EXPÉRIENCE
On a regardé comme une maxime, que toutes les substances animales, étant dislilléesaprèsla putréfaction, donnent dans la première eau une grande quantité de sel volatil ; mais M. boylea trouvé que cela n’était vrai que de Turine, et que la distillation de la sérosité du sang humain putréfié, la première liqueur qu’on en retirait n’avait que peu de force , soit quant au goût , et qu’elle ne fit d’abord aucune effervescence avec un acide (2). On peut observer ici que les chi-
(1) La conclusion que je tirais de cette expérience était trop générale, comme on le verra dans une remarque de M. Gaber. (Voyex Réponse à M. de Ilaen et à M. Gaber, à la suite de ces mémoires. )
(2) Voyez Hist. nat. du sang humain, vol. IV, pag, 178, édition in-folio.
mistes ont appliqué en général à toutes les humeurs indifféremment ces propriétés qu’ils ont découvertes dans l’iiriiie , quoiqu’au fond il y ait une grande différence. Car quelques substances animales, telles que Turine , la bile et la partie rouge du sang , se putréfient en peu de temps ; la sérosité, la salive et le blanc d’œuf ne se corrompent que lentement. Cependant celles qui se putréfient le plus tôt n’arrivent pas toujours au plus haut degré de putréfaction. Ainsi la bile se corrompt fort vite ; mais l’infeclion qu’elle répand est beaucoup moins considérable que celle de la viande ; et le blanc d’œuf a non-seulemeni moins de disposition à se putréfier qui le jaune; mais quand il est corrompu, son odeur est bien differente et beaucoiq moins fétide. Il paraît que l’urine gar déô quelque temps contient un sel al cali, qui, sans être distillé, fait uneforti effervescence avec les acides. Au liei que la plupart des autres humeurs ani males étant putréfiées , quoiqu’elles ré pandent une puanteur plus insupporta l)le , elles contiennent cependant moin de sel volatil , et ce sel est moins aisé développer , et fait à peine efferves cence avec les acides. Mais ce qui ren encore plus spécifique la différenceenlr l’urine gardée et les autres subslanct putrides, c’est qu’elle n’a aucune qua lité malfaisante par rapport à la santé au lieu que les émanations des autre substances animales ont souvent cauî:
des maladies pestilentielles. — Or, pui:
qu'on trouve dans l’urine une plus grarde quantité de sel volatil que dans tou autre humeur , et qu’il est plus aisé ( l’en séparer , et que l’urine gardée est ( toutes les substances animales putridi la moins nuisible ; bien loin donc «le n douter l’alcali volatil , et de le regard comme accélérant la putréfaction d corps, on doit plutôt conclure de c exemple qu’il en est comme le corre tif.
EXPÉRIENCE lU.
L’expérience journalière fait voir q les sels volatils ne fout aucun mal, s qu’on les sente ou qu’on les prenne substance. Mais il reste toujours un pi jugé, comme si ces sels, parce qn' proviennent de la corruption , devaiei par cette raison , hâter la putréfactio non-seulement dans les maladies où i les prend inconsidérément, mais aui dans les expériences qu’on fait hors i
SUR LÏS SUBSTANCES SEPTÎQtJES ET ANTI-SEPTIQUES^ 141
j3i.pg. — . J'ai peu de chose à dire sur les frets de leur usage interne, à moins u’on ne détermine précisément l’espèce e maladie dont il s’agit. Car, supposé u’ils soient disposés de leur nature à cciter la putréfaction ; cependant si elle ist déjà commencée, et qu’elle tire sa )urce d’une faiblesse de circulation et e quelque obstruction , les volatils peuent alors, par leurs qualités irritantes ;apéritives, arrêter ses progrès. D’un itre côté, quand même ils seraient iellement anti-septiques, si cependant :s humeurs sont disposées à se corromiPe par un excès de chaleur ou de moujement , ces mômes sels, en augmentant cause , peuvent aussi augmenter la madîe. De sorte qu’après tout, la meilure règle pour juger de la nature de !îs volatils est d’examiner si , hors des )rps , ils accélèrent où retardent la puéfaclion.
