‹ Observations sur quelques pages d'une Histoire de l'Eglise, relatives à la Compagnie de Saint-SulpiceChapitre 3 sur 19 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

MAXIMES ET CONDUITE DE LA COMPAGNIE DE SAINT-SULPIGE , AU SUJET DE l'autorité DU SOUVERAIN PONTIFE, DEPUIS M. OLIER jusqu'à l' ASSEMBLÉE DU CLERGÉ DE FRANCE DE 1682. — ÉCRITS DE M. OLIER.

I. M. Olier, fondateur et premier supérieur du séminaire de Saint-Sulpice , considéra comme un don particulier de Dieu, que ce séminaire et, avec lui, la Compagnie aient été établis dans le faubourg- Saint- Germain , lieu qui était alors soumis immédiatement au pape, et sous la direction de l'abbé de Saint- Germain, qui représentait le Souverain Pontife. Ce faubourg était effectivement, à cette époque, séparé du diocèse de Paris; il ne fat que plus tard sous la juridiction de l'archevêque.

« Maintenant , écrivait-il , que Dieu va nous établir « sur la paroisse de Saint-Sulpice, il nous montre qu'il « veut former un séminaire ouvert à toutes les province ces. Voilà pourquoi ill'établit dans un lieu qui n'est (( ni borné , ni rétréci par aucune juridiction particu- « lière; car cette paroisse n'est d'aucun diocèse, elle « ne relève immédiatement que du pape, et ceux qu'il « commet pour la servir sont comme ses membres et « ses substituts... Le vrai supérieur du séminaire de

" Saint-Sulpice est le pape, que la divine Providence ■•< nous donne à honorer en la personne de M. Fabbé -< de Sainl-Germain, à qui le Saint-Sièee donne la « juridiction sur le faubourg. Les autres séminaires ' sont liés à Messeigneurs les prélats, qui, par leur '« divin caractère, sont autant de sources sacrées qui « répandent la vie de Dieu dans leur clergé. Celui de " Saint-Sulpice est lié par Tordre de Dieu au divin «( apostolat de saint Pierre; lequel étant daiHeurs le " premier et le plus ancien patron de cette église a « toujours les yeux ouverts sur ce collège du clergé , « sur ce séminaire. »

M. Olier avait puisé les idées les plus élevées sur les prérogatives du Souverain Pontife, dans la méditation de ce divin apostolat de saint Pierre. « Pour vivifier « et régir son Eglise jusqu'à la fin des siècles, nous « dit-il , .lésus-Christ s'est donc laissé dans saint Pierre « et dans ses successeurs , en qui seuls persévère tou- « jours la mission d'apôtre, laquelle a l'infaillibilité « conjointe, avec obligation à tous les hommes de re- « cevoir leur prédication. C'est pourquoi par Jésusce Christ vivant en eux. les successeurs de saint Pierre (( sont le fondement . la base deTÉglise, et l'hypostase « qui la soutient. Qui pourrait porter ce vaste et im- « mense bâtiment qui occupe toute la terre et qui doit « voir passer tous les temps, que l'infinie Sagesse de « Dieu et cette subsistance du Verl)e? Qui pourrait « fournir la lumière à tout un monde comme est l'K- « glise, si ce n'est le soleil de justice? Qui serait ca- « pable de résister à toutes les illusions, à toutes les

<( erreurs, à toutes les hérésies, à tous les mensonges « de l'enfer, que la Sagesse incarnée, qui s'est établie " en saint Pierre comme clans une pierre inébranlable, « par la solidité de sa lumière, et par la droiture (' inflexible de ses mœurs {1). »

Pour attirer sur le séminaire la grâce de demeurer toujours uni au Saint-Siège par les liens les plus intimes, ce vénérable prêtre voulut que le nonce du pape bénit la chapelle , ou qu'au moins il y célébrât le premier le saint sacrifice ; ce qui eut lieu le 19 novembre 1650 ; et quand le bâtiment fut terminé, il désira encore que le nonce en fit une bénédiction solennelle , avant que la maison fût habitée. Ce fut le jour de l'Assomption 1651 (2). Nous voyons encore le nonce officier pontificalement le jour de la Présentation de la sainte Vierge , afin que tous les ecclésiastiques du séminaire vinssent renouveler leurs promesses cléricales aux pieds du représentant du Souverain Pontife (3).

