‹ Observations sur les maladies des armées dans les camps et dans les garnisonsChapitre 70 sur 117 · PRÉFACE RE L’AUTEUR · texte numérisé non relu

PRÉFACE RE L’AUTEUR

Le sujet de Touvrage que je présente au public est des plus intéressants pour TAnglelerre , dont les flottes sont les plus puissantes et le commerce le plus florissant de toutes les nations. On suppose ordinairement que les armées perdent plus de soldats par les maladies que par les armes. Cette supposition a été vérifiée pendant la dernière guerre : nos flottes y ont perdu plus de monde par le scorbut que par les armes .réunies de la France et de l’Espagne. Outre les ravages étonnants que cette maladie a causés accidentellement dans les vaisseaux et les flottes , elle aCfecle presque toujours le tempérament des mariniers; et, lorsqu’elle n’est point portée au point de produire une calamité frappante , elle ne laisse pas que d'augmenter très-considérablement la malignité des autres maladies. 11 y a environ cent cinquante ans que Pierre Hawkins remarqua, dans ses observations sur un voyage dans les mers du Sud , que cette maladie était la peste de la mer. 11 produisit une énumération de dix mille mariniers morts de cette maladie dans l’espace de vingt ans qu’il avait été employé sur mer. Mais je me flatte de faire voir dans cet ouvrage qu'on peut prévenir ce malheur et obvier au danger d’une maladie si fatale. Je ne doute pas que le public ne reçoive favorablement des tentatives qui ont pour but de mettre un frein à un ennemi si redoutable.

C'est une matière à laquelle tous les médecins praticiens sont extrêmement intéressés : cette maladie ne se borne pas seulement aux mariniers , elle attaque aussi les armées de terre et est endémique dans plusieurs pays : on la regarde depuis plus d'un siècle comme le fléau de l’Europe. Cette partie de la médecine est cependant dans une telle obscurité , que même les plus savants ont besoin de nouvelles lumières sur cette matière. Le triste récit du scorbut qui ravagea l'armée impériale en Hongrie , la ville de Thorn en Pologne, et plusieurs autres relations insérées dans cet ouvrage, en sont la preuve.

Je vais rapporter en peu de mots ce qui a donné lieu à cet ouvrage.

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M. Waller ayant public la relation du voyage du lord Anson , la peinture vive et louchante qu'on y fait du triste état où cette maladie avait réduit l’équipage de ce commandant, excita plusieurs personnes à rechercher la nature d’une maladie accompagnée de symptômes si extraordinaires. On reconnut que les meilleures descriptions de cette maladie étaient dans les relations des voyages. On vit en même temps avec regret que ces descriptions n’étaient que des productions de gens de mer, peu instruits de la médecine, et qu’aucun médecin n’avait examiné cette maladie sur la mer, pour jeter du jour sur cette matière et pour dissiper les ténèbres épaisses dont elle est enveloppée dansdes ouvrages des médecins qui ne pratiquent que sur terre. Quelque temps après , la société des chirurgiens des vaisseaux du roi publia son louable projet pour favoriser le progrès des connaissances en médecine , par les soins réunis de tous ses membres , leurs différents voyages leur fournissatit roccasion d’observer la nature , d’anéantir les maladies et' d’apprendre les variétés qu’y apporte la différènee des climats, des sols et des -saisons. -- ^

. Je travaillai alors â un mémoire sur le scorbut, dans le dessein de le faire publier par cette société : ce sujet me parut mériter les recherches les plus exactes; Je fus obligé en conséquence de consulter plusieurs auteurs qui avaient écrit sur cette maladie; j’y trouvai des erreurs dont ‘les àuites avaient été trés-pernicieusès dans là pratique. Les mauvais effets qu’elles avaient déjà produits meflrent voir une nécessité évidente 'de les rectifier* Mais, comme il n’est pas facile de déraciner de vieux préjugés , ou> de renverser des opinions que le temps , la coutume et de grandes autorités ont établies , il est nécessaire pour cela de présenter avec impartialité un tableau de tout ce qui a été donné jusqu’ici sur le scorbut , dans l’ordre chronologique , afin de découvrir les sources de ces erreurs. 11 a fallu, pour pouvoir l’exposer avec clarté sous un point de vue convenable, fouiller dans une grande quantité' de matériaux : ainsi ce que je'croyais d'abord ne devoir être qu'une courte dissertation, est devenu un volume qui n’est plus conforme au plan et à l’institution de la société.

