MARS I
fois, ces globales sont entourés d'or, de façon que la pépite peut être considérée comme une roclie formée de globules de quartz disséminés au milieu de l'or. Les cristaux de quartz paraissent de formation récente ; ils tapissent d'ordinaire les cavités bulleuses des pépites; leur forme est celle du prisme hexagonal é* surmonté de la pyramide pc 1 '*, mais ils sont ordinairement aplatis parallèlement à une face du prisme. Les faces de la pyramide sont très miroitantes, tandis que celles du prisme sont mates ; la grandeur de ces cristaux ne dépasse pas 2 millimètres.
b) de petites lamelles opaques, à éclat métalloïde, dont la surface d'aplatissement porte trois systèmes de stries, faisant entre elles des angles de 6o°. J'ai reconnu que ces lamelles sont formées d'oligiste ; en effet, au microscope, j'ai pu apercevoir, par transparence, la couleur rouge caractéristique sur les bords écrasés de quelques lamelles. Sur l'une d'entre elles, j'ai pu mesurer l'angle que fait avec la face d'aplatissement, striée, une face oblique, visible sur le pourtour, et j'ai trouvé 57°3o' ; or, dans l'oligiste, une face p du rhomboèdre primitif fait avec la base a 1 un angle de 57°37'.
c) de la matière ocreuse, principalement formée de limonite et qui conserve encore parfois la forme grossière de cubes.
Les empreintes de cristaux disparus sont aussi très nettement visibles sur plusieurs de ces pépites ; j'en ai trouvé de quatre espèces :
i°) des empreintes de cubes. On peut en distinguer sur la pépite n° 8 ; à la partie supérieure de gauche, on voit très bien deux des faces du cube, la troisième se projetant perpendiculairement au plan de la photographie ; on en voit également en haut de la partie de droite de* la pépite. Quant aux grandes faces, visibles sur la partie inférieure, elles sont dues à l'empreinte de plusieurs cristaux adjacents.
2 ) des empreintes de prismes hexagonaux. Sur une pépite non représentée dans la fig. 5, j'ai trouvé un prisme la traversant de part en part, obliquement, et, en le plaçant sur un porte-objet, parallèlement à l'axe du microscope, j'ai pu mesurer les angles de 120 que ces faces font entre elles.
3°) des empreintes de faces portant des stries en relief, parfois
ANN. SOC. OÉOL. DE BELG. t. XXXIII. MÉM., 5
très fines, dirigées à 6o° Tune de l'autre. Je les attribue aux lamelles d'oligiste citées plus haut.
4°) des empreintes de faces que je n'ai pu encore rapporter à des cristaux déterminés, ressemblant parfois à des cuboctaèdres ; parfois aussi, on ne trouve que deux faces dont l'angle est assez variable d'une pépite à l'autre. L'angle des deux plans qui se sont produits sur la pépite n° 12, et qui sont des plus nets, est de io5° (spath ?) ( ! ).
J'ai admis, dans un mémoire antérieur ( 2 ), que les couches de grès de Ruwe sont dues au dépôt, dans l'ancien lac de Kazembe, des produits de l'érosion de roches de la ceinture ancienne de ce lac. Elles constitueraient donc, en ce cas, des couches alluviales anciennes.
Au contraire, le dépôt superficiel d'où proviennent les pépites décrites ci-dessus, forme un dépôt éluvial dû au remaniement des couches alluviales sous-jacentes.
Je suis persuadé que les pépites trouvées dans ce dépôt, se sont formées au cours même de ce remaniement, aux dépens de l'or de la couche auro-platinifère.
La présence de quartz en globules et en cristaux négatifs au milieu et à l'intérieur des pépites, semble tout d'abord infirmer cette manière de voir ; cependant, il faut observer que le dépôt qui contient les pépites étant le résultat du remaniement de grès alluviaux, il n'est pas étonnant d'y trouver ce quartz, soit en globules, soit en cristaux, et identique à celui des couches sousjacentes ; il n'est, de même, pas étonnant que l'or, se formant en pépites dans ce dépôt superficiel même, ait pu englober des grains de quartz comme le montrent quelques spécimens.
Les expériences de Lungwitz, de Wurtz et d'Egleston ont prouvé ( 3 ) la facilité avec laquelle l'or peut entrer en dissolution à la partie supérieure des gisements et cette idée de l'imprégnation des dépôts meubles par des eaux saturées d'or et de la précipitation du métal précieux par des combinaisons organiques
( ! ) Cette pépite est la plus volumineuse que l'on ait trouvée jusqu'à ce jour à Ruwe. Elle pèse 1G2 grammes.
( 2 ) Le gîte auro-platinifère de Ruwe, pp. 44**-44î)i S 9.
( 3 ) Voir notamment, sur ce sujet : Traité des gisements métallifères, par Richard Beck. Trad. franc., par O. Chemin. Paris, Béranger, 1904, p. 753.
n'est donc pas nouvelle. La pépite n° 7 de la figure 5 me semble assez caractéristique sur ce dernier point ; en effet, à la partie supérieure, elle est creuse, et cette cavité cylindrique, qui était remplie de matière argileuse, peut très bien avoir été occasionnée par le support organique sur lequel le dépôt d'or a commencé.
