CONCLUSIONS
La plaine alluviale où coule le Lualaba entre les rapides de Kondé et le confluent de la Kaluméngongo et sur le fond de laquelle se trouvent les lagunes latérales Kajibajiba, Kabué, Kabélé, Upemba, Lubambo et Kaloinba, ainsi que l'expansion fluviale appelée lac Kisale, occupe le fond d'une dépression, en forme de tranchée ou de fossé (Grabenj qui ne peut pas être envisagée comme une vallée d'érosion, mais qui se présente avec tous les caractères d'une région affaissée entre deux lignes de fractures sub-parallèles.
La longueur du Graben de TUpemba compris, comme il est dit plus loin, du nord du lac Kalomba aux rapides de Kondé, est d'environ 200 kilomètres. La largeur, d'après les données que nous possédons, varie de 3o à 45 kilomètres.
La direction générale du Graben est approximativement, d'après les cartes récentes, de X. 3o° E.
Les levers cartographiques de l'avenir amèneront certainement des modifications de ces données numériques. Je crois, notamment, que la détermination exacte de la longitude de quelques points, le long du cours du Lualaba, aurait pour effet de donner au Graben une orientation plus voisine du méridien.
Le Graben est déterminé, du côté de l'Est, par les pentes rapides qui mènent sur les plateaux élevés appelés Manika, Viano f Biano, etc. Aux collines accidentées qui se trouvent entre les plateaux et la dépression, nous avons donné le nom
de monts Iiia 9 en mémoire du chef de l'expédition du Katanga de 1891-1893.
Les massifs élevés eouronnés par les plateaux de Manika, Viano, ete. sont les monts Mitumba de M. Reiehard et de M. Wauters ; ils présentent vers l'Est des pentes rapides, parfois des falaises presque verticales tournées vers la dépression où coulent la Lufila en aval des sources thermales salées de Moachia, la basse Dikulué et la Lofwa. Sur notre itinéraire (voir a 1 * partie, §4'* sur celui de MM. Bohm et Reiehard et sur celui de M. Delcommuno (fig. 3, pi. IX), ces pentes présentent un palier intermédiaire très net.
La dépression, limitée à l'Ouest par l'escarpement des monts Mitumba, est bornée à l'Est par la falaise du Kundelungu et au Sud par les pentes rapides auxquelles on peut donner le nom de Kunii et qui mènent au plateau du sud du Katanga.
Je considère l'escarpement oriental des moûts Mitumba, les pentes du Kunii et la falaise occidentale du Kundelungu comme correspondant à des fractures et les territoires intermédiaires comme une région affaissée.
Je me propose de revenir sur ce point dans un travail ultérieur. Je me borne à faire remarquer en passant que les sources thermales salées de Moachia semblent se trouver sur la fracture du pied du Kunii.
Le Kundelungu se termine, du côté du lac Muéro et de la vallée du Luapula en amont de ce lac, par des escarpements qui paraissent également correspondre à des failles' avec rabaissement de la région située à l'p]st.
La paroi occidentale du Graben de l'Upeniba est constituée par
l'escarpement des monts Hakansson. Sur notre itinéraire, cet escarpement présente un palier intermédiaire (voir 2 e partie, § 4)-
Le fond de la dépression, comprise entre l'escarpement du Mitumba et celui des monts Hakansson n'est pas exclusivement occupé par des alluvions fluviales ou lacustres. On y voit des collines basses constituées par les formations primaires du Système du Kabélé. Telles sont celles que nous avons signalées sur notre itinéraire autour du lac Kabélé, de Kisanga à Kisamba (voir 2 e partie, g 4)*
Entre la plaine alluviale du Fungwé inférieur et celle du Lualaba au voisinage du Kabué, s'étend une ligne de hauteurs peu importantes formées, à l'Ouest, par le Système du Kabélé et à l'Est, par le Système du Fungwé. Ces collines sont, comme les précédentes, situées au fond du grand Graben.
C'est à la limite entre la plaine alluviale du Fungwé et les collines qui la séparent de celle du Lualaba, que se trouvent les sources thermales sulfureuses de Kafungwé, situées par conséquent sur une ligne où l'on peut admettre l'existence d'une fracture.
A l'est du lac Upemba, au pied de l'escarpement des monts Mitumba, M. P. Reichard signale l'existence de sources thermales sulfureuses, dont l'emplacement correspond par conséquent aux fractures principales du flanc oriental du Graben.
