INTRODUCTION
Embarqué sur un brick de guerre attaché à la division navaî$ chargée de protéger notre commerce en Orient, j’ai visité, pendant les deux années qui viennent de s’écouler, la plupart des villes maritimes du Levant. C'est du résultat de mes observations sur les maladies qui s’y développent habituellement, et des renseignemens que j’ai pu me procurer sur leur constitution médicale, que je vais m’occuper; heureux, si ce travail peut trouver grâce devâht mes Juges, et leur offrir quelque chose d’intéressant.
Il conviendrait peut-être, avant d’entrer en matière et de présenter le tableau des affections qu’on peut étudier dans des contrées si variées, de dire quelque chose de leur topographie physique,, de relater le résultat de§ observations météorologiques qu’on a pu
y faire 'J d’esquïsSer les traits généraux qui distinguent les râcei d’hommes qui les habitent, de décrire leurs mœurs, leurs habitudes, leur mode de gouvernement, enfin, tout ce qui peut influer d’une manière quelconque sur la santé ; mais un semblable travail m’entraînerait trop au-delà des limites dans lesquelles je dois me renfermer. Je me bornerai donc à indiquer, d’une manière sommaire , les diverses affections qui régnent indistinctement sur tous les points où j’ai abordé, et celles qui sont propres à quelques localités, Je rechercherai les causes qui peuvent concourir à leur production; je m’occuperai ensuite des moyens de les combattre, et particulièrement de ceux destinés à préserver de leur atteinte les équipages des bâtimens qui pourraient y stationner,
La peste doit être mise au premier rang des fléaux qui pèsent sur* la population musulmane, triste apanage de ces contrées' si riches «en beaux souvenirs. Cette affreuse maladie, qui jadis menaçait d’ent vahir le monde, et qui, à plusieurs reprises, fit de si terribles* apparitions dans nos climats, semble aujourd’hui s’être concentrée dans les vastes provinces de l’Empire Ottoman, L’Égypte est de «toutes ces provinces celle où elle sévit le plus constamment; aussi y est-elle regardée comme endémique par la plupart des médecins-,
Constantinople est, après Alexandrie, la ville où elle fait le plug de ravages, et chacune de ces deux grandes cités a été considérée tour-à-tour comme le foyer générateur de *la, maladie. fl est d’observation, en effet, que toutes les fois qu’elle apparaît sqr un autre point du littoral, on trouve la cause dé son développement dans des communications avec l’une de çes demç villes. Celles qui avqisi,4 nent Constantinople'sont souvent le théâtre d’épidémies meurtrières ,i en 1826 , Enios, à l’embouchure de l’Hèbre , fut presqud dépeuplée par ce fléau.
Depuis trois ans, on n’a pas observé un, seul accident de, pestp a Salonique; la rareté des communications avec les pays qu’elle d^y
Sole ordinairement en est la cause. Il est à noter qué la dernière fois elle y fut importée par un navire venant d’Alexandrie.
Smyrne et la plupart des villes de l’Archipel jouissent du même privilège ; la guerre de l’indépendance de la Grèce rendant les communications très-rares avec les villes qu’elle ravage habituellement.
Au contraire, les places fortes de l’ile de Crête et celles de la Morée, où le Pacha d’Égypte entretient des garnisons, ont été depuis sept ans le théâtre d’épidémies plus ou moins meurtrières.
On croit avoir remarqué que la peste a plus de tendance à se propager du nord au sud que du sud vers le nord, et de l’est vers l’ouest que dans là direction inverse. Voici un fait en faveur de cette opinion : les habitans de la Syrie et de la Caramanie avaient presque oublié qu’autrefois leur pays avait été désolé par de terribles épidémies ; ils viennent d’être cruellement punis de leur trop grande sécurité dans l’été de 1826; la peste provenant de l’intérieur a été introduite à Tarsous, et y a enlevé jusqu’à 5 oo personnes par jour : depuis elle s’est avancée vers le sud-ouest, et les villes d’Alep, d’Alexandrette, de Latakie, de Tripoli, de Beyrout, l’ont vue successivement se développer.
