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différents de la matière putride, que de tous les remèdes stimulants , ils sont peut-être les moins nuisibles aux nerfs et aux vaisseaux sanguins ; au lieu que toute substance animale corrompue est nonseulement désagréable aux sens extérieurs , mais attaque encore les nerfs et les fibres, comme il est évident par les nausées, les spasmes, les palpitations, les tremblements , l’abattement des esprits , et par les autres symptômes qui viennent à la suite de quelque ferment septique admis dans le sang.
Il paraît par ces mémoires et par mes observations, que je considère le scorbut comme provenant seulement d’une cause putride, sans examiner si cette putréfaction est occasionnée par les aliments corrompus dont on se nourrit sur mer, ou par le défaut d’un régime convenable dans les pays marécageux. Car, faute de donner de pareilles bornes au scorbut , des écrivains du premier rang ont confondu différentes maladies sous ce nom , quoiqu’elles fussent fort différentes dans leur cause, leurs symptômes et leur traitement, Je ne saurais, par exemple, voir
le rapport qu’ont différentes sortes de dartres, qui sont des espèces de lèpres, avec la maladie des matelots; ou comment ceux qui regardent la putréfaction comme une cause du scorbut, peuvent reconnaître une acrimonie acide pour une autre cause. Il paraît qu’ils ont été conduits à cette inconséquence en observant que le raifort sauvage, le cocblearia et autres plantes pareilles, contribuaient beaucoup à la guérison. Car, toutes ce* plantes étant alors regardées comme alcalines , ou d’une nature putréfiante , ori imagina une espèce acide de scorbut J pour rendre raison de leurs vertus. Mais,! d’après les expériences que j’ai présen j tées à la Société, il paraît que ces végé, taux sont des anti-septiques réels (1) , ê par conséquent doués de qualités bief différentes de celles que leur supposaien ces auteurs célèbres , qui considéraien leurs parties alcalines comme .septiques et leur dissolution comme tendant seulement à la putréfaction , et non à la fer mentation.
(1) Expér. V, XI, XX, xxv, xxxvm.
RÉPONSE
A MM. DE HAEN ET GABER
CONTENANT DES REMARQUES SUR L'oUVRAÔE PRÉCÉDENT.
Tandis que la troisième édition de mes observations était sous presse, il m’est |,ombé entre les mains un Traité des fièvres (I), par M. le docteur de Haen, orefesseur en médecine en l’université le Tienne. J’ai été un peu surpris, à la iecture de cet ouvrage que l’auteur, iprès avoir déclaré dans la section de fe- We miliari^ son opinion là-dessus et ivoir trouvé beaucoup à redire aux seniments et à la pratique du docteur îfiuxham, par rapport aux fièvres miliaies, pétéchiales et nerveuses, ajoutât que ii on lui opposait quelque chose de mes lcrits, qui ne s’accordât point avec ce ju’il avançait, les mêmes raisons qu’il ivait apportées contre le docteur Huxàam devaient me tenir lieu de répon- >e (2). — Si nous nous fussions mutuel-
(1) Theses sisfenses Febrium divisionés, etc.
(2) Sane me cogit veritatis amor , ut acerl3e conquerar, virum hune (Huxham) et Hippocratium et Sydenhamianum , loties præceptorum utriusque oblivisci.
Quæ vero causa hujus? Proprii amor systematis, quo id ratum habuit, quod maligr.i quidquam pluribus in febribus subdelitesceret, calidioribus altenuandum , movendumque, sudoribus demum expellendum. Utique plerisque in epidemiis sudori tum symptomatico , tum vi coacto nimium tribuens, fidensque, miliaris ac petechialis eruptionis incantus extitit, nec ullo modo imitandus, admirator....
Doleo profecto me hic cogi tanti viri in t>raxi revelare errores; sed ante me doç-
lement copiés, le docteur Huxham et moi, ou si véritablement il y avait entre nous une conformité exacte, cette remarque aurait pu suffire. Mais aucune de ces circonstances ne se trouvant juste, j’espère que le savant auteur de ce traité me permettra d’indiquer ici quelquesunes des méprises où il est tombé en cette occasion : car, à l’égard du docteur Huxham , étant convaincu qu’il est bien en état de repousser l’attaque du docteur de Haen, je lui laisse la liberté d’y répondre comme il le jugera à propos.
Quant à ce qui me regarde, j’ai été tellement éloigné de proposer aucune opinion sur la nature de la fièvre miliaire ou la’méthode de la traiter, que je n’ai jamais parlé qu’en passant de cette maladie; une fois pour distinguer les pustules qui lui sont particulières de celles de la gale (1); dans un autre endroit, pour distinguer ces pustules des taches pétéchiales , où j’ai expressément ajouté qu’il ne fallait point confondre la fièvre
trînam, qualem, Huxham hic Iradidit , condemnavit Cel. Gilchrist, in Actis Edinburg. ubi de his ipsis nervosis Huxhami febribus differeiis, omnem in iisdem condemnat sudorum provocationem... Si quid forte simile ex egregio Pringle objiceretur, quod ex Huxhamo, simile esto responsum. (Thés. Sistent., etc. Sect. de Feb. mil.)
(1) Observations sur les maladies des arméeS; page 307,
REPONSE
miliaire avec la fièvre d’hôpital (1) ; ailleurs, quand j’observe que je n’ai jamais vu la fièvre d’hôpital accompagnée de pustules miliaires (2) ; et enfin , quand je dis que la fièvre miliaire se rencontre rarement dans les hôpitaux d’armées (3), il s’ensuit de là que je n’ai jamais regardé la fièvre d’hôpital ou de prison, et la fièvre miliaire, comme une même maladie.
