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« un opuscule en latin qu'on propageait dans les sémi- « naires. Sous une forme brève et concise, ces Apho- « rismes tombaient, comme autant de coups de massue, « sur les vieux préjugés du gallicanisme. Vous jugez « du scandale : les vieilles outres crevaient au milieu « des éclats de rire de la jeunesse cléricale, elles vieilles « perruques, clioses fort respectables, en concevaient « des colères non moins éclatantes que les rires... On « éloigna des saints ordres des jeunes gens qui pen- « chaient pour les nouvelles doctrines. L'entrée du « séminaire fut même interdite à plusieurs. Des profes- (( seurs de théologie furent privés de leurs chaires, des « curés furent destitués, parce qu'ils partageaient avec « autant d'enthousiasme que de conviction les nou- « veautés du retour à Rome (1). »
L'écrivain dont nous reproduisons ici le texte , a cru que nous lui reprochions « la personnalité de son style » , parce que nous avions dit que nous ne voudrions pas l'imiter. Il s'est mépris sur nos intentions; nous ne contestons nullement à ceux qui écrivent le droit de se peindre dans leur style. Il ne nous est pas moins permis de dire que le tableau fantaisiste qu'il vient de tracer avec complaisance des luttes qui auraient agité les séminaires, (c des vieilles outres qui crèvent..., des perruques qui conçoivent des colères » , n'est pas d'un style qui convienne à la dignité d'une Histoire de lÉglise.
Mais ici le fond juancjue plus que la forme. L'auteur serait bien embarrassé ^ s'il lui fallait citer un seul (\v
(I) Hislolrede l'Jiglise, lomc XL, y. 601.
nos séminaires , et très probablement des autres séminaires, où se seraient passées les scènes étranges qull rapporte. Pom^ ce qui concerne du moins les séminaires dirigés par la Compagnie de Saint-Sulpice , nous pouvons en parler avec connaissance , car nous avons vécu dans ces temps-là , et nous avons eu quelque part aux controverses agitées alors. Nulle part les choses ne se sont passées comme le raconte l'historien. Rien n'a été plus digne que la transition de l'enseignement des opinions gallicanes à celui des doctrines romaines; tout s'est fait , comme il a été rapporté plus haut , progressivement, dans la paix et la charité, avec les ménagements convenables, sans secousses. Nous ne disons que ce que nous avons vu de nos yeux, et ce que nous apprîmes alors par des relations très fidèles de nos confrères de la province. M^ Guibert , cardinal archevêque de Paris, alors archevêque de Tours, affirmait le même fait, dans une lettre adressée à un sénateur : « Ce changement s'est opéré naturellement, sans « concert, sans délibération... Ce travail s'est opéré « pendant le demi-siècle qui vient de s'écouler ; il s'est « fait sous l'inspiration de la Providence (1). »
Nous avons eu des jeunes gens enthousiastes , mais de bonne volonté. Pas un seul élève n'a été éloigné des saints ordres, pas un seul postulant n'a vu se fermer pour lui les portes du séminaire, pas un seul professeur n'a été privé de sa chaire, pour les motifs que l'historien indique. Nous parlons ici des séminaires dirigés par la Compagnie ; nous pouvons en dire au-
(1) Lettre à M. le sénateur Rouland, 15 mars 1865.
tant des séminaires confiés aux Prêtres de la Mission, Messieurs de Saint-Lazare ; quant aux autres, nous n'avons eu que peu de renseignements sur eux ; mais nous avons des raisons de présumer que la conduite y a été la même.
Non , ce n'est pas le retour aux doctrines romaines que l'on a blâmé, que l'on a combattu dans Lamennais et dans ses disciples; c'est une théorie sur la certitude, désignée par son auteur sous le titre de sy$tème du sens commun, et qui était, en réalité, contraire au sens commun et aboutissait logiquement au scepticisme; ce sont des opinions plus que hasardées sur la liberté de la presse , de la conscience et du culte ; ce sont des provocations à la séparation de l'Ég'lise et de l'Etat, à la suppression du budget ; ce sont des critiques fort irrespectueuses et téméraires de la conduite des évoques.