L’état de sécheresse de l’atmosphère , produit par les degrés extrê-^ mes de la température, arrête ses progrès et la fait cesser entièrement ; aussi existe-t-il cette singulière opposition entre les villes du nord et les villes du midi de la Turquie, que, dans les premières, à Constantinople par exemple, l’hiver voit presque constamment disparaître la peste , tandis qu’à Alexandrie c’est presque toujours dans cette saison qu’elle commence à se développer.
La direction et la force des vents contribuent aussi à augmenter ou à diminuer l’activité de la peste. A Alexandrie , on connaît la funeste influence du kamsim; à Constantinople, c’est lorsque le vent du nord-est souffle qu’elle exerce ses plus grands ravages. L’on a ,vu que, dans cette même ville, une tempête affreuse avait arrêté subitement les effets’de la contagion (1).
(1) $onnini, Voyage en Grèce.
CM
La Basse-Égypte étant la province d’où elle semble tirer habituel* lement son origine, il est utile d’indiquer les circonstances extérieures qui favorisent son développement. Les épidémies commencent ordinairement vers les mois de janvier ou février, quelquefois même des accidens isolés les annonceut dès novembre. Toujours en mars on se séquestre et l’on se tient en quarantaine jusqu’à la fin de juin, époque où de forts vents du nord viennent sécher l’atmosphère et succéder au pernicieux vent du sud qui avait activé la maladie. Ce vent commence à la mi-mars et dure jusqu’à la mimai , il a reçu des arabes le nom de kamsirn ou de cinquante jours* terme de sa durée ; pendant qu’il souffle, l’air est si chaud qu’on dirait qu’il sort de la gueule d’un four. Il varie de l’est à l’ouest en passant par le sud : dans le premier cas il est plus chaud, et dans le second plus violent: tous les êtres vivans se ressentent dé l’influence pernicieuse de ce vent, et outre la peste, on voit aussi régner pendant sa durée les fièvres de mauvais caractère continues ou intermittentes, la dysenterie, les hépatites , les oph thaï mies, etc^
Toutes les années ne sont pas également désastreuses dans la Basse-; Egypte, et il s’en écoule quelquefois plusieurs sans qu’on observe un seul accident de peste ; les deux dernières, 1826 et 1827 , sont dans ce cas. '
Souvent la peste fait plus de ravages sur les navires de commerce' que dans les villes ; c’est ce-qu’on observa, en 1825, à Alexandrie.
Il y eut à Constantinople, en 1826., un évènement singulier et qui prouve qu’on ne saurait trop se garder contre l’invasion de cetté maladie. Un brick autrichien, destiné pour Odessa, prend un chargement à Smyrne à une époque où il n’existait aucun soupçon de peste; il fait son voyage sans communiquer avec d’autres pays, et repart d’Odessa sans qu’on put supposer qu’il recélait le germe de la maladie; il arrive à Constantinople dans le mois de décembre; la température était chaude et humide, l’état sanitaire satisfaisant. À peine mouillé, la peste se déclare à bord , et en peu de jours enlève cinq personnes de l’équipage. On a su depuis que les matelots avaient pris des objets contaminables à Smyrne, qu’ils les avaient
fenul rcnîermes pendant toute la duree du voyage, et que ce ne fut qu’à,leur arrivée à Constantinople, qu’ayant touché ces objets pour les descendre à terre, ils avaient ainsi contracté la maladie, qui les fit périr.
Quelles sont les causes de la peste? Dans les temps d’ignorance, frappés de la violence du mal, du nombre des victimes, les peuples allarmés l’attribuèrent à la colère céleste et employèrent tous les moyens pour fléchir la Divinité qu’ils supposaient irritée. Les Mahométans croient, dit-on, que Dieu envoie des lutins armés d’arcs et de;, flèches ; que lès blessures sont mortelles , quand les traits sont lancés par des spectres noirs, et qu’on n’a rien à craindre lorsque les mêmes esprits paraissent blancs.
