LA CASSITÉRITE DU KATANGA
fi. PUTTGENBACH (')•
Depuis quelques mois, on a reconnu, dans le Katanga, une zone de gisements d'étain très importants, qui s'étendent sur plus de eent quarante kilomètres de longueur, parallèlement et à Test du Graben de rrpemlm dont M. Cornet a dernièrement démontré l'existence (*).
Dans mon rapport sur ce mémoire de notre confrère ( 3 ), je faisais observer que, si les sources thermales signalées par M. Cornet existent le long du flanc oriental de ce Graben, les gisements d'étain, actuellement reconnus dans la région, sur la même ligne directrice que les sources chaudes, s'étendent cependant plus au Sud-Ouest, ayant été probablement formés lors des premières dislocations qui se sont produites dans le pays et qui constituent, sans doute, les causes principales de la direction prise par le fleuve Lualaba, après sa traversée du massif de Zilo et surtout après son confluent avec la rivière Lufupa.
Préparant actuellement une description géologique de cette région minière, dont l'énorme valeur reconnue fait prévoir la prochaine importance» industrielle, je ne m'attarderai pas à en exposer ici la structure. Les quelques considérations qui suivent ne sont donc amenées que par la présentation des échantillons de eassitérite qui forment l'objet principal de cette note.
Depuis le confluent du Lualaba et de la Lufupa, il existe, se dirigeant vers le Nord-Est, un massif de granité pegmatoïde, de largeur assez faible, mais visible sur plus de i5o kilomètres de
(') Communication faite à la séance du 18 février 190(3. <*) Ana. Soc. géol. de Belg.< t. XXXII, p. ao5. ( 3 ) Ibid. t p. a35.
ANN. SOC. GÉOL. DE BELG., t. XXXII 1. MÉMOIRES, 4-
longueur (figure i ), Sur le flanc occidental de ce massif, on trouve
desquartzitesà tourmaline, des micaschistes, etc. , dont M .
Cornet a formé son Système de Fungue.
("est au contact de ces diverses roches avec les granités, que se trouvent les gîtes d'étain dont il s'agit, en filons à peu près verticaux, parallèles ou perpendiculaires au contact et dont les plus importants se trouvent dans les quartzites tourmalinifères.
Je rappelerai ici que les gisements de cuivre commencent, au contraire, au Sud, en amont des chutes de Zilo, disséminés dans une bande qui se dirige d'abord vers l'Est . Je les ai décrits antérieurement ( l ).
Le gîte aurifère de Ruwesetrouveégaleni en t en amont de ces chutes, sur le bord nord-ouest de la plaine de Kazembe ( 2 ).
Carte d'une partie du Kataiign. Leschutes de Zilo,
Kt'helle de i : 2 000 000. qui occasionnent au
(') .4/1/1. Soc. gêal. de Belif.. t. XXXI, p. 5i5,
( 2 ) Congrès intern. des Mines, etc. Sect. de Géol. appL Liège, 1905.
fleuve une dénivellation de plus de 4<><> mètres sur une longueur de 5o kilomètres, s'échelonnent sur une série de quartzites, de seliistes,de grès et de phyllades, entrecoupés de roches éruptives( 1 ).
La région stannifère est très accidentée, sillonnée de ravins dans lesquels les filons affleurent parfois; mais, le plus souvent, ils sont recouverts par les débris du sous-sol, en cailloux de toutes dimensions et qui, comprenant de la cassitérite en noyaux de quelques grammes à plusieurs kilogrammes, constituent souvent eux-mêmes des gisements dont la valeur industrielle est plus grande encore que celle des filons.
Les gisements d'étain du Katanga ne se distinguent géologiquement pas de ceux des autres régions et, dans les filons indiqués ci-dessus, on trouve la cassitérite formant, avec le quartz, une roche à gros éléments, souvent pétrie de mica blanc. Il semble, en tous cas. que le quartz s'est moulé sur la cassitérite.
