‹ Observations sur les terrains anciens du Katanga faites au cours de lChapitre 29 sur 51 · M 221 — ( IÔ · texte numérisé non relu

M 221 — ( IÔ

Le plateau de la Manika se termine par un haut escarpement du côté de la grande dépression où coule la Lufila et ses affluents. La route y descend par le ravin de la Luvilombo. Comme on peut le voir sur le profil (pl.IX,fig. i), l'escarpement est, en réalité, divisé en deux parties par une sorte de palier intermédiaire, à l'altitude d'environ 35o mètres au-dessus du Kabélé. Notre itinéraire a rejoint, dans la plaine, la Luvilombo près de Kalalangombé, à 178 mètres et la Dikulué à Musanga (i58 mètres). Bunkea se trouve à 40 kilomètres au SSE. de ce point, à l'altitude relative de 218 m.

Ce dernier chiffre exprime donc à peu près la différence de niveau existant entre le fond du Graben de l'Upemba et celui delà dépression de la Lufila moyenne.

J'interromprai ici le récit de mes observations personnelles, pour revenir plus tard, dans un antre travail, à l'étude de la grande dépression où coulent la Lufila moyenne, la Dikulué et la Bunkea inférieure.

Le profil (pi. IX, fig 1) résume les observations topographiques et géologiques exposées dans les quatre paragraphes précédents. Il montre nettement l'existence, entre le massif des monts Hakansson et celui des monts Bia et de la Manika, d'une large et profonde dépression dont le fond est occupé, en grande partie, par la plaine alluviale du Lualaba. C'est à cette dépression bordée, à l'Ouest comme à l'Est, par les remparts élevés des collines, que je donne le nom de Graben de ÏCpemba.

Nous allons voir que les documents rapportés par plusieurs explorateurs qui ont croisé la vallée du Lualaba ou qui en ont exploré les abords, s'accordent avec ceux qui précèdent en ce qui concerne la disposition générale du Graben et des massifs qui le bordent.

Au mois de janvier 1884, M. Paul Reichard et le D r Bohm, agents allemands de Y Associât ion internationale africaine, partis de Kagoma sur la Dikulué, parvinrent à la rive orientale du lac Upemba ( , ). La localité de Kagoma est située à environ 20 kilo-

P) P. Reichard. Berieht ueber die Reise naeh l'ruft und Katanga. Mitt. d. Afrik. Ges. in D., Bd. IV, Ht. 5, p. 3o3, i885.

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mètres en aval de Musanga où nous avons traversé la Dikulaé, sur notre itinéraire de la Manika à Bunkéa. .

MM. Reichard et Bohm suivirent une route qui, le long de la Luvilombo supérieure, coïncide en partie avec la nôtre, puis ils s'en écartèrent vers le Nord-Nord-Ouest. 11 traversèrent, entre la Dikulué et la dépression où se trouve l'Upemba, un relief très prononcé que M. Reichard désigna sous le nom de Mitumba.

La figure 2 de la planche IX donne, d'après M. Reichard (*), le profil en travers de ces hauteurs, où se trouvent indiquées des altitudes absolues de 1 4°o & 1 58o mètres, c'est-à-dire de 780 et 960 mètres au-dessus du niveau de l'Upemba.

On remarquera l'analogie frappante qui existe entre le profil de M. Reichard et le nôtre en ce qui concerne, notamment, le palier que présente le versant oriental des Mitumba.

Près du pied du versant occidental des Mitumba, non loin de Katapena, M. Reichard mentionne la présence de sources thermales sulfureuses. Ces sources thermales se trouvent donc dans une position correspondante à celles de Kafungwé, rencontrées sur notre itinéraire. C'est là un fait du plus grand intérêt.

Le voyageur allemand signale en outre, près de Katapena, vers la partie inférieure du versant des Mitumba : « ein niedriger vulkanischer Kegel, der Sambalulu » ( 2 ). Nous reviendrons plus loin sur ce point.

En août-septembre 1891, l'expédition de M. Alex. Delcommune, dont faisaient partie MM. P. Briart et N. Diderrich, traversa la région du Graben de TUpemba, du Luvoi à la Lufila, en contournant par le Nord le lac Kisale .et traversant le fleuve près de l'endroit où il débouche du lac.

