DÉCRET
(c Dans le cours du dix-septième siècle, un pieux prêtre, Jean Jacques Olier, sur le conseil de saint Vincent de Paul, dont il était l'ami, jeta les fondements d'une congrégation de prêtres appelés « de Saint-Sulpicc » ,
qui , avec leur propre sanctification , n'ont pas de fin plus importante que de former dans les séminaires les esprits etlescœurs des jeunesclercs aux sciences sacrées et à la discipline ecclésiastique.
« La pieuse congrégation ci-dessus nommée a mérité, dès l'année 166i, de recevoir les éloges de son Éminence le cardinal Chigi , qui résidait alors en France comme légai a latere du Saint-Siège. Depuis ce temps elle ne fit que s'accroître de jour en jour, et se répandit non seulement en France , mais encore dans des pays étrangers, grâce aux soins et à l'activité laborieuse que mirent ses membres à atteindre le but si désiré poursuivi par leur pieux Institut.
« Dans le moment présent, nous voyons avec joie briller l'espérance, que les prêtres en question, puisant aux sources les plus pures et les sciences sacrées et la discipline ecclésiastique , les enseigneront avec plus de dévouement encore aux jeunes clercs, et que ceux-ci sortiront de leurs mains tout prêts à combattre les erreurs contraires à la religion catholique et au Saint-Siège, qui, surtout en notre temps, s'insinuent dans les esprits ; en sorte que l'on est autorisé à prévoir qu'il en résultera de précieux avantages pour la société chrétienne et un secours plus puissant pour les droits du Saint-Siège.
(( Les membres de la Compagnie n'émettent aucun vœu et ils ne sont point tenus par le lien du serment de demeurer dans la Congrégation; mais, tant qu'ils s'y trouvent, ils sont soumis à l'obéissance envers le supérieur général.
(( Un très grand nombre d'évèques français ont écrit des lettres pour recommander au Saint-Sièg-e le susdit Institut; et, tout dernièrement, le supérieur général est venu à Rome et a demandé à Sa Sainteté , par de très humbles prières, qu'EUe daignât accorder l'appro- Ijation apostolique à sa congrégation et aux constitutions qui la régissent.
« Notre Très Saint Père le pape Pie IX, dans une audience donnée au prosecrétaire soussigné de. la Sacrée Congrégation des évoques et réguliers, à la date du 17 juillet de l'année 1863, accueillant avec bienveillance les prières qui lui étaient adressées, et en considération des lettres d'évèques dont il a été parlé, a approuvé et confirmé la congrégation des prêtres cidessus mentionnée, dite de Saint-Sulpice, établie sous la direction d'un supérieur général, en maintenant la juridiction des Ordinaires, suivant les prescriptions des sacrés canons et des constitutions apostoliques, ainsi qu'il l'approuve et la confirme par la teneur du présent décret, ajournant à un moment plus favorable l'approbation des constitutions. »
Nous ne doutions pas de la bienveillance paternelle des Souverains Pontifes pour notre petite Compagnie. La bénédiction apostolique que, dès la première origine, un légat a latere du Saint-Siège a donnée au séminaire de Saint-Sulpice , les grâces très précieuses que plusieurs Papes ont daigné successivement nous accorder, nous en étaient une preuve non équivoque; le décret qu'on vient de lire, par lequel Pie IX approuve et confirme l'institut formé par M. Olier, en
est un gage des plus authentiques. Pénétrés d'une profonde reconnaissance , nous nous appliquerons à ne pas nous en montrer indignes , et pour cela nous n'avons qu'à nous maintenir toujours dans les sentiments, qu'au nom de tous les membres d'une de nos assemblées générales , nous rappelions à nos frères dans la première circulaire que nous leur avons adressée, quand il plut à Dieu de permettre que, malgré notre indignité , nous fussions nommé supérieur de la société de Saint-Sulpice. Nous leur disions :
« Nous verrons toujours dans le Souverain Pontife, le vicaire de Jésus-Christ en terre , le Pasteur suprême de l'Église, le Docteur infaillible dont les enseignements ne peuvent être entachés d'aucune erreur. Nous serons pénétrés pour lui d'un respect religieux et nous nous reprocherons tout ce qui, dans nos pensées, dans nos paroles et dans nos actes , s'écarterait de ce sentiment.
« Le Souverain Pontife ne sera pas seulement pour nous la plus respectable et la plus sainte des autorités; nous verrons constamment en lui le Père de la famille chrétienne et surtout de la famille sacerdotale , et en cette qualité nous l'aimerons d'une affection vraiment filiale. Nous partagerons ses joies et ses tristesses, et nous lui serons unis du plus intime de nos âmes.
« Ses enseignements seront la règle des nôtres. Nous lui serons soumis comme à Notre-Seigneur Jésus- Christ, et, sans attendre que sa volonté s'impose, il nous suffira , pour régler notre conduite , que nous connaissions le vœu de son cœur. Animas vestras cas-
t/'ficanfpfi in ohedientin charitatis, selon l'avis du Prince des Apôtres.
