LETTRES DE NOSSEIGNEURS LES ÉYÈQUES. — ■ BREF DU SOUVERAIN PONTIFE
Les Observations qui précèdent n'étaient pas d'abord destinées au public. Nons les avons données à des confrères et à un petit nombre d'anciens élèves de Saint-Sulpice qui nous avaient prévenus des attaques dirigées contre notre Compagnie par le continuateur de Y Histoire de l'Église , et qui nous en avaient témoigné une très grande peine. Nous les avons communiquées confidentiellement à des évêques, à ceux surtout dont nous dirigeons les séminaires, pour avoir leur avis ; nous les avons soumises à Notre Saint-Père le Pape, comme c'était notre devoir, et nous lui avons dit que nous ne leur donnerions aucune publicité , en attendant qu'il daignât nous faire connaître ce qu'il en pensait.
Il a plu à Dieu de bénir ce petit travail , qui n'a pas d'autre mérite, que d'exposer très simplement la situation de la Compagnie de Saint-Sulpice , et de dire la vérité sur des faits peu connus, ou mal interprétés.
Nos confrères ont lu les Observations avec un intérêt qui s'explique naturellement. Ils ont senti, nous assu-
rent-ils, s'accroître en eux Festime et l'amour de leur vocation , en voyant comment Dieu avait dirigé la famille de M. Olier à travers plus d'un péril, et la conservait miséricordieusement dans son esprit primitif.
Des prêtres appliqués depuis plus ou moins longtemps au saint ministère des paroisses et anciens élèves de Saint-Sulpice , qui avaient eu lùme froissée des attaques dirigées contre un Institut qui leur a été toujours cher, ont été consolés, quand ils ont pu lire ces Observations. Un vicaire général nous écrivait d'une ville du Midi : « Elles ont été un soulagement (( pour vos enfants de Saint-Sulpice, qui m'ont chargé « de vous en exprimer leur contentement. Ils y ont « trouvé un ton de modération dans lequel ils vous « reconnaissent, et un accent de vérité qui leur peint à (( merveille leur cher berceau sacerdotal. Votre argu- « mentation est sans réplique , et elle a eu l'avantage « de mettre en lumière ce que la modestie de votre « petite Compagnie a trop l'habitude de taire. Nous « garderons secrètes ces pages chères à notre affection, « et nous tâcherons de les vérifier plus encore , en « servant de plus en plus l'Église en fils dévoués de « Saint-Sulpice. »
Nous avons reçu depuis, de diverses provinces et de pays étrangers, un grand nombre de lettres écrites par des ecclésiastiques sous l'impression pénible que leur avait faite la lecture du volume de Y Histoire de l'Église; et nous avons béni Dieu des sentiments qu'il conserve dans ces prêtres pour les soutenir au milieu des embarras et des dangers de la vie. « Permettez-
« moi , iMonsieur le Supérieur, nous écrivait l'un de « ces prêtres, de vous apporter l'expression de ma « sympathie la plus respectueuse et de joindre ma <^ protestation à toutes celles qui ont dû vous venir de « tous les anciens élèves de la maison. Quelque obscur « que soit mon suffrage , veuillez l'accepter comme le « témoignage sincère d'un prêtre qui remercie Dieu « chaque jour d'avoir eu le bonheur d'être formé à (( l'école de M. Olier, et qui a puisé dans le souvenir de (' ses vénérables maîtres le courage nécessaire pour « remplir son devoir à des heures bien difficiles. »
Nosseigneurs les Évêques, élevés au séminaire de Paris , ou dans l'un des séminaires dirigés par la Compagnie , ont été plus blessés encore des insultes faites à Saint-Sulpice , parce que leur situation les met plus à même d'en connaître l'injustice et d'en mesurer les conséquences.
En parlant de ces vénérables Prélats , notre pensée se porte tout d'abord sur l'éminent cardinal Guil^ert , que pleure le diocèse de Paris , et pour lequel l'Église de France professait un si grand respect : ceux qui ont vécu dans l'intimité du cardinal savent combien il fut peiné, je dirai même indigné, ce fut son expression, de ces calomnies. Ce fut pour les repousser que, dans sa lettre à l'auteur du livre des Traditions , il nous dit : « Pour continuer à donner à l'Église les ministres « dont elle a besoin, votre Compagnie n'a qu'à s'atta- « cher fidèlement à ses traditions. » On a lu dans toute la France les paroles remarquables de M^' l'évêque d'Autun dans l'oraison funèbre de son Ém, le
cardinal : « Il reçut au séminaire d'Aix les ensei- « gnements de cette société de Saint-Sulpice dont il se « montrait naguère le zélé défenseur. Il y a huit mois, « il préludait à Téclatant témoignage décerné par « le Pape Léon XIII à la modeste Compagnie, pour la « venger d'une indigne et violente agression, et dans « une lettre publique, il bénissait Dieu d'avoir pu, dans « sa jeunesse, recevoir les premières instructions cléri- « cales de la bouche de ces prêtres vènèi'ubles qui lui (( avaient inspiré V amour de la sainte Église et la filiale « soumission au vicaire de Jésus-CJirist (1). »
Le cardinal n'aurait pas hésité à condamner ce volume de la continuation de V Histoire de F Église, s'il l'avait cru nécessaire. 11 chargea M^"" Richard, alors son coadjuteur, d'en parler au Souverain Pontife, quand il l'envoya à Rome rendre compte de l'état de son diocèse. Il conserva jusqu'à son dernier soupir l'afTection qu'il avait vouée à Saint-Sulpice, Au moment où commençait son agonie , mais où il avait encore le plein usage de la parole, nous ayant aperçu près de son lit, il étendit ses deux mains vers nous et nous exprima dans les termes les plus touchants sa reconnaissance pour le bien que la Compagnie lui avait fait ; il nous répéta alors ce qu'il nous avait souvent dit , que c'est
(1) « Lettre du cardinal à M. Icard. supérieur générai de Saint-Sul- « pice (16 mars 1886), mise en léte du volume intitulé : Traditions de la « Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice. Dans le bref de Sa Sainteté, « donné le 10 juillet 1886, il y a lieu de relever les paroles suivantes : « Aon potuimus non moleste ferre invidiam in Societatem vestram « conflariet ea in ipsam HSDIGA'E proferri quee famamejus et exis- « fimaiionem pitblice obscurent. » ^N'ote de MS-^ Perraud.)
au séminaire qu'il avait puisé les sentiments qui l'avaient animé et dirigé pendant sa longue vie, et prononça avec un affectueux respect le nom de celui qui avait été son supérieur, M. d'Alga.
Ces mêmes sentiments ont été exprimés par les autres prélats qui nous ont fait l'honneur de nous écrire. Leur pensée peut se traduire dans les paroles que nous ont écrites les cardinaux de Toulouse , d'Alger et de Reims.
