribue la peste de Delft en 1557 au grain moisi qui avait été long-temps gardé dans le temps de la cherté (5), et dont les habitants se nour-
(1) Diodor. Sicul. Bibl. Hist., lib. xir, cap. xLV,‘et præcipue Thucyd., lib. ii, §
(2) Grave tempus et forte annus pestii lens erat urbi agrisque, nec hominibus
iiiagis, quam pecori ; et auxere vini morbi, lerrore populationis pecoribus agreslibusque iii urbein acceplis. Ea colluvio mixlorum ornnis generis animanliiim et lodore insolito urbanos , et agrestem , confectum in arcta tecta, æstu ac vigiliis angebat, ministeriaque in viceni ac conitagio ipsa vulgabant morbos. (Tit. Liv., lib. III, § 6, anno 5, c. 291.)
(5) Gravi pestilentia conflictati , ex diulina conclusione, et mulatione victus (panico enini velere, atque Iiordeo corrupto omnes alebantur; quod ad hujusmodi casus antiquitus paratuin in publicum contulerant.) Jul. Cæsar, de Bello civili, lib. ii, § 22.
(4) Voy. Dr. Rogers’s Essay on epidemical diseases, pag. 41.
(5) Observât,, lib. vi, observ, JX.
rirent. On a remarqué que , dans cette île, la dysenterie est très-fréquente parmi le peuple dans les endroits où l’on vit totalement de grain, lorsque la moisson précédente a été endommagée par les pluies , ou qu’on l’a gardée dans des greniers humides.
Les prisons ont souvent produit des fièvres pestilentielles, et peut-être plus fréquemment en ce pays-ci qu’on n’y a fait attention. Le lord Bacon fait l’observation suivante : « La plus pernicieuse » infection après la peste, c’est l’odeur «delà prison, lorsque les prisonniers » ont été détenus et serrés long-temps w d’une manière malpropre , et nous en w avons eu deux ou trois fois l’expérience » de notre temps; les juges, et un grand » nombre d’autres personnes qui setrouf » vèrentaux séances tombèrent malades » et en moururent. Il serait de la pru- )) dence de donner de l’air à la prisou M avant que d’amener les prisonniers de- » vant les juges (1). » Il est probable que cet auteur avait en vue ces assises fatales qui sé tinrent à Oxford en 1577, et dont Stowe donne une description plus particulière dans sa Chronique. « Les assises » se tinrent à Oxford les 4, 5 et G juillet. » Roland Jenkins y fut jugé et condamné » pour des discours séditieux. Il s’éleva w en ce temps-là une vapeur si perni- » cieuse, qu’elle étouffa presque tout le » monde. Fort peu échappèrent. Il mou- » rut à Oxford trois cenls personnes, et » plus de deux cents autres y tombèrent )> malades et allèrent mourir en d’autres » endroits (2). » — Nous avons un exemple malheureux de cette infection , qui est si récent que je n’en parlerais point ici, si ce n’était pour en informer ceux qui sont éloignés du lieu de la scène, ou pour l’apprendre à la j»ostérité. Le 1 1 mai 1750, les sessions commencèrent à Oid- Bailey (3), et continuèrent pendant quelques jours. Il s’y jugea beaucoup de criminels, et il s’y trouva un plus grand nombre de personnes qu’à l’ordinaire. La
Exemple remarquable qui devrait attirer toute l’attention des magistrats, dans les circonstances où se trouve actuellement la capitale.
(1) Histoire naturelle, exp. dccccxiv.
(2) Cette relation est confirmée par Cambden. (Voyez Annales d’Elisabeth.)
(3) Old-Bailey. Cour criminelle où l’on examine, huit fois l’année, les coupables de lu ville de Londres et de la province dçMiddlesex,
salle n’a pas pins de trente pieds en carré. On ne sait si l’on doit attribuer la corruption de l’air à quelques ( i ) prisonniers alors infectés de la maladie de prison, ou à la malpropreté ordinaire à ces sortes de gens , mais il est probable que ces deux causes y concoururent. On peut aisément s’imaginer jusqu’à quel point l’air dut être vicié par les vapeurs putrides du Bail-Dock, et celles de deux chambres qui donnaient dans la salle des juges , et où les prisonniers furent resserrés pendant tout le jour, jusqu’à ce qu’on les en iît sortir pour être jugés (2). Il parut par Ja suite que ces chambres n’avaient pas été nettoyées depuis quelques années.
