CHAPITRE PREMIER
HISTOIRE CRITIQUE DES DIFFERENTS TRAITES QUI ONT PARU SUR CETTE MALADIE.
Il est surprenant de trouver dans les premiers auteurs qui ont écrit sur le scorbut, Ronsseus , Echtliius et Wierus (a) , non-seulement une description exacte de ses symptômes, mais encore une énumération de presque tous les vrais anliscorbutiques qui sont connus aujourd’hui. — Ronsseus croyait que c’était la même maladie que celle qui est décrite par Pline (â) et qui affligea l’armée romaine commandée par César Germanicus. Il observa qu’elle ne paraissait de son temps qu’en Hollande , en Frise et enDanemarck ; cependant il avait ouï dire qu’elle se montrait en Flandres , dans le Brabant et dans quelques parties de l’Allemagne. — Il attribua la fréquence de celte maladie dans certains endroits à la différence du terrain , du climat et de la nourriture. Ce qui le fit penser ainsi, c'est qu’il voyait quelquesuns de ces pays entièrement exempts de celte maladie : il écrivit sa première
(1) AVIS.— Toutes les notes qui se trouvent , soit dans la traduction de M. Lind. , soit dans celle de M. Van-Swieten , sans être précédées d’une lettre, sont du traducteur.
(a) Ronsseus et Ecbthîus, les premiers auteurs qui aient traité du scorbut , quoique contemporains, écrivirent sans avoir eu l’avantage de voir les ouvrages l'un de l’autre.
(b) Voyez Part. Iii^ chap.j.
lettre pour le prouver (c). — Ecblhius paraît être le premier qui ait pensé que cette maladie était d’une nature contagieuse : il tomba dans cette erreur, parce qu’il observa que des monastères entiers qui se servaient de la même nourriture et respiraient le même air, étaient attaqués en même temps de cette maladie, surtout après des fièvres, lesquelles sans doute peuvent devenir contagieuses dans des appartements bien clos et bien fermés. Il pensa, en conséquence, que cette maladie pouvait être en quelque façon la crise d’une fièvre ; et , comme telle , il la crut contagieuse.
Wierus, qui copie les symptômes de ce dernier auteur , presque mot à mot , est avec raison d’un sentiment différent. Il observe que le scorbut n'est pas proprement la crise d’une fièvre, mais que, semblable k plusieurs autres maladies, il peut être occasionné par le mauvais état des viscères, et la constitution viciée du sang que les fièvres laissent après elle?. Il pense qu’on a été porté à croire celte maladie contagieuse, parce qu’on envoyait des familles entières attaquées; mais il attribue cela à ce qu’elles se servent de la même nourriture.il se trompe cependant (probablement sur l’autorité d’Echthius ) , lorsqu’il pense que cette maladie pourrait être contagieuse, quand les gencives sont putrides. Il doute , en conséquence,, si dans quelques parties de
(c) Intitulée : t Quare apud Amstero- » damum , Alecnariam , atque alia vicina » loca frequentissime infectet scorbu-
» tus. »
tRAlTÉ
la basse Allemagne , oîi le scorbut avait paru depuis peu , il était du à la nourriture ou à la contagion ; mais nous prouverons {d) amplement dans la suite qu’il n’est point contagieux. — Nous observerons encore que Wieriis a décrit si exactement les différents symptômes de cette maladie , que les auteurs qui l’ont suivi n’ont fait que le copier pendant longtemps. Il s’était déjà écoulé un temps considérable, lorsque Salomon Albertus écrivit un ample traité sur cette matière. Il se fait un grand mérite d’avoir découvert un symptôme que nul autre auteur n’avait observé dans cette maladie, et qu’il dit avoir vu une ou deux fois ; c’est une raideur (r%or) delà mâchoire inférieure. Cependant Wierus jouissait toujours de la plus grande réputation , et son livre était estimé ce qu’il y avait de mieux sur ce sujet , même du temps d’Eugalenus. Ce dernier lui rend celte justice, et renvoie entièrement à son ouvrage pour la curation : on doit donc regarderWierus comme bon juge dans cette matière; et, comme il était d’un savoir éminent et d’une probité reconnue (ce que ses écrits sur ce sujet et sur plusieurs autres prouvent suffisamment) , on doit le croire, lorsqu’il dit que de son temps cette maladie était particulière aux habitants des côtes maritimes septentrionales, et qu’il ne l’avait jamais vue en Espagne, en France, en Italie, ni dans la vaste étendue de la haute Allemagne. Il dit encore que , si cette maladie paraît en Asie et en, Afrique, il n’y a point de doute que ce ne soit dans les pays maritimes, dont la situation ( avec une nourriture grossière et l’usage d’une eau corrompue ) peut la produire, comme dans les pays où elle est endémique. Il ne donnait point de simples conjectures ; il avait beaucoup voyagé, et avait été dans tous les endroits dont il parle (e). üri livre qu’il écrivit de Prœsiigiis Dœmonum , ajoute beaucoup à sa réputation.
On voit qu’il n’était ni aussi faible, ni aussi crédule que quelques auteurs plus modernes qui ont écrit sur le scorbut.
Brunner, qui, après lui, peut être regardé comme l'auteur le plus judicieux sur cette matière, observe que de son temps, le vin étant devenu d’un usage plus général, le scorbut n’était pas aussi fréquent qu’autrefois , même dans les
(c/) Chap. IV.
(e) Yide Melchi Adam, in vita Wieri.
pays où il avait été endémique. Malgré cela, nous sommes surpris de trouver dans les auteurs qui ont écrit très-peu de temps après, que ce prétendu virus contagieux s’était répandu de tous côtés. Salomon Albertus , moins de trente ans après Wierus , dans son épître dédlcatoire au duc de Brunswick , observe , après quelques déclamations pathétiques sur les vices du siècle, qu’il avait vu le scorbut dans tous pays , et qu’il était commun dans la Misnie , la Lusatie , sur les frontières de la Bohême et de la Silésie, etc. — Cependant, comme la maladie conservait encore la même face , il la décrit sous les mêmes apparences; car, quoique cet auteur , qui pratiquait dans lin endroit où Wierus dit que le scorbut était rare , eût découvert un symptôme extraordinaire qui accompagnait quelquefois cette maladie, et dont nous avons parlé éi-dessus, cependant il en donne, à tout autre égard , la même description que Wierus. Il dit particulièrement que les gencives putrides et l’enflure des jambes en sont les signes les plus certains et les seuls caractéristiques (/*). Les autres auteurs ses contemporains en donnent aussi la même description ; au reste il fallait que le symptôme observé par Salomon Albertus fût très-rare, puisqu’aiicun autre auteur ne l’avait remarqué avant lui.
Onze ans après lui, Eugalenus nous apprend que cette maladie s’était répandue presque partout avec une rapidité surprenante : ce qu’il y a encore de plus remarquable, c’est qu’elle avait si fort changé de face dans ce court espace de temps , que les gencives putrides et l’enflure des jambes n’en étaient plus les signes caractéristiques; le malade mourait souvent avant que ces signes parussent (g). Il est même très-probable que ces symptômes ne paraissaient de son temps que très- rarement, ou même point du tout : on peut en juger par Tbistoire d’environ deux cents cas qu’il rapporte
(/) * S'gua mali biijus caracterrstiea ^ » non alia sunt, prætcr duo ilia (quorum i supra meminimus) genüina symptoma- » ta , palbognomonica appellata, indubia > morbi indicia , videlicet Stomacace et S) Scelelirbe. Cætera symptomala aricipi- » lia siint et vaga, * (AÎberti , Historia Scorbuti, p. 340. )
(g) Pages 10 et.2H; édiiiQH d’Amsterdam en 1720.