Le cardinal de Toulouse « déplore les attaques » dirigées contre la Compagnie : il témoigne une grande satisfaction du zèle des directeurs du séminaire pour la bonne formation du clergé, dont il dit qu'ils « savent « inspirer aux jeunes lévites, l'esprit de régularité, « l'amour de l'étude , l'attachement aux saines doctri- « nés, le dévouement au Siège Apostolique et la sou- « mission à l'autorité épiscopale » . 11 termine par ce « vœu : X Je demande à Dieu qu'en retour de si utiles « services, il daigne répandre ses plus abondantes « bénédictions sur votre pieuse société ». (18mai 188G.)
Le cardinal Lavigerie, archevêque d'Alger et de Cartilage nous dit : « Ne me remerciez pas, Mon- « sieur le Supérieur, de ce que je puis faire pour vous « en cette occasion (il avait parlé au Pape , sans que « nous l'en eussions prié, sans même que nous eus- « sions connaissance de cette démarche) : je remplis « un devoir de stricte justice, en défendant contre des « calomnies odieuses une société dont je connais bien (' les vertus et l'attachement au Saint-Siège. C'est à son « enseignement et à ses exemples que je dois moi-
« même le dévouement sansbornes que je professe pour « le Vicaire de Jésus-Christ. ■» (6 mai 1886.)
Le cardinal Langénieux, archevêque de Reims, nous a écrit sous la date du i^"" avril 1886 : J'ai ap- « pris avec une peine profonde et une vive indigna- « tion l'attaque odieuse dirigée contre Saint-Sulpice. « M. Bouet (supérieur du séminaire) ne m'en avait « rien dit. C'est une lettre de Rome qui me signale « ce méfait, et je vous loue d'avoir pris la défense de « la Compagnie. Sous la main de Léon XIII, une calom- « nie aussi évidente aura sa répression, et, comme « toujours, Dieu fera sortir le bien du mal. »
Après que nous eûmes reçu le bref pontifical, il nous écrivait de nouveau : << Grâce à Notre Saint-Père « Léon XIII, cette épreuve douloureuse s'est changée « en vrai triomphe pour les fils de M. Olier, dont les « leçons et les exemples nous ont appris à aimer la « sainte Église romaine comme une mère, et à serf< vir le Saint-Siège, avec un dévouement qui irait « sans hésiter jusqu'à l'effusion de notre sang. — Quels « tristes temps que ceux-ci, où, sous prétexte de " défendre le Saint-Siège, on peut violer ainsi les « règles élémentaires du respect dû au Pape et de la « loyauté. » (2 et 6 décembre 1886.)
Nous avons été profondément touché de la sollicitude de ces prélats, et de leur charité pour nous ; qu'ils veuillent bien accueillir ici l'expression de notre filiale et respectueuse reconnaissance.
Nous conserverons avec un respect religieux, dans
les archives de la Compagnie , les lettres que plusieurs cardinaux, archevêques et évêques ont adressées au Souverain Pontife , et dont ils ont eu la bonté de nous donner copie, ainsi que celles qu'ils ont daigné nous écrire à nous-même à cette occasion. Ces lettres renferment plus que des encouragements ; nous y trouvons de précieuses leçons pour la direction de notre vie dans l'œuvre des séminaires ; c'est pour nous un devoir d'être, en vérité, tels que la charité de ces dignes prélats leur fait supposer que nous sommes, et de demeurer dans la solitude , dans le silence , qu'on nous a forcé en quelque sorte de rompre pour une circonstance exceptionnelle. Ne pouvant reproduire tous ces documents, ce qui donnerait à notre opuscule une étendue qui n'entre pas dans notre plan, nous devons nous borner à des extraits de quelques-uns qui touchent à des points particuliers.
Quelques évêques n'avaient point pensé d'abord qu'une justification de la Compagnie fût nécessaire. « J'avoue, nous écrivait M^ l'archevêque de Bourges, « qu'en lisant les pages du continuateur de Y Histoire « de M. Darras, j'en croyais à peine mes yeux. Une « réponse n'était pas nécessaire ; car cette incroyable « attaque sera depuis longtemps oubliée , lorsque la <( vénérable Compagnie de Saint-Sulpice continuera à « acquérir de nouveaux titres à la confiance et à l'es- « time dont elle n'a jamais cessé de jouir. L'attaquer, « c'est attaquer le clergé de France, qui a gardé l'inté- « grité de la foi en dépit des jansénistes, qui est resté « fidèle au Souverain Pontife malgré la constitution
« civile du clergé , et qui a maintenu le véritable esprit « sacerdotal. Le clergé formé à Saint-Sulpice fait hon- ^i neur à ses maîtres, et les fils de M. Olier sont assez .< défendus par leurs œuvres ». (i juin 188G.) C'était aussi l'idée de M-*" l'archevêque de Bordeaux; : >< Assu- «' rément, votre excellente réfutation, nous a-t-il écrit, « n'était pas nécessaire. Tous ceux qui connaissent « Saint-Sulpice, et le clergé de Bordeaux en particulier, « qui lui doit tant, ne peuvent qu'être révoltés de « pareilles calomnies, et ne manqueront pas d'en faire < justice. Néanmoins, il me parait très important dans i« un intérêt général, que cette critique malveillante « et sans fondement soit connue, afin que les lecteurs " sachent bien le cas que l'on doit faire de cette his- .( toire. » (28 juin 1886.)
L honneur des évèques qui nous ont confié la direction de leurs séminaires, et le bien des jeunes clercs formés dans ces établissements, sont cet intérêt général dont parle Tarchevèque de Bordeaux, etj qui selon lui, et au jugement de plusieurs de ses vénérables collègues dans l'épiscopat , nous imposait le devoir de montrer le peu de fonds que l'on doit faire sur les narrations et les appréciations du continuateur de V Histoire de l'Église , du moins en ce qui concerne la Compagnie de Saint-Sulpice.
« Je ne crois pas. nous écrivait >F'" l'évêque de <( Rodez, que vous puissiez laisser sans protestation ces « pages calomnieuses qui vous attaquent , non seule- « ment vous personnellement, mais la Compagnie que « vous représentez et dont vous devez défendre les in-
« térêts. Je ne crois pas qu'il convienne davantage aux « évêques, vos anciens élèves, de se taire plus que vous. (( Ils sont incriminés comme vous l'êtes dans ces pages « pamphlétaires , et leur doctrine y est blâmée direcu tement comme prise à une source empoisonnée. « Quelles que soient la modestie et l'humilité de Saint- « Sulpice, elles ne doivent pas dégénérer en faiblesse. « L'honneur du sacerdoce, dont vous êtes , à mon avis, « les plus dignes représentants, ne doit pas être sacrifié « aux emportements du premier venu, et sous prétexte « qu'on est un grand ultramontain , il ne peut être '< permis à personne d'injurier son voisin, comme le <( fait cet abbé , qui croit racheter, par cette qualité '< qu'il se donne, les injures qu'il vous adresse et à tous « ceux que vous avez élevés. »
AP'' l'évêque de Clermont nous écrivait sous la date du 5 avril 188G : « Je vous remercie d'avoir fixé « par l'écriture ces Traditions de Saint-Sulpice , que « l'expérience a consacrées , et auxquelles tant de gé- .< nérations sacerdotales ont du le double bienfait et « de leur éducation première et de leur fidélité à tous « les devoirs de la vie et de la discipline ecclésias- « tique.