I. Pour décider cette question , j’ai jit plusieurs expériences réitérées. J’ai jêlé avec diverses substances animales 3 l’esprit et du sel de corne de cerf, et ii toujours remarqué que , bien loin de jlter la putréfaction , ils l’empêchaient j/idemment , et cela avec une force proortionnée à leur quantité (1). On fit les jisais avec la sérosité et avec la partie roup du sang , après qu’on l'eut desséchée à irce de la garder. Je séparai une fois la !*oûte épaisse et inflammatoire d’un sang ifeurétique du reste de la masse ; et jayant partagée , j’en mis une partie dans lu vinaigre distillé , et l’autre dans de lesprit de corne de cerf. Après avoir ardé ces infusions plus d’un mois penant les plus grandes chaleurs de l’été , ü trouvai la portion qui était dans le sel (icali aussi saine que celle qui était dans lacide.
IL Je mis une autre fois, dans une fiole ontenant quatre onces , environ une nce et demie d’un mélange égal de fiel le bœuf et d’eau , avec cent gouttes d’esrit de corne de cerf, et dans une autre utant de fiel et d’eau sans aucun esprit, es fioles étant bien bouchées , je les plaai près du feu, de façon qu’elles pussent
(1) M. Boyle avait déjà observé que e l’esprit d’urine ajouté au sang tandis u'il est encore chaud au sortir de la éine, le rendait plus vermeil, l’entrefeait plus fluide et le garantissait pendant )ng-temps de la putréfaction, (Transact.
Inlosoph., no 29. Abrégé des Transact.
bilosoph., vol. III, ch. v, § 7.)
recevoir une chaleur douce , du même degré environ que celle du corps humain. En moins de deux jours le mélange sans esprit devint putride ; mais l’autre nonseulement ne l’était pas alors, mais même, deux jours après, il se trouva sans corruption.
III. Je mis infuser ensuite deux gros de bœuf maigre dans deux onces d’eau , et un demi gros de sel de corne de cerf. Je plaçai dans un autre vase autant de viande et d’eau , le double de sel marin. Dans un troisième il y avait de la viande et de l’eau seulement , pour servir de ferme de comparaison. On plaça ces fioles au fourneau de la lampe, dans une chaleur entre quatre-vingt-quatorze et cent degrés , suivanfr le thermomètre de Fahrenheit. Environ dix-huit heures après l’infusion , la viande de la fiole qui servait d’étalon sentait mauvais , et quelques heures après, celle du sel marin devint aussi putride ; mais celle du sel alcali volatil était saine , et se conserva de la sorte après avoir été vingtquatre heures de plus au même degré de chaleur. Et afin que l’odeur de la corne de cerf ne pût induire en erreur , on lava ce morceau de viande , et on trouva qu’il ne sentait point mauvais.
IV. Je pris, environ le même temps, trois morceaux de bœuf nouvellement tué, de même poids que ci-dessus. J’en mis deux dans des grands vases ; je couvris l’un avec de la sciure de bois , et l’autre avec du son. Je saupoudrai le troisième morceau avec du sel de corne de cerf réduit en poudre , et je le mis dans une fiole de quatre onces dont le bouchon était de verre. On plaça ces trois vases en dehors sur une fenêtre exposée au soleil ; le temps étant chaud , la viande des grands vases commença à sentir le troisième jour, elle se trouva enfièreraenl putride. On examina le jour suivant la fiole , et la viande étant lavée pour la dégager du sel , on ne lui remar qua aucune mauvaise odeur. On la sécha et on la sala de nouveau avec du sel de corne de cerf. On la garda quelques semaines de plus pendant les plus grandes chaleurs; on regarda une seconde fois, et elle parut aussi saine qu’auparavant. La substance n’en était point du tout dissoute (1 J, mais elle se trouva d’une consistance semblable à celle de toutes les viandes qu’on a tenues dans de la sau-
(1) On a gardé ce même morceau une
TRAITE
mure ordinaire. Et de crainte qu’on puisse s’imaginer que la viande des grands vases étant plus exposée à l’air que celle de la fiole , devînt par eette raison plus tôt putride , j’enfermai de la viande dans une fiole pareille à celle dont je m’étais servi ci-devant , et j’observai que la viande se trouvant à l’étroit, cela ne servit qu’à hâter la putrélaclion. — Ayant découvert par ces expériences, et par un grand nombre d’autres de la même espèce , que hors des eorps les sels alcalis volatils non-seulement ne disposent point les substances animales à la putréfaction, mais qu’ils l’empêchent d’une manière plus elficace que le sel marin commun , il est à présiimer que les mêmes sels pris en remèdes deviendront ( toutes choses d’ailleurs égales ) anti-septiques. On ne saurait du moins supposer avec justice qu’ils corrompent les humeurs plus que le vin ou les esprits , qui , pris en trop grande quantité , peuvent exciter une fièvre, et par accident occasionner la corruption.