La cause de la peste réside dans certaines émanations qui s’échappent du corps des personnes qui en sont atteintes, se répandent dans l’atmosphère à une très-petite distance, et s’attachent de préférence à certaines substances qui peuvent transmettre la maladie, plutôt qu’à d’autres que l’on peut toucher impunément dans tous les temps et dans toutes les circonstances.
On a cru que l’Egypte devait d’être presque constamment le foyer générateur de la maladie, à sa position à l’embouchure d’un grand fleuve qui, traversant une grande étendue de pays, apporte et dépose sur ses rives une multitude de débris de corps organisés, et que,* la putréfaction venant à s’emparer de ces débris, l’air était surchargé de miasmes délétères qui occasionaient la maladie ; mais, de toute évidence, cette opinion est erronée. La cause déterminante n’est pas dans l’atmosphère, et comme le dit le voyageur Chandler, il s’écoulerait peut-être beaucoup de temps avant qu’elle n’existât même au milieu d’un air pestilentiel. En effet, continue le même voyageur, les habitans du pays se retirent au coucher du soleil pour aller prendre du repos; ils ne sortent qu’au point du jour, époque à laquelle on porte les morts sur des bières pour aller les enterrer, et c’est précisément cet intervalle que le Franc choisit pour vaquer à ses affaires ef le faire’ sans aucun danger. D’ailleurs, si la cause résidait dans l’atmosphcre, les avantages de l’isolepient seraient illusoires, et l’on
sait que, lors de la campagne'd’Egypte, il suffisait d’un simple fosse fait en avant d’un camp pour arrêter les ravages de la peste, que même on voyait la contagion cesser en passant d’une rive à l’autre du ML
Quelle est la nature des miasmes pestilentiels ? Comment sont-ils produits ? Par quelle voie pénètrent-ils dans l’économie ? Comment agissent-ils pour la reproduction de la maladie ? sont des questions à peu près insolubles dans l’état actuel de nos connaissances. Toujours est-il précieux de savoir qu’un froid de quelques degrés au-dessous de zéro, et qu’une chaleur au-dessus de 28 R., annihilent leurpro* priété délétère , et qu’il en est de même de leur exposition prolongée» à l’air libre ou à l’action des vapeurs oxygénées, de leur immersions dans les acides , etc.
La peste attaque également les habitans du pays et les étrangers. Si' elle fait moins de ravages parmi ces derniers , c’est qu’ils emploient plus de moyens pour se soustraire à la contagion.
Les femmes , les enfanset en général les personnes chez lesquelles! le système lymphatique est très-prononcé, y sont plus exposés. Les in* dividus affaiblis par les excès de tout genre sont plus aptes à la con-, tracter. L’abus des boissons alcooliques y prédispose singulièrement.
Une première atteinte ne préserve pas d’une seconde , ni celle-ci d’une troisième. >
Sonnini dit qu’il est d’observation certaine , que lorsqu’on a été une ifois attaqué de la peste , et qu’on se retrouve même long-temps après dans un lieu où elle règne , l’on ressent des douleurs sourdes , des tiraillemcns, des élaneemens à l’endroit où étaient les bubons (ï).
Certaines professions mettent ceux qui les exercent à l’abri de la contagion : ainsi, les saccas ou porteurs d’eau et les marchands d’huile jouissent de cet heureux privilège.
La contagion est évidente pour tous les habitans du Levant.
Faut-il une longue incubation aux miasmes pestilentiels pour donner y ni J 0 :>
(Q Sonuini, Voy. eu Grècej
Heu & des phénomènes morbides? On ne peut en préciser la durée. Dans quelques occasions , leur action est pour ainsi dire instantanéé. On a vu, lors de la fameuse peste de Marseille de 1720, des portefaix tomber morts immédiatement après avoir ouvert des ballots de marchandises infectées. Les Levantins rapportent une multitude d’observations de ce genre , et dans lesquelles la mort est survenue peu d’heures après avoir touché des objets contaminés.