« En ce qui regarde le présent et l'avenir, votre (( œuvre a surtout l'opportunité que lui reconnaît si < justement le vénérable cardinal Guibert ; elle assu- " rera de plus en plus la formation parfaite du clergé, '< à une heure où l'Église a un besoin plus impérieux '( de pouvoir compter sur la doctrine et sur la sainteté <( de ses ministres. De plus, votre livre manifeste à tous
« les doctrines chères à Saint-Sulpice , lesquelles sont « les pures doctrines de l'Église catholique.
« A ce point de vue, j'ai été profondément ému en « lisant les indignités attribuées à la chère Compagnie. « Je vais écrire à Sa Sainteté. » Le prélat chargea un de MM. les chanoines de la cathédrale , qui venait à Paris, de me dire quil lui paraissait très convenable de ne pas passer sous silence ces injustes imputations.
On nous a fait aussi remarquer qu'il s'agissait de la foi et de l'attachement à l'Église. Une société vouée à l'éducation des ecclésiastiques, pouvait-elle ne pas repousser avec indignation le reproche qu'on lui faisait, que, dans son passé, son attachement à l'Église s'était borné aux décisions et aux; opinions de l'Éghse gallicane, et que, dans le présent, elle met entre les mains de ses élèves des livres de théologie et de droit canon qui ne sont pas en harmonie avec les conséquences nécessaires du dernier concile?
Nous avons déféré à ces conseils, et Nosseigneurs les
évèques nous en ont témoigné leur satisfaction. L'un
d'eux , M^ l'évèque d'Autun , a pensé que nous avions
peut-être usé de trop de ménagement envers l'auteur
de ces indignes attaques. « Je vous ai trouvé, nous
« a-t-il écrit, d'une modération presque excessive et
« d'une bien édifiante charité. Le calomniateur eût
(( bien mérité que son nom fût dévoilé et son œuvre
« censurée plus sévèrement (1). Mais il sied au bon
(1) L'historien a été blessé des termes de calomnie (^l de calomniateur qui se trouvent dans des lettres de quelques évoques. Personne n'a eu l'idée de pénétrer dans le secret de ses intentions, que nous croyons volontiers iiarfailenient pures devant Dieu. 11 faut bien pourtant appeler
« droit d'être calme , et il n'y a pas une seule ligne « dans vos judicieuses et pacifiques Observations , qui (( ne respire le plus pur esprit de la dignité et de la .< mansuétude. » (21 mai 1886.) Nous ne voulions blesser personne , tout en maintenant les droits de la vérité , et nous avons aimé à penser que l'auteur des pages dont nous avions cà nous plaindre, ne s'était pas rendu compte de l'injustice de ses procédés.
Son Éminence le cardinal Bernadou, archevêque de Sens, a bien voulu dire au Souverain Pontife, dans une lettre datée du 1" juin 1886, la ligne de conduite que nous avons suivie à Rome, pendant le concile. «... Le « supérieur général de la Compagnie de Saint-Sul- « pice est, dit-il, indignement outragé par M. Fèvre. (( M. Icard fut mon tliéologien au concile du Vatican. « .le ne fais que rendre hommage à la stricte vérité, <( en déclara,nt à Votre Sainteté , qu'il ne cessa de me « donner les plus sages et les plus utiles conseils , sur « les questions si graves soumises à l'auguste assem-
les choses par leur nom : quand on voit dans un écrit plusieurs impulations fausses et injurieuses contre une société, et qu'il y a dans l'ensemble de cet écrit toute l'apparence d'un système de dénigrement, on est autorisé à blâmer ces imputations comme des calomnies. Le critique n'est-il pas allé jusqu'à accuser nos anciens de mauvaise foi dans l'enseignement? a Je ne crois pas, a-t-il écrit de Saint-Sulpice, qu'un « corps de docteurs soit excusable d'avoir enseigné et enraciné une « doctrine d'erreur; et je crois encore moins que, dans son ensemble. « il ait poussé la na'iveté jusqu'à enseigner l'erreur de bonne foi et sans « se douter de ses égarements. « (Doctrines et conduite dn Saint- Svlpice , p. 19.) Si cet écrivain peut se déprendre de ses préoccupations cl revoir attentivement, sous le regard de Dieu, tout ce qu'il a écrit contre la Compagnie de Saint-Sulpice, et les couleurs odieuses sous lesquelles il l'a dépeinte, il conviendra que les expressions dont on se sert pour juger, non sa personne, mais son œuvre, sont très justes.
« blée. Il était le défenseur convaincu de l'infaillibilité « doctrinale du Pape et aspirait vers le jour où elle « serait solennellement proclamée. Lorsque le moment '( fut arrivé, je votai avec la majorité du concile. Mes (' entretiens avec M. Icard n'avaient fait que me con- « firmer dans mes convictions. »
Qu'on nous permette de joindre à ce témoignage une lettre que nous lisons dans la ]'/e du cardinal Pie, et dont nous avions perdu le souvenir, bien que la démarche faite par nous auprès des présidents du concile nous soit demeurée toujours parfaitement présente à l'esprit. L'historien la fait précéder de cette réflexion : « Une des consolations de M^ Pie était de savoir par avance l'accueil que de sages écoles ecclésiastiques s'apprêtaient à faire à la définition qui se laissait assez prévoir. Le 1 i mai. M. Icard, supérieur général de Saint-Sulpice, lui adressant d'abord ses remerciements pour plusieurs faveurs spirituelles que lévèque lui avait obtenues du Saint-Père, les faisait suivre de ces lignes de précieux assentiment : " Avant " de partir de Rome, j'ai vu le cardinal Antonelli et (( le cardinal de Luca. Je les ai priés de déposer aux (c pieds du Saint-Père l'hommage de l'obéissance fi- « liale de la Compagnie de Saint-Sulpice , avec l'assu- « rance que la définition, telle qu'elle sera faite, sera " reçue de nous tous avec amour; que nous n'aurons, « ni ordre à donner, ni désir à exprimer à nos con- " frères, pour la leur faire accepter, puisque les cœurs « sont inclinés dans ce sens, et que nous mettrons un « empressement cordial à la faire accueillir de même
« par tous ceux sur qui nous pourrons avoir quelque « influence. Ces deux cardinaux m'ont promis qu'ils « feraient part au Saint-Père de ces assurances , qui , (( mont-ils dit, ne peuvent que lui être agréables. « Elles sont l'expression des sentiments de notre petite « Compagnie (1) . »
Il n'y avait rien, dans ces assurances données, qui ne répondit aux dispositions de tous les membres de la Compagnie.