Les cailloux de cassitérite trouvés dans les débris du sol sont ordinairement brisés, mais ont encorda forme extérieure grossière des cristaux primitifs et le point cristallographique sur lequel je désire attirer spécialement l'attention dans cette note, consiste en la fréquence et la grandeur relative, dans ces cristaux, des faces de là pyramide» qui surmonte ordinairement le prisme quadratique de ce minéral, pyramide que l'on a notée a 1 et qui est caractérisée par les angles :
a 1 a 1 ant. =- 58° 19' a 1 a 1 opp. -= 87 7'
( V sont les faces de cette pyramide qui paraissent avoir résisté le mieux aux mouvements dus à la désagrégation des tètes de
filon et au remaniement de leurs éléments. D'ailleurs, j'ai rencontré également des cristaux plus ou moins complets et dont le plus net, représenté par la figure 2, m'a permis de prendre des mesures assez bonnes :
( ] ) Cf. Cornet. Ann. Soc.géol. de Belg., t. XXIV, p. i35.
m a 1 adj.
a 1 a 1 adj.
a 1 a 1 opp.
Mes. Cale.
6o°5o',5 58°io/
Suivant la ligne zz\ le cristal est traversé par une mince épaisseur de quartz, à peu près parallèlement à la troncature b l de l'arête a 1 a 1 de gauche, face qui, on le sait, constitue le plan de macle habituel dans ce minéral.
Pour effectuer les mesures, j'avais voulu détacher ce cristal de la masse adjacente par un coup de marteau ; mais la séparation se fit alors très nettement suivant la ligne x y z de la figure, c'està-dire parallèlement à la face supérieure a 1 de droite du cristal, (''est un clivage très net, parallèle à a 1 , qui s'est produit.
Examinant alors les autres échantillons que je possède, je m'aperçus que les faces a 1 se distinguent très facilement des autres faces, par un éclat beaucoup plus brillant ; elles sont comme polies, tandis que les faces m et g x sont ternes et grossières.
J'attribue ce fait à ce que la cassitérite du Katanga possède un clivage parallèle à a 1 plus net et plus aisé que le clivage parallèle à m ; il n'en résulte cependant pas qu'il soit facile, car c'est dans le seul cristal décrit plus haut que je l'ai obtenu aisément ; il se produit cependant, en général, sur les bords des esquilles que Ton détache en frappant les cristaux parallèlement aux faces a 1 , tandis que ce fait ne se produit pas sur les esquilles détachées parallèlement à m.
Au microscope, on peut très nettement, au travers des parties périphériques de ces lamelles, observer la figure d'interférence d'une lame inclinée sur l'axe optique d'un uniaxe et déterminer, par les méthodes connues, le signe optique qui est positif.
J'espère recevoir ultérieurement de nouveaux cristaux de cassitérite du Katanga et, s'il y a lieu, j'en ferai une description plus complète.
Quelques faits à propos de la formation des pépites d'or.
Les venues métallifères du Katanga.
l'AK j4. j^UTTGENBACH [ l ).
C'est un fait habituellement constaté dans les gîtes aurifères filoniens, que les parties supérieures des filons contiennent l'or en pépites souvent volumineuses, tandis que les parties profondes ne renferment pas le métal précieux visible à l'œil nu. De même, les aliuvions aurifères contiennent l'or en pépites et en paillettes, tandis que les roches d'où elles proviennent ne laissent pas voir la moindre trace du métal, l'analyse chimique seule permettant d'en déceler la présence. Mais ce phénomène, que Ton peut, je pense, considérer comme général, n'a jamais pu être expliqué d'une façon satisfaisante.