DU SCORBUT
dans son livre, dans laquelle on ne trouve qu’une seule personne dont les gencives fussent affectées. — Il nous a fait entendre dans differentes parties de son ouvrage, que cette maladie était extrêmement augmentée en malignité, et il veut nous persuader que sa fréquence et sa malignité dépendent d’une cause trèssingulière 'Ji). — Ses symptômes étaient alors innombrables (/), et elle était beaucoup plus fréquente qu’elle ne l’avait jamais été; du moins, s’il faut prendre ses termes à la lettre. Il est vrai qu’il s’exprime à cette occasion très-hyperbo-' liquement : il dit qu’il a vu un nombre presque innombrable de malades attaqués d'un des symptômes de celte maladie; il faut qu’il ait eu une pratique prodigieusement étendue (A).
Outre les raisons naturel les qu’il donne, il se plait encore à introduire quelques
(h) Page 250, où il parle de la vérole et du scorbut, comme de deux maladies nouvelles. « Ulrique eliam peculiare hoc
• nosfro sæculo fuit , ut quam longissime » latissimeque sua pomœria dilatent et » diffundanl : atquc procul à generationis >lue, locis et terminis, ad iiicognita et » remota loca excurrant evagenlurque , » alque sub diametrali linea, qua sibi in-
> vicem , subpolorum oppositione oppo- »sita sunt , se muUio quasi compleclan-
> tur, et inter se virus atque venenum » suum communicent. lia fit ut ho<lie
• etiam Germaniæ, Angliœ, Galliæ, liic » morbus innotescat , apud quos antea ne
> quidem- auditum ejus nomen fuit.» Il dit la même chose dans son épître dédicaloire au comte de Nassau. Quelquesuns de ses éditeurs ont eu le soin de supprimer cette épître dans les dernières éditions : c’est cependant une pièce des plus curieuses.
(i) « Tarn varii sunt affectus quos hic «morbus edit , ut minimas omnium dif-
• ferentias numéro comprehendere non
• magis fere possibile sit , quam arenam «maris numerare; page 217. »
(k) En parlant d’une fièvre quotidienne scorbutique, « Plures , dit-il, mendaci
• quolidianœ febris type ab hoc morbo
• ægrotarunt , quam ut numéro hic com- » prebendi queant; » p. 231. En parlant des douleurs scorbutiques dans différentes parties du corps : « Describendis no-
> minibus eôrum qui ab Iiis doloribus va- » rie exercitali clapsis hiscc annis fuere, >vix sufficeret praéseris charta ; » p. 51. Il répète encore, p. 258, que ces maladies étaient presque innombrables*
j PAR LIND. 201
considérations morales pour rendre rai-son de la fréquence et de la malignité du scorbut et des symptômes qu'il lui attribue. Dans un endroit (/} il accuse le diable des app^irenccs irrégulières do cette maladie ; dans un autre, il croit que celte nouvelle calamité a été envoyée par permission divine pour punir les péchés des hommes. Il paraît, par tout son ouvrage, qu’il se regardait comme l’Iiomme le plus pénétrant pour découvrir ce Protbée caché sous différentes formes surprenantes ; aussi rend-il (m) grâces au ciel très-religieusement de son importante découverte. — Gomme ce livre a été souvent réimprimé dans différentes parties de l’Europe , qu’il a clé recommandé par les meilleurs auteurs , tels que Boerhaave, Hoffmann, etc., et qu’on le regarde aujourd'hui comme le meilleur qu’on ail sur le scorbut (/«) , il est à propos d’en examiner le contenu , et le mérite de son auteur. — Nous commencerons par observer en quoi la description qu’il donne de cette maladie diffère de celle qu’en ont donnée tous les auteurs qui l’ont précédé : ceux qui l’ont suivi n’ont fait pour ainsi dire que le copier ; de sorte que nous. aurons peu de choses à dire sur tout ce qu’on a écrit depuis lui jusqu’à Willis, qui en a décrit les symptômes d’une manière un peu différente. — Eugaleuus diffère de tous les auteurs qui l’ont précédé :
En ce qu’il suppose que la maladie peut être fort avancée , avant que les symptômes qu’il croyait les plus équivoques !et les plus incertains aient paru.
« Ainsi , dit-il , après que la maladie a » duré long-temps , le malade est dans
(m) c Quod ideo permiltero Deus vide* * > lur, ut hoc modo iram suani adversus «peccala ostendat, dum novis et inusi- » talis morbis etœgriludinibus, mmquani.
» priuscognilis ac visis, morlale genus in » ira sua visitât et casiigat ; ut etiaro vul-» » gus nostras , morborum novitale admo- » niluni, intelligat differentes hujListem- » poris febres ac morbos esse , ab iis qui » ante aliquot annôs homincs afflixenint. » Agamus igitur Deo gratins, quod pro » sua infinita misericordia ac clemenlîa* » tam beuigne eos nobis revelare digna- » tus sit ; » p. 222.
(n) M. Haller a dit depuis peu que ce livre était également regardé comme ce qu’il y a de mieux écrit sur le scoi’but.' (V. Boerhaave; Wethodus »tudii mediçi. )
TRAITÉ
» une langueur continuelle ; il ressent » un engourdissement , un sentiment de 3) douleur gravative dans les membres , 3) ou une douleur aiguë dans quelques 3) parties (o) ». Mais ces symptômes sont rangés par Eclithius, dans un chapitre séparé , sous le nom de signes éloignés qui lui sont communs avec cT autres maladies, — Forestus, qui était très a portée de voir des scorbutiques, demeurant dans un port de mer , les rapporte comme des symptômes avant-coureurs du scorbut. Il dit que , lorsqu’ils paraissaient, il doutait de la présence du scorbut , jusqu’à ce que les symptômes propres et particuliers à cette maladie se fussent montrés , tels que les gencives putrides , etc. Mais Eugalenus suppose que le scorbut met souvent le malade au tombeau, avant que ces derniers symptômes paraissent (p).
2° Il suppose , au contraire , que les symptômes , qui , selon tous les autres auteurs, ne paraissent que dans le dernier période de cette maladie , se présentent souvent dès le commencement , sans qu’aucun autre signe scorbutique ait précédé : telles sont les fréquentes syncopes, l’atrophie, l’hydropisie , etc.
Brucæus et d’autres rapportent ces derniers , comme les effets du scorbut le plus confirmé et le plus invétéré. — Ainsi, au lieu de cette progression régulière de symptômes qu’on observait autrefois dans les différents périodes du scorbut , et que Wierus et plusieurs autres ont exactement décrits , il devint, du temps d’Eugalenus , la maladie la plus irrégulière et la plus trompeuse qu’on puisse imaginer.
3° Eugalenus diffère de tous les auteurs qui Ton! précédé, dans la description qu’il donne de plusieurs symptômes particuliers de cette maladie; ainsi les ulcères scorbutiques , selon lui , sont secs (^}, au lieu qu’avant lui ils étaient au contraire fongueux , fétides, etc. La difficulté de respirer, dyspnea, tourmentait beaucoup autrefois les scorbutiques, lorsqu’ils faisaient quelque exercice ou quelque mouvement. Eugalenus en parle très-différemment , ainsi que de la diar-
(o) Page 14.