Le résumé donné dans le XL" volume de YHistoih de r Église, des idées de l'école, à ce dernier point de vue , peut nous eu faire juger. Il y est dit : « Il y a « un épiscopat en France, il n'y a pas de clergé, parce a que le prêtre n'a pas de personnalité juridique. Le « régime qui vient d'être inauguré en France par les « articles organiques , ne laissant pas subsister de pa- « roisses au concours, supprime tout travail et anéantit « toute dignité de caractère. On ne voit plus que des « hommes tremblants devant l'arbitraire qui peut les « déplacer sans cesse , ou servilcs devant le bon plaisir « qui peut les récompenser sans mérite.* L'obéissance « sacerdotale ne consiste pas à renoncer au bénéfice
« des lois ecclésiastiques et à se taire quand on vous « fait tort ; elle consiste à remplir exactement son dece voir et à vivre sous la protection du droit. » <( Voilà, « ajoute l'historien, ce que dirent, dès 1808, les frères (( Lamennais; vraiment, ils voyaient clair (1) )>.
Nous ne relèverons pas ce qu'il y a de faux, au milieu de quelques idées vraies , dans cet exposé de la situation du clergé de France ; mais nous ne pouvons pas ne pas dire que des discussions dirigées dans ce sens devaient entretenir des semences de division dans le clergé, et altérer dans les prêtres le respect pour les évèques. M^"" GuilDcrt signala ces excès dans plusieurs lettres pastorales , lorsqu'il était évèque de Viviers. Il dit des disciples de cette école : « Us ont troublé « les diocèses, semé l'esprit de division et de dispute, (( provoqué des impatiences sur certains changements (( que les premiers pasteurs ne pouvaient opérer tout « de suite, répandu partout une inquiétude qu'il faut c( contenir et surtout dissimuler pour éviter le scandale « des fidèles. » Il ne visait pas seulement les écarts de quelques prêtres de son diocèse ; mais il combattait avec vigueur la plupart de ces idées que nous venons de voir rappelées , sous le nom des frères Lamennais (2).
C'était dès lors pour les directeurs des séminaires, un devoir de prémunir les jeunes clercs contre ces tendan-
(1) Histoire de l'Église, tome XL, p. 565, 5G6.
(2) Lettre pastorale sur les tendances dangereuses d'un parti qui se forme dans l'Église de France contre l'autorité episcopale, 6 janvier 1843. — Lettre circulaire, du 8 sept. 1853.
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ces. Nous comprenons la très légitime sollicitude que les évêques montrèrent dans ces circonstances pour sauve.e'arder les droits de Tépiscopat, non par un intérêt personnel, mais dans l'intérêt supérieur de la hiérarchie sacrée. Il n'est pas surprenant dès lors qu'ils aient cru devoir traiter avec une sage fermeté des ecclésiastiques qui se distinguaient parmi les autres par l'imprudence de leur conduite.
Quelques évêques réunis avec les archevêques de Toulouse et d'Albi, condamnèrent en 1832, cinquantesix propositions, extraites des écrits de Lamennais et de ses disciples, et soumirent au Pape la censure qu'ils avaient souscrite. Ils se plaignaient dans leur lettre au Saint-Père, de l'esprit de présomption, d'indépendance et de prosélytisme des membres de cette association , qui « dès le principe ont travaillé à gagner le jeune « clergé , lui ont inspiré du mépris pour les anciens du (( sanctuaire et de la méfiance pour l'enseignement « des évêques <> . La censure communiquée aux évêques des diverses provinces fut accueillie par le plus grand nombre d'entre eux : ellereçut bientùtjusqu'à cinquante et une adhésions épiscopales. Le cardinal Gregorio la présenta au Pape qui en témoigna beaucoup de satisfaction, comme il s'en expliqua lui-même dans une lettre adressée le 8 mai 1833, à l'archevêcpie de Toulouse (1).
L'historien était donc mal informé quand il a dit que la " censure de Toidouse fut censurée à Rome » ; il
(1) Censure de LVI propositions extraites de divers écrits de M. de Lamennais et de ses disciples: iii-8\ Toulouse, 1835.