Les objets imprégnés des miasmes délétères conservent , pendant de longues années, la propriété de transmettre la maladie, sur-tout s’ils sont tenus à l’abri de l’air. En voici un exemple bien remarquable rapporté par Castellan , dans ses lettres sur la Morée * et qu’il dit tenir d’un Vice-Consul de Smyrne.
Ün négociant fut attaqué de la peste ; abandonné de sa famille , seul dans sa propre maison , il eut le courage de se traiter luimême , de percer les bubons qui se formaient à la suite de cette maladie ; il se pansait en plein air dans son jardin , et mettait à mesure les linges dont il s’était servi dans le creux d’un vieux figuier : enfin, il eut le bonheur de guérir et continua son commerce. Se$ affaires l’ayant obligé de voyager , il revint en Europe et ne retourna à Smyrne. que quinze ans après. Par une fatalité qui a peu d’exemples , et par un motif de curiosité dont on ne peut rendre raison , il voulut visiter le fatal figuier , et même avec une baguette il en retira quelques fragmens des linges pestiférés qui n’étaient pas encore consumés et dont la vue le pénétra d’une impression d’horreur. Dès ce moment la fièvre s’empara de lui , la peste se déclara et le troisième jour il mourut-
Les symptômes de la peste sont très-sujets à varier : tantôt ce sont ceux d’une gastro-entérite des plus» violentes , tantôt ce sont des symptômes d’inflammation des méninges ou de l’encéphale ; quelquefois les viscères de la poitrine sont pris, et alors s’observent tous les phénomènes du catarrhe ou de la pneumonie. Dans quelques circonstancesla peste semble foudroyer ses victimes ; d’autres fois les malades sont plongés, dès l’invasion, dans la prostration la plus grande : la vie s’éteint alors au milieu des symptômes les plus effrayans?.
Les phénomènes caractéristiques de la peste sont : les bubons J 1 charbons , ou pétéchies ; ils apparaissent à toutes les époques de la maladie. Le développement des premiers est d’un augure plus favorable que celui des deux autres , sur-tout lorsqu’ils suivent une marche régulière vers la suppuration ; quelquefois ils ne sont accompagnés d’aucun phénomène morbide.
On prétend, à Rhodes, que les personnes qui ont été atteintes de l’espèce de furoncle , connu dans 4 le pays sous le nom de phisma , sont à jamais préservées de la peste (j). ;
La marche de la peste est presque toujours rapide. Il est rare qu’elle se prolonge au-delà, du premier septénaire lorsque la terminaison doit être funeste.
Lçs recherches nécroscopiques ont jeté peu de jour sur la nature de la maladie qui m’occupe. M. Larrey a trouvé des taches gangréneuses sur les épiploons, et sur l’estomac , un boursoufflement général des intestins;, un ramollissement presque général de tous les tissus qui étaient plus qu moins altérés. Les cadavres présentaient des taches livides ou de larges ecchymoses sur le corps , particulièrement ans reins, à la face et aux parties génitales : la putréfaction était trèsprompte.
Qn doit espérer que l’organisation nouvelle du service de santé de l’armée du Pacha d’Egypte,. que l’établissement d’un amphithéâtre au Caire , où déjà oh. s’est livré à des recherches anatomiques , donne- . jpont par la suite des. renseignemens intéressans sur ce point, encore assez obsQUE , de l’histoire de la. peste.