M^ l'évêque de Périgueux nous est témoin , dans la lettre qui suit, de la liberté que l'on avait au séminaire de combattre les opinions gallicanes.
« Je vous remercie bien vivement de la communication que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser. Elle a ravivé mon tendre et respectueux attachement à cette pieuse et vénérable Compagnie de Saint-Sulpice ,
« J'ai lu vos Observations, et, dans son texte même, la diatribe du continuateur de Y Histoire de M. l'abbé Darras. Quel contraste !
« Dans vos pages , Monsieur le Supérieur, si calmes et si modestes, vous représentez Saint-Sulpice dans son esprit et dans ses traditions, tel que je l'ai connu et pratiqué pendant les onze années que j'ai eu l'avantage d'en faire partie. Son dévouement filial au Saint-Siège n'a jamais été bruyant; ce n'est pas une raison pour en suspecter la sincérité. Vers 18i0, alors que j'étais chargé du cours de dogme, j'enseignais sans la moindre réserve, la doctrine aujourd'hui de foi catholique, de l'infaillibilité pontificale ; et , ni le vénérable supé-
(1) Vie du cardinal Pie, 2» éd., 1886, tome II, p. 399.
rieur, M. Vernet, ni aucun de mes confrères, ne trouvèrent à redire à mon enseignement ; et cela par la bonne raison que leur conviction ne différait pas de la mienne.
« Il me parait tout à fait nécessaire , Monsieur le Supérieur, que la page injurieuse et injuste, à laquelle vous avez si péremptoirement répondu, disparaisse d'un volume , qui porte en titre : Histoire de l'Eglise. La disposition du Saint-Père à cet égard me fait espérer qu'il exigera de l'auteur une rétractation formelle et publique : la simple justice le demande, selon moi, impérieusement. » (Périgueux, le 15 mai 1886.)
M^"" Farchevèque de Chambéry signale les dangers qu'ont, ou que peuvent avoir des critiques inconsidérées des séminaires, où se forme la jeunesse cléricale :
« Je suis profondément touché de la confiance que vous avez bien voulu me témoigner en me communiquant ces observations si vraies, si justes, si sages, et si dignement exprimées.
« Le peu que je suis , comme prêtre et comme évèque, je le dois aux saints professeurs et directeurs, que j'ai eus à Saint-Sulpice : ce sont eux qui m'ont enseigné la saine doctrine, qui ont formé mon cœur à la piété et qui m'ont donné pour l'Église et pour le Saint-Siège cet amour et ce dévouement qui vivent, depuis quarante-trois ans , au plus profond de mon àme, et dont avec la grâce de Dieu, je ne me départirai jamais.
« Ah! Monsieur le Supérieur, ils sont bien légers, sinon coupables , ces hommes , qui sans avoir reçu les leçons des Sulpiciens, sans avoir vécu de leur vie, sans s'être pénétrés de leur esprit, les jugent publiquement , les dénigrent , les condamnent , au risque de détourner de leurs maisons des âmes sacerdotales, qui y auraient puisé la science, la sainteté et tout ce qui tend à étendre le règne de Jésus-Christ sur la terre. Je les plains, et si je leur pardonne, c'est parce qu'en vérité , ils ne savent pas ce qu'ils font.
« Pour vous, mes très chers et vénérés Maîtres, continuez à faire le bien , avec cette modestie et cette admirable simplicité qui vous caractérisent ; et que la divine Providence daigne vous conserver et vous multiplier pour le salut de l'Église de France ! » (Chambéry, le 14 mai 1886.)
Monseigneur l'évêque d'Angers justifie la Compagnie contre les accusations de gallicanisme. Il nous a fait l'honneur de nous écrire , sous la date du 21 août 1886 :
<( Je vous remercie , Monsieur le Supérieur, de m'avoir envoyé vos Observations si sages et si mesurées sur quelques pages d'une Histoire de l'Église relatives à la Compagnie de Saint-Sulpice. Après les Recherches historiques de M. Gérin sur l'Assemblée du clergé de France de 1682, j'ai quelque peine à comprendre que l'on persiste dans des appréciations qui manquent évidemment de justesse. Loin de donner prise à une critique sévère, l'attitude de la Compagnie en cette mémorable circonstance mérite au contraire de" grands
éloges. C'est aussi , à mon sens , manquer d'impartialité que de reprocher spécialement aux Sulpiciens d'avoir professé certaines opinions à peu près communes en France pendant le dix-huitième siècle ; comme vous le faites observer à bon droit, c'est aux évèques de diriger l'enseignement de leurs séminaires; leur être « assujettis » , tant qu'ils demeurent dans la communion du Saint-Siège, et suivre leur direction, pour la théologie morale comme pour le reste, ce n'est pas là, tant s'en faut, chose digne de blâme , chez des professeurs d'écoles épiscopa/es. Enfin, l'opposition si ferme et si constante des fds de M, Olier au jansénisme, et leur admirable fidélité pendant les plus mauvais jours de la Révolution , ne permettaient pas de mettre en question leur zèle pour la doctrine ni leur dévouement cà l'Église.
« Assurément il y aurait lieu de craindre , à l'heure présente , que le gallicanisme , mort depuis le concile du Vatican, n'essayât de revivre sous la forme du libéralisme , contenu en principe dans le premier des quatre articles de 168-2. A mes yeux, c'est le vrai péril des temps actuels. Mais ici encore, c'est aux évèques qu'il appartient de donner pour norme à l'enseignement de leurs séminaires, les documents pontificaux relatifs à ces points de doctrine, depuis le bref de Pie YI au cardinal de la Rochefoucauld jusqu'à l'encyclique Immortale Dei; et s'il faut en juger par les excellentes thèses des dernières éditions de la théologie de M. Ronal contre les catholiques libéraux, ce n'est pas à Saint-Sulpice que les erreurs du jour menacent
de pénétrer (1) . En tout cas il serait peu juste d'imputer à une Société les opinions ou les tendances de l'un ou de l'autre de ses membres ; et, depuis seize ans d'épiscopat, j'ai trop vu à l'œuvre votre docte et pieuse Compagnie pour ne pas rendre hommage à son parfait esprit de soumission aux doctrines romaines. »
M^"" l'évêque de Bayeux blâme sévèrement la légèreté et le ton inconvenant avec lesquels est écrite l'histoire, en ce qui concerne Saint- Sulpice. « J'ai été très douloureusement atfecté , écrit-il , à la lecture du document que vous avez bien voulu me communiquer. C'est avec cette légèreté, cet esprit de parti qu'on écrit aujourd'hui l'histoire ecclésiastique en France. C'est une honte pour le clergé. J'en souffre depuis longtemps. On traite les sujets les plus graves avec le style et la manière de vulgaires pamphlétaires.