Je me propose d'exposer, dans ce mémoire, quelques faits que j'ai pu observer au Katanga, au cours des recherches minières qui y ont été faites dans ces dernières années; déjà, j'en ai exposé quelques-uns dans des mémoires antérieurs ( 2 ) ; mais je crois bon de les rassembler ici, en les ajoutant à d'autres que je n'ai pas encore décrits et qui me semblent très intéressants en ce qui concerne la genèse des pépites d'or ; j'y suis amené par l'examen de certains spécimens très curieux, provenant de l'exploitation d'un gîte aurifère du même pays et dont quelques-uns sont représentés dans la figure 5. Je n'ai pas la prétention de vouloir donner ici l'explication de ces faits ; mais il me semble utile de les faire connaître.
(M Communication faite à la séance* du 1 8 février i<)o(>.
("-) Cf. H. BrTTOKNUACH. Les dépôts aurifères du Katanga. Bull. Sor. belge de gêol., t. XVIII. 1904. Mém.. p. 17'L Les gisements de cuivre du Katanga. A un. Sor. gènt. de Belg.. t. XXXI, Mém. — Le gitc auro-platinifère de Ruwe (Katanga), Congrès des Mines. Métull., Mêcnn.et Géol. nppl. Liège.
— if 54 —
En ce qui concerne les filons, je citerai, comme type, ceux du Venezuela, dont M. de Lapparent donne, dans son Traité de géologie, 4*' édition, p. 1742, une description si caractéristique que je demande l'autorisation de la reproduire intégralement.
« Les filons de quartz riche peuvent se diviser en trois zones : » Tune, supérieure, à pépites et paillettes d'or disséminées dans » un quartz fendillé et lamellaire, taché de rouille par endroits, à » cavités occupées par de la limonite et dont quelques-unes lais- » sent encore reconnaître la forme cubique des cristaux de pyrite » qui ont disparu; une zone moyenne, à quartz pauvre ; enfin, » dans la profondeur, une zone où le quartz est criblé de pyrite » aurifère dont quelques cristaux ont même, pour ainsi dire, » laissé suinter en gouttelettes, à leur surface, l'or qu'ils conte- » naient. »
Pour expliquer ces observations si importantes, on suppose que l'or est venu à l'état de sulfure avec le fer ; « de la sorte, les gîtes » d'or natif pourraient être considérés comme le chapeau de fer » des filons de pyrite aurifère et, si Ton songe à la facilité avec » laquelle se décompose le chlorure d'or, il paraîtra vraisemblable » que les eaux chlorurées superficielles ont dû jouer on certain » rôle dans la précipitation de l'or à l'état natif. Enfin, celte » action n'ayant pu se passer que dans le voisinage de la surface, » on comprend sans peine la tendance marquée de l'or natif à ne » se montrer que dans les têtes des filons, ainsi que la localisation )> des grosses pépites dans les portions tout à fait externes, que » l'érosion a partout enlevées » (l.oc. cit.)
En ce qui concerne, les allunions, qui ont formé les principaux gisements aurifères de Californie, le même auteur (Loc. cit.) fait observer « qu'un filon quart/eux n'a jamais fourni de fragments » d'or à beaucoup près aussi gios que les pépites obtenues par le » lavage des placers, ce qui donne à penser que les tètes des filons, » détruites par les anciennes érosions, devaient être sensiblement » plus riches en or que les parties inférieures. »
Mais à quelle cause était dû cet enrichissement des parties supérieures des liions ? J'attirerai ici l'attention sur ce fait que
la présence, dans le quartz de remplissage, de cavités souvent remplies de matières ocreuses, était toujours considéré par les mineurs comme un très bon indice ; que certaines de ces veinules ocreuses ont été d'un très fort rendement en or ; que ces veinules disparaissent en profondeur pour faire place à la pyrite, en même temps que la richesse en or diminue rapidement (').