J’ose en effet assurer que comme les symptômes de ces deux espèces de fièvre se ressemblent si peu, on doit les traiter comme différentes, in specie, et conséquemment on ne peut tirer de l’une par analogie aucune règle qui ait lieu pour la théorie et le traitement de l’autre. Mais le docteur de Haen insiste sur un rapport intime entre la fièvre miliaire et la pétéchiale (4), et, comme il prétend que la maladie que j’appelle fièvre d’hôpital ou de prison est la même que la fièvre pétéchiale, il juge à propos, dans sa section sur la fièvre miliaire, et d’après des principes qui n’ont rapport qu’à cette maladie, de réfléchir vaguement sur ma méthode dans une fièvre d’une espèce très-différenle. — On ne peut donner proprement le nom de fièvre pétéchiale à la fièvre d’hôpital ou de prison. J’ai remarqué en effet que, quoique les éruptions que j’appelle pétéchies paraissent souvent dans la fièvre que j’ai vue, elles ne l’accompagnent point constamment ; et par conséquent elles ne peuvent pas plus caractériser cette maladie que la peste, dont elles sont aussi un symptôme fréquent. Cette distinction, entre une fièvre pétéchiale et une fièvre quelquefois accompagnée de taches pétéchiales, que ii’a point saisie le docteur Haen, l’avait été parfaitement bien pai Senneit, dans sa relation de la maladie de Hongrie qui était, comme j’en ai fait la remarque ailleurs, une fièvre de camp d’une nature vraiment pestilentielle. Voici ses paroles : iVo« nulli morbum hungaricum et febrern pctc-
(1) ïbid., p. 265, dans la note.
(2) Ibid., p. 306.
(3) Ibid., page 307.
(4) Vers la fin delà section deFehrepetecldali, il dit : •« Mulla de pelechiis dicenda supersunl; maxime de iisdem tuni prævenienclis, anlequani fiant : tum, cnm adsint, curandis. Verum cum hæc quoque ad mUiarhirn eruptionem pertineani , ipsaque imliarium Jiistoria eam petechiarum elucidet, alque explanet, una fidelia hunç utrumque parietem deaibabo, etc. »
chialem plane pro eodem morbo habent : sed mihi quidem videtur non saiis récit. Eisi enim peiechiœ et maculée illce quandoque etiam in morbo hwigarico conspicianiur, tamen non stm~ per iclacciclit , cl poiest hic morbus esse sine maculis. Contra oero maculœ in febre petechiali omni inveniuntur , unde einomenhœc febris habet [\). — J’ai par conséquent considéré partout la fiévre d’hôpital onde prison (par rapport aux . autres qui se rencontrent communément daris ces pays), comme une fièvre particulière, au moins bien différente de la j fièvre pourprée, de la miliaire ou de : toutes autres fièvres accompagnées d’é-t'^f ruptions qui sont connues ici. Jen’aienij*' effet jamais vu cette maladie que dans les) occasions dont j’ai parlé dans mon trai-lf' té ; et^e crois que les habiles médecins, employés à la place de ceux qui avaient été attaqués de la maladie de prison qui se fit sentir aux sessions à Old-Bailey, en , 1750, eurent, d'après la mortalité quij^' l’accompagna, de bonnes raisons pour^”'^' penser qu’on ne devait pas traiter cettei^^ maladie comme la fièvre miliaire, ou® comme toute autre fièvre qui leur Connue auparavant (2). ■
La principale cause de la méprise du
docteur de Haen et de la manière confu-
l)lei
se dont ces fièvres ont été traitées pai d’autres auteurs, vient du sens indéler-P,' miné du mot pe'têchies. L’ambiguité esl telle en effet, que je suis fâché de m’être servi de ce terme et de ne m’êtr( point contenté de décrire tout simplement l’éruption, sans luidonner denom Les termes Lenticulœ^ Punclicula, qui leur donne Fracastor, ne présentent poinlf™f une idée juste des taches que j’ai vues con|“^ stamment. Si nous l’appelousavec le doc ™ leur de Haen et d’auti es écrivains, morbiè pulicaris, il ne s’y trouvera de ressciu :^^ bliince avec les piqûres de puces que dam! la couleur de ces taches; encore celles-c! .sont-elles toujours moins rouges. Le terme de fièvre pourprée conviendrait encor/ moins, parce que je me suis rarement apef çu de la couleur pourprée, et encore n’é
tail-ce que lorsqu’il y avait sur la peai r
de grandes pustules ou des raies d’um fis longueur considérable. Diemerbroeck sur la peste, dit que la mortification dans les pétéchies, s'étend depuis la peai
fl) De Febrib.; lib. iv, cap. xiv. ^ (2) Voyez-en la relation dans les Ob servalions sur les maladie^ des armées lit part. III, chap. yii, §vi.
A MM. DE HAEN ET GABER
iisqu’au périoste. Il est clair qu’il ne peut entendre que des taches couleur de pourpre telle qu’on en aperçoit çà et là dans une petite vérole d’une mauvaise espèce, et non ces ébullitions qui paraissent dans la fièvre d’hopital ou de prison, qui couvrent souvent le tronc, les bras et les jambes d’une manière si serrée, qu’à une petite distance on peut à peine distinguer les interstices. Le docteur de Haen dit qu’on appelle les pétéchies, en allemand Pfe^erkorn (grains de poivre), à cause de leur figure ronde (1); et dans un autre endroit (2), il les définit punctula rubra^ aut cinerea^ aut purpurea^ auilwida^ aut nigra. Je n’ai jamais remarqué à ces petites taches de figure régulière dans la fièvre d’hôpital ou de prison , ni de couleur cendrée, si du moins il entend par là la couleur des cendres de bois. Je ne les ai jamais vues noires, ou d’un pourpre véritable, quoique les larges raies en aient le coup-d’œil. Peut-être que les appartements à poêle, et ceux dont l’air n’est pas renouvelé, qui sont si communs 2n Allemagne, peuvent, avec un régime trop chaud que le docteur de Haen coniamne avec raison, produire dans les fièvres communes ces taches qui ressemblent à des morsures de puces, et qu’il ippelle pétéchies ; tandis que, ne s’étant jamais trouvé dans le cas de visiter les malades dans les prisons, ni dans les lôpitaux malpropres et trop pleins des irmées, il n’a point eu occasion de voir .'éruption qUe je nomme pétéchiale, ni a fièvre de prison ou la fièvre pestileu- [tielle , qu’accompagne si souvent cette éruption. Je n’ai point trouvé non plus jju’aucun auteur ait défini celte érup- [iion de manière à me faire croire qu’elle jîst la même que celle que je décris. — Le docteur fluxham qui , pendant la iernière guerre, eut de fréquentes occasions de voir à Plymouth cette maladie, [tandis que les prisons de cette ville jétaient pleines de prisonniers français, iît les hôpitaux remplis de nos matelots, îhserve dans un chapitre sur les fièvres putrides, malignes et pétéchiales « que •) la peau paraissait quelquefois, pour > ainsi dire, marbrée et variée d’une couleur approchant de celle de la rou- I») geôle, mais plus livide. )> C’est, à peu de chose près, ce que j’ai remarqué. Ce-
, (1) Page 27.