(i) M. Levicaire , chirurgien de la marine , a observé à la Canée , en 1820, un bouton anti-pestilentiel qui se montre sur les pommettes. Il dit que toutes les personnes-atteintes- de cette légère maladie sont préservées - de la peste-,Il serait précieux pour l’humanité qu’un grand nombre d’observations de ; ce genre pussent confirmer l’efficacité de ces éruptions préservatrices, et l’on sait, quels avantages ou pourrait retirer de leur inoculation. {Compte rendu des travaux de la Société Académique de \Jéd- de Marseille , année 18.26. )
Doit-on admettre que la peste ne soit, dans tous tes cas, qu'une modification de la gastro-entérite exaspérée par l’effet des grande^ •chaleurs qui régnent dans les pays où elle paraît endémique? Je* ne le pense pas. Il est plutôt à présumer ,. comme le dit le docteur Miquel, que c’est une maladie générale de tout l’organisme,, produite par l'introduction dans le sang de miasmes délétères. Ge liquide réparateur, altéré d’une manière spéciale, n’exerce plus sur les divers organes l’influence nécessaire à l’état de santé ; et ceux-ci,, diversement affectés suivant leur mode particulier de sensibilité, font éclater leur souffrance par des symptômes qui leur sont propres,. Le pronostic de la peste est toujours fâcheux; il varie cependant suivant l’intensité de l’épidémie, suivant les différentes époques où on l’observe , suivant la constitution , le tempérament , le sexe , l’âge des sujets , suivant la nature des exanthèmes, etc. , etc.. Quant au traitement employé par la plupart des. médecins que j’ai consultés dans le Levant , il varie aussi suivant les idées théoriques qu’ils ont adoptées Sur la nature de la maladie. Les uns ,, pénétrés de la doctrine de Brown, et ne voyant qu’asthénie , prodiguent dès l’invasion les toniques les plus énergiques , les excitans de toute nature, et prétendent qu’on ne saurait trop tôt y avoir recours. D’autres , élevés à l’école italienne, associent aux Saignées .générales qui souvent sont salutaires au début, lorsque les symptômes de réaelion sont fortement prononcés , les préparations antimoniales à doses multiples et réfractées , ou les drastiques, les plus violens , qu’ils regardent comme dcprimàns. Quelques-uns cherchent , dès les premiers prodromes , et à l’aide des vomitifs et des purgatifs , à faire rejeter la matière morbifique qu’ils regardent comme le levain, de la peste. A l’armée d’ibrahim , on gorge d’huile les pestiférés, et la même substance est employée en frictions à l’extérieur, sans que des succès conslans justifient l’emploi exclusif de ee moyen. Le médecin sage et dégagé de toute idée préconçue fait servir toutes ces méthodes au traitement de la maladie , et puise , dans chacune d’ejles, des moyens* eu rapport avec les phénomènes qu’il observe , et avec le caractère
dominant de l’épidémie ; trop souvent encore y il a à déplorer' l’impuissance de l’art , et, malgré les combinaisons les plus sages et les mieux raisonnées * il peut à peine retarder de quelques instans une funeste terminaison.
On n’a point vu , en Morée , que la cautérisation des bubons fût suivie de résultats avantageux.
C’est donc à prévenir le développement de ce cruel fléau que doivent tendre tous les efforts de ceux chargés de veiller au maintien de la santé publique. Les ouvrages de Gastaldi, de Diemerbroëck, de Samoïlowilz , de M. Desgenettes, contiennent sur ce sujet les préceptes les plus judicieux , et j’y renvoie pour tout ce qui y est relatif.
Je ne m’occuperai que des mesures à prendre à bord d’un navire qui se trouve dans un pays pestiféré.
Toute communication directe avec la terre doit être sévèrement interdite.
On chargera les personnes du dehors d’approvisionner le bâtiment des choses indispensables à sa consommation journalière, . • ' »
L’introduction à bord de matières contaminables, telles que le lainage , les toiles , le papier., doit être défendue.
On apportera le plus grand soin à surveiller les vivres frais qui viendront du dehors. La viande doit être trempée dans le vinaigre ; on doit s'assurer qu’elle provient d’animaux en santé ; le plus léger doute-a cet egard doit la faire refuser. Les fruits , les légumes t en un mot, tous les végétaux seront passés à l’eau.
Les lettres ne doivent être admises qu’après avoir été coupées et immergées dans le vinaigre, ou soumises à un parfum guytonnien au moins une heure.
