‹ Observations sur les maladies des armées dans les camps et dans les garnisonsChapitre 62 sur 117 · EXPÉRIENCE XLV · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCE XLV

Afin de pouvoir examiner la couleur des différentes parties du '^ang corrompu, je m’en procurai une certaine quantité sans aucune croûte inflammatoire ; je le divisai en coagulum , en sérosité mêlée avec quelques globules rouges qui tombèrent au fond et en pure sérosité.

On plaça au fourneau de lampe les vaisseaux qui renfermaient ces différentes liqueurs , et elles y restèrent plusieurs jours, jusqu’à ce qu’elles fussent devenues parfaitement putrides. — Le coagulum, d’un cramoisi foncé, se changea en une couleur livide obscure , de sorte qu’en en délayant un peu dans l’eau, elle parut de couleur tannée. La sérosité dans laquelle les globules rouges avaient été dissous , parurent de la même couleur; mais la sérosité pure , après être devenue trouble , déposa un sédiment blanc et purulent , et se changea en une odeur verdâtre. — On peut apprendre par celte expérience, que la sanie des ulcères, et celle du flux de ventre dysentérique, est composée de sérosité teinte avec une légère quantité de sang rouge

(1) Voyez les Observations sur les maladies des armées, vol. ii, pag. 171 et

(2) Vid. Riv., cap. de Febr. pesfîlent.

putréfié; et que, lorsque les vaisseaux sé^ reux sont de couleur tannée , on ne doit par toujours attribuer cette couleur à une inflammation, mais à une dissolution (Je quelques globules rouges imMés avec la sérosité. La couleur du blanc de l’œil dans le scorbut putride , et dans l’état avancé de la fièvre d’hôpital , en est un exemple. Pour tors, non -seulement la sérosité du sang tiré de la veine, et celle qui est attirée par les vésicatoires, mais encore la salive et la sueur seront teintes de la même manière (1). — On ajouta quelques gouttes de ce coaguluni putride à de l’urine récente d’une personne e1i santé. Elle devint sur-le-champ de couleur de feu, ce qui arrive si communément dans les fièvres et dans le scorbut de mer. Après qu’elle eut reposé une heure ou deux, il s'y forma un nuage , ressemblant à celui qui s’observe dans l’urine crue dans les maladies aiguës ; et je remarquai aussi sur la surface une tache ou deux d’une substance huileuse , assez semblable à cette écume qu’on aperçoit dans le scorbut putride.

— A l'égaril de la sérosité verte, elle ne se rencontre peut-être jamais dans les vaisseaux d’un corps vivant; puisque, dans toutes les maladies, les globules rouges étant dissous entrent dans les vaisseauv séreux , et lorsque la sérosité est ainsi teinte, elle ne peut jamais devenir verte. D'ailleurs, comme cette humeur, étant hors du corps, est très-long-temps à acquérir cette couleur, on ne peut supposer qu’une personne survécût à une si grande altération dans le sang. Mais cette espèce de sérosité se distingue dans les corps morts par la couleur verte que la chair acquiert en sc corrompant. Dans les viandes salées on attribue commiinémenrt cette couleur à la saumure, mais à tort; car elle n’a point la faculté de la communiquer, mais seulement de donner du goût et de corriger quelque peu les mauvais effets des aliments corrompus.

Cette couleur verte dans les corps morts s’aperçoit plutôt dans les intestins et les parties voisines , à cause de l’air des premières voies; ce qui hâte la putréfaction.

Dans les ulcères malins et autres où on laisse croupir long-temps la sérosité, la matière se trouve pareillement de cette couleur ; elle est toujours alors fort

(1) Voyez les observations précédentes, page 178.

âcre. Mais les effets d’une sérosité verdâtre ne sont nulle part si à craindre que dans les cas d’un ascite où il s’en rassemble une si grande quantité. La société en a vu, il y a quelques années, un exemple frappant. M. Cox , chirurgien à Pcterborough , faisant la ponction à une femme, quelques heures seulement après sa mort, fut tellement affecté par la vapeur empoisonnée de la sérosité verte , qu’il fut, peu de temps après , attaqué d’une fièvre pestilentielle, dont il ne réchappa qu’avec beaucoup de peine (1).

— J’ai déjà remarqué que la sérosité du sang humain placée pendant quelque temps seulement au fourneau de lampe„ devient trouble long- temps avant que d’être fétide, et dépose peu à peu un sédiment qui ressemble à de la matière bien digérée. Je réitérai souvent cette expérience avec le même succès; et j’ai pareillement remarqué que cette matière ne change jamais de couleur, et ne se mêle plus avec la sérosité. Je conjecture,, par toutes ces circonstances, que c’est une terre élémentaire destinée à la nourriture ou à la réparation des solides. Je suis d’autant plus porté à suivre ce sentiment, que j’ai découvert un pareil sédiment dans de l’urine de personnes eu.

parfaite santé , après qu’on l’eut laissée long-temps reposer. Je regarde ce dernier sédiment comme une surabondance de la matière nutritive , ou qui avait eu son application , mais qui cessait alors d’être d’aucune utilité. — Ne pouvonsnous point conclure de là, que la sérosité coule perpétuellement dans tous les ulcères ; mais qu’à cause de la chaleur de la partie, et de la volatilité naturelle à nos fluides, elle est entièrement absorbée, ou s’évapore fort vite, à l’exception de ce sédiment qui reste dans la plaie en forme de pus, et qui est si nécessaire pour la guérison? N’est-ce point par cette raison que les grands abcès affaiblissent beaucoup , le sang devant fournir autant de sérosité qu’il est nécessaire pour que cette substance reste en quantité suffisante? N’est-ce point par la même raison que les cautères font de plus puissantes diversions qu’on ne le croirait, à en juger par la quantité de l’évacuation? Une once de sérosité ayant rc-

(1) Transact. philosoph, , n® 454, p.

168. Abrégé des Transactions philosophiques, vol. IX, part. III, chap. v, art, 8; page 212.

TRAITE

posé pendant quelques jours, ne fournit pas davantage de cette matière , autant que je l’ai pu conjecturer, que ce qui peut sortir tous les jours d’un cautère ordinaire ou d’un séton.

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