: (2) Page 31.
pendant, comtûece savant fait également mention des pétéchies comme d’un symptôme de la même fièvre, je puis seulement conjecturer qu’il veut parler de la même éruption, et qu’il appelle éruption pétéchiale, quand les taches sont seules, et qu’on peut aisément les distinguer. — Je considère ces taches, que j’ai appelées pétéchies^ comme des effusions de la sérosité teinte par quelques globules rouges qui, étant dissous par la putréfaction, entrent dans les vaisseaux séreux; que ces effusions se font dans les cryptes ou cellules de la peau. Ces cellules sont plus petites, mais semblables à celles de la membrane cellulaire qui forme la peau, suivant les meilleurs anatomistes (1), et peut-être n’est-ce qu’au tissuplus serré de la peau du visage, qu’il faut attribuer que ces effusions s’y font si rarement remarquer. A l’égard des raies d’une couleur plus pourprée, je les soupçonne causées par de semblables extravasions, dans les endroits où le malade s’étant par hasard gratté, les petits vaisseaux de la peau, devenus par la putréfaction plus flasques, ont cédé. Car j’ai quelquefois remarqué que ces raies étaient tellement parallèles les unes aux autres, que je ne puis m’empêcher de penser qn’elles sont produites par l’impression des doigts (2).
(1) Haller, Prim. lin. physiol. 424.
(2) Le docteur de Haen dit: (Theses sistentes, pag. 33) ncc sola macuLarum sedes culicula est, etc,, et il ne fait pas mention en cet endroit que la peau soit le siège des pétéchies, mais l’épiderme; ce qui m’étonne, vu que l’épiderme n’ayant, autant qu’on peut le savoir, ni cellules ni vaisseaux, n’est point susceptible de couleur inllammatoire, et les effusions ne peuvent se faire entre la peau et l’épiderme, qu’il ne se forme des pustules, ou quelque élévation de la dernière; ce que je n’ai jamais remarqué dans cette éruption. De plus, j’observe que le docteur de Haen se joint aux auteurs qui prétendent que la base des pétéchies est dans la graisse et la chair, et qu’il ne s’éloigne pas de Diemerbroek qui pensait pouvoir les suivre depuis le périoste, où elles avaient leur base qui allait toujours en diminuant vers la peau. Si Diemerbroek a trouvé ces substances pyramidales mortifiées, quelle doit être, à plus forte raison, la mortification du corps à la racine de nos pétéchies, quand leurs points couvrent presque entièrement la peau? Cependant Iç malade peut
RÉPONSE
Le docteur de Haeii convient, suc l’autorité de Sydenham et de quelques auteurs, « qu’on peut considérer les pé- » téchies comme critiques dans la fièvre » pestilentielle », mais il ajoute « qu’il » croit que cette éruption arriverait ra- » rement dans la peste même, si l’on sui- » vait strictement la méthode anti-phlo- » gistique de Botallus et de Sydenham » (1). » Cela posé, que doit-il penser des pétéchies dans les temps qui ne sont pas pestilentiels, tels que le nôtre? L’auteur nous dit ensuite ce qu’il pense là-dessus, en appliquant aux médecins qui exercent actuellement cette profession en Allemagne, la censure que passe Sydenham sur ses contemporains, à cause qu’ils changent, par un régime trop chaud, des fièvres communes en fièvres pétéchiales et en miliaires (2). A l’égard des dernières en particulier, quoiqu’il dise avec justice , d’après Sydenham, miliaria exan^ thematafrequentius mala arle progig7ii, sponte Longe rarius (3) , cependant il insinue assez fortement en un autre endroit que , si l’on traitait la maladie d’une manière convenable, on ne s’apercevrait jamais de celte éruption, comme on peut s’en convaincre par le passage suivant : Liceatne id addere^ quod et medici complures et ego in nosocomioy swe in vigore morborujn, sive eorumdem in fine, nunquam nos tris in agris, quibus a principio affiieramus arbitri, miliaria deteximus (4). Quoique la fièvre miliaire ne fasse point, comme je l’ai dit, partie de mon sujet, cependant je dois observer ici en passant qu’à quelques excès que l’on ait porté le régime chaud du temps de Sydenham (et je suis persuadé qu’il était considérable) , ou quels que puissent être encore les sentiments particuliers de quelques médecins parmi nous, la meilleure méthode , et même la générale, est à présent trèsdifférente. Au commencement de toutes les fièvres nous saignons, nous tenons le
même alors recouvrer non-seulement la santé, mais encore n’être point sujet à aucune séparation des parties , comme dans une véritable gangrène. Il s’ensuit donc que Diemerbroek s’est trompé, ou que ses pétéchies étaient très-différentes de celles dont j’ai donné la description.
(1) Theses. etc., pag. 53.
(2) Ibid., pag. 35, 30.
(3) Ibid., pag. 68.
(4) Ibid., pag. 66, 67,
ventre libre, nous recommandons un air libre , nous donnons les acides, des liqueurs délayantes et des diaphorétiques d’une espèce rafraîchissante; cependant, eu de certaines saisons, les éruptions miliaires paraissent, et quelquefois elles soulagent le malade et donnent une tournure favorable à la maladie.
A l’égard de la fièvre de prison ou d’hôpital, je soutiens avec encore plus de confiance que les pétéchies qui l’accompagnent ne sont point l’effet d’un régime chaud, et qu’au contraire ces exanthèmes n’étaient jamais si sujets à paraître que lorsque le malade avait été saigné copieusement au commencement de la maladie , et que dans son état avancé il n’avait point pris de cordiaux. Cela n’est point en effet étonnant ; ces taches étant les effets de la putréfaction , elles sont bien promptement produites quand les facultés vitales sont à leur plus bas point. Ainsi ces taches ne paraissent quelquefois qu’aux approches de la mort, ou même après , au lieu que la petite vérole, la rougeole, le pourpre, les érysipèles et les pustules miliaires, étant toutes d’une nature inflammatoire et accompagnées d’un peu de tumeur, sont plus sensibles quand la circulation est forte, et d’un autre côté elles s’affaissent constamment ou disparaissent même tout-à-fait quand le malade est près de sa fin. N’estce point une preuve qu’il y a une différence spécifique entre la fièvre d’hôpital ou de prison et la fièvre miliaire? — Le docteur de Haen ne prête pas non plus une attention suffisante à ce que dit Sydenham au sujet des pétéchies. Car, quoique ce savant les attribue la plupart du ’ temps à un régime trop chaud, il re- , connaît cependant qu’elles viennent d’elles-mêmes dans la peste et la petite vérole confluente (l). Or, j’ai taché de prouver que la fièvre de prison ou d’hôpital appartenait à la classe des maladies pestilentielles. Sydenham croit véritablement que les pétéchies qu’il décrit ne viennent que d’un haut degré d’inflammation , mais il l’avance sans le prouver, je trouve beaucoup plus probable qu’elles sont, comme je l’ai observé, des effets d’un sang dissous par la putréfaction ,
(1) Raro sponte sua efflorescunt, præterquani sub adventu pestis ipsius, atque in initio variolarum istarum confluentium, quæ summæ inflammationis participes sunt. (Sydenh., Sçhedul monitor.)