La putréfaction était encore augmentée par l’air chaud et renfermé de la salle, et par la transpiration d’un grand nombre de personnes de toute espèce, enfermées pendant la plus grande partie du jour, sans respirer un air libre et sans recevoir auctin rafraîchissement. Le tribunal était composé de six (3) personnes, dont quatre
(1) On a coutume, quelques jours avant les sessions, de tirer tous les criminels des autres prisons pour les mettre à Newgate, qui n’est déjà que trop plein. Il y a quelquefois dans ce petit espace jusqu’à trois cents prisonniers, et l’on sait combien cette prison est malpropre.
(2) J’ai appris qu’à ces sessions il y eut environ cent personnes de jugées. On les garda dans ces chambres étroites tant que la Cour se tint. Chacune de ces chambres n’avait pas plus de quatorze pieds de long sur onze de large et sept pieds de haut. Le Bail-Dock est aussi une petite chambre construite dans un des coins de la salle, et ouverte par en haut. Pendant le jugement on y mit des malfaiteurs qui avaient été pareillement resserrés très-étroitement.
(5) Sayoir le lord-maire, trois juges, un alderman et le greffier. Le chevalier Tenant, lord-maire , le chevalier Abney et le baron Clarke, tous deux juges, et le chevalier Lambert, alderman, moururent. 11 est remarquable que le lord chef de justice et le greffier, qui étaient assis à main droite du lord-maire, échappèrent , tandis que ceux qui étaient à sa gauche, et lui-même, furent saisis de l’infection; et que les jurés de la province de Middlesex, qui étaient du même côté, perdirent beaucoup de monde, tandis que les jurés pour la ville de Londres, qui étaient vis-à-vis, n’eurent aucun mal ; et que de toute la multitude des spectateurs il n’y en eut qu’un ou deux, ou au plus un très-petit nombre de ceux, qui
moururent. Deux ou trois avocats y périrent , aussi bien qu’un des sous-shérifs, plusieurs jurés pour la province de Middlesex et quelques autres personnes qui s’y trouvèrent présentes, de sorte que le total monta à plus de quarante personnes , sans cependant y comprendre ceux d’un rang inférieur dont on n’apprit point la mort , ni ceux qui ne tombèrent point malades dans la quinzaine après les sessions (1).
On a dit que cette fièvre parut d’abord inflammatoire (2); maisqu’après d’abondantes évacuations , le pouls s’abattit sans que les vésicatoires et les cordiaux pussent le relever, et que les malades tombaient bientôt dans le délire. Plusieurs eurent des taches pétéchiales, et toüs ceux qui furent attaqués de la fièvre en moururent, excepté deux ou trois au plus. Quelques-uns échappèrent sans fièvre, par un cours de ventre qui survint et qu’on guérit aisément. On ignore jusqu’à quel point cette maladie se répandit parmi les gardes et les autres personnes qui prirent soin des malades.— Nous voyons, par les observations du docteur Huxam (3) , que la même espèce
étaient à la droite du lord-maire, qui se trouvèrent incommodés. Quelques personnes, faute de connaître la nature dangereuse des émanations putrides, ont attribué cet accident et la maladie en général au froid qui s’introduisit en ouvrant une fenêtre, au moyen de quoi le courant d’air fut porté vers le côté de la Cour I à main gauche du lord-maire; mais on I doit observer que la fenêtre était à l'ex- || trémité de la chambre et fort éloignée du tribunal, quoique ce fussent les juges qui en souffrissent le plus. On ne peut attribuer au froid cette espèce de fièvre i et la mortalité qui la suivit. Il est trèsprobable que l’air frais dirigea les va- , peurs putrides vers cette partie de la salle ; dont on a fait mention. On doit, il est vrai, convenir que les particules septiques, passant dans le sang , deviennent plus actives et plus fatales, si la personne infectée prend du froid, ou si quelqu’autre accident arrête la transpiration, ou toute autre voie par où les particules nuisibles pourraient s’évacuer.
(1) Je tiens cette relation de M. Janssen, alderman , alors un des shérifs, et qui en vertu de son office fut présent à toutes ces séances.
(2) Page 116.