(p) Pages 10 et 211.
(q) Sect. 49. II décrit plus exactement ces ulcères dans les premières pages de ison livre ^ qu'il a copiées dans Wierus,
rhée et de presque tous les autres symp-
tômes.
4® Il attribue plusieurs nouveaux symptômes à cette maladie , lesquels paraissent opposés à sa nature , ou du moins que personne n’a observés avant lui : cependant on peut supposer que Dodonée, Wierus et plusieurs autres auteurs ont eu occasion de voir le scorbut dans sa plus grande malignité, lorsqu’il était épidémique en 1556, dans les endroits où ils pratiquaient, et où probablement il n’a point paru depuis dans un si haut degré. Les symptômes qu’il rapporte sont des cancers, des bubons, des ulcères du pénis, la perte de la mémoire, les symptômes delà peste, etc. — Pourquoi donc Eugalenus donne-t-il une description du scorbut si différente de celle I que les autres médecins en avaient donnée ? Il n’y a que deux choses à dire ; ou il faut supposer : 1® que , très-peu de temps après que les premières relations ont été publiées , celte maladie ait fait des progrès incroyables , soit devenue universelle , et ait pris une face et des symptômes entièrement différents : c’était l’opinion d’Eugalenus; et, quoiqu’il ait donné une relation du scorbut si nouvelle et si différente, il dit cependant , expressément que c’était la Stomacacia de Pline, la maladie décrite par tous les ^ auteurs sous le nom de scorbut : il l’attribue aux mêmes causes , emploie la même curation, et même renvoie en particulier à ces auteurs pour le traitement.
2® Ou il faut supposer que cet auteur pourrait s’être trompé , en croyant que cette maladie qu’il a décrite fut pré ci- . sèment la même que celle qui était con- , nue autrefois sous ce nom. Il pourrait encore y avoir quelque analogie entré les premières descriptions qu’on nous a données du scorbut et ce qu’il regardait comme tel , ou du moins on peut supposer qu’il a donné ce nom à une compilation de différents symptômes dont il a donné le premier la description ; et qu’ainsi, il a caractérisé sous le nom de scorbut une maladie particulière , ou une classe de maladies ; nom que les auteurs qui l’ont suivi lui ont conservé.
Quant à la première supposition, avant de croire que cette maladie ait souffert une si grande altération, il est nécessaire de connaître les raisons sur lesquelles il est fondé, pour penser que tant de maladies différentes et opposées ne soient autre chose que le scorbut déguisé sous différentes formes. Il faut du moins qu’il
DU scorbut
y ait dans les effets ou symptômes de ces maladies quelque analogie éloignée ou fausse ressemblance; sans quoi il y aura une forte présomption de croire qu’il pourrait s’être trompé. — Mais , au lieu de nous faire voir quelque ressemblance entre les maladies qu’il décrit et celles qui ont été décrites par ses prédécesseurs, il se sert de la méthode la plus extraordinaire pour prouver leur identité. Il prend pour signes pathognomoniques et démonstratifs du scorbut, des symptômes qui n’avaient jamais été observés dans celte maladie , je veux dire un état de l’urine et du pouls entièrement différent de celui qui est décrit par les auteurs les plus exacts (/•}.
(r) Voyez Part, iir , cJiap. ii. Forestus dit que l’état de l’urine n’est de nul secours dans la connaissance de cette maladie, et il a écrit trois livres pour en prouver l’incertitude. Quoique Reusnerus n’en convienne pas avec Forestus, il donne, de même que Wierus , une description des urines très-différente de celle qu’Eugalenus en a donnée dans cette maladie. Pour ce qui est de l’état du pouls décrit par Eugalenus , et qu’il assure être le symptôme le plus constant de cette maladie, page 30; il esta remarquer qu’il est le premier auteur qui en fasse mention. Reusnerus dit que le pouls est déréglé, inordinatus ; il diffère en cela de fous les autres auteurs : mais on voit évidemment dans son ouvrage que c’est une supposition émanée de sa théorie, et non une observation. (Vid. Reusner, pag. 382). Il le fait lent en même temps.
Malgré cela , le pouls et l’urine, ou l’un ou l’autre, convainquent Eugalenus de l’existence du scorbut, quoique les symptômes en diffèrent sous d’autres rapports, autant que la peste de l’hydropisie : « Sufficiant ad denotandam mali *causam quæ ab urina et pulsu indicia >sumuntur; p. 120. De bis omnibus cer- » tum à pulsu et urina , vel ab horum al- » terutro , indicium est minimeque fallax; »p. 89. Citra alia indicia, non semel ad » morbi cognitioneni nos sola urina de- » duxit ; » page 23.
Notre auteur ne pouvait peut-être pas choisir des signes plus équivoques que ceux du pouls et de l’urine; c’est cependant par eux seuls qu’il caractérise tant de maladies différentes, soit aiguës, soit chroniques : on aurait cru que la grande foi qu’il avait à l’urine, le plus incertain de tous les signes, aurait dû suffire pour lui faire perdre sou crédit dans l’esprit des personnes judicieuses. Pour ce qui
J PAR LTND. 203'
Or, en supposant que le pouls et l’urine, ainsi que les autres symptômes, avaient changé de face , il fallait qu'il prouvât l’identité de ces maladies par d’autres marques , et non par les symptômes dans lesquels la maladie différait d’elle-inême. — Outre le pouls et l’urine, qu’il regarde comme les signes les plus démonstratifs , il rapporte souvent d’autres marques ou diagnostics ; il n’y compte pas cependant autant que sur les premiers, quoiqu’il s’en serve souvent pour confirmer le jugement qu’il avait porté sur cette maladie. 11 est à propos de considérer tous ces signes , pour se former une idée juste de cet auteur : je pense qu’ils peuvent être rapportés convenablement aux deux classes suivantes.
— 1° Les symptômes qui n’ont jamais été remarqués dans le scorbut par d’autres que lui , et qui semblent en effet plus propres à d’autres maladies ; tels sont l’état du pouls et celui de l’urine , dont nous avons parlé ci-dessus ; une anxiélé qui n’était pas continuelle dans la région de l’estomac sous le diaphragme (^) ; un resserrement du gosier (/} ; une tumeur qui se transportait d’un endroit à un autre [u) ; des envies de vomir au commencement d’une fièvre (x). — 2« Les symptômes communs à d’autres maladies, que les auteurs qui l’avaient précédé appelaient les symptômes éloignés et équivoques ; tels qu’une douleur obtuse dans les jambes, dont il parle souvent comme d’une preuve convaincante de la présence du scorbut {j'); un abattement
est du pouls, il varie si fort, suivant l’âge , le sexe, le tempérament, la situation, les différentes circonstances de l’artère ; et tout ce qu’on appelle choses non naturelles influe tellement sur lui, que le diagnostic pris de ce signe seul doU être très-équivoque dans toute espèce do maladies.
En effet, les descriptions qu’il donne de l’un et de l’autre sont de la dernière absurdité; et la plupart des cas qu’il rapporte à la fin de son ouvrage sont manifestement contradictoires aux diagnostics qu’il donne dans la première partie.
(s) P. 142, et dans plusieurs autres endroits.
(t) Page 154.
(u) Diag. 25, page 212.
. (x) Page 235.