Je ne dois par omettre ici de témoigner ma reconnaissance à quelques dignes membres de cette société, lesquels ont fourni plusieurs excellentes observations pratiques, entre autres MM* Yves de Gosport , et Jean Murrai, célébré chirurgien à Wells. Malgré ces avantages, je ne doute pas qu’il ne se soit glissé plusieurs fautes de négligence, peut-être d'autant plus que l’ouvrage a été mis sous presse plus tôt que je ne m'étais

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d'abord proposé. Il y a cependant deux choses qui parai$sent devoir être, exceptées.

1° Le plan de l'ouvrage. Je suis fâché d’être obligé de débuter par une critique des auteurs qui ont écrit sur le scorbut ; ce début ne plaira peut-être pas à tout le monde. Il n’était pas aisé de trouver une naéthode, également à la portée de tous les lecteurs ; et, dans le fond, l’arrangement des chapitres n’est pas une matière fort importante. L’ordre que j’ai adopté est celui que doivent suivre dans l’examen de cet ouvrage les mé-\ decins et les savants qui ont étudié cette maladie, et qui ont vu tout ce que les auteurs en ont écrit. Il était nécessaire d’abord de tâcher de résoudre certaines objections qui peuvent s’élever de la doctrine qu’on a puisée dés sa jeunesse dans les écoles , afin qu’on pût examiner avec moins de préjugés la seconde partie de l’ouvrage. Quant à ceux qui no sont pas au fait de la matière , je leur conseille de commencer par la lecture de la seconde partie: elle les mettra en état de porter un meilleur jugement sur la première. J’ai placé à la fin de l’ouvrage la Bibliothèque, scorbutique, ou la collection des auteurs qui ont traité du scorbut ; on peut la consulter comme un dictionnaire. Il est bon d’avertir ici que, lorsque , pour éviter les répétitions, on trouvera simplement le nom d’un auteur dans la première et la seconde partie , il faut avoir recours à la table alphabétique : elle indique la page où le titre du livre est rapporté, ou bien son extrait dans la troisième partie.

Dans l’ordre des chapitres, j’ai fait précéder la cure préservative à la cure radicale, et, comme le premier de ces chapitres est très-étendu, j’y ai renvoyé en grande partie dans le second. Cette méthode de traiter le scorbut lui convient peut-être mieux qu’aucune autre. On verra que j’ai eu en vue , dans le plan que j’ai suivi , un auteur dont l’ouvrage a été généralement bien reçu ; c’est M. Astruc , De morhis vencreis. Si toutes les autres maladies étaient bien traitées de la même manière, on diminuerait extrêmement la multitude énorme de livres dont le nombre augmente encore tous les jours.

2° La critique doit excepter quelques répétitions : elles étaient nécessaires dans certains cas, pour étouffer des préjugés qui pouvaient alors s’élever naturellement , et pour fournir de nouvelles forces au raisonnement.

Pour ce qui est du contenu de l’ouvrage en général, j’ai tâché, dans la première partie , par une suite de raisonnements , d’établir ce qui y est avancé, sur les preuves les plus évidentes. Je l’ai confirmé par les autorités des meilleurs auteurs. J’ai été conduit nécessairement à celte

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désagréable partie de mon ouvrage , je veux dire à critiquer les sentiments des auteurs célèbres , non dans la vue de dépriser leurs travaux et de diminuer leur réputation, mais par l'amour du vrai et pour l'ulilité du genre humain. J’espère que des lecteurs sincères et judicieux regardeïont ces motifs comme une suffisante apologie des libertés que j’ai prises : Dîes diem docet.

Les principaux chapitres de la seconde partie contiennent une description de la maladie, ses causes et les moyens de la prévenir et de la' guérir : ils sont établis aussi sur des observations et des faits attestés. Je n’ai pas souffert que les illusions de la théorie aient influé sur la pratique et perverti le jugement ; et, afin que le certain précédât l’incertain , yai placé à la fin la théorie et les conséquences qu’on en peut tirer.

Dans la troisième partie, j’ai donné un abrégé de tout ce qui a été écrit sur ce sujet par les auteurs les plus célébrés, soit médecins ou autres. J’ai tâché d’exprimer toujours leurs sentiments avec autant de clarté et de précision qu’il m’a été possible. J’ai fait en sorte de m’exprimer plutôt, avec clarté qu’avec élégance , comme cela convient dans un livre de science. Connaître une maladie et la guérir est ce qu’il y a de plus essentiel é savoir; c’est pourquoi j’ai transcrit les symptômes et la curation des auteurs qui ne se sont pas entièrement copiés.

TRAITÉ DU SCORBUT o

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