« Nous ne nous bornerons pas à conserver pour nous ces fortes et salutaires maximes ; nous les inculquerons dans l'esprit et daus le cœur des jeunes ecclésiastiques dont la direction nous est confiée , persuadés que par là, nous entrons dans les vues de Dieu et que nous répondons aux besoins les plus urgents de notre époque. Je vous dirai le fond de ma pensée , Messieurs et très cliers en Notre-Seigneur : quand j'ai vu le mouvement liturgique qui s'est fait dans nos provinces, quand j'ai vu les évêques, les prêtres et les fidèles se tourner plus que jamais du côté du Saint-Siège, je n'ai pas lardé de remarquer dans cette direction le souffle du Saint-Esprit, et je me suis dit : Il y a là un secret du Ciel, un dessein providentiel. Les idées se confondent, les principes s'altèrent , tout respect de l'autorité disparaît; la société ébranlée semble s'affaisser sur ellemême et prête à tomber dans un abime; peut-être Dieu réserve-t-il à son Église de nouvelles et de grandes épreuves pour des temps qui ne sont pas éloignés. Il faut donc plus que jamais chercher la lumière qui nous dirigera sûrement , la force qui nous soutiendra contre ces périls, et notre appui, dans le centre de l'unité catholique, là où réside Notre-Seigneur, éclairant, gouvernant et vivifiant son Église par le ministère de saint Pierre. Nous ne doutons pas que ce ne soit le dessein de Dieu dans tout ce qui se passe aujourd'hui, et nous devons l'en bénir. » (Circulaire du 15 août 1875.)
Nous terminons ici nos Ohsei'vatiom. Quand nous nous souvenons que les jansénistes ont toujours détesté Saint-Sulpice , à cause de sa fidélité à suivre les définitions du Saint-Siège, et que l'empereur Napoléon a voulu dissoudre la Compagnie à cause de son inviolable attachement aux prérogatives du Souverain Pontife; quand nous considérons que Nosseigneurs les évèques de France n'ont pas cessé, avant et depuis la Révolution, de donner à la petite famille de M. Olier des marques de leur estime , de leur affection paternelle et de leur confiance , et que le cardinal archevêque de Paris , dont les catholiques ont admiré la haute sagesse et la parfaite intelligence des intérêts de l'Église, nous a assurés que , pour continuer à donner à l'Église de bons prêtres, nous n'avons qu'à nous attacher fidèlement à nos traditions; quand enfin le Souverain Pontife nous donne l'assurance de son affection paternelle et de l'intérêt qu'il porte à notre petite Compagnie, nous pouvons bien nous consoler des jugements désavantageux de quelques esprits prévenus, et des injures qui nous sont adressées. Nous en détournons facilement la pensée, pour demander à Dieu qu'il nous fasse la grâce de nous rendre fidèles à l'esprit de notre vocation, et à nos traditions, eu nous dévouant plus que jamais à l'œuvre capitale des séminaires.
Nous ne l'avons pas dissimulé, plusieurs de nos anciens, le plus grand nombre peut-être , ont accepté des systèmes théologiques , condamnés depuis lors par le concile du Vatican ; mais il y avait en eux une grande sincérité , un amour incontestable pour la sainte Église de Dieu , et un profond respect pour le Saint-
Siège. Des prélats d'un mérite éminent ont pensé que la Compagnie de Saint-Sulpice n"a usé de l'influence qu'elle a eue sur le clergé de France, que pour le maintenir dans les sentiments d'une sincère soumission aux Souverains Pontifes; ils ont cru que par cette direction elle a prévenu en grande partie les conséquences funestes qui auraient pu résulter des opinions gallicanes.
Donc, bien loin de rompre avec Vancien Saint-Sulj)ice, comme quelqu'unle disait récemment, noustenons à lui par le fond de nos entrailles, comme des enfants tiennent à leurs pères. 11 n'y a pas pour nous un ancien et un nouveau Saint-Sulpice. C'est toujours la même famille, animée d'un même esprit, qui est l'amour de Jésus-Christ dans le Saint-Sacrement, le culte filial de la sainte Vierge, un profond respect pour la hiérarchie de l'Église, pour son Chef vénéré et pour nos évêques, un dévouement de tous les jours à la formation des clercs. Ce qui nous distingue de nos anciens , ce n'est pas un amour plus grand pour le Souverain Pontife, ni une soumission plus sincère à ses décisions, mais une connaissance plus nette, plus exacte, plus complète des privilèges attachés à la primauté du Saint- Siège ; c'est l'avantage de vivre à une époque amenée par la divine Providence, où des doutes ont été éclaircis, et où les rapports avec la chaire de Saint-Pierre sont plus fréquents et plus intimes. Disposés comme ils l'étaient, si cette lumière plus abondante qui nous éclaire aujourd'hui avait lui sur eux , ils feraient ce que nous faisons. Nous suivons l'impulsion qu'ils nous ont donnée.