(3) Essai sur les fièvres, chap, vu et
de fièvre a été fort fréquente à Plymoiith, du moins pendant la dernière guerre, 'ce qui fut occasionné par le grand nombre de prisonniers renfermés dans celte ville; par les hôpitaux et autres endroits pleins de gens tirés des vaisseaux, et malades de cette fièvre. — Il est remarquable combien la peste, les fièvres pestilentielles, le scorbut putride et les dysenteries ont diminué en Europe dans ce dernier siècle; bonheur que nous ne pouvons imputer à aucune autre cause seconde qu’à une attention plus grande à perfectionner tout ce qui a rapporta la propreté, et à un usage plus général des anti-septiques. Félix Platerus, médecin de Bâle en Suisse, donne une description de sept différentes fièvres pestilentielles (il les appelle pestes) , qui affligèrent celte ville clans l'espace de soixante-dix ans, et qui arrivèrent toutes de son temps (1). Thomas Barlholin fait mention de cinq maladies de celte nature, qui firent de son temps beaucoup de ravage eiiDanemarck; elles furent toutes occasionnées par quelque contagion étrange (2).
D’autres auteurs, leurs contemporains, répandus daustouterEurope, sont pleins de pareilles observations. Foreslus remarque que de son temps la peste était trcs-fréquenle à Cologne et à Paris, et il en attribue la cause à la multitude d’habitants et à la malpropreté des rues (3), au lieu qu’à présent ces villes sont en général salubres , et ne sont pas particulièrement sujettes à aucune maladie putride. Timoni remarque qu'à Constantinople les maisons qu’on tient plus pro-
(1) Fel. Plater, Observât., lib. ir.
(2) Nostra memoriaquinquies in Dania pestilentia grassala est 1619, 1625, 1629, 1637, 1654, semper aliunde translata.
(Th. lîarthol. de Medicina danorum domestica, dissert, iv.)
(5) Coloniæ et Lutetiæ Parisiorum peslis frequentissiina est ob hoininum frequenliam et sorditiem platcarum. (Observ., lib. vi, obs. v, Schol.) Les rues n’étant pas alors pavées, il est aisé de concevoir que des villes si grandes et si peuplées devaient être très-infectes. Il est 'à propos d’observer que Foreslus confond communément la vraie peste avec les lièvres pestilentielles: il est par conséquent probable qu’il ne veut parler ici quedes dernières, puisque ces deux villes, étant situées au milieu des terres, sont peu sujettes à la maladie connue solw le iwm de Peste. *
près sont moins sujettes à être infectées delà peste que celles qui ne le sont point (1).
A l’égard de la nourriture, on peut observer que la bière où il y a du houblon, le vin et les liqueurs vineuses devenant d’un usage plus général, servent beaucoup à empêcher les maladies putrides. 11 se consomme aussi beaucoup plus d'herbages et de fruits (2), et l’on ne fait pas un si grand usage de viandes salées qu’autrelbis. Ajoutez à cela la consommation plus générale de thé et de sucre,
(1) Transacl. philosoph., n® 564. Abrégé des Transactions philosophiques, vol. vi, part. III, chap. ii, § 21.
(2) M’étant informé de M. Milet, garde du jardin botanique de Clielsca, quelle pouvait être la proportion entre la quantité d’herbages et de fruits qui se consomment actuellement , et celle qui se consommait il y a cent ans, il me répondit qu’il pensait que dans ce tempslà les artisans et le bas peuple en fiiisaient à peine usage, et ceux d’un rangplus élevé, très-peu; il ajouta que de vieux jardiniers et autres personnes de sa'connaissance l’avaient assuré qu’il y a soixante ans un chou, qu’on a actuellement pour deux farlhings (environ un sou de notre monnaie) , se ve ndait alors trois sous (environ six so us de notre monnaie), et que la plupart des autres herbages et des fruits étaient chers à proportion. De sorte que ceux qui se font servir des herbages tous I-es jours n’ea mangeaient alors que le dimanche. Il concluait de cette circonstance et de l’étendue du terrain maintenant occupé par les jardins potagers, qu’il se consomme, six fois plus de tout ce qui croît dans les jardins, que vers le temps de la révolution. On ne doit pas croire que les lierbages et les fruits fussent suppléés parune plus grande consommation de farineux, eu pain ou sous une autre forme, puisque le pain était alors, en proportion à la viande, plus cher qu’il ne l’est à pré^ sent. D’où il est aisé de conclure qu’il se •mangeait autrefois plus de viande que maintenant; et l’on sait combien les viandes salées étaient alors en usage. Il est bon de remarquer que les farineux ne résistent pas à la putréfaction comme les herbages et les fruits, ainsi qu’il paraît par la cure du scorbut de mer, et par quelques expériences que j’ai faites sur ce sujet. (Voyez le Traité sur les substances septiques et anli-scpliques, Méin, ni, expér. xx, xxi.)