« Il était opportun de répondre avec dignité à ces lâches accusations, comme vous l'avez fait; l'indignation des honnêtes gens fera le reste. » (Bayeux, le li mai 1886.)
M^ l'évêque d'Orléans veut bien se rendre l'interprète des anciens élèves de Saint-Sulpice. Il écrivait le 23 mai 1886 : « J'avais éprouvé une peine profonde en lisant les pages du tome XXXVII de l Hu-
it) Nous répondons à la pensée de Ms'" l'évêque d'Angers, en disant que tous les livres classiques adoptés dans nos séminaires : la Théologie de M. Bonal , la Théologie de M. Vincent , revue par les MM. de Clermont, les Institulions canoniques du séminaire de Saint' Sulpice, ainsi que les conseils donnés à MM. les Professeurs dans le livre des Traditions de la Compagnie, sont tous dans le même sens contre les erreurs modernes dont il s'agit ici.
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toire de l' Église de M. Tabbé Darras, qui renferment une appréciation si fausse et si injurieuse de la Compagnie de Saint-Sulpice, et ma piété filiale envers elle protestait contre des attaques si peu fondées.
« Il vous appartenait, Monsieur le Supérieur, de venger la famille dont vous êtes le Père vénéré , et cet acte de justice était facile. 11 suffisait de citer quelques témoignages et de rétablir la vérité des faits.
« Le jour où il sera permis de publier vos Observations, tous les esprits sages reconnaîtront, à l'honneur de Saint-Sulpice , les erreurs consignées dans un livre portant pour titre Histoire de VÉfjlise, et qui pourraient être considérées un jour comme des faits acceptés.
« Mais il me semble , qu'après vous , les enfants de Saint-Sulpice ont eux aussi un devoir à remplir, en unissant leur protestation à la vôtre, et eu défendant avec énergie des prêtres qu'ils aiment et qu'ils vénèrent comme les pères de leur sacerdoce.
« Élevé au séminaire d'Issy et de Saint-Sulpice, je n'ai pas cessé de professer pour les prêtres de Saint- Sulpice l'estime la plus respectueuse, et c'est pour moi une grande consolation de voir mon grand séminaire sous leur direction.
« Je puis donc , après tant d'autres hommages rendus à leurs éminentes vertus , alléguer ici une expérience personnelle de près de quarante ans.
(c Oui, c'est dans tout l'élan de mon âme sacerdotale, et avec l'accent de la reconnaissance la plus profonde, que je proclame la vérité : C'est à l'école de mes mai-
très de Saint-Siilpice que j'ai puisé, avec les notions et la pratique de la vraie piété , avec la double dévotion envers le Très Saint-Sacrement et la Très Sainte Vierge, un invincible amour pour la Sainte Église, une obéissance affectueuse, non seulement aux ordres, mais aux simples désirs du Souverain Pontife.
« J'avais besoin, Monsieur le Supérieur, de vous redire ces choses pour obéir au cri de ma conscience , et je suis certain que tous vos fds spirituels sont prêts à exprimer les mêmes sentiments. »
Nous croyons devoir, pour l'édification de nos frères, ajouter à ces témoignages quelques-uns de ceux qui nous sont venus du Canada.
M^"" Antoine Racine, évêque de Sherbrooke, écrivait à M. le Supérieur du séminaire de Montréal : « L'hommage éclatant et mérité que N. S. P. Léon XIII vient de rendre à la société de Saint-Sulpice , remplit de joie et de reconnaissance non seulement les évoques de France , mais aussi les évêques du Canada et tout particulièrement l'évêque de Sherbrooke.
« Les attaques injustifiables du continuateur de Y Histoire générale de l'Église de M. l'abbé Darras , contre une Compagnie aussi éminente que celle de Saint- Sulpice, qui a rendu tant de services à l'Église de France et à sa sœur l'Église du Canada , sont réduites à néant par la parole Pontificale et font sévère justice des injures dont votre famille religieuse est l'objet.
« Ce glorieux témoignage que l'auguste Vicaire de Jésus -Christ accorde à votre société, dans le bref adressé à votre vénérable Supérieur général M. Icard,
devient plus explicite par les paroles de paternelle afTection qui terminent la lettre du Saint-Père : « Non « content, dit-il , de vous en donner Tassurance à vous et « à vos confrères, nous vous en donnerons une preuve, « pour montrer combien votre honneur et votre ré- « putation nous sont à cœur. »
« Soyez toujours bénie de Dieu, vénérable et sainte Compagnie de Saint-Sulpice, employez tout ce cpii est en vous desprit et de cœur, de lumière et de zèle, à former de vrais prêtres, en les conduisant à la source de la vérité et à l'école de la sainteté, par Tétude, l'esprit d'oraison , le silence et la retraite , l'amour de Dieu qui est le seul chemin du ciel. » (Évèclié de Sherbrooke, 13 octobre 1886.)
M^'"Moreau, évèque de Saint-Hyacinthe, écrivait le 20 septembre 1886 au même Supérieur : « Je n'ai pas eu le bonheur de recevoir mon éducation à Saint- Sulpice; mais depuis quarante ans que je suis en relation avec ce vénérable Institut, j'ai appris à le connaître, à l'aimer, à le considérer comme une des institutions les plus précieuses pour l'Église et son sacerdoce sacré. Mon admiration pour l'œuvre de M. Olier s'est de beaucoup augmentée depuis que je suis évèque; car j'ai touché pour ainsi dire du doigt sa salutaire et puissante action pour la formation de la jeunesse ecclésiastique et la solide éducation cléricale qu'elle lui donne. Oui, et en toute connaissance de cause, je puis affirmer et je suis heureux d'attester qu'à Saint-Sulpice on fait de bons, fervents et saints prêtres, et des prêtres aussi fermement
attachés aux doctrines romaines et au Saint-Siège, que ceux qui font leur éducation ailleurs.
« Animé de ces sentiments pour votre Compagnie, vous comprenez, Monsieur le Supérieur, combien j'ai été péniblement impressionné des injustes accusations, portées contre elle par le continuateur de Darras. C'est une insulte jetée à la face d'une très grande partie du clergé de France et d'Amérique, qui se félicite et s'honore d'avoir reçu sa formation des mains des enfants de M. Olier.