Non loin de là, le même voyageur a signalé, vers la partie inférieure du versant des Mitumba, une colline appelée Sambalulu, qu'il considère comme un cône volcanique (voir 2 e partie, §6).
Je n'ai pu me procurer sur le Sambaluiu, que M. Cl. Brasseur a remarqué et noté sur ses croquis de route, aucune donnée confirmant la manière de voir de M. Reichard. Mais on comprend aisément que la présence d'un appareil volcanique en cet endroit, le long d'une des fractures principales du Graben, n'a rien d'invraisemblable.
Vers la latitude du lac Kalumba, l'escarpement occidental des monts Mitumba s'écarte du Lualaba et se dirige vers le Nord-Est. Du côté de la rive gauche du Lualaba, la plaine alluviale est bordée à l'Ouest par des collines peu élevées. La fracture orientale du Graben semble donc se prolonger au-delà de la région des lagunes et aller croiser le Luapula près de Kalombo, où M. Cl. Brasseur a signalé des sources salées. Cette fracture est séparée des collines de l'ouest du Lualaba par une région relativement basse d'où s'élèvent, cependant, quelques hauteurs de peu d'importance et qui est vraisemblablement une région affaissée.
Il est difficile, dans l'état très rudimentaire de nos connaissances sur ces parages, d'indiquer quels sont les rapports du Graben de l'Upemba avec cette dépression voisine du conflueut des deux grandes branches du Congo. Ils semblent être en continuité directe.
Quoi qu'il en soit, provisoirement je considère comme s'arrêtant aux monts Mombwé, au nord du lac Kalomba, ce que j'ai décrit sous le nom de Graben de l'Upemba, mais non le système des dislocations dont il constitue un tronçon. Le Graben ainsi compris correspond exactement à la région des lagunes, depuis le Kajibajiba jusqu'au Kalomba.
En amont de la région des lagunes, nous rencontrons des conditions comparables à celles qui se présentent en aval.
Le versant occidental des monts Mitumba se continue vers le Sud-Ouest, sous forme d'un escarpement signalé pour la première fois par M. 1\ Le Marinel ( ! )t reconnu plus récemment par la
(*) Mouvem, géogr., ai mars 1897, colonne 137,
mission Jacques ( l ) et qui va couper le haut Lualaba (Xzilo) vers Katolo, sur l'itinéraire du retour de l'expédition dont j'ai fait partie ( 2 ).
Je renverrai ici à deux croquis déjà publiés dans nos Annales, et représentant, en plan et en coupe, la transition brusque du versant ouest des monts Mitumba, constitué ici par les couches métamorphiques de la Lufupa, au plateau régulier formé par les couches du Lubilache dans lesquelles le Lualaba s'est creusé une vallée d'érosion dont le fond entame le substratura primaire (t. XXIV, p. i45, fig. 27 et p. 146, fig. 28).
Au nord de cette région, près du confluent du Lubudi, nous avons trouvé la rive gauche du Lualaba bordée par de hautes collines qui sont vraisemblablement le prolongement des monts Hakansson.
Nous ne possédons aucun document géologique sur la région qui s'étend entre le confluent du Lubudi et le commencement de la région des lagunes. Nous ne pouvons dire jusqu'où s'avancent, dans cette direction, les grès du Lubilache entre l'escarpement des Mitumba et celui des monts Hakansson. Mais je ne puis m'abstenir de signaler l'analogie existant entre les conglomérats qui forment la base du Système du Lubilache sur le haut Lualaba en amont du confluent du Lubudi ( 3 ) et ceux que nous avons vus former des collines émergeant de la plaine alluviale, dans le voisinage du Kabué (voir 2 e partie, § 3). Tl n'est pas invraisemblable que les Couches du Lubilache se soient étendues entre les deux escarpements, jusque dans la région des lagunes. De même, je serais peu étonné d'apprendre l'existence de cette formation dans la région basse voisine du confluent du Lualaba et du Luapula.
Il résulte de ce qui précède que les premières dislocations qui ont créé la région déprimée où coule aujourd'hui le Lualaba depuis Katolo jusque vers le confluent du Luapula sont de date très ancienne. Elles sont antérieures aux couches du Lubilache,
. ( l ) Ibidem, 23 avril 1905.
(*) Ami. Soc. géoU de Belg., t. XXI, p. 240 (II); t. XXIV, p. 14G. ( 3 ) Ibidem, t. XXI, p. 246; t. XXIV, p. 159.
puisque l'on voit, vers le Sud-Ouest, cette formation s'avancer entre l'escarpement du Mitumba et le prolongement des monts Hakansson.