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avait avancé plus haut que « canoniquement elle n'était pas dans les formes (1). »
Le zèle des évèques ne reçut que des félicitations; leur travail fut agréable au Pape et prépara les voies à la condamnation qu'il allait porter contre quelquesunes des principales erreurs de l'école mennésienne.
Les prélats n'eussent pas , sans doute , agi conformément aux règles , s'ils avaient prétendu faire un acte qui eût le caractère d'une sentence conciliaire; mais ce ne fut pas leur intention. Ils se bornèrent à censurer personnellement, en leur qualité d'évêques, subordonnément au Pape, ce qu'ils avaient jugé contraire aux traditions de l'Église, dans les écrits qui circulaient dans leurs diocèses. Us ont imité en cela les grands évèques, qui, dans les siècles passés , avaient tenu cette conduite, en dehors des conciles, quand ils le jugeaient utile.
Tout le monde connaît l'issue de ces discussions, et l'effet produit par les deux Encycliques de Grégoire XVI, Mirari vos, et Singidari vos : la chute déplorable, l'apostasie de Lamennais, qui causèrent une profonde douleur, et une grande compassion pour cette pauvre âme , égarée par l'orgueil ; et l'humble docilité des disciples, qui fut le sujet d'une grande joie pour les enfants de l'Église. Ne serait-il pas permis de penser que les principaux d'entre eux, Lacordaire, de Salinis, Gerbet, de Scorbiac, anciens élèves de Saint-Sulpice, momentanément éloignés de leurs mai-
(1) nisloirc de l'Église, tome XL, p. 002, COS.
très dans la chaleur des disputes , furent amenés à cet acte, qui les honorera à jamais, par les sentiments profonds de respect et d'amour pour le Saint-Siège qu'on leur avait inspirés au séminaire, et qu'ils conservèrent toujours?
V. LETTRE DU CLERGÉ DE FRANCE, EN 1730. — DÉCRET DU CONCILE DE LA ROCHELLE. — APPROBATION DE LA COMPA- GNIE PAR PIE IX. — CIRCULAIRE DU SUPÉRIEUR GÉNÉRAL
Un extrait d'une lettre du clergé de France en 1730, et le décret du concile de la Rochelle, trouvent ici naturellement leur place.
I. Les évêques de l'assemblée du clergé de France de 1730 , écrivirent à Benoit XIII : « Nous souhaitons « avec d'autant plus d'ardeur la béatification de la vé- « nérable mère Agnès , qu'elle a , si on peut s'exprimer « ainsi , engendré en Notre-Seigneur cet excellent « prêtre , la gloire et l'ornement de notre clergé , <( Jean-Jacques Olier, et qu'en le portant à un genre (( de vie plus parfait , on ne peut exprimer quel service (( elle a rendu à l'Église. Car, pour ne pas dire le « reste , que de fruits abondants ne retirons-nous pas (( tous les jours de la fondation du séminaire de Saint- « Sulpice qui doit son origine à ce saint prêtre? En « effet, c'est dans ce séminaire qu'a été en vigueur «jusqu'à présent, et que subsistera jusqu'à la fin, (( comme nous l'espérons, un zèle infatigable pour « former les élèves aux fonctions de l'état ecclésiasti-
(( fjue, une obéissance inviolable à la chaire de Saintce Pierre, une fuite constante et une détestation sincère « des nouveautés profanes , et une observation rigou- (( reuse des saints canons. C'est de ce séminaire , « comme d'une citadelle de la religion , que sort une « multitude innombrable de prélats et d'ecclésiasti- « ques de tout rang, puissants en paroles et en œuvres, « fermes dans la foi , fondés et enracinés dans la cha- « rite, et préparés à toutes sortes de bonnes œu- « vres (1). »
II. Dans le concile de la province de Bordeaux tenu à la Rochelle en 1853 , après avoir condamné les écrits d'un prêtre , qui écrivait une histoire de l'Église dans un seris hétérodoxe, sous prétexte de maintenir les maximes gallicanes, les Pères disent : « A Dieu ne plaise « que , tandis que nous réprouvons ces écrits injurieux « au Saint-Siège, nous approuvions ceux qui, lorsqu'ils « traitent de la doctrine de cette Famille de prêtres « consacrée depuis longtemps à l'éducation du clergé , (( semblent s'attacher à contester et à amoindrir son « dévouement et sa piété filiale envers le même Saint- « Siège : car ce que nous professons, nous, de dévoue- « ment, de piété et d'obéissance pour le Pontife « Romain , successeur du prince des Apôtres , nous « l'avons puisé principalement à l'école de cette Famille. « — Dum scripta ejusmodi Sanctse Sedi infensa repro- « bamus, absit tamen lit iis accinamiis qui , ciim de a doctrina ejus Familise pre^byterorum clerlinstitutioid
(1) CoUectiondes procès-verhaux des assemblées du clergé, tome VII. Pièces justificatives de l'assemblée de 1730, n"^ Q, p. 339.