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A MM. DE HAEN ET GÀBER
principe dont ce savant ne paraît point instruit. Quant à ce que les taches sont rarement critiques, je vais au-delà de Sydenham et du docteur de Haen, et j’ose dire que, même dans la peste, je doute beaucoup que les pétéchies soient plus critiques que dans la fièvre de prison ou d’hôpital, où véritablement elles ne le sont jamais, comme je l’ai dit expressément dans les observations sur les maladies des armées (1).
Enfin , à l'égard du régime chaud dans la fièvre miliaire et dans la pétéchiale , que le docteur de Haen nous reproche, au docteur de Huxham et à moi , il est évident que l’accusation qu’il m’intente est injuste , puisque je ne dis rien de ma méthode de traiter les fièvres miliaires, et qu'il paraît que sa fièvre pétéchiale est bien différente de celle de notre hôpital. Mais, supposé qu’elles fussent la même, cet auteur aurait dû faire quelque distinction, et observer que le régime que je prescris est bien éloigné d’être absolument chaud. Lorsque les premiers symptômes paraissent, je conseille, de même que Sydenham dans la peste, de faire suer, afin de prévenir la fièvre. Mais ces sueurs même ne doivent être provoquées que par des sudorifiques doux. Une demi-drachme de thériaque, avec dix grains de sel de corne de cerf délayés dans du
(1) Après avoir publié ce que l’on vient de voir, relativement à la distinction que j’imaginais qu’on pourrait faire entre les pétéchies du docteur de Haen et les miennes, j’ai été confirmé dans mon sentiment par le docteur Huck. Ce savant étant en 1763 à Vienne, on lui permit l’entrée des hôpitaux de cette ville, et il eut en particulier la satisfaction d’accompagner le docteur de Haen lui-même, et de voir , avec ce célèbre médecin , quelques malades qui avaient la fièvre qu’il appelle pétéchiale. Le docteur Huck examina ces taches en présence dii docteur de Haen, et m’assura qu'elles n’avaient presque aucune ressemblance avec celles que j’ai appelées taches pétéchiales, et qu'il a vues lui-même si souvent dans les liôpitaux des armées; mais qu’elles ressemblaient tellement à des piqûres de puces, qu’il était disposé à croire qu’on pouvait prendre aisément l’une pour l’autre. Le docteur Huck ajouta qu’il avait vu plusieurs cas de ces lièvres dans d’autres hôpitaux de Vienne, mais qu’il n’avait remarqué aucune de ces taches d’un pourpre foncé, qui pa-
Pringle.
petit-lait fait avec le vinaigre, et donnés une fois eu vingt-quatre heures, n’est pas, pour un soldat couché dans un lit sans rideaux, et souvent dans une salle froide , un remède bien échauffant.
Gomme je sais persuadé que je me suis garanti par les sueurs plusieurs fois de celte fièvre, lorsque j’avais tout lieu de croire que j’avais pris l’infection, je recommande aux autres une pratique qui m’a été personnellement si utile. Mais je conviens que, suant aisément , mon sudorifique n’était que de l’esprit de corne de cerf avec du petit-lait fait avec le vinaigre, ou du spiritus Mmdereri dans quehjue liqueur délayante. La fièvre une fois formée , le malade prenait les mêmes remèdes que dans les cas inflammatoires, et je ne le mettais jamais au régime chaud, si tant est qu’on puisse lui donner ce nom, que le pouls ne fût abattu et que les forces ne lui manquassent, ayant toujours attention de modérer ce nouveau régime, qui consistait principalement en vin , de façon à ne point augmenter la chaleur fiévreuse, à plus forte raison à ne point forcer les sueurs, ou à hâter quelque autre crise avant la période naturelle à cette maladie. — « Ayant remarqué, ai-je dit expressé- » ment dans toutes les éditions précé-
raissent;^ans une petite vérole d’une fâcheuse espèce; et, par conséquent, qu'il creyait qu'on devait les considérer comme non moins spécifiquement différentes des maciilœ piirpureœ varîolarum, que de celles qui accompagnent la fièvre d’hôpital ou de prison. Il finissait par observer que ces taches pétéchiales des hôpitaux de Vienne se rencontraient la plupart du temps dans une espèce de fièvre plus légère; et il expliquait par là les succès extraordinaires qu’eut le docteur de Haen en guérissant un si grand nombre de ces fièvres pétéchiales , dont ce savant fait mention , page 86 de scs Thèses. Sans cette différence , comment pourrait-il arriver que cinq cents soldats, ou environ, étant admis dans un hôpital avec des fièvres pétéchiales, il n’en mourût que douze dont la maladie était trop avan,cée? Depuis cette relation, j’ai vu èn cette ville, avec le docteur Iluck, trois différents cas des pétéchiesqu’a décrites le docteur de Haen, et j’ai trouvé que non-seulement ces taches , mais encore les symptômes de la maladie étaient très-différents de ceux de la lièvre d’hôpital ou de prison.