(fj) Pages 145 , 201 , 206 , 216, 255 , et particulièrement page 50..
d'esprît (z) ; une ag’gravation des symptômes après les purgations {a) ; un état de langueur plutôt qu’une maladie évidente; une maladie lente sans aucune cause manifeste ; quelquefois un vomissement , des défaillances et un changement de couleur dans le visage ; une éruption sur la face ou sur la poitrine dans une fièvre [b] ; il regarde même comme un signe démonstratif du scorbut une éruption après la mort (c) ou à ses approches (d).
Mais il paraît ne compter sur ces signes que pour forliier les preuves qu’il lirait de rurine et du pouls. — Tels sont les principaux signes sur lesquels Eugalenus fonde le diagnostic des maladies qu’il décrit. Mais on ne trouve parmi ces signes aucun des symptômes que les autres auteurs avant lui avaient cru absolument nécessaires pour démontrer l’existence du scorbut. — Il prend au contraire , pour signes démonstratifs et constants, ceux qui n’ont jamais été observés , avant ni depuis dans cette maladie , comme nous le prouverons amplement dans la suite. Ainsi nous devons conclure nécessairement qu’il a décrit une maladie toute difterente : tout son ouvrage en est la preuve ; ce qui suit le confirmera encore davantage. — Il est surprenant, avec une pratique aussi étendue que celle qu’il prétend avoir eue, que, dans soixante-douze observations et plus de deux cents cas publiés par lui ou par son éditeur, il ne soit point fait mention d’un seul vrai cas scorbutique où les gencives fussent affectées. Il n’y a qu’une relation extraordinaire et trèsdouteuse d’un ecclésiastique dans laquelle il en parle (e). Son indisposition avait été causée par une constipation ; il avait coutume, lorsqu’il était en santé, d’aller à la selle dix ou douze fois par jour. Il le guérit par la saignée et quelques antiscorbutiques dont il ne parle point , et. en rendant au ventre son ancienne liberté.
Il soutient, à la vérité, que le scorbut met souvent le malade au tombeau , avant que les gencives ou les jambes (/’)
(z) Observation 15.
(a) Page 152.
{b) Piag. 25, page 23G.
(c) Page 124.
(d) Pages 187 et 189.
(e) Obs. 72.
(/) Page 10.
soient affectées ; mais est-il croyable que, parmi le grand nombre (1) de malades qu’il a traités de cette maladie, il n’ait vu que le seul cas dont nous venons de* * parler , dans lequel les gencives fussent affectées ? tandis qu’autrefois , dans 'la plus grande violence du mal, et aujourd’hui , comme nous le prouverons dans la suite , c’est le principal symptôme et le pins constant , et le signe caractéris-’ tique de cette maladie. — Je renvoie aux pages 32 et î)8 de son ouvrage , pour y voir les questions qu’il faisait à ses malades. On y trouvera la récapitulation’^ des diagnostics qu’il a donnés des mala-' dies scorbutiques, et U ne paraît pas qu’il ait jamais cherché les signes dont nous
venons de parler. Il ne donne qu’un
seul exemple de la vacillation des dents
(g) , et il met ce symptôme au dernier rang, comme étant de peu d’importance,
(h) : il observe, en même temps, qu’il y a des signes du scorbut beaucoup plus démonstratifs, tels que le pouls, l’urine, l’oppression de l’épigastre et des bypochondres , et les défaillances. — H ne regarde les taches comme un signe de cette maladie , que dans l’alropbie scorbutique ; encore n’en rapporle-t-il qu’un cas très-douteux (i). — A celle occasion nous le comparerons encore une fois avec les auteurs qui l’ont précédé, l’eus-' nerus n’écrivit que quatre ans avant lui, et il avait rassemble dans un volume considérable presque tout ce qui avait clé décrit sur le scorbut. Après avoir décrit les gencives putrides et les taches, il s’exprime ainsi : « Ce sont les signes » pathognomoniques du scorbut , sans » lesquels la maladie ne peut pas subsis- » ter » (A'}.
Nous avons dit, en second lieu, qu’on pouvait supposer que ces maladies n’étaient pas précisément les mêmes, et
(1) Il dit dans plusieurs endroits que le nombre en était presque innombrable.
(g) Obs. 47.
(h) € ültimo, et denlîum laxalio : sed »quia hæc primum sub morbi linem in-
* cidil, minus ad monstrandum morbum » huneponderis babuit; quod prius œgro- » ta ab hoc morbo interfici potuit , quam- » ab hoc signo morbus cognosci.»
(i) Obs. 34.
(k) « Et hæc signa sunt scorbuti patbo-' » gnomonica , quæ sine rei in qua sila* > sunt interitu abesse nequeanN » (Reusneri Exefçit. de Scorbuto, p. 528.)
Dü SCOftBüf
t qu’Eugalenus avait caractérisé , sous le nom de scorbut , une certaine espèce de maladie particulière ; en quoi il a été suivi par tous les autres auteurs. Ses succès dans la curation , auxquels il en appelle si souvent, semblent confiiMicr cette opinion. Ceci me conduit au seul diagnostic dont je n’ai pas parlé, et que j’ai réservé pour cet endroit : il le regarde comme la marque distinctive la plus caractéristique de toutes les maladies qu’il a décrites; on le trouve dans presque toutes les pages de son livre (/) : sa règle générale était d’appeler scorbut toutes les maladies qu’il ne trouvait pas bien décrites dans les anciens, et qui ne cédaient point aux remèdes qu’ils avaient prescrits dans ces cas {m). — Il recommande la lecture de son ouvrage seulement à ceux qui sont versés dans la lecture des anciens médecins grecs et romains (/;) ; il observe que, sans cela , on ne sera point en état de distinguer les anciennes maladies des nouvelles ; il a rangé confusément ces dernières, ou celles qu’il croyait telles, sous le nom général de scorbut, sans aucune autre distinction, — Je vais donner exactement au lecteur la vraie idée que cet auteur avait du scorbut, afin qu’il puisse juger quelle est la maladie paiiiculière , ou l’espèce de maladie qu’il a caractérisée. — Il paraît avoir été de la même opinion qu’un savant médecin de ce siècle, lequel , fondé sur ce passage de Salomon , qu’il n’y a rien de nouveau dans le monde , assure que toutes les maladies étaient autrefois les mêmes qu’aujourd’iuii. Notre auteur en exempte cepen-
(/) Pages 57 , 127, etc.
(m) « Nam si quis nobis in bis regio-
• nibus morbus occurrat rarus vel efiam «aliquis VGleribus cognitus , sub aliis et
• diversîs, atque pluriinum ab eorum » descriplione discedenlibus signis , sla- » tirn mendacem ejus specieni suspeclam
i > habere oportet, et hue atque ad hune
• morbum cogitationes dirigere , diligen- » terque cum morbi mores, et causas ejus » anlecedentes , turn pulsum et urinam » explorare, lalia ne sint quœ liuic mor- » bo conveniant, eumque quadam sui » propriclale exprimant et demonstrent. » Il ajoute peu après: t Non video quis » præterea dubiiationis locus esse possif, » nisi perpetuo cogilationibus noslris » oberrare et incerlum vagari vclimus; > page 175.
{n) Page 227.