(( Votre vénéré Supérieur a noblement vengé votre Compagnie des traits perfides lancés contre elle , et il l'a fait avec une charité , une humilité et une dignité qui m'ont extrêmement édifié. On reconnaît là le langage de l'homme de Dieu qui parle, non pour lui, mais pour la gloire divine et pour la défense d'une institution qui a toujours bien mérité de l'Église. C'est un contraste frappant avec le langage passionné et tout à fait injuste de son adversaire.
« Je ne puis vous dire, Monsieur le Supérieur, combien je bénis le bon Dieu que les évêques de France aient élevé la voix pour vous défendre contre votre détracteur, et que le Saint- Père, par son bref laudatif du 10 juillet dernier, ait fermé la bouche à votre ennemi et réduit à néant ses odieuses inculpations. Le ciel permet que les siens soient persécutés , mais il ne les délaisse pas. »
Quelques-uns des prélats qui nous ont fait l'honneur de nous écrire, nous ont dit que, s'ils n'avaient considéré que la valeur historique de la continuation de l'œu-
iu —
vre de M. Darras, ils auraient attaché assez peu d'importance à ce que renferment ces volumes , mais qu'ils ont été émus du péril que courraient plusieurs jeunes clercs, et aussi des prêtres, moins en état de juger de ces choses, et qui par suite auraient conçu des préventions fâcheuses contre la direction qu'ils reçoivent , ou qu'ils ont reçue dans les séminaires. Le danger, sous ce rapport , leur a paru assez grave , pour porter leurs plaintes jusqu'au Souverain Pontife. Plusieurs lui en ont écrit. Nous pouvons citer entre autres, les cardinaux de Lyon , d'Alger et de Reims , les archevêques et évêques de Besançon, de Bayeux, de Clermont. Nous ne donnerons ici que la lettre de Son Éminence le cardinal de Lyon, qui avait eu la bonté de nous prévenir qu'il avait l'intention de s'adresser à Rome et qui nous a communiqué sa lettre , en nous autorisant à la donner au public,
« Très Saint -Père,
« Votre Sainteté aura eu, j'en suis certain, connaissance des attaques portées contre la vénérable Compagnie de Saint-Sulpice par M^ Fèvre, au XXX VIP volume de sa continuation de VHistoire de VÈfjlhe par M. l'abbé Darras.
<( Je ne saurais dissimuler à Votre Sainteté l'impression pénible causée non seulement à moi, mais encore à de nombreux prélats et membres de notre clergé, élevés au séminaire de Saint-Sulpice, par l'inqualifiable procédé dont cette Société vient d'être l'objet.
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(( Monsieur le Supérieur général, obéissant à de graves conseils , n'a pas cru pouvoir laisser sans réponse des inculpations de cette nature ; et je sais qu'il a transmis à Votre Sainteté des Observations aussi fondées que pleines de modération et de mesure sur les quelques pages dont avait à se plaindre la Compagnie dont il est le chef.
« Je n'ai pas à faire au Vicaire de Jésus-Christ l'éloge de la Société de Saint-Sulpice. Nul n'ignore les inappréciables services qu'elle a rendus à l'Église de France. C'est elle qui, de concert avec saint Vincent de Paul , a fondé parmi nous l'OEuvre des séminaires ; c'est à elle que le clergé français est redevable de la régularité et de l'esprit vraiment ecclésiastique qui l'ont constamment animé depuis la fondation de l'OEuvre de M. Olier, et j'ajouterai, quoi qu'on en ait pu dire, de son constant dévouement au Saint-Siège. Vos prédécesseurs n'ont point oublié que, sur près de cent quarante sièges épiscopaux qui existaient en France au moment de la Révolution , trois ou quatre évêques seulement ont fait défection; or l'immense majorité de ces hommes vénérables qui ont préféré l'exil, la pauvreté , la déportation , la mort à un acte d'infidélité au Saint-Siège , avait été élevée dans les séminaires dirigés par Messieurs de Saint-Sulpice.
« Nous sommes les héritiers, non seulement des sièges de nos prédécesseurs , mais encore et surtout de leurs sentiments envers la sainte Église romaine , et un très grand nombre parmi nous a reçu son éducation à Saint-Sulpice. Que Votre Sainteté daigne donc juger
— lUi —
de la blessure qui nous est causée par des accusations aussi odieuses et aussi injustes qui sembleraient rejaillir indirectement sur nous.
« Au reste, le Concile tenu, il y a environ trente ans, à la Rochelle, s'était fait un devoir de rendre un liommag-e public aux respectables, disciples de M. Olier, et le cardinal Pie, qui était lame de ce Concile et dont les sentiments envers la sainte Église sont assez connus, n'hésitait pas à proclamer qu'il devait à l'éducation reçue par lui au séminaire de Saint-Sulpice, non seulement ce qu'il avait pu acquérir en fait de science et d'esprit ecclésiastique, mais, avant tout, son inviolable attachement à la Chaire Apostolique.
« Votre Sainteté ne sera donc point surprise , si, ayant été , moi aussi, élevé à Saint-Sulpice , je viens protester auprès d'Elle contre les incroyables attaques dont mes anciens maîtres sont aujourd'hui l'olijet. Votre haute sagesse jugera de la répression qu'elles méritent; mais qu'Elle daigne me permettre de lui faire remarcpier : 1'' qu'il ne s'agit pas ici d'une de ces brochures publiées aujourd'hui et tombées demain dans l'oubli, mais d'une Histoire de l' Église destinée par le fait à prendre place dans les bibliothèques , à être lue par le clergé, avec d'autant plus de confiance que les vingt-cinq premiers volumes publiés par le premier auteur, l'abbé Darras, sont irréprochables: 2° que l'auteur du volume en question a contracté des habitudes d'intempérances de langage cjui semblent mériter un rappel à l'ordre.
(' En effet, c'est lui qui. sous le prétexte de composer
une vie du cardinal Gousset , a profité de cette occasion pour parler du cardinal Mathieu , archevêque de Besançon, d'une manière si injuste et si révoltante, que son ouvrage a mérité d'être frappé de censure par les supérieurs du diocèse de Langres auquel il appartient, et que ses démarches auprès du Saint-Siège pour obtenir la réparation de ce blâme ont été , m'assure-t-on, complètement inutiles (1),
« Je termine enfin par cette observation, qui me parait dominer toutes les autres. La constante sollicitude de Votre Sainteté en ce qui concerne l'état présent de l'Église de France, est d'y voir régner, principalement dans le clergé, la paix, la concorde, par la charité et le respect mutuels. Or rien ne peut s'opposer davantage à la réalisation de ces vues si dignes de votre grand cœur, qu'une aussi regrettable publication (2)... »
Nous sommes heureux de conclure par le bref du Souverain Pontife, dont la lecture a été le sujet d'une
(1) Ces réflexions sont produites aussi dans une lettre de M?' Foulon, archevêque de Besançon, sous la date du 12 mai 1S86.