Entre le Luvoi et le lac Kisale, M. Delcommune et ses adjoints traversèrent une chaîne de collines dominant de 3oo mètres le niveau du lac et auxquelles M. Delcommune donna le nom de monts Hakansson. Ce sont les hauteurs que nous avons recoupées plus au Sud, où elles présentent un relief beaucoup plus accentué.

(«) Ibidem, Bd. V, Ht. a, Taf. 3.

(«) Afrik. Ges., Bd. IV, p. 3o4.

Nous ne possédons pas les éléments nécessaires pour construire un profil des monts Hakansson à l'ouest du lac Kisale.

Pour ce qui concerne la partie orientale du Graben, c'est-à-dire les Mitumba, il existe une coupe dressée par M. A.-J. Wauters d'après les données de M. P. Briart et dont nous donnons la reproduction (fig. 3, pi. IX), d'après un travail de M. A.-J. Wauters (').

Encore une fois, nous ferons remarquer l'analogie que présente ce profil avec celui do M. 1*. Reicliard et avec le notre. On y remarque aussi, sur le versant oriental, le palier intermédiaire déjà signalé.

Le plateau formant la partie la plus élevée des Mitumba atteint, dans la coupe de M. P. Briart, des altitudes de i 080 mètres audessus du lac Kisale.

Ce profil est pris dans la région où la Lufila traverse les Mitumba par une gorge étroite, pour se jeter dans le lac Kisale (voir § suivant).

En i896, M. Cl. Brasseur, officier de l'Etat indépendant, a fait une intéressante exploration le long de la rive droite du Lualaba, depuis les environs du lac Kabué jusque près du confluent du Lualaba avec le Ltiapula. Marchant dans la plaine alluviale, entre le fleuve et la paroi orientale du Graben, il a ajouté de nombreuses données géographiques à celles des explorateurs dont les itinéraires n'avaient fait, jusque là, que couper la vallée en travers.

M. Brasseur nous apprend d'abord qu'il existe encore une lagune fluviale en amont du Kabué, sur la rive droite ; c'est le Kajibajiba. Il a dû être frappé par la colline conique déjà signalée par M. Reicliard, car il l'indique sur son croquis sous le nom de pic Kambtilulu. On lui doit la reconnaissance de la rive orientale du lac Upemba, dont il a découvert les rapports avec la Lufila (*).

Xous reviendrons plus loin sur la suite des observations de M. Brasseur jusqu'au confluent du Luapula.

Il résulte de l'étude hydrographique de M. Lattes, à laquelle j'ai déjà fait allusion plus haut, qu'en remontant la Lufila à partir du

(*) A.-J. Wauters. Le relief du bassin du Congo, ete. ( 2 ) Moud, géogr., ai mars, 4 avril et 29 août 1897.

confluent, on rencontre les premiers rapides à 5 kilomètres en amont de Kaynmba. C'est là que la rivière, qui vient de traverser les Mitumba en subissant une dénivellation d'environ 280 mètres, cesse de couler dans un lit rocheux et pénètre dans la plaine alluviale ( 1 ).

Après avoir décrit, autant qu'on peut le faire dans l'état présent de nos connaissances, la large dépression bordée par des reliefs escarpés dans laquelle coule le Lnalaba depuis les environs du lac Kabué jusqu'au confluent de la Lufila, je vais essayer de déterminer son extension vers le Sud d'abord, vers le Xord ensuite.

En amont de Kisamba, où nous avons traversé le Lualaba sur notre itinéraire décrit plus haut (§ 3j le fleuve est barré par les rapides de Kalenga qui, d'après les cartes récentes, se trouve à 4° kilomètres en amont de Kisamba. Mais, d'après M. Lattes ( l )» la navigabilité est déjà interrompue à 25 kilomètres plus bas, par les rapides de Kondé, où la largeur du fleuve se réduit à 3o mètres ( 2 ). En ce point, dit M. Lattes, les collines qui les bordent se sont rapprochées du fleuve et semblent l'enserrer. Le cours continue, vers l'aval, à être accidenté et le lit, rocheux jusque File de Katonga. Ce n'est qu'en aval de Katonga que le cours du Lualaba se régularise et que les rochers disparaissent du lit : mais des collines sont encore proches des rives jusqu'au village de Balunga.