Mais, dans la zone du Graben de VVpemba restreint, comme il est dit plus haut, à la région des lagunes, il s'est fait un affaissement à une époque récente. C'est l'affaissement qui a amené, à Kisamba et au niveau de la plaine alluviale, les conglomérats cohérents que, sur le versant oriental des monts Hakansson, nous avons observés en place à environ 248 mètres au-dessus du lac Kabélé et a, en même temps, rabaissé les massifs primaires ou archéens dont font partie les collines intérieures du (iraben.
C'est à cet affaissement récent qu'est due l'origine du lac dont les lagunes représentent les vestiges en voie de disparition par suite de l'alluvionnement intense et de la régularisation croissante du profil du Lualaba.
Les sources thermales de Kafungwé et de Katapena doivent être en rapport avec la phase récente de ces dislocations. Ainsi que la montré M. L. De Launay (*)> dans les pays de plissements anciens, on ne trouve de manifestations thermo-minérales que là où des dislocations beaucoup plus récentes sont intervenues pour faire jouer d'anciennes fractures ou en ouvrir de nouvelles.
S'il est un jour démontré que le Sam bal u lu (voir 2 e partie, § 6 et 3 e partie, § i3) est réellement un volcan, il constituera un argument de plus en faveur de notre théorie.
Si Ton compare l'orientation générale du (Jrabcn (X. 3o° E.) avec les directions que j'ai pu relever dans les assises des Systèmes du Kabélé et du Fungwé (voir 2'* partie, § § 1, 3 et 4), on constate qu'il n'y a pas de rapport fixe entre ces orientations. Dans les monts Hakansson, au N\V. du Kabélé, j'ai trouvé des directions variant
( l ) L. De Lainay. Recherche, captage et aménagement des sources thermo-minérales. Paris, Béranger, 1899, pp. 21 3, etc.
de X. 4<>" \V. à X.-K. ; au sud du Kabélé et sur l'itinéraire du Lualaba ù la Manika, la direction des couches est en général voisine de X. 4^° ^-» c'est-à-dire 1 qu'elle se rapproche de celle que les caries récentes donnent au (Jraben de l'I/pemba.
S ao.
Comme il a été dit dans le texte et comme on le constate par l'examen du profil fig. i, pi. IX, le massif des monts Hakansson et celui des monts Mitumba sont surmontés de plateaux très réguliers, flanqués de part et d'antre de régions à relief accidenté. Il en est de même du massif du Kundelungu.
Il faut en conclure qu'antérieurement aux dislocations qui ont mis ces trois horsts en évidence par affaissement tics parties intermédiaires, le pays du Katanga était réduit à un état voisin de la pénéplaine.
L'érosion a laquelle sont soumis les horsts, depuis l'effondrement des massifs qui les séparaient, les a déjà sculptés profondément dans leurs parties extérieures, mais n'a pas encore eu le temps de leur enlever leur caractère de plateau dans leurs parties centrales. Elle n'est pas encore parvenue, non plus, à faire disparaître le caractère escarpé des versants tournés vers les Griiben. Mais elle s'est attelée vigoureusement à cette besogne. Partout, nous avons pu constater avec quelle énergie s'exerce l'érosion régressive dans les cours d'eau torrentiels qui descendent des flancs des Griiben. La haute vallée du Luvilombo et celles de ses affluents sont de véritables canons qui s'accroissent sans cesse vers l'amont et menacent l'intégrité du plateau de la Manika. Les mêmes faits s'observent, de l'autre côté du plateau, dans le bassin du Fungwé. Ils sont particulièrement frappants dans les rivières qui descendent du Kundelungu vers la Lufila et qui subissent parfois, sur leur cours, des chutes verticales importantes.
S ai.
Comme je le disais au début de ce travail (i |,c partie, § 7) des causes étrangères aux agents externes sont intervenues pour rendre à ce pays un relief accidenté que la marche régulière de V érosion non contrariée aurait du aplanir depuis longtemps.
Il résulte de tout ce qui précède, que ces causes sont des phénomènes de dislocation.
Ces conclusions peuvent être étendues et s'appliquer à tout le bassin du Congo et même, d'une façon plus générale, à l'ensemble de l'Afrique tropicale et australe. Elles expliquent la contradiction existant entre l'apparence de jeunesse qu'y présente, en certaines régions, l'érosion fluviale et la haute antiquité de l'émersion du Continent.