(2) La reconnaissance nous fait un devoir d'ajouter aux noms des prélats que nous avons cités dans ce dernier chapitre, ceux de leurs Éminences les cardinaux de Rennes et de Baltimore, de ><osseigneurs les archevêques et évêques d'Aix, d'Avignon, de Besançon, de Cambrai, de Rouen, de Chartres, de Coutances, de Marseille, de Mmes, de Nancy, d'Annecy, de Blois, de Montpellier, de Luçon, de Tulle, d'Arras, de Gaj), de Cahors, de Beauvais, de Vannes, d'Évreux, de Nevers, deTroyes^du Mans, de Pamiers, de Dijon, de Metz, deA'iviers, de Quiraper. — Ces vénérés prélats nous ont fait parvenir les témoignages les plus consolants de l'intérêt qu'ils portent à la Compagnie de Saint-Sulpice.
grande consolation pour tous les membres de la Compagnie et pour les amis de Saint-Sulpice.
Le Saint-Père , qui avait témoigné un vif mécontentement des attaques dirigées contre nous dès qu'il en avait eu connaissance, a bien voulu mander au Vatican, le 15juilletl886, notre Procureur pour lui remettre de sa propre main le bref qu'il nous adressait; il a daigné lui en faire lui-même la lecture, en y ajoutant quelques paroles très bienveillantes et très encourageantes pour le supérieur et pour toute la Compagnie.
LEO PP. XIIL
DilecteFili, Religiose Vir, Salutem et Apostolicam Benedictionem. Tui obsequii significationes excepimus, cum eo libello conjunctas, quem in lucem edidisti, ut ea quse ad versus tuam sodalitatem scripta sunt, 80 auctore qui Darrasii Ecclesiasticam Historiam provehendam suscepit, dilueres, tuumque religiosum ordinem ab illatis censuris vindicares. Grata habuimus, Dilecte Fili, lui devoti animi officia, et cum probe noscamus non modo quam praeclaram gérant de vobis opinionem illustres Galliae antistites, qui eam Nobis suis erga vos prseconiis declararunt, sed etiam quantum tribuant institutioni et operae vestrœ, qua in suorum seminariorum alumnis exco-
lendis constanter utuntur, non potuimus non moleste ferre invidiam in societatem vestram conflari, et ea in ipsam indigne proferri, quae famam ejus et existimationem publiée obscurent. Tu vero, Dilecte Fili, in hac doloris causa habes cur tuum animuni erigas, habes cur obtrectatorum oppugnationes contemnas , dum gravia et honestissima sodalitati tuae bonorum judicia suffragantur. Perge itaque cum tuis alacriter virtutis ac religionis ope, bonorum laudem mereri, ac minime dubites de paterna dilectione Nostra, quam non modo tibi tuisque sodalibus his litteris declaramus , sed reipsa praestabimus etiam, ea agentes quae decus et existimationem vestram Nobis cordi esse demonstrent. Interea Tibi, Dilecte Fili, cunctisque quels praesides cœlestium omnium ubertatem munerum adprecamur, ut in dies magis divinae gloriae , et Ecclesiae bono inservire valeatis^ ac in eorum auspicium Apostolicam Benedictionem singulis universis peramanter in Domino impertimus.
Datum Romae apud S. Petrum die X Julii, anno IMDCCCLXXXVI, PontiHcatus Nostri Nono.
LEO PP. xm.
Dileclo Filio Religioso Vivo H. J. IcA.RD, Prseposilo Societatis Sancti-Sulpilii. Parisios.
— loO —
LÉOiN XIII, PAPE.
« Cher et religieux Fils, salut et bénédiction apostolique,
« Nous avons reçu, avec l'expression de votre respectueuse obéissance, l'opuscule que vous avez publié, pour réfuter les pages écrites contre votre Compagnie par le continuateur de VHistoire ecclésiastique de Darras, et pour faire justice des accusations qui y sont formulées contre votre famille religieuse. Nous avons eu pour agréables, très cher Fils, les témoignages de votre dévouement, et sachant non seulement la haute estime dont vous honorent les illustres évêques de France, car ils Nous l'ont exprimée à Nous-même dans les termes les plus élogieux; mais aussi combien ils se tiennent redevables envers votre Société pour le concours qu'elle prête à l'éducation des clercs de leurs séminaires. Nous n'avons pu Nous défendre d'une émotion pénible en présence de l'opposition malveillante soulevée contre votre Congrégation et des imputations qui tendent , d'une manière indigne, à diminuer, aux yeux du public, son crédit et sa réputation.
a Pour vous , très cher Fils , fort des suiïrages si
graves et si honorables dont votre Compagnie ne cesse d'être l'objet, vous pouvez surmonter votre tristesse et relever votre courage, vous êtes en droit (le mépriser les attaques de vos détracteurs. Continuez vaillamment, vous et les vôtres, de mériter, par vos vertus et votre piété, l'approbation des gens de bien, et comptez sur Notre paternelle affection pour vous et votre Société.
« Nous ne nous bornerons pas à vous en donner ici l'assurance par ces lettres, mais nous prendrons des mesures qui montrent combien votre honneur et votre considération Nous tiennent au cœur.
(( En attendant, très cher Fils, Nous appelons sur vous et sur tous ceux qui relèvent de votre autorité, l'abondance de tous les dons célestes, afin que vous puissiez travailler de plus en plus à la gloire de Dieu et au bien de l'Église, et, comoie gage de ces faveurs, Nous vous accordons à tous et à chacun, la bénédiction apostolique.
« Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 10 juillet 1886, la neuvième année de Notre Pontificat.
« LÉON Xlll, PAPE. T,
A notre cher et religieux Fils, //. J. Icard, supérieur de la Compufjnie de Sainl-Sulpice. — Paris.
Le 31 du luème mois, Son Éminence le cardinal Jacobini, secrétaire d'Etat de Sa Sainteté, écrivit, au nom du Saint-Père , à M*=' rarchevêque de Paris , la lettre dont nous donnons ici le texte et la traduction.
" Illustrissime et rév'érendissime Seigneur,
•' Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime connaît bien la pénible impression qu'a produite , non seulement dans la Congrégation de Saint- Sulpice, la manière dont M. Fèvre a parlé, dans son Histoire de r Église , de cet Institut bien méritant, mais encore sur un grand nombre d'évèques français qui, comme vous, se sont adressés au Saint-Père pour déplorer les inqualifiables attaques de cet liistorien. Sa Sainteté a éprouvé un vif déplaisir de cette publication, et, pour apporter au mal un remède convenable , Elle a adressé au Révérendissime Icard, supérieur des Sulpiciens, un bref dont vous trouverez ci-joint une copie. Pour que le bref produise son elfet, le Souverain Pontife désire que Votre Seigneurie fasse venir près d'elle M. Fèvre, et que, en lui donnant copie du bref, elle Famène à le faire imprimer dans le premier volume qu'il publiera de son Histoire, en Faccompagnant de l'adhésion qui est due aux jugements de Sa Sainteté, et de la rétractation nécessaire des choses avancées par lui inconsidérément en son Histoire.
