‹ Observations sur quelques pages d'une Histoire de l'Eglise, relatives à la Compagnie de Saint-SulpiceChapitre 4 sur 19 · IG · texte numérisé non relu

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" son YerJje. Marie, parfaitement unie d'esprit et de « cœur au Père éternel , ressentait en elle les effets " prodigieux de ces communications divines du Père " en son Fils 1). »

Bossuet exprime cette pensée , et presque dans les mêmes termes, en plusieurs de ses écrits. Nous lisons dans le troisième sermon sur la Nativité de la sainte Vierge : " Dieu, par un conseil admirable, ayant jugé (' à propos que la Vierge engendrât dans le temps <' Celui fpiil engendre continuellement dans l'éternité, « il l'a par ce moyen associée en quelque façon à sa (' génération éternelle. Fidèles, entendez ce mystère. « C'est l'associer à sa génération, que de la faire mère " d'un même Fils avec lui. Partant, puisqu'il l'a comme « associée à sa génération éternelle, il était convenable " qu'il coulât en même temps dans son sein quelque « étincelle de cet amour infini qu'il a pour son Fils : « cela est bien digne de sa sagesse (2), » On retrouve ce langage dans Ijien d'autres écrivains de cette époque. Le cardinal de Rérulle^ qu'un pape appelait Y Apôtre dit Verbe incarné ^non^ dit : « La fécondité de « la très sainte Vierge est raisonnablement associée et « comparée à la fécondité divine: car elle est une imi- <( tation parfaite de la fécondité que nous adorons « en l'Être divin, comme il appert en ce que l'une et « l'autre fécondité se termine à Dieu, et qu'une même (' Personne divine est le terme procédant... — Marie

{\) Vie intérieure, loine I, p. 243, 244.

(2) Bossuet , I1I« Sermon sur la IS'aiirilé de la sainle Vierge. — Édil. (le A'crsailUs, loiiie .\V, p. 132.

(( conçoit le Fils de Dieu, le contient, le porte et Fengen- « dre, en soi-même, et hors de soi-même, le donnant au « monde, et le donnant conjointement avec le Père « Éternel, comme Mère , et (si en l'unité de personne « l'usage de ce terme nous est permis). Mère par in- « divis de Celui dont il est éternellement le Père (1) . » On le voit, rien n'est plus simple dans la pensée de M. Olier et de Bossuet : Marie est associée à la génération éternelle du Verbe, parce que Dieu le Père a voulu qu'elle engendrât dans le temps le même Fils quil engendre dans l'éternité , et par suite il a répandu en elle quelque chose de l'amour infini qu'il a pour le Verhe.

Ne pourrait-on pas dire, à un autre point de vue, que Marie, et avec proportion tous les saints, sont, en un certain sens , associés à la génération éternelle du Verbe?

La vision béatifique dont jouissent les saints dans ie ciel est bien une participation de l'acte par lequel Dieu se voit et se contemple dans ses perfections, et c'est par cet acte qu'il engendre éternellement son Verbe; d'où il suit que tous sont en ce sens associés à la génération du Verbe , divinae consortes naturœ . comme dit le Prince des Apôtres. Ils contemplent dans le ciel la divine essence , ils voient , autant qui! peut être donné à des êtres créés, les actes, les relations divines des trois personnes de la très sainte Trinité ; ils éprouvent un bonheur inexprimable dans

(1) Discours de l'État et des Grandeurs de Jésus; discours xi, De la seconde naissance de Jésus.

cette contemplation ; ils adhèrent à Dieu et lui sont unis par toutes leurs puissances. On conçoit qu'en la sainte Vierge ces effets de grâce aient été portés à un degré incompréhensible pour nous , le Père l'ayant élevée à la dignité suréminente de mère de son Fils; il se communiquait à elle et lui donnait un sentiment profond des lumières et de l'amour qu'il répand éternellement dans son Verbe.

V. Ce que nous disons de la sainte Vierge et des élus qui sont au ciel, s'applique nécessairement, et d'une manière sans comparaison plus parfaite , à la sainte humanité de Jésus-Christ , par rapport à la procession du Saint-Esprit ; mais M. Olier n'en parle pas , le passage cité est de M. Faillon. Quand M. Olier dit que la sainte Vierge a participé à la production du Saint-Esprit, il l'entend de la production du Saint- Esprit dans les âmes. « Ce n'est pas, dit-il, que Marie « lui donne la suljstance de Dieu, comme elle ne la « donne pas non plus au Verbe ; mais le Saint-Esprit « étant produit en elle , tous les dons, toutes les veru tus, toutes les grâces de ce Saint-Esprit, sont ad- « ministres par les mains de Marie et comme elle le « veut (1). »

VI. Sur la science de Jésus-Christ , considéré comme homme, M. Olier ne pense pas autrement que le commun des saints Pères et des théologiens, bien qu'il donne une explication philosophique qui peut être discutée.