qui sont (les anti-septiques très-puissants (!), comme je le prouve ailleurs. Il n’est point ici question d’examiner jusqu’à quel point on peut abuser de ces choses, et commentelles peuvent produire d’autres maladies. — Londres est maintenant, malgré sa grandeur, une des villes les moins sujettes aux fièvres pestilentielles , à la dysenterie , ou aux autres maladies putrides, auxquelles il paraît qu’elle ne l'était autrefois guère moins que les autres villes, malgré les avantages naturels qu’elle tire de sa situation. Son climat n’est sujet ni à de grandes chaleurs , ni à un air étouffé et qui ne circule point. Elle est bâtie sur un terrain graveleux et sur les bords d’une grande rivière, qui non-seulement fournit la ville d’eau fraîche, mais qui, par le mouvement continuel des marées, sert aussi à renouveler l’air. Ajoutez à cela que Londres est dans une large plaine ouverte de tous côtés. Depuis même le temps de Sydenham (2), il y a eu des changements considérables, et tous en mieux. Car, outre qu’il n’y a point eu de peste, nous n’avons vu aucune fièvre pestilentielle épidémique , point de dy- .senterie funeste (3), et fort peu de fièvres d’automne d’une mauvaise espèce; en un mot , aucune maladie contagieuse qu’on pût regarder comme générale, si l’on en excepte la petite vérole et la rougeole. Dans les quartiers les plus bas, les ])lus humides de la ville, et où les rues sont l(s plus étroites, et parmi le bas peuple , il se voit encore de temps en temps des fièvres pétéchiales et des dysenteries, dont ou entend très-rarement parler par- 3ui les per.sonnes d’un rang supérieur, qui demeurent dans des rues plus aérées. Il n’est point douteux qu’on pourrait faire en ces endroits d’utiles règlements sur bien des choses, quoique les principaux points, tels que les privés, les égouts, et l’eau fraîche qui , au moyen des canaux, se distribue dans toutes les maisons à certains jours marqués, soient en très-bon ordre, et que les habitants soient en général très-propres. — La boue
(1) Traité sur les substances septiques £l anti-septiques. Mcin. iv, expér. xxvi.
(2) Né en 1624, et mort en 1689.
(5) Pendant l'aulomne de 1762, quoique la dysenterie fût fréquente, on ne put lui donner le nom d’épidémique.
Elle domina principalement parmi le bas peuple, et en général elle fut d’une espèce bénigne. (Voyez pages 102 çl 105.)
des rues n’affecte peut-être pas tant la santé des babitaiils des grandes villes; et quoique sa partie la plus nuisible puisse concourir avec d’autres causes à rendre l’air moins salubre, il paraît cependant qu’elle influe fort peu sur la production des maladies pestilentielles.
L’urine corrompue abonde en sel volatil alcali, qui résiste à la putréfaction (1 J; et les excréments ordinaires sont beaucoup moins nuisibles , si tant est qu’ils le soient, à cause d’un violent acide combiné avec des parties qui sont réellement corrompues (2). Le cas est bien différent dans les maladies putrides, et surtout dans la dysenterie, où la matière fécale, comme nous l’avons déjà fait voir, se trouve dans un état de corruption et contagieuse (3).
Je finis cette partie de mon sujet par observer que, dans le même temps que les grandes villes fournissent une infinité de choses qui corrompent l’air, elles sont d’un autre côté pourvues de deux antidotes considérables. Le premier vient de la circulation de l’air produite par le feu et le mouvement continuel des habitants et des voitures ; l’autre dépend de la grande quantité d’acide que produit la matière dont on fait le feu, et qui résiste surtout à la putréfaction.
IL Les causes externes et éloignées des fièvres d’hôpital et autres maladies pestilentielles paraissent suïfisamment prouvées. Mais de quelle manière ces émanations putrides agissent et produisent dans le corps tous ces divers symptômes, c’est ce qu’il n’est pas aisé de déterminer ; on ne doit par conséquent regarder ce qui va suivre que comme des conjectures. — Je conçois que les miasmes ou ferment septique , composés des émanations des substances putrides, étant admis dans le sang, en peuvent corrompre la masse entière (l). La dissolution du sang, et quelquefois même son
(1) Traité sur les substances septiques et anti-septiques. (Mém. I, expér. net ni.)