RÉPONSE
3) dentes, aussi bien que dans celle-ci , que le délire provenait de deux fautes 3) tout-à-fait contraires, les saignées abon- 3) dantes et réitérées, et le vin et les cor- » diaux donnés de trop tonne heure : il 3' s’ensuit de là que les principes concer- 3> nant le traitement sont fort délicats. » Ainsi un régime chaud et un rafraî- 3) chissant ne conviennent pas à tous les 3) malades, ni dans tous les différents pé- 3) riodes de la maladie (l). »
Le docteur de Haen aurait pu également faire attention avee quel soin je recommande une libre circulation de l’air, ce qu’aucun de ses élèves ne croira peut-être , après avoir lu les exclamations suivantes : Qiiam sapiebant præ nobis aniiqui l Videte apud Cœlium Aureliaiium methodicos , calidis in morbis, i?i id prœcipue intentos, ut cu~ biculum et amplam^ etaere bene perflaium et subfri^iduin esset (2), etc. Je souhaiterais qu’il eût pris garde au passage suivant, et qu’il m’eût rendu justice auprès de ses élèves , qui, d’après ses insinuations contre ma méthode dans cette maladie , ne s’attendent guère à trouver, dans mon chapitre sur la fièvre d’hôpital ou de prison, cet avertissement simple , et cependant presque aussi fort qu’aucun de ceux des anciens sur ce sujet , qu’on trouve dans toutes les éditions de mon ouvrage. « Dans le premier période de 3) la fièvre d’hôpital., de même que dans » les autres , la partie fondamentale de 3) la cure consiste à éloigner les malades 3) du mauvais air; si on ne peut le faire , 3) on doit s’attacher à leur procurer une 3) succession continuelle d’air frais par 3) le moyen du feu , ou en tenant les 33 portes et les fenêtres ouvertes , ou bien 3> purifier la chambre en y répandant du 3/ vinaigre, ou autres choses semblables. 33 Car quelque remède que l’on donne, 33 tant que l’air reste dans cet état de 33 corruption , et que même elle aug- 33 mente à cause de la transpiration des 33 malades , il y a fort peu d’espérance de 33 guérison. C’est pourquoi, dans tous les 33 périodes de la maladie, quand même le 33 malade ne respirerait d’autre air infect 3) que celui de son atmosphère, il n’en 33 serait pas moins nécessaire de tenir les 33 rideaux ouverts, et de lui procurer par 33 toutes sortes de moyens une succession
(1) Observations sur les maladies des armées, pag. 288.
(2) Theses, etc., pag. 61.
3) d’air frais. C’est de l’exactitude à ob- 33 server cette règle, que dépend en 33 grande partie la guérison de cette fiè- 33 vre (i). » A l’égard de la précaution de ne point accabler un malade de couvertures, j’avoue n’en avoir point parlé , parce qu’il n’y a point de médecin en ce pays-ci qui suppose qu’un malade, quelle que soit sa fièvre , doive être plus chaudement au lit que lorsqu’il se porte le mieux. On peut observer que je joins à ce régime rafraîchis«ant l’usage des acides et la diète la plus tenue. Par conséquent il n’y a point jusqu’ici à craindre de ce régime aucun symptôme inflammatoire. Le peu de racine de contrayerva qui entre dans la poudre composée de la pharmacopée de Londres, à la dose (2) que je spécifie, ne peut occasionner de chaleur sensible, et même alors elle était jointe au nitre. Le camphre, à une dose aussi petite , ne peut échauffer que par accident , c’est-à-dire lorsqu’il ne s’accorde pas avec l’estomac, et alors on en discontinuait l’usage.
Ce n’était donc que dans l’état avancé et bas de cette fièvre , que je commençais à soutenir les forces du malade par des cordiaux , dont l’effet était plutôt de diminuer l’ardeur que de l’augmenter.
J’ose assurer qu’avec ces remèdes , et principalement le vin , j’ai souvent vu tous les symptômes se changer en mieux; c’est-à-dire, la tête devenir plus libre , la peau plus fraîche et' la soif de beaucoup diminuée. Il n’y a pas sujet de s’en étonner , quand on vient à considérer combien il est probable que la putréfaction gagne du terrain par l’abattement du principe de vie , et qu’elle oc.casionne celte chaleur pleine d'acrimonie si remarquable en cette maladie. Je ne donnais ici le sel de corne de cerf que par occasion dans de grands abattements; et même, en d’autres cas , je ne me suis jamais aperçu qu’il excitât une chaleur inflammatoire ou fixe , mais seulement une momentanée. J’employais constamment pour médecine ce que j’ai appelé décoction alexipharmaque. Elle consîs-
(1) Observations sur les maladies des armées, part, ni, chap. vu, §5.
(2) Dans un scrupule de ce remède, qui était la dose que je donnais ordinairement une fois en six heures, il n’y entre environ que cinq grains de racine de contrayerva; le reste de la composition n’est qu’une poudre testacée.
A MM. DE tïAEN ET GABER?
lait en quinquina, serpentaire et en une dose légère à'aqua alexiteria spiriluosa cumacelo. Il faut espérer que, quoiqu’on ait souvent abusé des alexipharmaques à l’égard du choix, de la dose et des cas où il est à propos de les donner, ce nom n’offensera personne. Quatre cuillerées de cette décoction une fois en quatre ou six heures à un soldat dont le pouls est abattu , et qui est dans un lit sans rideaux , occasionnait rarement une chaleur extraordinaire. Si cela arrivait , ou j’en ordonnais une plus petite dose, ou, croyant que le temps propre à administrer les remèdes chauds ou fortifiants n’était pas encore venu , j’en suspendais l’usage pendant un jour ou deux. La disgrâce des alexipharmaques se doit principalement attribuer à ce que l’on y a joint les opiats, comme dans la thériaque, le diascordium, etc. Mais on në s’eu est*jamais servi dans la fièvre d’hôpital, à moins que ce n’ait été pour réprimer un cours de ventre trop abondant , ou vers le temps de la crise , quand le malade dépérissait faute de repos ; et j’ai remarqué que les opiats faisaient alors un très-bon effet (1).
Enfin, le docteur de Haen peut conip-
(I) On s’imaginerait difficilement, par ce que dit le docteur de llaen de l’usagequ’il a fait lui-même des cordiaux dans l’état bas des fièvres miliaires, pétéchiales et nerveuses, afin d’amener une crise ; on aurait, dis-je, de la peine à s’imaginer qu’il pût trouver à blâmer cette partie de ma méthode dans celte fièvre pestilentielle que j’ai traitée, où le principe de vie était si sujet à manquer. Ce savant, après avoir condamné, dans le docteur Huxham, l’usage trop libre de la confectio Ralehjhuüia, theriaca Andromachi, radix serpentariœ Virginiancc, rudix conlragervœ, sal cornu cervi, vinum rubrurn cwn rnace et cinnamomo nstulalum , etc. , dans les fièvres nerveuses, ajoute ces mots : Lubens j equidem fateor, cardiaca ejusmodi , nonj nunquam danda esse, ut labascens ïn morbîs ; natura ad bonam crisin animetur; at vero ! omnium morborum curam , in quibus ma- I ligni quid apparere suppo7iitur , hisce exci- \ tantibus perpetuo aggredi velle , Hippocra- ’ tic7im non est, Sydenlmmianum non est»
; J’ai pareillement adopté ces principes , et j’ai lâché de régler ma méthode en conséquence, non point parce qu’ils étaient adoptés par Hippocrate ou Sy- ; denham, mais parce qu’ils étaient le ré- ' sultat de l’expérience.
ter que le régime que j’ai proposé pour cette fièvre n’a d’abord eu d’autre fondement que l’expérience, et que je ne m’y suis déterminé qu’après avoir remarqué les mauvais effets d’une méthode contraire, soit par des saignées trop copieuses ou trop fréquentes dans les commencements , soit en donnant de trop bonne heure des choses chaudes, afin de relever le pouls quand il commence à s’abattre, soit pour forcer une crise avant la période ordinaire à celte maladie.