« jamdtu addictse disputant , devottonem pjusdem et « pietatem err/a ipsam Sa ne ta m Scdcm videntur exte- « miare. Quod enini devotionis, pirtatis et observantiœ « profitemur stmlium Romano Pontifici apostolorwn « princijns successori, exilla ecclesiasticorum hominiim « Familia nos Iiausimus prœcipue (1). »
Le concile de la Rochelle voulut par ce décret condamner un parti violent qui s'agitait, en France et cà Rome , contre la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice, et aurait voulu la destruction de notre société.
■\P Pie, évèque de Poitiers, plus tard cardinal, qui fut, on peut le dire, l'ànie de ce concile, écrivait confidentiellement à un prélat de ses amis , une lettre où il lui explique en détail le sens et la portée des principaux décrets de cette assemblée provinciale. Quand il en vient au décret que nous citons , il dit : « Vous « connaissez comme moi Saint-Sulpice , où vous et « moi , avons été en partie élevés. Saint-Sulpice , dans « son passé, a combattu constamment le jansénisme « qui l'a honoré de ses colères les plus furibondes; « Saint-Sulpice n'a pas vu un seul de ses membres « glisser dans le schisme constitutionnel; Saint-Sul- (' pice n'a pas eu un moment d'hésitation à propos « du droit du Pape dans l'alTaire du concordat, tandis « que 36 évèques, d'ailleurs confesseurs de la foi, « étaient emportés par un déplorable gallicanisme « d'où est sortie la dissidence, ou petite église qui « damne tant d'Ames depuis cinquante ans et qui
(1) Décréta concilii Ritpellensix, au. 1853, in Prorincia Burdujnlensi;cny. \[\i,fle Obedientia S. Pond/ici ejusquejudiciis débita.
« compte encore 7 à 8,000 adeptes clans mon diocèse; « Saint-Sulpice n'a cessé de prêcher aux Évèques émi- « grés et à leurs partisans l'obéissance au Pape ; enfin « Saint-Sulpice, dans la personne de M. Émery, a ré- « sisté énerg'iquement au schisme vers lequel tendait <( Napoléon, et tandis que grand nombre d'évèques « complaisants et même des cardinaux italiens étaient « glacés d'effroi, Saint-Sulpice, à cause de sa résis- « tance , avait la gloire d'être dissous par l'autocrate. (( — Voilà ce que Saint-Sulpice a été dans les grandes « circonstances , pendant la durée de deux siècles que « renferme l'existence de cette Compagnie. Aujour- « d'hui elle dirige vingt séminaires qui lui sont confiés « par autant d'évêques, d'archevêques, de cardinaux, « tous très orthodoxes et la plupart très ostensible- « ment attachés au Saint-Siège. — Il est vrai que quelce ques particuliers parmi eux, et spécialement leur « supérieur actuel, ont adopté quelques opinions, « moins conformes qu'il ne faudrait aux sentiments les (( plus reçus dans l'Église. Il est vrai encore qu'accou- « tumés à obéir ponctuellement aux évèques, ils se sont « montrés parfois gallicans là où les évèques le vou- (( laient ainsi, et c'était, vous le savez, la grande majo- « rite des évèques qui le commandait alors de la sorte ; « mais, nonobstant cela, je ne crains pas d'affirmer, « que ce serait une calamité irréparable que la des- « truction de cette Compagnie. Nous n'avons donc pas « hésité à séparer les prêtres de Saint-Sulpice, de toute « cette école de prêtres révoltés contre le Saint-Siège, « que nous a\ions condamnés dans les paragraphes
