‹ Observations sur les maladies des armées dans les camps et dans les garnisonsChapitre 63 sur 117 · EXPÉRIENCE XLVI · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCE XLVI

De même que la putréfaction atténue toutes les humeurs , elle relâche aussi , ou rend plus tendres les parties solides ou fibreuses des corps animaux. Cette observation est si commune et si peu disputée , qu’il est inutile de faire de nouvelles expériences pour la confirmer. Je me contenterai seulement de remarquer que cet état paraît être un des accidents les plus clairs des maladies qui dépendent de la faiblesse et du relâchement des fibres; comme il paraît dans toutes les fièvres pestilentielles, et dans le vrai scorbut de mer et des pays marécageux , qui proviennent certainement d’une cause putride. — On peut, par cette circonstance , rendre raison de la grosseur monstrueuse du cœur, du foie et de la rate, si commune dans ces maladies.

Car, supposé que la croissance naturelle de ces parties cesse lorsque les fibres sont devenues assez rigides pour balancer l’effort que fait le sang pour les étendre; si la corruption relâche de nouveau ces fibres , il est naturel que ces mêmes parties recommencent à croître (1). Les personnes qui moururent de la dernière peste, à Marseille, nous fournissent plusieurs exemples remarquables de ce fait.

Ils ont été communiqués à la société par M. Didier , un des médecins du roi de France, et publiés de nouveau avec(2) un grand nombre d’autres de la meme espèce , dans une collection de mémoires sur cette funeste maladie (3). Il est à remarquer que, de neuf dissections qu’on y rapporte, il est fait mention dans toutes de l’accroissement extraordinaire du cœur, et dans sept de celui du foie. Ainsi l’auteur observe dans la première, que le cœur était d'une grosseur extraordinaire , et que le foie était le double de sa grandeur naturelle. Second cas :

(1) Je tiens cette conjecture du savant et ingénieux docteur Tliomas Simson, professeur en médecine à l’université de Saint-André.

(2) Transactions philosoph. , n® 570.

Abrégé des Transactions philosophiques, vol. VI, part, ni, chap. ii.

(3) Traité de la peste.

Le cœur se trouva d*une grosseur prodigieuse , et le foie beaucoup augmenté. Troisième cas : Le cœur , le double de sa grosseur naturelle. Quatrième cas : Le cœur fort gros et le foie plus grand et plus dur qu'à V ordinaire.

Cinquième cas:iVbwç trouvâmes le cœur d'une grosseur prodigieuse. Sixième cas; Le cœur était plus grand que dans son état naturel., le foie se trouva aussi fort grand. Septième cas : Le cœur était d’une grosseur prodigieuse ^ aussi bien que le foie. Huitième cas : Nous trouvâmes le cœur beaucoup plus grand qiéà l'ordinaire., et lejoie d'une grosseur prodigieuse. Neuvième cas : Le cœur se trouva le double de sa grosseur naturelle, et le foie aussi plus gros qu'à V ordinaire.

A l’égard du scorbut, Eugalenus, auteur qui s’ést rendu célèbre sur ce sujet , remarque que le foie et la rate grossissent souvent à un tel point, qu’on peut apercevoir la tumeur à l’extérieur (1).

M. Poupart, qui a ouvert un grand nombre de personnes qui moururent de cette maladie, remarque qu’il a trouvé, dans tous ceux qui moururent subitement, les oreillettes du cœur aussi grandes que le poing d’un homme , et pleines de sang coagulé (2). — Par rapport à la corruption des corps morts, un très -habile anatomiste, qui a fait un nombre prodigieux de dissections (3), m’a appris que : « de toutes les parties du corps , les vis- » cères et les muscles de l’abdomen se » corrompent le plus tôt après la mort. M C’est par cette raison que les anato- » mistes ont pour règle de commencer )> leurs dissections et leurs démonslra- » tions par ces parties qui se gâtent le » plus aisément. Celte prompte putré- » faètion peut s’attribuer à l’air renfer- M mé dans les intestins , ou aux vapeurs » putrides de la matière fécale, surtout » dans l’état de lUdladie. De là vient » aussi la prompte corruption du psoas « et de l’iliaque interne, en comparaison J) des muscles des extrémités. Les pou-

(q) Lib. de Morbo scorbulo, art. xxxi, Conf. Mead. Mon. et præc. med., cap.

(2) Môm. de l'Acad. roy. des sciences, année 1699.

(3) Le docteur Hunter, qui m’a communiqué ce détail, m’a dit que, n’ayant jamais fait d’observations exactes sur ce sujet, il ne me l’offrait que tel qu’il sc présentait dans sa mémoire.

» mons se corrompent communément le » plus vite, après les viscères de l’abdo- 3) men et les parties adjacentes ; soit à 3) causo de l’air qui croupit dans les vé- » sicules bronchiales, ou de quelque res- » te de la matière de la transpiration qui 3) peut agir comme un ferment et hâter 3) la putréfaction. Car, lorsqu’on com- 33 prime le thorax d’une personne morte 33 depuis quelque temps, on s’aperçoit 33 de l’état putride des poumons par la 33 puanteur de l’air qu’on en fait sortir. 33 Le cerveau se dissèqtte communément » aussitôt qu’on peut le faire coramodé- 33 ment après la mort ; parce que , lors- 33 qu’il est dans son état le plus ferme , 33 il n’est pas facile de le disséquer, et 33 lorsqu’il est dissous par la putréfaction, 33 il n’est plus en état de l’être. Mais le 33 docteur Hunter l’a trouvé, en diffé- 33 renfs cas , beaucoup plus ferme qu’il 33 ne s’y attendait, et aussi sain qu’aucu- 33 ne autre partie du corps, quoique gar- 33 dé pendant quelque temps. Enfin, il se 33 trouve une différence entre le cerveau 33 et les autres parties du corps qu’il est 33 bon d’observer ; c’est que, lorsqu’on les 33 garde en plein air, il paraît que cela 33 retarde plutôt la putréfaction , et il se 33 couvre à l’extérieur d’une peau sèche 33 et luisante ; au lieu que toutes les au- » 1res parties du corps, étant exposées à 33 l’air , se corrompent manifestement 33 plus vile, et toute leur surface se cou- 33 vre d’un mucus putride, n

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