'< De plus, c'est la volonté du Saint-Père que vous avertissiez le libraire-éditeur de l'ouvrage de se prêter
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de bonne grâce à ces insertion, adhésion et rétractation, le prévenant que, dans le cas contraire , le Saint- Siège se verra amené à désavouer et à prohiber sa publication.
« En communiquant à Votre Seigneurie ces intentions de Sa Sainteté, je me félicite de me redire, dans les sentiments de la plus haute estime, de Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime, le serviteur (1).
(( Jacobini. »
Ronio. le 31 juillet 1880.
(1) « llliiio et Rnio Signore,
«< È beii nota a V. S. lllina et Rma la penosa irnpressione che a piodolto lion solo nella Congregazione di S. Sulpizio la maniera, cou oui il Sig. Fevre ha parlato di questo benemerito Istituto, nella sua Storia ecclesiaslica , ma ancora in grau numéro dit Vescovi Francesi , i quali al par di Lei si son rivolli al S. Padre per deplorare gli inqualificabili atlachi di questo Storico. Sua Santità ha provato vivo dispiacere per taie pubblicazione, e per apportare al maie il conveniente rimedio ha diretto al Rmo Icard, superiore dei Sulpiciani , un brève, di cui qui Le accludo copia.
« Onde pero il brève produca il suo effelto, il Sommo Ponlefice desidera che V. S. faccia venire a Se il Sig. Fevre, e, dandogli copia del Brève, lo induca a farlo stampare nel prossimo volume, che pubblicherà, délia sua Storia, accompagnandolo con la dovula adesione ai giudizi di Sua Santità^ e con la dovula ritratlazione délie improntitudini da lui avanzate nella Storia.
« Oltre a cio é mente del S. Padre che si ainmonisca da Lei l'editore materiale dell' opéra a jirestarsi di buon grado a questa inserzione, ade- .sione e ritratlazione, prevenendolo che in caso contrario la S. Sede si vedrà indotta a sconfessare e proibire la sua pubblicazione.
» Nel rendere consapevole la S. V. di quesle intenzioni délia Sanlilà Sua , mi pregio di raflcrmarrai con sens! délia piii distinla slima
« Di V. S. illma et Rma
« Servilore « L. Card. Jvcobini.
'< Roma. .'il Luglio 188<".. »
— loi —
Nous navons pas à rapporter ici ce que M^' l'archevêque a fait pour remplir la mission qui lui était donnée, ni les difficultés quil a pu rencontrer sur les termes de cette soumission, ni le rapport quil a fait du tout au Saint-Siège ; nous sommes demeuré étraniier, comme il convenait, à tout cela. M^"" l'évêque de Langres , ayant reçu communication du rapport de larchevèque de Paris, a écrit de son côté une lettre au Saint-Père, dont il nous permet de citer quelques extraits, que voici :
(( M^' rarchevèque de Paris a été chargé par Votre <( Sainteté de la mission d'amener l'auteur à une ré- '< tractation nécessaire. Les efforts qu'il a faits dans ce « sens et les résultats peu satisfaisants qu'il a obtenus , « sont relatés dans un rapport destiné à être placé « sous les yeux de Votre Sainteté.
' En ma qualité d'Ordinaire du diocèse de Langres «< où M, Fèvre réside et exerce la charge pastorale d'une « petite paroisse, je viens me joindre à M"^ l'archevêque « de Paris pour déférer au Saint-Siège le jugement de « cette affaire. Les appréciations que formule léminent <c Ordinaire de Paris sont pleinement d'accord avec les « miennes, et j'adhère pleinement aux conclusions qui « terminent son exposé.
<( De l'avis de plusieurs prélats, M. Fèvre a usé dun « mauvais procédé ; on le regrette pour lui et pour le « clergé à qui cet exemple pourrait faire du mal. Ce (( que le Saint-Père , dans sa haute sagesse , daignera « décider, sera pour moi l'expression de la volonté <( même de Dieu, et je m'empresserai de faire exécuter,
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« en ce qui me concerne, les ordres cle Votre Sainteté. » Le Saint-Père , ayant pris connaissance de la forme d'adhésion proposée par l'archevêque de Paris , et du projet que, de son côté, M. Fèvre avait soumis, a déclaré, par l'organe de Son Eminence le cardinal secrétaire d'État, que Ton devait s'en tenir à ce que proposait l'archevêque de Paris. L'auteur de V Histoire s'est alors soumis et a souscrit l'acte que nous transcrivons ici.
« Nous avions achevé le XL" et dernier volume de VHistoire de r Église, commencée par M. l'alîbé Darras, et publiée à Paris, chez M, Vives, libraire-éditeur, lorsque nous avons été appelé par M^' l'archevêque de Paris. Ce prélat était chargé par Son Eminence le cardinal Jacobini, secrétaire d'État de Sa Sainteté, de nous faire savoir que Notre Saint-Père le pape Léon XIII avait éprouvé un vif déplaisir de la manière dont nous avions parlé de la Compagnie de Saint-Sulpice dans le tome XXXVII de VHistoire de l'Église, et que, pour apporter au mal le remède convenable, il avait adressé un bref à M. l'abbé Icard, supérieur des Sulpiciens.
« D'après les instructions qui lui étaient données, M°'" l'archevêque de Paris devait nous appeler près de lui, nous remettre une copie authentique du bref, et nous amener à le faire imprimer dan s le premier volume de notre Histoire que nous viendrions à publier, en y joignant notre acte de soumission aux jugements de Sa Sainteté et en rétractant tout ce que nous avions
avancé d'excessif et d'inconsidéré dans notre ouvrage.
« Désireux d'obéir en tout aux volontés du Saint- Père, et de nous conformer aux instructions qui nous ont été transmises de sa part , nous faisons imprimer à la fin de ce XL'' et dernier volume le bref donné à la Compagnie de Saint-Sulpice. Nous déclarons adhérer avec une soumission filiale aux jugements de Sa Sainteté et nous rétractons tout ce qui, dans notre Histoire, peut être en contradiction avec le bref susmentionné du 10 juillet 1886.
« Nous sommes heureux, en terminant Y Histoire de r Église, de clore notre travail par un acte personnel de soumission au Saint-Siège , dont nous nous sommes efforcé constamment d'affirmer l'autorité. »
{Suit l insertion du Bref, reproduit plus haut, p. 145.)
« Lutosae, die 20 Decembris 1886.