Il ne me semble pas nécessaire, d'ailleurs, d'exiger l'influence de ces matières organiques, quoiqu'elles puissent cependant expliquer la forme de certaines pépites (wire-gold) ; mais la présence de pyrites pouvant donner naissance à des sels ferreux, réducteurs des sels d'or, me paraît suffire très souvent et les empreintes cubiques sur certaines pépites, autant que les matières limoniteuses, si fréquentes dans le dépôt, me paraissent des témoins de cette action.
Les différents arguments apportés par les auteurs en faveur de cette idée, sont applicables au gisement de Ruwe. Mais j'ajouterai que les deux points principaux, qui m'ont amené à adopter ffette théorie, avant même que, de retour en Europe, je ne me mis au courant des expériences faites à ce sujet, sont les suivants :
i°) la couche auro-platinifère ne contient l'or qu'en très minces lamelles, le plus souvent microscopiques, tandis que le dépôt superficiel en renferme de grosses pépites.
2°j ce dépôt ne renferme pas de platine. Et cet argument me paraît de haute valeur. Il résulte, en effet, des essais faits depuis dix huit mois sur les pépites d'or récoltées à Ruwe, qu'elles sont formées d'or et d'argent dans les proportions suivantes : Or 99.53%
Argent o-47%
Cependant, tous les travaux entrepris dans la couche de Ruwe, depuis 5 jusque 3o mètres de profondeur, laissent constater que les métaux précieux s'y trouvent, au contraire, dans les proportions suivantes :
Or 32.77%
Argent 25.o5%
Platine 36.n°/
Palladium 6.o6°/
Si le dépôt superficiel est dû à une simple préparation mécanique de la couche auro-platinifère, comment se fait-il donc que
jamais l'on n'y trouve de platine ou de palladium ? Cette constatation n'est-elle pas la preuve d'actions chimiques qui ont agi sur l'or principalement et sur l'argent, tout en étant inertes vis-à-vis du platine et du palladium ? Et, ces actions chimiques admises, les faits constatés à Likasi, à Fungurume et à Kambove ne s'expliquent-ils pas de la même façon ?
Les faits connus jusqu'aujourd'hui ne changent donc pas la manière de voir que j'ai déjà exposée à diverses reprises, en ce qui concerne les venues métallifères du Katanga.
En plus des venues stannifères qui se sont produites à l'est du Lualaba, dans la région située au nord de celle qui est représentée sur la figure i (*)> H s'est produit une venue de cuivre et de fer, ayant donné des amas ou des filons de sulfures complexes, auro-argentifères, dont les gisements de cuivre carbonate constituent des chapeaux oxydés; les nombreux dépôts aurifères, exploitables ou non, de la région sont dûs à des phénomènes subséquents, ayant amené une concentration du métal précieux en paillettes ou en pépites et, dans certains cas, comme à Kambove, un enrichissement mécanique de la teneur en or.
Je crois, d'ailleurs, qu'il peut y avoir eu aussi une venue quartzoaurifèpe et peut-être auro-platinifère, différente de la précédente et dont le gîte de Ruwe est un des témoins existants.
En ce qui concerne les amas de sulfures complexes que je crois exister en profondeur sous les dépots carbonates de cuivre, il est possible que le gisement de Kansanshi, situé au sud du Katanga, dans la Rhodésie, à 200 kilomètres de la zone cuprifère, nous apporte des données très intéressantes. Il est formé d'une série de filons verticaux, traversant les roches horizontales primaires et remplis, à la surface, de minerais oxydés, en profondeur, de sulfures de cuivre et de fer; ce minerai contient de l'or à une teneur exploitable Je ne suis pas éloigné de croire que nous trouverons en dessous des gîtes carbonates du Katanga, des dépôts de sulfures analogues à ceux de Kansanshi.
Lorsque, dans la séance du 18 février 1906, j'ai présenté à la société les pépites d'or qui font l'objet principal de ce mémoire,
( l ) Voir la fig. 1 de La casa Hérite du Katanga, même tome, p. M 5o.
M. le professeur Max. Lohest a rappelé les expériences de M. l'ingénieur P. Fourmarier, sur la formation du ciment ferrugineux des conglomérats, ainsi que la théorie émise par notre confrère quant à la disposition de l'or dans les conglomérats aurifères du Transvaal (*) : l'or et le fer, contenus dans des roches quartzeuses filoniennes, auraient, après la formation des cailloux roulés, été entraînés, particule par particule, au travers des galets de quartz, et seraient venus se précipiter à l'extérieur, pour former une partie du ciment des conglomérats.
Lorsque M. Fourmarier a publié le résultat de ces intéressantes expériences, il me semblait que de nombreuses objections pourraient être faites à leur application aux conglomérats du Rand et je me demandais par quel véhicule chimique l'or pouvait être soumis à ces mouvements de transport à l'intérieur des galets de quartz. Les observations que je viens d'exposer dans ce mémoire m'amènent à ne plus aussi nettement rejeter cette hypothèse ; cependant, je ferai observer que, dans un dépôt soumis aux altérations superficielles, l'or peut trouver beaucoup plus aisément une substance active, qui le dissolve, que lorsqu'il est englobé dans des cailloux de quartz compact. Je me demande, pourtant, si des expériences ne pourraient pas être tentées à ce sujet, pour obtenir avec l'or les résultats que notre confrère a obtenus avec le cuivre et le fer.
Uccie, le 2 mars 1906.