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dant la vérole et le scorbut (page 250). il croit que l’une vient du nord et l’autre du sud, et qu’en se rencontrant elles se communiquent et mêlent réciproquement leur virus. Mais il ne connaissait point du tout les affections hystériques et hypocliondriaques , ni toutes les autres maladies, connues aujourd’hui sous le nom de maladies nerveuses ; il connaissait très-peu le rhumatisme , le raebitis, et plusieurs autres maladies qui n’ont point été décrites par les anciens^ ou du moins qui ne l'ont été que trèsimparfaitement. Ainsi toutes les fois que ces maladies se présentaient avec cette particularité qu’elles n’étaient point décrites dans les anciens auteurs, il n’hésitait pas à prononcer que c’était le scorbut.
Il croyait que le scorbut pouvait prendre la forme de toutes les maladies aiguës ou chroniques auxquelles le corps humain est sujet; ou, pour m’exprimer autrement , que les nombreuses et différentes maladies qu’il décrit dans son livre , depuis la peste jusqu’à une simple fièvre intermittente, pouvaient être produites par le seul scorbut. Il croyait aussi que chacune de ces maladies pouvait subsister séparément , sans la présence d’aucun des symptômes observés dans le scorbut par les autres auteurs , ou même sans aucun des symptômes ordinaires qu’il décrit lui-même , à l’exception de l’urine et du pouls. II avoue que le premier de ces deux signes est souvent trompeur. Pour ce qui est du pouls , quoiqu’il le considère comme le seul symptôme {o) constant dans toutes les maladies, on voit cependant dans plusieurs endroits de son ouvrage qu'il était équivoque; et il doit certainement varier beaucoup dans tant de maladies si différentes {p). — Mais, comme la diffé-
(o) Page 50.
Ip) Si la critique d’ËugalenüS paraît trop longue, on doit considérer que c’est la base de tout le raisonnement de la première partie de cet ouvrage. Il ne faut pas croire que ce soit le seul auteur qui ait publié de si grandes absurdités, et que la critique qu’on en fait ne puisse pas servir à une réfutation sérieuse. Ceux qui ne sont pas versés dans l’iiistoire de cette maladie, et qui n’ont pas pris la peine de lire la bibliothèque, partie ni, doivent savoir que son livre a été transcrit presque eu entier par Senneri et Mar-
ÎRAITÉ
rence des climats doit nécessairement influer beaucoup sur la même maladie , nous voyons en conséquence que les crises et les caractères des fièvres et autres maladies sont différents, dans les climats froids , de la description qu’en ont donnée les anciens auteurs qui pratiquaient dans des pays méridionaux. Ces circonstances et autres accidents doivent nécessairement varier les indications du régime et de la cure. Notre auteur n’y fait aucune attention; mais, lorsque la maladie la plus ordinaire différait dans la moindre circonstance de l’exacte description donnée par ces auteurs , et surtout lorsqu’elle ne cédait point à la méthode curative qu’ils proposent, ilia rapportait au scorbut. — Or , soit que la maladie fut purement scorbutique , ou que le scorbut fût compliqué avec une autre maladie, il n’était pas possible d’obtenir la guérison dans l’un et l’autre cas, sans l’usage des antiscorbutiques ordinaires.
Il était nécessaire dans le dernier cas de les mêler avec les remèdes propres à l’autre maladie : aussi nous apprend-il que cette méthode lui avait toujours bien réussi {q).
Nous avons raison de croire qu’il y a eu en lui quelque chose de pire que l’ignorance. Il nous dit que si la maladie était connue, elle était très-aisée à guérir (/•} , et nous renvoie à Wierus, qui avait écrit très-souvent sur ce sujet avant lui; le seul but qu’il se propose dans son ouvrage étant de découvrir ce nouveau Prothée , déguisé sous tant
linî, et ses plus grandes absurdités par llorslius , Lister et plusieurs autres. Èugalenus aurait niérité les éloges qu’ils lui tlonneut, s’ils avaient confirmé par des faits et des observations ce qu’il a avancé : on voit, au contraire , dans leurs écrits, qu’ils assurent la plupart des choses entièrement sur la foi d’Eugalenus ; il doit donc les entraîner nécessairement dans sa chute.
{q) « In his omnibus cum, propler » multiplicem symptomatum varietatem
* raritatemque , causam subesse raram , » et veteribus iucogniiam, considerarem; » post varias habitas mecum deliberatio- » nés et diligentem pulsum urinarumque » examinationem , tandem scorbuto ads- » cribendam inveni conjecturam meam, » atque ao;)/ao-pov de his, comprobante » felici curationis eventu. * Page 30.
(r) Page 40,
d’apparences si différentes et si trompeii i < ses {s). En effet, il ne nous a indiqué) i aucun autre antiscorbutique, que ceux i ■ qui étaient recommandés avant lui , i comme on peut le voir dans ses Canones Therapeutici (/}. Le cochléaria est son ) ’ principal remède antiscorbutique , et après lui le cresson de fontaine et le bé- ' cabunga. Il croyait cependant que quel- ' ques-uns de ces remèdes avaient une £ vertu plus particulière que les autres, f pour certains symptômes de cette matadie : il recommande particulièrement le cresson d’eau pour le coma {ou caras suivant lui) qui survient dans la fièvre scorbutique (w). Il rapporte un exemple 2]' miraculeux, pour ainsi dire, de l'efficacité «I de cette plante (x). Dans les convursiohs ifi qui accompagnent les fièvres scorbuti- ; «u ques, il préfère le suc du cochléaria (y), et il rapporte une histoire également sur- f prenante de ses bons effet (z).
Mais quelle idée doit-on avoir de cet auteur , lorsqu’il se vante d'avoir fait <I“ des cures si nombreuses et si extraordi- te naires, dans les maladies les plus longues et les plus opiniâtres , parle moyen de d ces simples remèdes, dans un si court espace de temps qu’il surpasse toute croyance? Telle était alors l’eflicacilé de ces plantes, qu’elle enlevait des bras de ' la mort plusieurs malades infortunés qui languissaient depuis long-temps : elles ® guérissaient des maladies qui avaient fît résisté h tous les autres remèdes , et qui s’étaient jouées de la sagacité des meilleurs médecins. Tout son ouvrage est rempli de pareils traits : « Plusieurs per- 5(i, M sonnes, dit-il, attaquées de cette mala- ( » die, et retenues dans leurs lits depuis (i » des semaines , des mois et même des ( » années , furent guéries dans peu de > » jours par le moyen de ces puissants ( » sucs antiscorbutiques , quoique leurs » maladies fussent des plus opiniâtres et » des plus invétérées » (a). — Dans le cas d’une femme en couche , qui paraît très-mauvais, il suspendait pendant plusieurs heures {h) , les faiblesses et l’an- n xièté scorbutiques dont elle était mena- ,t,j
■ JSf'
(s) Page 40.
(t) Pages 26, 42, 43.
(a) Page 44, canon, lher. ii, item, p, ^P< 125. ^ >pr
(rc) Obs. 54. H
(y) Canon, lher. 15, page 44.
(z) Obs. 53. * *P«
(fl) Pages 129, 147.