Quelques-unes des médecines sont peutêtre superflues, mais je suis bien sûr qu’il n’y en a aucune de nuisible. J’ai pensé qu’on aurait pu omettre la première , je veux dire les poudres diaphoréliques consistantes en poudre de conlrayerva composée, piihis contrmjer^œ compositus, camphre et nitre, puisque je ne me suis jamais aperçu qu’elle eût diminué la fièvre, ou affaibli quelques-uns des symptômes. Mais, m’étant fait une fois une méthode qui a produit autant de guérisons qu’on pouvait l’attendre dans les circonstances de mes malades, qui se trouvaient exposés à un air corrompu, à un bruit continuel , et souvent négligés par les gardes , je n’essayai point de réduire ma niéthodc à une plus grande simplicité que celle dont j’ai lait mention. Cependant, quelque confiance que j’aie dans les ordonnances que j’ai publiées, je suis toujours prêt à y faire les changementsconvenablcs, sur les représentations de ceux qui auront eu autant d'occasions que moi de voir et de traiter cette fièvre. Mais de n’opposer qu’une simple théorie , ou une analogie avec d’autres fièvres, dont on peut si bien contester la ressemblanee, ou des maximes générales tirées d’Hippocrate ou de Sydenham , aux observations que j’ai présentées, comme le résultat d’une ])ratique longue et pénible, dans une maladie qu’aucun médecin ne pouvait bien connaître que dans des circonstances pareilles à celles où je me suis trouvé; c’est une manière d’écrire, j’ose le dire, plus propre pour des disputes d’école , que pour l’instruction d’un médecin qui exerce.
II. Je me vois forcé de relever quelques autres inadvertances du docteur de Haen à mou sujet. En parlant du camphre, il dit : (1) Quaniisne laudibus e/-
(1) De Haen, Ratio medendi, part* iir, cap. 1.
RÉPONSE
Jertur in malignis camphora , veluti collapsas vires blande resiaurans ^ et somnum ipso opio tutius adducens !
Consulite modo egreo^ios viros Huxham et Pringle. Il ajoute que les médecins de Breslaw n’ont point trouvé à ce remède une pareille vertu dans une fièvre maligne épidémique de ce pays , et qu’au contraire ils ont remarqué qu’il faisait plutôt du mal. Quoique l’auteur n'ait point eu l’intention de faire aucune réflexion à mon désavantage , le lecteur ii'en sera pas moins surpris de me voir soutenir que je n’ai jamais attribué au ciinphre une qualité parégorique ou res» taiirative , et que je n’ai point employé d’expression qui pût donner lieu de l’entendre de la sorte. Je l’ai donné dans des fièvres inflammatoires, mais dans aucune autre intention que d’aider à diminuer les spasmes et à provoquer une sueur; el, lorsque je le prescris dans le délire qui accompagne quelquefois la fièvre d’hôpital, je ne parle pas même en cet endroit des qualités ci-dessus énoncées , je le présente seulement pour un des meilleurs remèdes internes pour ce symptôme , c’est-à-dire pour un des meilleurs dont j’eusse alors connaissance; ce qui, en vérité, n’était pas dire grande chose en sa faveur. Il est vrai que dans mes expériences j’ai attribué au camphre une qualité anti - septique considérable ; mais cela n’a aucune liaison avec les vertus en question ; el je ne l’ai jamais donnérpour celte raison avec moins de circonspection. On dirait que le docteur de Haen, trouvant beaucoup de rapport entre le docteur Huxam et moi , à l’égard de la fièvre de prison et d’hôpital, a cru qu’il y avait entre nous deux une telle harmonie, que dès que ce savant avait dit quelque chose, je devais être du même sentiment, et en être responsable aux médecins de Breslaw.