SiT’exigence du service rendait indispensable la communication avec la terre , les précautions les plus grandes doivent être prises, et par les personnes qui descendent,. et par les équipages des canots qui les transportent. On enlèvera de ces embarcations tous les objets susceptibles de retenir les miasmes contagieux : ainsi les tapis, les tentes, .le cordage blanc, etc. Aussitôt après avoir déposé.les
perspnnes envoyées, les canols pousseront et se tiendront au large V ou mieux reviendront à bord jusqu’à l’époque presumee de leutü retour : celles-ci se feront précéder de quelqu’un du pays, qui aura le soin de leur épargner tout contact avec les habitans, et d’éloigner {pus ceux qui pourraient les approcheron fera bien d’étre arméd’une canne pour chasser les chiens , qui $ comme on le sait, se trouvent en grand nombre dans toutes les villes de la Turquie.
En rentrant à bord, on prescrira à tous ceux qui Font quitté momentanément de se laver le. corps avec un mélange d’eau et de vinaigre ; on les fera changer de hardes, et celles qu’ils portaient pendant leur course seront exposées à l’air durant plusieurs jours : ce serait sur-tout dans ces circonstances qu’on pourrait employer les chlorures de M. Labarraque ; le Gouvernement eh a dernièrement envoyé dans tous les consulats du Levant, avec l’invitation d’en délivrer aux médecins établis daps .leqpays , pour qu’ils puissent constater si ces puissans désinfectans n’auraient pas la propriété de neutraliser les miasmes pestilentiels et de s’opposer à l’invasion de la maladie. A mon départ du Levant, il n’était question d’aucune expérience faite sur ce sujet (i).i ' V
A bord, on doit redoubler de soins et de surveillance pour maintenir la plus grande propreté , pour renouveler fréquemment l’air des parties basses du navire , soit à l’aide de ventilateurs , soit par le moyen des fumigations guytonniennes. J : !
On exposera souvent à l’air les voiles, les pavillons, les hardes de
(i) Je lis dans le journal, le Constitutionnel , du 16 juin 1827, l’article suivant :
«Le consul général de France en Syrie,M. de Lesseps vient, au moyen de l’usage fréquent des chlorures de M- Labarraque, de préserver de la contagion de la peste M. Fox-Strangways , Anglais, qui n’avait pas voulu se séparer de son compagnon de voyage M. Aùson , atteint et mort de cette funeste maladie à Alep. Il serait difficile , dit le rédacteur, dé constater par un exemple plus remarquable, Futilité d’une découverte si précieuse pour l’humanité. » ^ ’
l’équipage , enfin , tenus les objets susceptibles de retenir les miasmes pestilentiels.
Si quelques malades venaient à présenter des symptômes alarmans, on devrait de . suite établir une ambulance sur un point isole' de la Côte, nu miteux âur, m'h ilôt:, et les y transporter ; ils seraient alord soignés par des personnes du bord détachées a cet effet, et qui dè& cet instant seraient considérées comme en quarantaine.; Si un établissement de ce genre devenait impossible , il faudrait alors reléguer les malades; dans l’hôpital du bâtiment, et défendre de la plu&sévjère.toute communication avec les gens de l’équipage *
Chercher à entretenir parmi les matelots une douce gaîté, éloigner d’eux tout sujet de crainte* les maintenir continuellement dans un état d’activité convenable , entretenir la peau dans un état de propreté indispensable pour l’exercice parfait de ses fonctions, sont autant de préceptes > dont la-mise, en ,pratique doit être provoquée dans toutes les circonstances de la navigation ; à plus forte raison dans tex pays où se développent des maladies aussi graves que la peste..
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Lesn fièvres intermittentes sont les maladies les plus enmahunéâ; dans les villes maritimes du Levant. Endémiques dans la plupart, elles revêtent promptement, dans quelques-unes, le caractère per- 1 nieieux.; Celtes que |’ai visitées et o& l’on doit « être le plus en garde contre ces sortes d’affections , sont Larnaca dans l’île de Chypre.. Cette ville est entourée de campagnes presque entièrement déboisées , et pour ainsi dire dépourvues de végétation ; le sol en est sec et ingrat ; ou y trouve plusieurs marais provenant de salines en partie abandonnées et d’un lac. vpisÿi de la mer qui est à moitié comblé.. Les miasmes qui s’échappent de ces divers foyers, d’infection sont 4’ùne activité retïiar,quabie t et les fièvres quüls occasionnent d’une ténacité extrême. U est■ facile, d’en juger, er> voyant combien la constitution de la majorité des habilansde cette localité est détériorée.