(ê) Obs. G9. ‘qui
! DU SCORBÜÎ
I cêe , par le moyen de ces remèdes. Ces : heureux effets l'engagèrent à les répéter I huit ou neuf fois par jour. Quiconque I lira la relation qu’il donne de cette ma- I ladie, y verra des cas aussi extraordinaij res qu’on en puisse trouver dans toute I l’histoire des maladies , tels que des ul- \ cères qui s’ouvrent et se ferment, etc. (c)
, — Il fit plusieurs cures, même dans des ; cas qui paraissaient dangereux , dans des fièvres , par le moyen d’une infusion d’un peu de cochléaria dans du petit-lait de chèvre (d). Il guérit une fièvre maligne principalement par le moyen de deux dragmes et demie de cochléaria , ajoutées à une potion apéritive. La fièvre et tous ses mauvais symptômes diminuèrent dès que le malade en eut pris quatre ou cinq fois ; ils reparurent, ayant cessé de prendre le remède pendant deux jours (e)s
La vanité et la présomption de cet auteur sont insupportables, lorsqu’il assure qu’il guérissait des phthisies commençantes dans quatorze jours (/* *) ; des paralysies dans cinq (g) , souvent dans quatre , et dans quatorze tout au plus (h) ; de violents maux de dents dans quelques heures (i) ■ plusieurs fièvres quartes dans dix jours , qui n’auraient pu être guéries autrement dans un an (A-). En un mot , il n’y a plus , selon lui , de maladies incurables ; et il rend à la médecine son premier crédit et sa réputation (/}. — A
(c) Pages 264 , 265. Yid. Obs. 53 et
(d) Obs. 52.
(e) Obs. 59.
(/) Page 192.
(g) Obs. 16 et 23.
(Il) Page 63.
(i) Page 52.
(k) Page 40.
(/) € FiUurum enim est, ut, in morbî » notitiam deductus ; paucis diebus graj» vissimas quasque febres sit curaturus , » quibus nulla veterum profuit curatio. » Il ajoute peu après : « Quæ quia à nemine » haclenus salis animadversa sunt, quod » sciam , bine factum esse arbitrer , » quod tantopere vilescere apud nos et s in bis regiouibus medicina cœperif , ut
* pote quæ nullius febris curationemeerto > promitteret ; » p. 36.
J1 ;-épète la même chose dans un autre endroit : « Hoc sine arrogantia dicere » possum , me certam harurn febrium eurralionem promittere omnibus audere ,
I qui noslris præçeptis ac paonitis obtem-
y PÀR LINO. 207
la vérité, le malade expirait quelquefois avant que les remèdes antiscorbutiques eussent agi j tel fut le cas d’une jeune fille. Il offrit, pour convaincre la famille, de faire voir les effets merveilleux de ses remèdes , sur le fils aîné qui était attaqué de la même maladie. Mais après les avoir éprouvés sans succès pendant dix-huit jours , et le père étant informé que ces remèdes ne convenaient point , et étaient nuisibles dans un âge si tendre , il fut renvoyé (m). — Le cas suivant , parmi plusieurs autres , est un exemple de son extrême ignorance en médecine. Il prit la disposition qu’avait une femme eu couche à tomber en faiblesse pour un signe démonstratif du scorbut (n). Il crut que la gangrène d’un pied, chez un homme de soixante et dix ans, était scorbutique , à cause des taches noirâtres et pourprées qui paraissaient sur la partie mortifiée, et du pouls petit , faible et inégal , auquel on doit s’attendre naturellement dans un pareil état (o).
11 semble n’avoir connu aucune autre différence entre la vérole et le scorbut , que le pouls (p) et quelquefois l’urine (g). — Tous les auteurs qui sont venus après Eugalenus l'ont suivi scrupuleusement pendant long-temps , dans la description qu’ils ont donnée de cette maladie. Martini, Horstius et Sennert ont une si grande estime pour lui qu’ils copient avec une exactitude scrupuleuse tous les symptômes qu’il décrit comme particuliers à cette maladie , et surtout le grand fond qu’il faisait sur l’urine et le pouls pour en assurer l’existence. Ils ne s’en tiennent pas là : lorsque Eugalenus ou ses éditeurs rapportent quelques symptômes singuliers et extraordinaires, ils ne manquent pas de l’ajouter au diagnostic du scorbut. — On peut voir , dans la troisième partie , les observations qu’ils li^ rent eux-mêmes, et qu’ils ajoutèrent à
» perare, et in assumendîs hlsce medica- » mentis consiliuni nostrum sequi nou » detrectant; si quidem (absit arrogantia » dict-o) non minus certo barum febrium » curatio mihi nota est, atque digitorum • numerus. » Obs. 56.
(m) Obs. 59.
(n) Pages 194, 197, item, obs. 11.
(o) Page 108.
(/;) Page 51.
(g) Page 165 : voyez les pages 60, 120,
208 TRAITÉ
celles d’Eugalenus. Ils le surpassèrent en absurdités. Il paraît que leur mérite consiste principalement dans des curations, ou du moins dans des remèdes qu’ils nous ont donnés pour les différentes maladies décrites par Eugalenus, Il faut cependant rendre justice à Sermert : il avertit qu’il a copié cet auteur, parce que le scorbut n’était pas fort commun dans son pays
(r). — Lugalenus n’avait pas des talents
(r) Tractatus de S^orbuto.
Pour donner au lecteur une idée des conséquences de pareils écrits et de la grande estime que ces auteurs s’étaient acquise par leurs ouvrages, je vais rapporter un passage de Moellenbroek. Cet auteur croyait écrire sur le scorbut en donnant un traité de Arthritide vagascor- Jjutica. Il s’exprime ainsi dans l’introduction qu’il met à la tête de son ouvrage : < Imo nullus fere jam morbus est,
* cul se non adjungat scorbutus; unde,
> nisi antiscorbutica interdum reliquis » admisceat médicamenta, vix eos cura- » bit mèdicus, quod in praxi mea exper- » tus suni non raro ; et novi aliqüos qui,
> scorbutum ejiisque antidota negligenü tes in morborum curatione, suum non
* poluerunt obtinere scopum : ac prop-
* terea meo exemplo edocti , rnaximo
* cum segrorum suorum emolumento, » eadem postea exhibuere. Quamvis au- ^ tem valde frequens sit scorbutus, symp- » tomatibus lamen variis oculatissimos ^ sæpe medicos illudit et decipit; imo »ex mille medicis (ut scripsit Freitag.
» Cent. J, obs. 99) ne ternos quidem in- » venias scorbuli sat gnaros , ut se fin- » gunt Æsculapios : hinc tantœægrotorum » strages, tanta mortalités, tanta arcliiaïtrorum, needum grêgariorum, errata; »iit statuas rnereantur Fracastorlana » splcndidiores , ære perenniores, viri » clarissimi Sennertus et Martinus (ad- T> derem ego Georgium Horstiuni) qui pe- » nicillo plusquam Apelleo medicorum » opprobrium nobis depinxerunt. Meruis- »set pyramidem Eugalenus, ni ciiratioj neni subticuisset. »
C’est très-mal-à-propos que Moellenbroek fait ce reproche à Eugalenus : il ne paraît pas avoir rien caché de ce qu’il savait sur la curation de cette maladie. Outre qu’il renvoie à Wierus, il donne vingt-une règles thérapeutiques générales, et vingt-neuf particulières, dans la plupart desquelles il parle des plantes anliscorbutiques propres à remplir les différentes indications. Ainsi , si ces plantes ne réussissent pas dans des cas pareils à çeux qu’il déçt’it, il u« faut pas en çon^
suffisants pour donner aucune théorie qui put éclaircir la nature de toutes les maladies qu’il rapportait au scorbut. Les principes dont il se sert dans certaines occasions , tels que l’obstruction du foie et de la rate, la redondance de l’humeur atrabilaire , et la corruption des humeurs, sont empruntés d’autres auteurs.
