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Observations sur Quelques Moustiques

1. — Nuttali et Shipley, dans leurs belles études sur la distribution géographique d'Anopheles maculipennis en Angleterre, envisagée dans ses rapports avec l’extension ancienne du paludisme dans ce même pays, ont mis en évidence ce fait important que le Moustique en question peut abonder dans des contrées où la fièvre intermittente est actuellement inconnue. Des faits du même ordre avaient été signalés déjà par Laveran et Grassi ; de son côté, Sergent a signalé des cas tout à fait comparables. Il est donc démontré que la fièvre peut manquer là où pourtant se rencontrent en abondance les Insecles capables de la transmettre. La raison de ce fait est facile à comprendre, puisque le Moustique ne peut héberger le parasite, et par conséquent le propager, qu’à la condition qu’il l’ait puisé dans le sang d’un malade atteint de paludisme : si les paludiques font défaut, la piqûre des Anophèles est inoffensive, ou du moins ne saurait causer l’accès de fièvre.

Bien que ce soit là des notions désormais classiques, il n’est pas inopportun d’indiquer l’existence des Anopheles maculipennis et bifur catus dans une contrée du centre de la France où le paludisme ne sévit en aucune façon. Pendant tout le mois de septembre dernier, j’ai habité une propriété située à Charbonnières, aux environs de Lyon : j’y ai été littéralement harcelé par A . bifurcatus , qui s’v trouvait en excessive quantité. L’évolution de cet Insecte se faisait dans les pièces d’eau voisines, où j’ai recueilli larves et nymphes. La localité tout entière est infestée par cette même espèce, et pourtant le paludisme y est inconnu.

A. bifurxatus est surtout un Insecte crépusculaire. A la fin d’une chaude journée d’été, alors qu’on aurait plaisir à goûter la fraîcheur sous les arbres, on est sans cesse importuné par ses piqûres, contre lesquelles il est difficile de se mettre en garde. En effet, cet Insecte a le vol silencieux, ou n’émet qu’un bourdonnement à peine perceptible; il pique à travers les vêtements, s’insinue dans les jambes des pantalons ou sous les jupes, et dirige ses attaques sur tous les points du corps. Ses piqûres multiples provoquent chez les enfants une légère réaction fébrile, avec un petit dépôt rouge dans les urines. Je n’ai pu mettre à l’abri de ces accidents bénins un garçon d’une dizaine d’années, qu’en lui faisant porter des guêtres d’un tissu impénétrable à la trompe du Moustique. La nuit venue, A. bifurcatus suspend son vol, si bien que l’on peut à peu près impunément rester avec une lumière dans une chambre dont la fenêtre est ouverte. A l'aurore, le supplice recommence, mais n’est pas de longue durée. Toutefois l’animal volète et pique à toute heure du jour, dans les endroits ombragés, sous les

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