Dans un traité manuscrit sur les mystères de Xotre-

(1) Vie intérieure, tome I, p. 2iG, 2i7.

Seig-neur, il explique ainsi en quelques mots les paroles de rÉvangile, Puer crescebat setate et sapientia coram Deo et hominibus : « Quoique Dieu fût tout entier « en son Fils , que le Verbe fût uni totalement à l'âme « de Notre-Seigneur, que cette âme fût ornée, par « conséquent , de toutes vertus et perfections qui ne « pouvaient être aug"mentées en leur fond , il ne se « manifestait pas pourtant également dans ses opérace tions , il n'opérait pas en elle avec égalité et unice formité , agissant tous les jours avec plus de force et « de vigueur (1). » M. Olier dit, dans le texte cité par l'éditeur de la Vie intérieure , qu'au jour de la Résurrection de Jésus , Dieu le Père lui révéla la lumière de son état, qu'il avait voulu lui tenir cachée, en quelque chose , avant sa mort , lorsqu'il n'était encore qu'hostie pour le péché ; et qu'il lui découvrit le mystère de son Eglise de la terre. Mais il explique sa pensée par la distinction de la partie supérieure et de la partie inférieure de l'âme, dont il est souvent fait mention dans les auteurs. «Il faut savoir, dit-il, que la partie supé- « rieure de l'âme de Notre-Seigneur, qui est l'enten- « dément, la mémoire et la volonté, était comme parce tagée en deux, c'est-à-dire qu'elle agissait en deux « manières différentes. Par puissance absolue de Dieu, <( la même partie supérieure , selon une portion d'elle- « même , jouissait de Dieu dans la lumière de la gloire ; « néanmoins cette même puissance faisait que toute « l'âme n'était pas tellement absorbée dans la gloire ,

(1) Mijslères de Nolre-Seigncur. — De V Accroissement de la vie et des vertus chrétiennes.

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« qu'il ne restât encore quelque chose de celte portion, « dépourvu ou dépouillé de cette lumière de gloire. « Mais il faut savoir aussi , pour l'honneur de notre Mai- « tre , que ce qui lui restait d'entendement , de volonté « et de mémoire, privé de la possession et de la jouis- « sance de la gloire, était tellement orné des dons du « Saint-Esprit , dons de science , de discernement des « cœurs, de lumière pénétrante, qui sonde le secret des « âmes , qu'il n'y avait ni lumières, ni connaissance des « choses passées , présentes et à venir, dont son enten- « dément ne fût illuminé. Il avait en lui tous les tré- « sors de la sagesse et de la science communicables « hors de Dieu; et cette portion de l'âme de Notre- « Seigneur qui n'était pas engloutie en la lumière de « gloire , et ne savait rien par elle-même , recevait la « clarté et la lumière de la portion supérieure, qui « aisément l'instruisait, quand elle était interrogée « par elle-même (1). »

Il résulte de ces explications de M. Olier, que Notre- Seigneur, en sa sainte humanité, dans cette partie supérieure de Fàme , où sont l'intelligence et la volonté, peut être considéré sous deux aspects différents , en tant qu'il jouissait de la lumière de la gloire, de la vue intuitive , de l'amour béatifique , et en tant qu'il était encore dans les infirmités d'une vie mortelle : comprehensor et viator, comme disent les théologiens. Dans l'état glorieux où il a été étaljli par le mystère de l'Incarnation, il a eu, dès sa conception, la connaissance parfaite de toutes choses , autant qu'une âme créée peut la

(1) vie intérieure, tome II, p. 135.

recevoir de Dieu; sous ce rapport, M. Olier pense et parle, comme tous les docteurs catholiques, de la science de Notre-Seigneur ; et il n'a rien de commun avec les hérétiques du sixième siècle. Sous le second aspect , en tant que vivant dans l'infirmité de la chair, jusqu'au jour de la Résurrection, Dieu lui tenait cachés, en quelque chose, lorsqu'il n'était encore q\\^ hostie jjour le péché , certains mystères de l'avenir. 11 ne les lui laissait pas ignorer, mais il ne lui en donnait pas une connaissance complète et parfaite.

Nous nous expliquons difficilement comment une suprême béatitude a pu se concilier, dans une même âme , en Notre-Seigneur, avec une extrême tristesse ; et nul catholique ne doute cependant pas que ces deux états ne se soient trouvés en lui pendant sa vie mortelle. Le cardinal Franzelin résout la difficulté, en distinguant les deux états de Notre-Seigneur que nous indiquions plus haut; parce que, dit-il, il y a une différence entre le mode de connaître et de vouloir, dans l'homme, selon qu'il est dans l'un ou l'autre état. Il ajoute : Il ne répugne pas à la puissance absolue de Dieu d'établir un homme dans ce double état et de faire qu'il éprouve en même temps une très grande joie et une très grande tristesse sous des rapports différents, ce qui serait naturellement impossible (1).