Il les explique d’une manière imparfaite, et ils se trouvent souvent contredits dans son ouvrage. L’hypothèse de Sennert tombe d’elle-même ; ainsi il était réservé à Willis, avec le secours de Lower, de répandre du jour sur une matière enveloppée de si épaisses ténèbres, en la réduisant au système ingénieux établi et reçu encore aujourd’hui. — Il est bon de remarquer ici , comme nous avons fait ci-devaiit , que les gencives putrides et l’enüure des jambes avaient été regardées jusqu’au temps d’Eugalenus , comme les signes pathognomoniques du scorbut. Ce dernier regarde comme tels un pouls petit, fréquent et inégal, avec un état particulier de l’urine (s). Willis ne parle point de cet état du pouls dans aucun des cas qu’il rapporte pour confirmer la description qu’il donne de cette maladie; il n’en fait pas mention dans tout son ouvrage, excepté sous le titre de puisas inordinatas (/}. Il le rapporte avec cinquante autres symptômes, sans le regarder comme un signe plus caractéristique du scorbut, que la paralysie, les convulsions et tous les autres symptômes dont il fait l’énumération depuis la léte jusqu’aux pieds. Il explique ensuite ce qu’il entend par ce pulsus inordinalus (u) ; c’est , dit-il , un pouls inégal, intermittent, accompagné de fréquentes faiblesses , et qu’on observe seulement dans le scorbut le plus invétéré. Mais il ne donne nulle part aucun état du pouls, comme particulier ou comme un signe de cette maladie. Quoiqu’il regarde les signes de l’urine comme très-essentiels (x), cependant la description qu’il en donne diffère , sous quelque rapport , d’Eiigalenus {j). — Il y a encore une différence très-
clure qu’il ait fait urt mystère de la curation : tout son ouvrage est une preuve du contraire* *
Willis publia sort traité quatre ans après celui de Moellenbroek.
(s) \oyez part. m.
(t) Page 228, édition d’Arnsterdam* . ‘
(rt) Page 254.
(x) Page 256.
{y) Page 220.
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DÜ SCORBUT
essentielle entre ces deux auteurs. Euga- Jenus, qui avait vu beaiifcoup plus de ma- L'ules que Willis, si nous en croyons ses propres paroles, dit que de son temps cette maladie était aisée à guérir (z). Son livre est rempli, en conséquence, de cures merveilleuses et très-promptes. Du temps de Willis , au contraire, le scorbut était beaucoup plus opiniâtre, reconnaissait diverses causes même opposées, demandait des méthodes très- différentes pour sa curation , et ne cédait point aux simples anliscorbutiques si vantés par Eugalenus.
Willis a donné aussi une description de cette maladie , différente de celle qu’en ont donnée tous les autres auteurs, ün peut s’en convaincre en comparant les symptômes rapportés par les uns et les autres {a). Il est donc très-naturel d’examiner les marques particulières et caractéristiques qu’il donne de ces maladies différentes, afin de voir si elles peuvent être rangées avec quelque sorte de convenance sous un même nom, et rapportées à la maladie dont nous traitons, ju « Les signes du scorbut , dit-il , sont » premièrement certaines circonstances » et marques extérieures qui» le font » soupçonner , avant qu’on aperçoive » les symptômes les plus univoques.
» Ainsi , si quelqu'un est né de parents » scorbutiques , qu’il ait vécu avec une w femme ou autres personnes scorbutiwques; s’il habite les bords de la mer, )) ou un pays marécageux et malsain; s’il » a eu une fièvre de longue durée , ou » quelque autre maladie chronique; ou » s’il est soulagé par les remèdes antiî) scorbutiques : si une telle personne , » dis-je, devient valétudinaire, sans fiè- » vre , ou sans des signes certains d’au- » cune autre maladie, nous pouvons supw poser avec raison qu’il a contracté le )> scorbut (b). »
IMais nous prouverons , dans un autre endroit (c), que le scorbut n’est pas proprement une maladie héréditaire, et qu'il n’est jamais contagieux. Le scorbut n’est pas la seule maladie à laquelle soient sujets les habitants des pays maritimes ou des endroits humides et malsains , et les personnes qui ont essuyé des fièvres ou
(2) t Cognito morbo, facile curatur. »
(Eugalenus, page 140.)
(a) Voyez paru iii.
(ü) Ghap. III, page 247.
(e) Chap. IV.
* Lind.
PAR LINb. â09
autres maladies. Les premiers ( comme en Hollande ) sont souvent attaqués de fièvres intermittentes, irrégulières, dont les apparences sont très - trompeuses.
Nous examinerons dans la suite la preuve qu’il tire de ce que les malades se trouvent soulagés par les antiscorbuliques ; mais ce qu’il ajoute après , c'est-à-dire que les malades doivent être sans fièvre, est assez extraordinaire. Eugalenus, Sennert , et la plupart des autres auteurs , avaient rangé expressément les fièvres parmi les symptômes de cette maladie :
à peine Willis en fait-il mention ; ainsi, les marques qu"il nous a données jusqu’ici sont équivoques et insuffisantes , supposé qu'elles ne soient pas fausses la plupart du temps. — A la vérité, il donne à entendre ce que les autres auteurs avaient prononcé plus ouvertement, lorsqu’il dit , en dernier lieu , qu'il ne doit point y avoir, dans le scorbut, de signes d’aucune autre maladie (d).
« Secondement , continue- t-il (e) , les » autres signes de cette maladie sont ses M symptômes ou eftets immédiats. Com- » me ils sont de plusieurs sortes , on en » fait ordinairement plusieurs divisions, » et on les réduit à certaines classes.
» Ainsi , ou ils sont propres au scorbut, M ou ils lui sont communs avec d’autres » maladies ; ils se présentent dans le » commencement , ou dans l’accroisse- » ment, ou dans l’état de la maladie; ils » sont internes ou externes. On peut les » distribuer encore suivant les diff'éren- ») tes parties qu’ils affectent , comme la V tête , la poitrine, le bas- ventre , les )) extrémités, ou l’habilude du corps : w c’est dans ce dernier ordre que nous » les avons décrits. »
S’il avait suivi la première méthode dont il parle , et qu’il n’eut décrit , à l'exemple d’Echtius , que les symptômes propres et parliculiers à celte maladie, ou qu’il l’eut décrite dans son commencement, ses progrès et ses différents périodes, il aurait pu répandre quelque clarté sur celte matière. Les premiers auteurs, et les plus exads, avaient tous suivi celte dernière méthode, au lieu que celle que Willis adopte est beaucoup moins exacte que celle d’ Eugalenus. 11 rapporte presque toutes les maladies auxquelles le corps humain est sujet depuis
(d) Absque allerius niorbi certis Indiciis.
(c) Chap. ni, page 247.