De ce nombre doit être la colline formée de conglomérat que j'ai signalée un peu en amont de Balunga (voir g 3).

De quelle nature sont les roches qui forment les rapides de Kondé et les écueils qui se voient en aval ? Sont-ce des terrains anciens en place, ou sont-ce les conglomérats de Kalenga et de Balunga ? Cette donnée aurait de l'importance au point de vue qui nous occupe, mais elle nous manque. Nous n'avons non plus aucun renseignement sur la nature géologique des rapides de Kalenga où, d'après M. A. Jacques ( 3 ), la largeur du fleuve est réduite à 20 mètres.

( 1 ) .\fonv. géogr., 10 et 17 avril 1904.

( 2 ) A Balonga, elle est de i5o à 200 mètres (Lattes).

( 3 ) Mou ». géogr.i a5 avril 1905.

4 NOVEMBRE 19o5.

8 io.

Pour ce qui concerne le prolongement du Graben au nord du lac Kisale, nous possédons quelques données dues à M. Cl. Brasseur.

Après avoir franchi la Lufilaprès de son confluent, M. Brasseur, partant de Kaiumba, a continué de marcher vers le Nord entre le Lualaba et le pied des monts Mitumba (— Iybala). Il a bientôt reconnu le lac Lubambn, lagune de la rive droite du fleuve, de l'autre côté de laquelle il aperçut les « montagnes dé la rive gauche du Lualaba », continuation des monts Hakansson.

Il a trouvé ensuite la Kaluméngongo, importante rivière descendant des monts Kibala. Dans cette région, les hauteurs bordant le Graben sont très écartées et «la plaine s'étend à perte de vue». M. Brasseur découvrit ensuite le lac Kalamba, lagune de la rive droite, entourée de marais, dans laquelle se jette la Kaluméngongo. « Le lac Kalomba », nous dit-il, « se déverse dans le Lualaba » par un chenal d'une centaine de mètres de largeur. Une bande » de terre de 3 à 4 mètres seulement sépare le lac du fleuve sur » une longueur de plusieurs centaines de mètres ( 1 ). Pendant la » saison des pluies, le lac et le fleuve se confondent en une grande » nappe d'eau ».

C'est au Kalomba, dit M. Brasseur, que «finit la série des lacs». La plaine qui entoure la lagune est « resserrée entre les monts « Kibala à l'Est et les monts Mombwé au Xord. » Sur son croquis de route, il indique ces monts Mombwé comme des collines situées sur le fond de la grande dépression que limitent les monts Kibala et les collines de l'Ouest.

Entre le lac Kalomba et le confluent du Luapula, M. Brasseur signale encore, sur la rive droite du Lualaba, de petites collines, mais l'escarpement des Mitumba- Kibala, à partir de la latitude du Kalomba, s'est détourné vers le Xord-Est.

A l'ouest du Lualaba, le voyageur mentionne, à plusieurs reprises, des collines. Ce sont, à l'ouest du Kalomba, les monts Mayumbe; plus au Xord, les monts Kassongo, Mulela et Kassongolula ( 2 ).

(*; C'est le bourrelet alluvial dont il est question plus haut (S a). ( 2 ) Voir la Carte de ri rua et du Katanga, avec ses itinéraires, dressée par le lieutenant Clément Brasski'K. Mouik géogr. y 29 août 1897.

La reconnaissance hydrographique de M. Lattes (*) nous fournit encore quelques observations intéressantes.

En aval du lac Kisale, le fleuve coule dans une plaine unie et inonde ses rives à la saison des pluies; le fond est vaseux et parfois sablonneux ; parfois, près des rives, on rencontre un fond de gravier. Jusque Mulanga, au débouché du lac Kalomba, le Lualaba décrit de larges méandres dans sa plaine alluviale.

Mais à partir de Mulanga, les rives commencent à s'élever et en même temps, les sinuosités sont plus rares et moins accentuées. Ceci confirme donc les observations de M. Brasseur : c'est bien à hauteur du lac Kalomba que se termine la large plaine alluviale de la région des lagunes.

) Mouv. géogr., 10 et 17 avril 1904.

Troisième IPetirbie.

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