Tous ces faits semblent indiquer un phénomène analogue à celui des filons du Venezuela et portent à croire que, en Californie également, les parties supérieures des filons constituaient un chapeau de fer, enrichi en or par un processus d'oxydation de la pyrite, processus permettant une concentration de l'or en pépites. Les faits observés au Katanga et cités plus loin, me font admettre aussi un accroissement en volume de ces pépites, pendant le phénomène de destruction des tètes des filons et pendant la formation des ailuvions. Je pense même que cette modification dans le volume des pépites peut se faire très rapidement, car je ne puis m expliquer autrement les observations que j'ai relevées à Fungurume et à Likasi (voir §§ 5 et 6).
Le croquis ci-joint (fig. i) représente la partie du Katanga située entre le parallèle sud 10 l •„• et la frontière méridionale. J'ai indiqué sur cette figure la plupart des gisements de cuivre et de fer qui ont été reconnus dans ce territoire dont la superficie est de 6o ooo kilomètres carrés.
J'y ai également indiqué les divers points où l'or a été trouvé, le plus souvent en fines lamelles, dans les sables des ruisseaux, mais, en deux endroits, formant des dépôts plus conséquents, à Kambove et à Ruwe.
Disons cependant, dès maintenant, que l'or se trouve également dans presque tous les gisements de cuivre du pays. La teneur y est toujours très faible, dépassant rarement un demi-gramme par tonne.
J'ai donné antérieurement mon opinion sur l'allure en profondeur des gisements de cuivre du Katanga, dont les parties actuellement reconnues sont constituées par des roches principalement siliceuses à stratification se rapprochant de la verticale et impré-
i x ) Ficus et I)k L.vrxAY. (iites minéraux et métallifères, t. Il, p. yi<).
gnées, dans tous leurs joints et dans toutes leurs fissures, sur des longueurs variant de 100 mètres à 4 ^t 5 kilomètres, sur dos largeurs de 5o à 200 mètres, par de la malachite I 1 ). Le peu de profondeur que les travaux de recherche ont dû atteindre pour mettre en évidence l'importance industrielle» énorme de ces dépôts, n'a pas laissé dépasser encore cette zone de minerais oxydés; cependant, la présence de cuprite et de ehalcopyrite, décelée dans deux des gisements les plus importants, à Kambove et à Luushia, ne me laisse» aucun doute sur la transformation de ces gîtes à une profondeur que, malheureusement pour l'intérêt scientifique, les travaux d'exploitation ne» devront pas atteindre avant de nombreuses années. Je pense que les carbonates de cuivre feront place à des sulfures complexes de cuivre et /7e/e/\tels que la bornite et la ehalcopyrite et, si nous supposons (pie ces sulfures sont aurifères, nous comprendrons que le métal jaune se retrouve dans les produits d'oxydation.
C'est à la destruction des parties superficielles de ces dépots et a l'enrichissement mécanique, que j'attribue la formation d'une partie de ces dépôts aurifères de la contrée.
Ainsi que je l'ai dit plus haut, les seuls dépôts conséquents, reconnus jusqu'à ce jour, sont ceux de Ruine et de Kambove, et principalement le premier. Mais de nombreux ruisseaux et rivières contiennent de l'or en paillettes ou en petites pépites, inexploitables sans doute, mais très intéressante.
Certains de ces dépôts proviennent certainement de la destruction de filons de quartz aurifère, dont quelques-uns ont été retrouvés notamment vers l'ouest de la région minière, à Kalangive et vers le Sud, près des rivières Kapande et Kapembe. Je n'ai donc pas du tout l'intention de généraliser l'explication que j'émets et d'après laquelle la destruction des parties supérieures des gisements de cuivre a donné lieu à un enrichissement en or, ce métal se retrouvant dans les ravins et dans les ruisseaux situés en aval de ces gisements, et d'après laquelle, notamment, Vor se serait, au cours de cet enrichissement, formé en paiilettes et en pépites, souvent assez volumineuses. C'est ce dernier point qui forme principalement
(*) On y trouve parfois* aussi de la chrysocole. niais je la crois due à une transformation chimique uftérieure.
l'objet de cette note et il me suffirait presque de l'établir en considérant un seul de ces dépôts, celui de Knmbove* qui, soumis à une exploitation pendant mon séjour au Katanga, m'a permis de réunir les observations qui m'ont amené à attribuer au métal précieux cette origine.