ÏRAITÉ
la tête jusqu’aux pieds, sans donner aucune marque distinctive pour connaître lorsqu’elles sont produites par le scorbut ou par quelque autre cause. Quoique Eugalenus attribue au virus scorbutique autant de maladies que Willis, il donne cependant les signes caractéristiques de l’urine et du pouls, par lesquels on peut reconnaître si elles viennent de cette cause ou de quelque autre. Mais on ne trouve point de pareils signes dans tout l’ouvrage de Willis. — On peut demander encore quelle est l’idée que cet auteur avait du scorbut. IS'ous ne pouvons que le conjecturer d’un endroit de son ouvrage (y ), où il prétend donner les marques distinctives de quelques maladies scorbutiques particulières, telles que les paralysies, les convulsions, le vertige, les hydropisics , les tumeurs et les ulcères : c’est là où nous trouvons la seule idée qu’il paraît avoir eue de celte maladie , si nous mettons à part sa théorie, laquelle ne peut être reçue qu’on ne sache auparavant ce dont il veut rendre raison par une hypothèse aussi nouvelle et aussi extraordinaire que celle qu’il propose. — Les principaux diagnostics des maladies scorbutiques dont nous venons de parler sont selon lui les deux suivants. — Il tire le premier signe de ce qu’elles cèdent principalement aux remèdes antiscorbutiques. S’il n’entend par là que les plantes antiscorbutiques les plus usitées, telles que le cochléaria, le bécabunga et le cresson, il ne mérite pas plus de croyance que Eugalenus. Ce dernier nous assure qu’elles produisent des effets extraordinaires dans les paralysies, les convulsions, les léthargies, les hydropisics , etc. Cependant l’expérience qu’en font tous les jours les praticiens nous prouve le contraire; mais Willis n’entend pas seulement les simples antiscorbutiques ordinaires. Il donne , à cette occasion , dans une plus grande absurdité qu’il ne paraît d’abord. On trouve dans son livre les indications les plus différentes, et un grand nombre de remèdes antiscorbutiques , dont les vertus sont des plus opposées. Il veut que, lorsqu’un dè ces remèdes ne réussit pas, on en éprouve un autre, et ainsi successivement jusqu’à ce qu'on en rencontre heureusement quelqu’un qui soulage le malade (</). Il nous donne , en cousé-
(/) Chap. V, p. 274.
quence, une si grande quantité de for- ] mules, qu’elle suffirait pour composer une pharmacopée ; il veut, malgré cela, que la curation soit une preuve de la maladie. Certainement elle ne prouve pas davantage la présence du scorbut que celle de toute autre maladie dont il aurait pu parler. — Il se contente cependant d’une autre seule marque distinctive , qu’il place , pour me servir de ses termes, dans la cause formelle {H). Il veut dire que , dans le scorbut, le sang et les autres humeurs sont principalement affectés et corrompus , sans qu’il ÿ ait aucun vice local ou obstruction dans les solides, surtout dans les viscères : c’est seulement une altération scorbutique de différente espèce, tantôt dans le sang, tantôt dans les esprits animaux. —
Il faut avouer que cette distinction est extrêmement subtile et délicate. On serait charmé d’apprendre le moyen de connaître , lorsque la cause est seulement dans les fluides, par exemple dans les paralysies, les hydropisics, et les autres maladies dont il parle. N’est-il pas ) absurde de caractériser ainsi les tumeurs ï et les ulcères scorbutiques [k)1 Mais il jl nous épargne la peine d’examiner plus i long-temps celte matière , en se contre- ^ disant immédiatement après, ou du moins en ne coliservant cette distinction qu’entre le scorbut commençant et le scorbut i confirmé (/}.
Il développe un peu le mystère vers la fin de son ouvrage : il rapporte le cas d’un gentilhomme , qui paraît aussi différent du scorbut que de la vérole, et il | s’exprime ainsi. « Comme ce cas ne peut , » pas être proprement rapporté à aucuw ne autre maladie, on peut avec raison i w le croire scorbutique (m). » — Willis i a été copié par la plupart des auteurs qui î l’ont suivi, surtout par Charleton, Hoff- ^ mann et Éoerhaave. Hoffmann l’a suivi dans la distribution des symptômes , et Boerhaave dans la grande distinction du i scorbut en chaud ou en froid, dans l'ordre de la curation et dans les remèdes qu'il prescrit. Comme les auteurs dont nous avons parlé sont ceux qui ont été le plus estimés, je ne fatiguerai pas davantage le lecteur par des réflexions sur ceux qui
{h) Page 274.
{k} Page 274.
(/) Page 275.
(m) Page 554.
Dü SCORBUT, PAR UNO.
les ont suivis (I). Je suis persuadé qu’il
(l) Nous avons un exemple récent des mauvaises conséquences qu'on a tirées des ouvrages d’Eugalenus, tV'illis , etc., dans une thèse qui fut soutenue l’année dernière (1754) aux écoles de médecine de Paris. Celte thèse a pour titre : An a diversa scdrbutici indole et sede, morbi diversi‘î L’auteur voit partout le scorbut. Cette maladie, selon lui, est un Prothée; ses progrès sont plus rapides que le vent (pernicior vento) ; elle est contagieuse, héréditaire, aiguë, chronique; ses effets sont différents, innombrables et entièrement opposés. L’humeur scorbutique produit en Espagne les écrouelles, le choléra-morbus; en France, le catarrhe , la toux humide, le rhumatisme; en Angleterre, lasuelte et la mélancolie; en Hollande, l’hydropisie, la migraine et toutes sortes de fièvres chroniques et intermittentes; en Suède , toutes sortes de déchirements d’entrailles, et pendant l’hiver une fièvre pourprée, qui finit par la desquammation de tout le corps.; en Irlande, des dartres rougeâtres. Ce n’est point tout : l’auteur nous apprend encore que le scorbut est la cause du bronchocèle parmi les habitants des Alpes; de la phthisie héréditaire, de l’idère et de l’inflammatioQ du foie, parmi les Portugais; du charbon qu’on observe fréquemment dans le bas Languedoc; de la lynipanite, de la goutte, chez les Italiens; de la lèpre en Egypte; de la peste chez les Turcs; de lavéroledansles Indes; de la maladie de Siam , etc. Én un mot, il n’y a point de maladie que le scorbut ne produise.
Voici une l%ôre esquisse du catalogue qu’il donne des maladies scorbuticiues : la danse de S. Vit, l’atrophie, la pierre, la manie, l’épilepsie, l’apoplexie , la léthargie, la paralysie, le diabète, la lienterie, la goutte, la fureur utérine, le cancer des mamelles, la passion hystérique, la stérilité, immodicus veneris appetitus, etc. L’auteur observe, en finissant ce long catalogue, que certains médecins regardent le scorbut comme la cause prochaine de toutes les maladies, surtout lorsqu’elles traînent en longueur. Il laisse aux amateurs du vrai, aux connaisseurs, le soin de juger de la justesse de celte opinion; mais on voit bien qu'il a déjà décidé la question. Je ne rendrai point compte du reste de celte longue lliôse : il suffit de dire que le même esprit y règne d’un bout à l’autre. Nous devons cependant avoir obligation à l’auteur ; son intention était des meilleures. Quel service, en effet, n’aurait-il point rendu à la médççinc; s’il était parvenu à faire voir
se présentera naturellement plusieurs observations à ceux qui liront la troisième partie de cet ouvrage. — On peut voir dans Sydenham quel était le sentiment de ce judicieux médecin sur cette maladie. On trouvera dans Kramer les suites funestes de pareils écrits; mais combien de malheureux attaqués de cefte maladie ne doivent-ils pas avoir souffert , avant que la mort de plusieurs milliers de personnes à la fois («) ait commencé à ouvrir les yeux ! Ce sujet offre des idées trop tristes pour s’y arrêter plus longtemps. — Nous voici parvenus maintenant aux auteurs qui ont fait plusieurs distinctions de cette maladie. Elles fourniront matière au chapitre suivant, dans lequel nous examinerons si elles sont bien fondées.