M. Olier, raisonnant d'après les mêmes principes, a pensé qu'on peut concilier en Notre-Seigneur , en tant qu'homme , une connaissance parfaite des choses ,

(1) De Verbo incarnato, thesis XLII.p. 432 (éd. 1869).

dans la partie supérieure de sou àme qui jouissait de la lumière de la gloire, avec quelque obscurité sur certains mystères de l'avenir, dans laquelle son Père l'aurait laissé, selon l'autre partie de son àme , jusqu'au jour de sa Résurrection. Ceci est discutable , comme nous le disions ; est-ce absolument impossible à Dieu? Nous n'oserions pas le dire ; et nous ne croyons pas que ce soit contraire à l'enseignement de l'Église. Il y a là un grand mystère que nous n'essaierons pas de pénétrer (1).

VII. Nous nous sommes arrêté sur ces questions plus que nous n'avions d'abord l'intention de le faire, parce que le critique nous semble s'être attaché à déprécier la doctrine de M. Olier, notre vénéré Père et fondateur, doctrine que d'ailleurs il parait connaître fort peu.

Peut-on attribuer à un autre motif les réflexions que nous lisons dans son Histoire , et dans une brochure publiée contre nous?

Nous lisons dans son Histoire de r Eglise : « Nous « avons ouï dire, et nous répétons , comme nous l'avons « entendu, sans preuve, que le procès de canonisation « d'Olier a été au moins suspendu après l'examen de « certaines publications, où le fondateur de Saint-Sul- « pice prêterait plus à la censure qu'à l'admiration. « L'esprit est prompt, la chair est faible et rien n'est

(1) Constat in hinnana nalura Clirisli adluir morlalis, dit le cardinal Franz?Un, fuisse duiiiicoin sericmcognilioniuii et voiitionuin, spciinJum diiplitcin slaluni conii)relii'nsoris et viatoris... \on est iniruni, nobis mancrc obscur iim cl umim ex prxcipuis mystcriis in persona Vcrbl incarnati, quomodo status ulenjue in (nuieni iiersona, secundum eaindcm naturam humanani siniul conslilerit. {Dz Verbo incarnulo, socl. III, caj). VI, p. 431.)

« pire que la chair intervenant dans les ouvrages de <( Fesprit. » Il revient là-dessus dans son dernier écrit : « La Société, dit-il, avait introduit, à Rome, un procès « en béatification de son fondateur. On dut examiner « les ouvrag-es. En examinant la Vie intérieure , les « consulteurs trouvèrent son auteur plus digne de Tîn- « dex que de la béatification (1).»

Ces lignes donnent une mesure de la légèreté et des préoccupations d'esprit, nous ne voulons pas employer d'autres termes , avec lesquelles a été continuée V Histoire de l'Église de M. Darras. Comment d'abord un historien sérieux consigne-t-il dans une Histoire de l'Église ce qu'il a entendu dire, sans preuve?.,. Ensuite , dans ce qu'il raconte , il y a autant d'erreurs que d'affirmations. 1° Il n'est pas vrai que dans l'affaire déférée à la Congrégation de. l'Index, on ait examiné les ouvrages de M. Olier ; on s'est borné à examiner le livre de la Vie intérieure , qui n'est pas de M. Olier. 2" Il n'est pas vrai que les consulteurs l'aient jugé digne de \ Index; car les avis furent très partagés, quelques-uns le blâmaient, d'autres le jugeaient irréprochable. 3° Il n'est pas vrai que le procès de M. Olier ait été suspendu ; il ne l'a été par aucun acte de l'autorité ; seulement il faut un certain temps pour les travaux que l'on n'a pas pu faire encore , et dont on s'occupe.

Ce qui est beaucoup plus regrettable pour l'écrivain, c'est qu'il se soit permis de dire au sujet des livres de

(I) Histoire de VÉcjlise, tome XXXVII, p. 402. — Doctrines et conduite de Saini-Sulpice, p. 11.

M. Olier : La chair est faible , et rien nest pire que la cJiair intervenant dans les ouvrages de l'esprit. Quel peut être le sens de cette phrase ? Ne donnerait-elle pas lieu à plusieurs lecteurs de supposer que l'on aurait trouvé dans ces livres des doctrines malsaines au point de vue des mœurs? L'écrivain sait bien qu'il n'en est rien, et nous ne pouvons pas supposer qu'en écrivant ces lignes ambiguës, il ait voulu faire des insinuations calomnieuses, ce qui serait le procédé d'une âme malhonnête: à Dieu ne plaise que nous formions sur lui un pareil soupçon I Quel sens avait-il donc en vue? Nous l'ignorons... Il déclare qu'il rapporte, comme il la entendu, sans preuve. La sagesse, la charité, l'impartialité de l'histoire, nous permettraient-elles, quand nous sommes en présence d'un homme aussi recommandable à tant de titres que M. Olier, de hasarder des observations aussi peu bienveillantes , d'après un fait dont nous avouerions nousmêmes n'avoir aucune preuve?

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