J'ai décrit antérieurement le gisement de Kambove, qui constitue certes l'un des dépôts cuprifères les plus importants du monde entier. Je me permettrai donc de renvoyer le lecteur à la description que j'en ai publiée, en 1903, dans nos Annales( l K Au nord de ce gisement, et dans trois ravinsfortement encaissés, dont l'un, le ravin de Livingstone, traverse legisement de cuivre perpendiculairement à sa longueur, on a exploité un dépôt de graviers aurifères, sétendant sur 3 ou 4 kilomètres de long.
J'ai, au cours de cette exploitation, constaté les faits suivants :
i°) Les ravins dont la source se trouve dans une direction opposée à celle du gisement de cuivre, ne contiennent jamais d'or;
2 ) Dans le ravin de Livingstone, on ne trouve pas d'or en amont du gisement du cuivre ;
3°) En dehors des ravins, on ne trouve de l'or que sur le plateau situé en aval du gisement de cuivre et drainé par les ravins ;
4°» C'est dans le ravin de Livingstone que se trouvent les plus grosses pépites ;
5°) Lorsqu'on lave le gravier au pan, la quantité d'or récoltée est proportionnelle à la quantité de grains de malachite et d'oligiste qui se montrent un peu avant la fin de l'opération.
Me basant donc sur ces faits et observant que les analyses faites sur les échantillons de grès et de schistes cuprifères du gisement de Kambove décèlent toutes de l'or, soit en traces, soit à une teneur de 1, 2 et même 3 grammes à la tonne, je me crois en droit de conclure que l'or des ravins provient du gisement de cuivre.
Seulement, comme ce gisement de cuivre n'a jamais montré le métal jaune en pépites on même en paillettes, il s'ensuit également que les grains et pépites d'or des ravins ont dû se former au cours même de la destruction des parfces supérieures du gisement.
Cette concentration de l'or, d'abord disséminé en particules microscopiques dans des schistes ou des grès imprégnés de mala-
(') Les gisements de cuivre du Kalangii, t. XXXII. p. f>4f).
chite, et se produisant au cours de la destruction de ces roches par les eaux météoriques, au cours de l'érosion et au cours de la sédimentation, cette production de paillettes, de grains et de pépites d'or me paraît se faire souvent avec une très grande rapidité et j'ai pu constater, au Katanga, à ce sujet, deux faits tellement caractéristiques et tellement précis que, quoique les ayant déjà décrits dans un autre mémoire ( 1 ), je crois bon de les reproduire ici. Le gisement de Likasi est formé (*) d'une colline de 70 mètres de hauteur, s'allongeant du Nord-Ouest au Sud-Est, suivant la direction des couches qui la composent Ces couches sont, du Sud- Ouest au Nord-Est (fig. 2) :
Via. 2. Coupe transversale de la colline de Likasi.
1) pligiste
2) calcaire gris
3) grès cuprifères *
4) oxydes noirs de cuivre et malachite
5) grès cuprifères
6) quart/i tes
Ces quartzites affleurent sur les points les plus élevés de la colline, de sorte que les eaux pluviales qui tombent sur ce versant sud-ouest ne peuvent, en descendant vers le ruisseau Kabangu qui les récolte, laver (pie ces seules couches, comme le montre la coupe de la figure 2.
Or, un peu en aval de la couche d'oligiste, le prospecteur qui dirigeait les travaux miniers, pourTétude du gisement de cuivre, avait établi son camp en c et, pour empêcher les eaux pluviales d'inonder ce camp, il avait creusé, en a, une rigole dco m 5ode profondeur, dans laquelle, après une de ces pluies tropicales qui ne durent
( 1 ) Les dépôts aurifères du Katanga. p. 1H0.
( 2 ) Les gisements de cuivre du Katanga, p. 527.
