‹ Observations sur quelques pages d'une Histoire de l'Eglise, relatives à la Compagnie de Saint-SulpiceChapitre 13 sur 19 · IV. MEXNÉSIANISME · texte numérisé non relu

IV. MEXNÉSIANISME

Le continuateur de \ Histoire de F Église parle de M. de Lamennais et de son école, dans le XL'' volume; ce qui lui donne une occasion de revenir sur le séminaire de Saint-Sulpice,

Il suppose d'abord que Lamennais a été élève du séminaire de Saint-Sulpice. (( En 1815, la nature in- « dépendante du nouveau séminariste se prête mal «aux exigences de Saint-Sulpice. Les directeurs lui « font une réputation d'imbécillité et presque de « folie. En 1810, Fabbé de Lamennais est promu au «sacerdoce. Il avait trente-quatre ans, de l'étude, « du génie, mais une volonté toujours incertaine et « facilement découragée. A partir de sa promotion « au sacerdoce et même avant qu'il n'eût usé quel- « ques bouteilles d'encre à Saint-Sulpice , la biogra- « phie de Lamennais ne peut plus être que l'histoire de « ses ouvrages (1). »

Nous n'avons sur ce texte que deux observations à faire.

La première est que Lamennais n'a jamais été séminariste de Saint-Sulpice. 11 y est venu une fois, d'après ce que nous avons ouï dire, passer huit à dix jours en retraite, sur le conseil de M"'" de Quélen, archevêque de Paris, comme font beaucoup d'ecclésiastiques. Il n'en a pas suivi les cours ; il n'y a fait

(1) Histoire de VÉglise, tome XL, p. 564.

— '.lis —

aucune étude , il ny a pas été formé à la vie sacerdotale. Nousne savons sil a fait son séminaire quelc[uc part. Ses meilleurs amis, son frère surtout, ont regardé comme un grand mal pour lui , de n'avoir pas suivi de cours réguliers de philosophie et de théologie , et d'avoir été promu aux saints ordres, sans une formation suffisante. 11 n"a donc pas usé, au séminaire, « les bouteilles dencre » dont parle l'historien.

Notre seconde observation est qu'il n'est pas moins inexact de dire que les directeurs ont fait à M. de Lamennais « une réputation d'imbécillité et presque de folie ». Pure imagination: elle n'est fondée sur rien. On l'a toujours considéré, au contraire, comme un homme de génie, d'un rare talent, très remarquable par son style ; toutefois on n'a pas tardé à remarquer à côté de ses brillantes qualités , un esprit paradoxal, allant facilement aux extrêmes, ne sachant pas garder une sage mesure. La suite n'a que trop justifié ces appréciations.

Bien éloignés de lui être opposés, lors de ses débuts comme écrivain , les prêtres de Saint-Sulpice en espéraient beaucoup dans l'intérêt de l'Église. Celui de ces messieurs qu'il fréquenta davantage, non pas comme directeur de sa conscience , mais comme ami et conseil, M. Teysserre, l'encouragea plus que personne à entrer dans la voie de la polémique pour la défense des intérêts de l'Kglise contre la hbre-pensée. C'est à M. Teysserre que l'on doit en grande partie l'origine du premier volume de V Essai sur Vindiffèrencp , dont il suggéra l'idée à Lamennais: il l'aida dans ce travail par de nom-

breuses notes, et le soutint contre ses tentations de découragement (1).

Lamennais attira auprès de lui des hommes de talent , désireux de travailler pour la grande cause de l'Église , et qui formèrent une école sous sa direction. Il écrivait, le lendemain de la mort de M. Teysserre : « Je me sens dans un grand vide. » Il perdait un ami qui avait de l'ascendant sur lui et qui aurait probablement prévenu, en partie, les écarts où il tomba plus tard. Cet ami , il ne le retrouva pas au milieu de ses disciples, pleins d'admiration pour ses talents, subjugués par son esprit , mais qui n'eurent jamais d'autorité sur cette nature indépendante , sur cette humeur mélancolique. Ils souffraient souvent dans l'intimité , du caractère de leur maître , alors même qu'au dehors ils lui paraissaient le plus unis , et qu'ils exaltaient ses œuvres.

Entraînés par l'ardeur de la lutte , ils s'engagèrent dans une polémique qui ne sut pas se contenir et qui finit par les compromettre. Le journal l'Avenir, les derniers volumes de Y Essai sur r indifférence , diverses brochures sorties de cette école, la correspondance de V Agence générale qu'ils avaient organisée pour la défense de la liberté religieuse;, produisirent une assez grande agitation dans le clergé , mais qui se fit peu sentir dans nos séminaires.

Le continuateur de V Histoire de F Eglise nous dit à propos des Aphorisines , qui parurent alors : « C'était

(I) iV. Teysserre ; sa vie, ses œuvres, ses lettres, par M. Paguelle de Follenay, éd. 1882, ch. xv, Relations avec M. de Lamennais.

Page 1