lit. Le docteur de Haen fait mention, dans la première partie de son livre intitulé Ratio Medendi ^ de quelques expériences qu’il a faites à mon imitation sur l’urine avec des anti-septiques. Il trouva que les acides résistaient à sa putréfaction plus qu’aucun sel alcali, si l’on excepte l’esprit de corne de cerf. Ce savant ne me contredit point en cela , comme l’ont imaginé quelques-uns de mes amis; puisque, ne doutant point que les acides ne fussent en général supérieurs aux alcalis par leur qualité anti-septique , je n’ai jamais fait d’essai de comparaison. J'ai de plus ici la satisfaction de trouver
un homme du mérite du docteur de Haen,' qui confirme ce que j’ai avancé il y a long-temps; je, yeux dire que les alcalis volatils sont très-puissants pour préserver les substances animales de la corruption. Je souhaiterais seulement que le docteur de Haen eût parlé avec plus de précision de ses expériences , et qu’en particulier il eût dit en quelles proportions il s’était servi des acides et des alcalis : car, que l’esprit de corne de cerf ail plus résisté à la putréfaction que pareille quantité d’aucun des acides minéraux, cela doit paraître un plus grand paradoxe qu’aucun de ceux que j’ai avancés. Mais, lorsque dans le paragraphe suivant, l’auteur ajoute : Constililque urinam alcalïcs ( nempe salibus alcalicis Jîxis) mixiam longe citius puirescere crt, cui affiisum nihil ; c’est-à-dire:
« que de l’urine avec des alcalis fixes se » putréfie beaucoup plus tôt que de l’uri- )) ne où on n’arienmis »; ilcontredit clairement les conséquences que j’ai tirées de ces expériences, qui n’admeltentpoint de qualités septiques dans aucune espèce d’alcalis fixes ou volatils. — Pour voir donc lequel de nous deux avait tort, je fis l’expérience suivante vers la fin de juin 17G0. Je pris trois fioles d’environ trois ou quatre onces chacune ; je versai dans chacune une once d’urine récente d’une personne en santé. 8ur l’une je mis cinq grains de sel de corne de cerf; le sel étant d’une force plus constante que l’esprit qui varie suivant la manière dont on le prépare, et le temps qu’il y a qu’il est fait. Dans la seconde fiole je mis autant de ce sel qu’on vend dans les boutiques pour du sel d’absynthe , mais qui en effet n’est autre chose qu’un sel lixiviel parfaitement calciné , qu’on tire des cendres de végétaux quelconques. Je ne mis rien dans la troisième, voulant la faire servir d’étalon. Ces fioles étant bouchées, je les plaçai dans un cabinet exposé au midi, de sorte que, vu la saison, elles étaient assez chaudement. Dans le moment du premier mélange, la fiole où était le sel de corne de cerf n’avait guère d’autre odeur que celle d’un alcali volatil. Celle au sel d’absynthe devint , en la secouant , trouble et blanchâtre sans aucune effervescence , mais elle répandit une odeur désagréable , semblable à celle que j’ai remarquée en mettant des sels lixiviels sur des substances animales. Le jour suivant l’étalon n’était pas si frais qu’au commencement ; la fiole où était le sel de corne de cerf sentait
A MM. DE HAEN ET GABER
comme auparavant; celle de l’alcali fixe commençait à avoir l'odeur d’un sel volatil , mais beaucoup moins désagréable que celle d’urine croupie. Deux ou trois Jours après, je ne pus qu’à peine distinguer entre l’odeur de la fiole au sel de corne de cerf, et celle de la fiole au sel d’absynthe. Cette ressemblance continua pendant vingt-quatre jours, après quoi je cessai d’examiner ces mélanges. A l’égard de l’étalon, il fut pendant tout ce temps d’une odeur désagréable , ne ressemblant ni à celle du sel de corne de cerf, ni à celle de la chair ou du sang corrompu , et je remarquai de la moisissure à la surface, quelques jours avant que j’eusse cessé de les examiner.
Au commencement de septembre suivant, je mis une once d’urine récente dans une fiole à large ouverture, et j’y ajoutai six ou sept grains du même sel alcali fixe qu’auparavant, et dans une autre autant d’urine sans aucune addition,afin de la faire servir d’étalon. Je plaçai ces fioles dans un endroit un peu humide, mais à couvert, afin qu’il n’y tombât point de pluie, car je ne les bouchai pas. La mixture au sel fixe se troubla comme auparavant, lorsqu’on vint à agiter la bouteille; il se précipita ensuite un sédiment blanchâtre , dont j’aurais dû parler dans ma première expérience.
L'odeur de cette fiole parut, en y mêlant le sel, aussi désagréable qu’auparavant ; le jour suivant elle le fut moins, et le troisième jour elle commença à se changer en odeur de sel de corne de cerf, qui augmenta peu à peu ; mais ce mélange conserva toujours quelque peu de l’odeur fétide de l’urine ordinaire croupie. La fiole qui servait d’étalon n’eut point , pendant encore huit jours, d’odeur de sel votatil, mais elle était d’ailleurs trèsdésagréable, et je trouvai à la surface de l’écume moisie plus épaisse qu’à la première expérience. Je ne fis plus attention à ces fioles qu’environ treize jours après, et alors elles avaient toutes deux une odeur de sel de corne de cerf ; mais celle de l’étalon, c’est-à-dire l’urine seule, était plus désagréable et avait quelque chose de fétide. La couleur de cette dernière’fiole était aussi plus foncée, ce que je considère comme une autre preuve d’un plus haut degré de corruption.
Car j’ai remarqué que l’urine devient plus brune à proportion du temps qu’on la gardejusqu’à ce qu’elle soittout-à-fait putréfiée. Et, en ce cas, la règle est d’autant plus sûre, que, lorsque l’urine
vient à déposer après qu’on y à mis de l’alcali fixe, elle est plus brune qu’auparavant, c’est-à-dire que, le second jour de l’expérience, l’iirine à l’alcali fixe n’était pas si pâle que celle de l’étalon, mais elle l’était beaucoup plus le treizième jour.
Je me suis borné à ces essais, content de ne m’être pas trompé sur les qualités anti-septiques générales des sels alcalis fixes, et d’avoir découvert la cause delà méprise du docteur de Haen. C’est une chose bien connue, que l’urine contient non-seulement quelques-unes des parties corrompues des humeurs que la nature évacue par les reins aussi bien que par la peau, mais aussi une grande quantité d’uue espèce de sel ammoniac^ c’est-à-dire d’un sel composé d’un acide et d’un alcali volatil. Or, cet acide ayant plus d’affinité avec le sel alcali fixe, dont on s’est servi dans les expériences cidessus , qu’avec son propre sel volatil, l’abandonne, et, s’attachant au sel fixe, laisse évaporer l’autre, à peu près de la même manière qn’on produit une odeur volatile d’urine, en mettant du sel d’absynthe ou de tartre sur une dissolution de sel ammoniac. Seulement, dans le cas de l’urine, en combinant l’alcali fixe avec l’acide de l'urine, l’évaporation du sel volatil de l’urine , qui vient en conséquence, se fait lentement, à cause d’une substance huileuse ou muquense, dont ce fluide est pareillement imprégné. Il ne s’ensuit donc pas que, parce que l’urine se putréfie, laisse toujours évaporer son sel volatil, que toute urine qui perd ce sel soitdansun état putride. Car, en distillant de l’urine récente, la même espèce de sel se dissipe avec son odeur volatile, et, sans tout ce procédé, la même chose arrive à l’instant en y mêlant de la chaux vive. Bien plus, un sel alcali fixe dégage sur-le-champ le volatil, et donne par là une odeur de vieille urine à de l’urine récente où l’on a mis dissoudre Tde l’alcali fixe, tandis qu’elle était bouillante. Ce sel volatil se sépare même dans le corps par l’opération de la nature. J’ai eu une fois occasion de le remarquer chez une personne qui prenait depuis long temps les remèdes de madame Stephen, c’est-à-dire des choses considérables de chaux et d’alcali fixe. L’urine de celte personne étant tout-à-fait récente, avait non-seulement l’odeur volatile dont je fais mention, mais encore elle faisait une forte effervescence avec les acides cominuiis. Comme je parais-
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sais douter de cette expérience, il m’en rendit sur-le-champ témoin. — Je soupçonne donc que le docteur de Haen, ne faisant point attention à ce principe chimique, s’est laissé tromper par l’odeur volatile de l’urine, occasionnée par le mélange d’un alcali fixe, qu’il a prise pour son odeur putride. Et même , quoique convaincu par ses propres expériences de la forte qualité anti-septique du sel de corne de cerf, il n’a pu se garantir tout -à -fait du préjugé commun, qui confond l’odeur volatile avec la putride. Mais celle distinction entre un sel alcali et une matière putride (dans une substance animale qui se dissout ) que j’essayai d’expliquer dans mon Traité sur les substances septiques et anti - septiques , le savant M. Gaber (de Turin) l’a mise dans tout son jour, par de curieuses expériences et les réflexions judicieuses dont il les a accompagnées.