— M ÔO —
que deux ou trois heures, mais qui déversent des quantités d'eau souvent énormes, il trouvait un agglomérat de cailloux de toute espèce, provenant des couches décrites ci-dessus : mélange d'oligiste, de malachite, de quartz, etc. Kn lavant ce dépôt au pan, il récoltait aussi des paillettes d'or.
On fit donc des recherches dans toutes les couches sur lesquelles avait passé cette eau qui déposait de l'or en paillettes et on ne put cependant déceler la présence du métal précieux que dans les couches cuprifères (3), (\) et (5), où jamais on ne trouva de paillettes visibles et où l'analyse chimique seule permit d'en constater des traces.
J'ai suivi ces recherches avec soin ; j'ai prélevé des échantillons en de nombreux points de la colline; j'ai fait, au pan, des essais de tous genres et jamais je n'ai pu constater de l'or visible dans les couches in situ. Je suis absolument persuadé que cet or, trouvé en paillettes dans les dépôts formés par les pluies, provient des couches cuprifères de la colline, où il n'existe cependant qu'en particules microscopiques.
Un fait analogue, mais plus caractéristique encore, a pu être observé à Fungiiriime, gisement de cuivre très important de la région, et dont j'ai également décrit la structure assez complexe ( ] )-
Lorsque je me trouvais pour la première fois à Fungurume, en
V\i\. 3. Croquis rie la colline rie Fungurume.
octobre 1902, M. Sandham, qui commentait les travaux miniers d'étude du gisement, trouva, après une pluie de quelques heures,
(') Les gisements rie enivre riu Katanga, p. 5,'ti.
dans un gravier formé de cailloux divers et déposé au point a (figure 3), des pépites d'or, dont plusieurs pesaient 2 et 3 grammes. Quatre lavages au pan donnèrent i5 grammes d'or en paillettes et en pépites. Ce gravier provenait des différents débris de roches entrainés par les eaux des points r fi vers a et y et se composait des divers éléments : quartz, oligiste et malachite, dont les roches affleurant entre 3 et a sont composées. D'ailleurs, des recherches furent entreprises de tous côtés sur le gisement de cuivre et aux alentours du gisement, aussi bien dans les roches en place que dans les formations superficielles d'altération qui, dans ce pays, atteignent parfois 25 mètres de profondeur. Le résultat de ces recherches fut le même qu'à Likasi : dans les roches cuprifères seules, la présence de l'or a pu être décelée et, ici aussi, à une teneur très faible, et jamais en particules visibles.
Je suis persuadé que les pépites d'or trouvées à Fungurume se sont formées aux dépens de l'or contenu mieroscopiquement dans les couches cuprifères du gisement, et au cours même du transport des débris de ces roches par les eaux pluviales.
A Fungurume et à Likasi, la topographie de la contrée n'a pas permis la concentration de ces grains d'or en formations alluvionales exploitables ; au contraire, le ruissellement des eaux sur les versants du dôme dont la colline de Likasi surplombe le sommet, devait hâter la dissémination des parcelles d'or ainsi formées. A Fungurume, ces pépites étaient entraînées vers la rivière Dipeta et de là vers la Dikuluive, dont le cours important et le régime très variable amenaient également, sans doute, l'éparpillement de cette précieuse substance.
La disposition, à Kambove, de ravins très encaissés à pentes très variables, creusés dans des schistes permettant la formation de cavités et de poches, a été la cause de la concentration, sur quelques kilomètres, des pépites formées aux dépens du gisement de cuivre.
Je suis convaincu que la présence reconnue de l'or dans de nombreux ruisseaux et rivières du Katanga, est due à un phénomène analogue qui s'est passé et se continue encore dans les parties superficielles des gisements de cuivre faiblement aurifères de la région.
Comme je l'ai dit plus haut, je crois cependant que cette conclu-
sion ne doit pas être généralisée et que tout l'or reneontré dans les cours d'eau n'a pas eette seule origine. La présence de filons quartzeux, aurifères, notamment dans la partie sud-ouest du pays, est très probable.
