III. Remarques physiologiques sur les Lemmings
Cesanimaux sont herbivores. OlaüsMagnus et (3)Wormius(4)
(1) Loc. cit., p. 18S.
(2) Loc. cil., p. 189.
(3) Loc. cit., p. 618.
(1) Loc. cit . p. 31.
rapportent, sans que leurs croyances sur leur origine soient en ébranlées qu’on trouve de l’herbe non digérée jdans leur ventre lorsqu’ils tombent des nues. Linné a trouvé du Lichen des Rennes dans leur estomac. Les ayant gardés en captivité , nous les avons vus brouter avec avidité des Mousses et surtout des feuilles de Carex ou de Graminées. Rycaut affirme qu’ils ne touchent à aucun aliment utile à l’homme. Nous leur avons vainement offert du pain et de la viande. Cependant il paraîtrait ( i ) qu’ils attaquent un fromage que les Lapons composent avec du lait de Renne et des feuilles d’oseille ( Rumex acelosa ) . Ceux-ci sont obligés de l’enterrer profondément pour le soustraire à la voracité des Lemmings.^
Tous les auteurs que nous avons cités parlent du courage de ces petits animaux. Je l’appellerai plutôt, une aveugle combativité. Quel que soit son ennemi , dès que le Lemming voit qu’il ne peut lui échapper , il s’assied sur son train de derrière et cherche à se défendre en sifflant et en aboyant comme un petit chien. Il s’élance même pour mordre son adversaire et se laisse enlever de terre plutôt que de lâcher prise. Entre eux, les Lemmings se battent avec fureur. Lorsque nous en mettions deux à la fois dans la cage , la lutte commençait aussitôt et ne cessait que par la mort, de l’un des combatlans. Pour en garder plusieurs ensemble , il fallait les prendre dans le même terrier. Scheffer (2) assure même que pendant les migrations, ils se divisent en deux armées ennemies et se livrent de grandes batailles le long des lacs et des prés. Pour moi ce fait n’a rien d’invraisemblable.
Leur instinct rongeur est peu développé ; car ils ne rongeaient pas les mailles d’un filet dans lequel nous les prenions et nous avons déjà vu qu’ils ne coupent pas les racines des arbres. Ils sont plutôt fouisseurs et se rapprochent par-là des Rongeurs talpiformes.
J’ai voulu savoir quelle était la température de ces animauxmais je n’ai pu employer un excellent thermomètre de M.Wal-
(1) Linné, Lachesis lapponica , p. 402.
(2) Lnc. cil., p. 321.
moyenne 39,5. C.
IB
ferdin, construit spécialement pour explorer celle des oiseaux, parce que sa cuvette était trop grosse. Je me suis donc servi d’un petit thermomètre ordinaire dont le zéro a été bien vérifié , mais dont , cependant , je ne puis garantir les données à plus de 3 ou 4 dixièmes de degré. J’introduisis ce thermomètre immédiatement après avoir fait une boutonnière à l’abdomen de quatre Lemmings , et j’obtins les nombres suivans :
Les femelles ont huit mammelles. Elles portent cinq à six petits, d’après Linné. Six à sept au moins, suivant Gunnerus ; mais comme il ajoute qu’ils furent trouvés non loin de la mer et dans un nid construit sous des poutres , et dans un grenier, je serais tenté de croire qu’il s’agit d’un autre campagnol. Cependant Rycaut fait monter le nombre des petits à huit ou neuf. Je n’ai jamais trouvé plus de cinq foetus dans les femelles que j’ai ouvertes. M. Bravais soupçonne qu’il y a deux portées; l’une en juillet, à laquelle appartiendraient les nids que nous avons découverts , l’autre en octobre ; mais nous n’avons aucune certitude à cet égard.
Fin.