(2) Traité sur les substances septiques et anti-septiques / mém. vu, expér. un.
Ajoutez les Expériences de M. llomberg, sur la matière fécale. Histoire de l'Acad. royale des sciences, année J711. Fréd.
Hoffman, Med. rat. sysf. , tom. i, lib. i, sect. Il, cap. vu.
(3) Part. I, chap. iii; part, ir, § 3; part. III, chap. vi, § i.
(Â) Traité sur les substances septiques et anti-septicpie?, mém. vii; cxp. xlviii.
ôdeur, dans Tétât avancé d’une fièvre de prison , la mauvaise qualité des sueurs et des autres excrétions, les taches livides, les pustules et les mortifications qui sont si communes à cette maladie servent de preuve de ce que Ton avance ici. Son acrimonie irrite les nerfs et occasionne différents spasmes, rend le pouls fréquent ; d’abord il est élevé , mais ne recevant point du 'cœur une quantité sufiisante du principe vital, ou les fibres de ce viscère étant relâchées par la putréfaction, il s'abat bientôt après. J'ai rapporté ailleurs des exemples d’une si prodigieuse'^dilatation du cœur dans une peste réelle , que, par la force ordinaire du sang (1), il devient extraordinairement grand. — Si cependant la putréfaction était le seul changement qui s’opérât dans le corps par la contagion, il serait aisé de guérir ces fièvres, dans quelque période que ce fut, en faisant usage des acides et des autres anti-septiques. Mais comme nous avons observé que la maladie étant une fois formée , elle ne peut se guérir de celte manière seule, il paraît par conséquent probable que quelques parties du cerveau ou le système nerveux s’enflamment de bonne heure, et que la fièvre est entretenue par cette inflammation du cerveau (2); que c’est à cette circonstance qu’il faut attribuer la plupart des symptômes , et que dans Tétat avancé Ton ne doit pas attendre de guérison que la matière qui forme l’obstruction n’ait été dissipée par la sup puration ou la putréfaction.
On peut tirer de la cure une autre présomption en faveur du ferment septique. Ainsi , avant que l’inflammation soit fixée, on peut expulser par les sueurs et les autres excrétions les particules septiques; ce période étant passé, la méthode la plus efficace est de soutenir les forces , sans cependant augmenter l’inflammation. Lorsqu’on est presque à la fin du dernier période de la maladie, les humeurs étant résolues par la putréfaction , l’obstruction est probablement délruile ; les anti-septiques les plus efficaces et les cordiaux ont alors lieu, afin de corriger ce qu’il y a de vicié , et de mettre la nature en état de Texpulscr.
Dans cet état, les volatils ont été quelquefois utiles pour ramener le pouls , le
(1) Traité sur les substances septiques et anii-septiques, mém. vu, exp. XLVi.
(2) "Voyez les Dissections.
vin a été un excellent cordial , et nonseulement cette liqueur , mais encore le camphre, la serpentaire et le quinquina, c’est-à-dire les remèdes les plus efficaces en cette occasion, sont doués de qualités anti septiques très-considérables (1). — Telles sont les remarques que j’ai faites sur la nature, la cure et les causes des fièvres pestilentielles. Dans la description que j’en ai donnée, j’ai fâché de les distinguer de toutes les autres autant que le pouvaient permettre des maladies dont les symptômes se ressemblent si fort.
Quelques fièvres sont accompagnées d’éruptions miliaires qui n’ont aucune ressemblance avec les taches pétéchiales dont j’ai parlé , et il ne m’est jamais arrivé d’apercevoir des éruptions miliaires dans les fièvres de prison et 4’hôpital. Les fièvres que dans ces dernières années Ton a communément quoique improprement appelées nerveuses paraissent appartenir quelquefois à la classe des maladies inflammatoires, et quelquefois à celle des maladies d’automne , quoiqu’elles attaquent particulièrement ceux dont le tempérament est faible et les fibres relâchées. Mais, quelle que soit la cause de ces fièvres, si elles se terminent par des taches pétéchiales, des sueurs putrides , ou bien si elles deviennent contagieuses, on peut sans risque conclure de là que les humeurs, par la longue durée de la maladie , sont devenues putrides, ou, pour s’exprimer en d’autres termes , que ces fièvres se sont changées en une fièvre d’une nature pestilentielle qui approche beaucoup de celle des hôpitaux et des prisons.