Il en est tout autrement au gîte de Ruwe qui va nous faire constater une formation éluviale de pépites d'or, aux dépens de Tor contenu à l'état microscopique, ou en très petites particules, dans une roche sédimentaire.
Je rappellerai d'abord rapidement en quoi consiste cet intéressant dépôt ( ! 1 .
Sur le versant sud d'une colline dirigée du Nord-Est au Sud- Ouest, vient affleurer fig. 4* **>"* h' dépôt n de désagrégation
m:. Couche auro-platinifère .
a. Dépôt é/uvial.
Kkj. 4- Coupe «lu gite auro-platinifère de Ruwe (Katnnpruj.
superficielle, une série découches formées de grès divers, en général assez friables. Ces couches sont inclinées vers le Nord-Ouest d'un angle de 3o° ; mais, en profondeur, elles tendent à devenir horizontales.
Près des affleurements, ces couches renferment de l'or en minces paillettes ; en profondeur, elles s'appauvrissent très rapidement et deviennent stériles, excepté l'une d'entre elles qui, sur une épaisseur de 2 ra 5o, conserve une teneur moyenne assez constante en métaux précieux, teneur pouvant être représentée par les chiffres suivants :
or gr. 10.81 5 à la tonne
platine » 11.95 1 »
palladium .... » 2.000 »
(') II. Buttgenhach, Lç tfite auro-platinifère de Ruwe (Katanga). Congrès des Mines à Liège, 1905, pp. 437"45o.
Le quartz qui compose le grès de eette couche est formé de grains roulés et de grains cristallins ; de nombreuses cavités de la roche sont parfois recouvertes d'un enduit jaunâtre ; sa poussière a toujours une teinte rouge.
Les parties superficielles h de la colline de ïluwc, recouvrant directement les couches de grès inclinées, mentionnées ci-dessus, sont formées d'un mélange de cailloux provenant de la désagrégation de ces roches, désagrégation suivie d'un faible transport vers le bas de la colline. Cette formation, nettement éluviale, a été soumise, depuis plus d'un an, à une exploitation méthodique qui produit de l'or en pépites pesant de 2 a 160 grammes, leur poids habituel étant de 10 à Go grammes.
J'ai eu, ces derniers temps, un assez grand nombre de pépites à ma disposition et la figure 5 en représente quelques unes, à formes caractéristiques.
On est tenté de diviser d'abord ces pépites, d'après leur forme, en trois catégories :
i° pépites en forme de fils (ivire-gold), faisant plus ou moins songer à des racines de plantes et analogues aux n os i à 6 ;
2°) pépites à surface lisse, faiblement chagrinée et rugueuse, telles que les n os i3 et 17, d'apparence concrétionnaire, telle le n°i6 ;
3°) pépites à surface caverneuse, absolument irrégulière, laissant voir des empreintes d'autre minéraux, telles que les n° 8, 12 et 14.
En fait, la même pépite peut présenter les trois formes ; c'est ainsi que la pépite n° 17 qui montre, sur la photographie, sa surface chagrinée est, sur l'autre face, absolument caverneuse. De même, la pépite n° 9 passe nettement de la 3 m " à la i re catégorie.
L'or qui forme ces pépites de Ruwe est d'un beau jaune, passant parfois, et sans transition, sur la même pépite, à une couleur plus pale, plus métallique, due sans doute à la présence d'argent.
Ces pépites sont accompagnées des substances étrangères suivantes :
a) du quartz, soit en globules, soit en cristaux excessivement petits. Les globules sont analogues à ceux de la roche éluviale elle-même et provienent des couches de grès sous-jacentes; par*
Fie. 5. Reproduction photographique, en grandeur naturelle, d'un certain nombre de pépites d'or du gite auro-planii'ère de Ruwe (Katangaj.