Je vais maintenant en dire un mot. — Il y a quelque temps que ce sax'ant me fit présent d’un ouvrage nouveau, intitulé:
Miscellanea P hilosophico-Mathemalica Societaiis prwatœ Taurinensisy accompagné d’une lettre obligeante, dont je vais rapporter quelques endroits. JEx tuis experimentis mea naia sunt, quorum aliqua in hoc libro perle^ere possis, reliqua quæ nonclum ita absoluia siint, ut publicam lucemoidere mereaniui\ in posterum^ si libeîiter feras, tibi communicabo. Ilœc aiitem expérimenta, curn pleriimque tuis consentanea Jaerint, in ea tarnen re a te me disseniire cogunt quod alcali existeniiam in corruptis humoribus dubiam redidisti :
rationes propterea proposai quibus eventuum dissimililudinem adscribendam putaoi, quas tu ipse facilius quant ego assequi poteris, si tuam experiundi melhodum cum mea comparare valueris.
Le point en question a rapport à ma première expérience, qui fait voir que les corps ne deviennent nullement alcalins par la putréfaction , ou du moins bien peu. Mais cet ingénieux auteur prouve clairement, dans le livre auquel Il fait allusion dans sa lettre ; « que les 3) marques d’alcalescence dans les sub- 3) stances animales qui se putréfient sont 3j plus ou moins grandes, ou même qu’il 3) n’en paraît point , suivant le plus ou » moins de temps qu’on fait l’expérience 3) après le commencement de laputréj) faction ; que ces substances, au comi) meneement de leur putréfaction, ne
3) font point d’effervescence avec les aci- » des, qu’elles en font ensuite d’une ma- 3) nière sensible ; mais, qu’à la longue, 33 elles cessent d’en faire, quoique la pu- 33 tréfaction continue toujours. )3 Les expériences qui prouvent ces faits, étant répétées avec autant de clarté et de précision, ne me laissent aucun lieu de douter de la vérité de ce que soupçonne M. Gaber, c'est-à-dire, « que >3 je n’ai fait mes expériences sur les 33 corps putrides qu’avant qu’ils fussent 33 suffisamment corrompus, ou qu’après 33 l'évaporation totale du sel volatil , 33 quoique la putréfaction continuât tou- 33 jours à se faire. 33 — Comme il y a long-temps que ces expériences sont faites, je ne saurais assez m’en rappeler les circonstances pour que je puisse juger si j’ai versé l’acide dans les liqueurs putrides avant ou après l’évaporation du sel volatil; mais, comme je suis persuadé que c’est l’un ou l’autre, je conviens de mon tort, et j’avoue «que, tandis que les substances animales sont dans un état de putréfaction, il y a un temps où elles donnent des marques d’un sel alcali par leur effervescence avec les acides. Je suis d’autant plus porté à adopter ce sentiment, que j'ai été lémoiu que des acides faisaient effervescence avec de la bile corrompue, ce qui appuie assez bien les expériences de M.
Gaber.
Un gentilhomme, âgé de trente-six ans , mourut d’une hydropisie qui lui survint à la suite d’une jaunisse obstinée. On l’ouvrit vingt -quatre heures après sa mort. Le foie, étant mollasse, parut être dans un état de corruption. La vésicule du fiel était pleine de bile, et trois fois plus grande qu’à l’ordinaire. Le conduit commun était bouché d’une manière si serrée à son entrée dans le duodénum, qu’en le pressant on ne put faire passer déjà bile de la vésicule dans cet intestin. Comme cet examen se fit à la lumière, je ne pus alors bien juger de la couleur de la bile ; mais, le lendemain matin, le chirurgien, M. Forbes»
qui avait ouvert le corps, retourna à la maison du défunt, et fit , à ma prière ^ l’expérience précédente sur cette liqueur qu’on avait laissée toute la nuit dans une tasse à café, dans une chambre sans feu, en hiver. Il partagea celte bile en trois parties : sur l’une il mit du sel aleali fixe, qui n’occasionna aucun changement dans la couleur qui était d’un vert foncé : dans la seconde, il vem quelques gouttes
A MM. DE HAEN ET GABER
d’esprit de vitriol ; et, dans la troisième, du vinaigre ordinaire. Il remarqua dans ces deux fioles une effervescence sensible , et la couleur changea et devint d’un vert léger. On ne poussa pas plus loin cette expérience; mais je ne doute point que, si on eût laissé à la bile le temps de se corrompre encore plus, l’effervescence aurait diminué à proportion du degré de putréfaction, et aurait enfin cessé tout - à - fait par la séparation de l’alcali d’avec les parties corrompues, conformément aux observations de M.
Gaber. Il s’ensuit de là, d’une manière encore plus évidente,» que le sel volatil, »dans les substances animales, estqùelî> que chose de bien différent de la par- » tie putride; qu’une substance animale » peut abonder en ce sel volatil, et ce- » pendant n’en être pas plus sujette à
» corruption ; qu’elle peut être d’un au- » tre côté très-putride, sans donner au- » cune marque d’alcalescence; et enfin, » que ces sels alcalis volatils sont tous » anti - septiques de leur nature. » M.
Gaber a démontré plus amplement ces principes que j’avais tâché d’établir. Je fais d’autant plus de cas de son travail, qu’il a convaincu le docteur de Haller.
Ce savant fait, dans le second volnme de sa Physiologie, page 84 , diverses objections contre mon sentiment, sur la distinction qu’il faut faire entre les substances putrides et les alcalines ; mais, ayant vu par la suite, tandis que son livre était encore sous presse, l’ouvrage de M. Gaber sur ce sujet, il avoue de bonne foi, à la dernière page, que les expériences de ce savant l’ont rapproché de mes sentiments.