(( précédents, et nous avons déclaré, ce qui est vrai, (( que c'était à Saint-Sulpice que nous avions 2:>nnci- « paiement puisé les sentiments que nous professons « envers le Saint-Siège. 11 est vrai que le Saint-Esprit, (( qui souffle où il veut et quand il veut, a ajouté dans « le détail quelque chose à ce qu'il avait inspiré à nos « maitres; mais les principes essentiels de dévoue- (( ment jusqu'à la mort au Saint-Siège et au Saint-Père, « nos maitres les professaient aussi haut que nous (1) . »
Le président du concile de la Rochelle, le cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux, écrivit au secrétaire d'État, le cardinal Antonelli, dans le même sens, lui témoignant une haute estime pour la Compagnie de Saint-Sulpice et le priant de veiller à ce que, dans l'examen qui serait fait des décrets du concile , celui qui est relatif à la Compagnie fût maintenu.
La sollicitude de l'archevêque de Bordeaux , de lévèque de Poitiers et d'autres prélats qui avaient souscrit les actes, était éveillée par les mouvements que se donnaient quelques hommes ardents , dont nous parlions plus haut. L'évèque d'Angoulème écrivait à cette occasion à M^ Pie, le 24 décembre 1853 : « Je sais par « le Père D... que les ardents du petit monde francais- « romain voudraient faire peur d'un nouveau parti « semi-gallican , et qu'ils vous font l'honneur de vous <( en faire le chef. Pitié que tout cela. La Congrégation « est plus haut placée. »
La Congrégation du concile se mit en effet, disons
(iVNous devons la connu iiiiicalioii de celle lettre de Mk' Pic à la bienveillance de Ms' Baiinard. auteur de la Vie du cardinal.
mieux, demeura dans une sphère plus élevée, et approuva ce décret tel que nous le lisons dans les actes et que nous l'avons transcrit.
III. Quelques années après (1856) se tint une Assemblée générale des assistants de la Compagnie de Saint- Sulpice. Elle crut convenable d'affirmer de nouveau, dans des prescriptions qui seraient adressées à tous nos confrères, ce qu'elle avait déjà fait, et les assurances qu'elle avait données au Saint-Père sur nos vrais sentiments. En voici les principaux articles :
« 1° Conformément aux enseignements de la foi qui nous montre dans le Souverain Pontife, le Père bien-aimé de tous les fidèles, le Docteur des docteurs, et le Pasteur suprême de l'Église , tous les prêtres de Saint-Sulpice feront en toutes circonstances et jusque dans leurs conversations les plus intimes, haute profession de dévouement et d'obéissance au Siège Apostolique. Ainsi se perpétuera parmi nous l'esprit de M. Olier qui écrivait au chef de l'Église : Notre petite Société ne respire que le respect, l'amour et l'obéissance envers le Souverain Pontife.
« 2° Les maisons qui n'ont pu encore prendre la liturgie romaine , la prendront le plus tôt possible pour l'office et les messes privées , avec l'agrément des évèques.
« 3° On recommande de nouveau de veiller exactement à ce qu'il ne s'introduise dans la Compagnie aucun écrit dont les doctrines ne soient pas approuvées du Saint-Siège.