Salonique jouit aussi du triste privilège d’être «annuellement Je
théâtre d’épidémies dé fièvres intermittentes dé mauvaise nature; Les eaux stagnantes qui se trouvent entre la ville et une petite rivière qui l’avoisine, et le terrein marécageux.qu’elles;-laissent à découvert,, sont les sources des germes malfaisans, qui étendent leur pernicieuse influence sur la population de l’ancienne capitale de là Macédoine.
La rade des Moulins et la ville de Nauplie de Romanie sont encore des points du Levant où l’invasion de ces fièvres est le plus à :redouter. Le célèbre marais de Lerne qui les a vo isiae exfia 1 e constamment des miasmes délétèrès que les brises de terre portent sur la rade;: aussi est-il rare que les navires qui y stationnent, quelque temps à l’époque des fortes chaleurs soient exempts d’y payer le< tribut.
Plusieurs points des îles de l’Archipel, et particulièrement l’ancienne ville de Milo dans l’île du même nom., sont auâii désolés par les fièvres intermittentes. Cette dernière ville , qui d’après Tournefort avait au commencement du dernier siècle une population de 5 ooo habitans , serait aujourd’hui entièrement déserte , si quelques mal* heureux Crétois ne venaient chercher au milieu de ses ruines un abri contre la persécution ; encore ne tardent-ils pas à ressentir les funestes influences du terrein fangeux? qui les sépare du bord,.*!? la mer, et à présenter au plus hautdegré tous les caractères qui dis* tinguent si bjen les habitans des pays marécageux.
L’insalubrité des environs ^eaène ^ des villages de Parilsia et de ]S[aoussa , dans l’île de l?aros,, -est généralement connue. Il serait cependant facile , dans la pluparÇ.de^jÇaà ,, de remédier à de /pi graves inconvéniens ; et si les autorités des divers endroits que j’ai cités voulaient prendre quelques précautionshygiéniques, elles pourraient .à très^peu de frais prévenir, par des travaux de dessèchement ou par des plantations, sagement ordonnées:, le développementi de ces maladies : mais , accoutumés à vivre.sous J|-domination turque, les Grecs semblent , comme leurs oppresseurs , croire au fatalisme , et ils n’ont, ainsi que ceux-ci, recours à'aucun dioyen pour s’opposer à ce qu’ils appellent la volonté de Dieu.
Je crois devoir me dispenser de pàéïêr de la nature des fièvres intermittentes^de leur siège , . des moyens qui ont été employés
pour arrêter la marche des accès ; je ne ferais d’ailleurs que répètes ici ce qu’ont dit tous les auteurs qui ont écrit sur ces maladies. Seulement j’observerai que la manière de traiter ces affections^ est aujourd’hui ^beaucoup plus méthodique et mieux raisonnée qu’autrefois. L’administration du sulfate de quinine est familière à tous les médecins du Levant, et tous se louent de ses heureujc effets. * Dans toutes l>es localités ouïes fièvres intermittentes sont endémi- %: qqes et où il existe de vastes marécages, on doit empêcher les.communications avec la terre avant et après le coucher du soleil., époques où, comme on le sait , les effluves jouissent d’une plus grande activité,. On évitera de mouiller trop ; près de terre , et sur-tout de , se placer sous le vent des grands foyers d’infection. .Ou yeiljera soigneusement à ^te que les hommes ne dorment pas lorsqu’ils sont*, de quart pendant la nuit on n’ignore pas combien les contagions sont plus faciles durant le sommeil,
,-Uuri ! . , . . .. .*>::• ^ ..