« V Les professeurs de la Compagnie suivront tou-
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jours dans leur enseignement les doctrines approuvées du Saint-Siège et s'abstiendront de favoriser en aucune manière, soit dans leurs leçons pul^liques, soit dans leurs entretiens privés, non seulement les thèses formellement condamnées par le Siège Apostolique, mais encore les doctrines et les opinions qu'il a désapprouvées. »
M. Carrière fut le premier à donner Texemple de la fidélité aux avis quil nous avait donnés avec tous les membres de l'assemblée générale. Dans son traité du Mariage, auquel faisait allusion l'Évèque de Poitiers dans la lettre que nous avons citée plus haut, il avait enseigné sur le pouvoir des princes relativement aux empêchements du mariage, une opinion qu'il avait longtemps étudiée et qu'il croyait bien fondée. Quand il sut que son sentiment n'était pas conforme à celui du Souverain Pontife , il voulut l'effacer de son livre , et , dans la première édition qui parut après l'assemblée, il lui suljstitua une thèse contraire, selon l'enseignement qu'il savait être donné à Rome.
Cette conduite loyale, et des lettres, tout empreintes de piété filiale qui furent écrites à Pie IX. touchèrent le Pontife de vénérable et sainte mémoire ; il y répondit par un bref qui exprime sa paternelle satisfaction et qui nous donnait à tous de précieux encouragements, dont nous fûmes bien consolés.
IV. Il ajouta c\ ces marques de bienveillance un témoignage plus authentique de ses sentiments, en approuvant, pni' un acte officiel, la Compagnie de Saint-Sulpice.
Le supérieur, de l'avis unanime de son conseil, sollicita cette faveur; plusieurs évèques de France, ceux principalement qui nous ont confié la direction de leurs séminaires , adressèrent au Souverain Pontife des demandes dans le même sens. Le Pape répondit à ces prières par une lettre adressée aux évèques , et par un bref, daté du 2i juillet 1863, que nous transcrivons ici.
Réponse de N. S. P. le Pape aux 'prélats. (( PIE IX, PAPE.
« Cher Fils, salut et bénédiction apostolique. Nous avons accueilli avec toute la bienveillance dont il était digne notre cher fils Carrière, supérieur général de la congrégation des prêtres de Saint-Sulpice , ecclésiastique doué d'une piété singulière et orné d'autres qualités non moins rares, qui s'est présenté à nous, sous la recommandation pressante de votre haut patronage, afin d'obtenir de Nous l'approbation de la congrégation que nous venons de nommer. Pour nous, ayant présents à l'esprit le bien qui, avec la bénédiction de Dieu, est sorti de cette congrégation pour se répandre sur l'Église, et les éloges que vous-même, et plusieurs autres de vos vénérables frères , parmi les évèques de France, avez accordés à cette même congrégation, Nous nous sommes conformé très volontiers à vos vœux et à ceux des mêmes évèques et de notre cher fils Carrière; et, en vertu d'un décret, rendu sur notre ordre, le 2i de ce mois, par Notre Congrégation chargée des affaires et des consultations relatives aux évoques et
aux rég-uliers , Nous avons approuvé la congrégation de Saint-Sulpice , ci-dessus mentionnée, et nous lui avons accordé différents privilèges, comme il ressort du décret lui-même. Nous nous appuyons sur l'espérance que tous les membres de la Compagnie de Saint- Sulpice, déplus en plus encouragés par ce témoignage de Notre bienveillance à leur égard , voudront bien s'attacher inviolableraent à Nous et à la Chaire de Pierre avec une foi, une soumission et un respect plus grands encore et consacrer tous leurs efforts à défendre la cause de l'Église catholique, et à enseigner et défendre toujours sa vraie doctrine. Et comme il importe souverainement à l'Église, surtout dans les temps si difficiles qu'elle traverse, d'avoir de dignes ministres, nous avons par suite la confiance que les mêmes prêtres de Saint- Sulpice , qui se dévouent à la formation du jeune clergé dans un très grand nombre de séminaires français, ne négligeront jamais rien pour former soigneusement les jeunes clercs au véritable esprit ecclésiastique et pour les instruire avec zèle des lettres et des sciences sacrées qui sont pleinement à l'abri de tout péril d'erreur, afin que par là, forts dune sainteté de mœurs éprouvée et nourris d'une science saine et solide , ils soient à même , l'heure venue , de combattre vaillamment les combats du Seigneur sous la conduite de leur propre pasteur, et de réfuter victorieusement leurs contradicteurs.
« Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 27 juillet de l'année 18G3, la dix-huitième de Notre Pontificat.
u PIE IX, Pape. »
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