II. Cependant M. Olier désirait une autre bénédiction. Son intention était d'aller à Rome solliciter du vicaire de Jésus-Christ l'approbation du séminaire. Dans cette vue il prépara une lettre au pape Innocent X, dont nous avons une copie dans ses manuscrits. Il y dit que la Compagnie de Saint-Sulpice « a recours à Sa « Sainteté pour recevoir son approliation et sa béné- « diction apostolique , afin d'y trouver la lumière , la " ferveur et la force qui lui sont nécessaires pour ren-

(1) Vie de M. Olier, partie III, livre I, n"^ vi, xvi, xviii.

(2) Ibid., livre II, n»* vu, xi.

(3) Ibid., n° XXII.

« dre utiles ses petits travaux ». Il termine par ces paroles qui sont demeurées dans l'esprit des prêtres de Saint-Sulpice . comme l'expression des sentiments qui les animent : « Cette société ne respire que le res- « pect , l'amour et l'obéissance envers Votre Sainteté , « et ne demande qu'à être employée à son service, « ofi'rant incessamment ses vœux au ciel, pour son lion- « neur et pour sa gloire , et s'estimant heureuse , si elle « est tenue pour sa fidèle et obéissante servante. »

Les infirmités de M. Olier ne lui permirent pas d'aller à Rome ; mais ses vœux pour l'approbation de Saint- Sulpice se réalisèrent peu d'années après, sous M. de Bretonvilliers , son successeur, le 3 août 166'i., par le décret du cardinal Chigi, lég-at a latere du pape Alexandre VII. Dans ce décret , le légat parle d'abord dans les termes les plus élog-ieux de la commimauté des prêtres de Saint-Sulpice, où se rendaient, non seulement des provinces voisines, mais encore de plusieurs parties de l'Europe, des clercs qui de retour dans leurs régions se montraient très habiles et très dévoués dans les diverses fonctions du saint ministère; il termine ainsi : « En vertu de l'autorité du Siège apostoli- « que, dont nous sommes pourvu à cet effet, nous <( approuvons et confirmons la fondation , l'érection et « l'institution du séminaire de Saint-Sulpice, ainsi « que tout ce qui s'en est suivi , qui n'est pas contraire « aux saints canons, ni aux décrets du concile de <( Trente ; nous lui communiquons toute la force que « peut donner l'inviolable autorité apostolique, et nous « suppléons à tous les défauts de fait ou de droit, s'il

« y en avait quelqu'un, nonobstant toutes constitutions (( et ordonnances apostoliques et toutes autres contrai- « res, quelles qu'elles soient (1). »

La conduite de M. Olier fut constamment conforme à ses principes: il veilla à ce qu'il ne s'introduisit dans sa Compagnie aucun ecclésiastique qui fût suspect d'adhérer à des doctrines condamnées par le Saint-Siège; et il combattit, dans sa paroisse, le jansénisme, avec une vigueur et une persévérance qui lui attirèrent la haine des novateurs. Nous ne craignons pas d'affirmer qu'il fut, avec saint Vincent de Paul, le prêtre de Paris qui mit le plus de zèle et de vigueur, pour poursuivre à Rome la condamnation des mauvaises doctrines , pour attirer à l'obéissance au Saint- Siège ceux: qui s'étaient laissé égarer, et pour soutenir la cause de la foi contre l'hérésie naissante .

Il n'est donc pas vrai que la Compagnie de Saint- Sulpice « n'ait pas pris les consignes du Saint-Siège » ,

(1) Vie de M. OZ^e;-^ partie III, livre V, no^x, x.

« Flavius Chisius, SancUssirni in Christo Palris et Domini nostri Dort mini Alexandrl divina Providentia Papae VH, et Apostolicœ Ssdis de « Latere Legatus. Dilectis Nobis in Christo Supariori et presbyteris sse- « cularibus serainarii Sancti-Siilpilii nuncupati... Salutern in Domino « sempiternam... Nos qui cultus divini et religionis augmentum piaque « personaruni ecclesiasticarum vota confovere summopere cupimus..., (( fundatioiiem , erectionem et institutionem seminarii faujusmodi, ac « inde secuta quœcumque licita et honesta, ac sacris canonibus conci- « liique Tridentini decretis minime contraria, auctoritate ApostolicEe « Sedis. qua ad id per ejus litteras sufficienli facultate muniti fungimur, « in hac parte tenore prcesenlium, sine uUo alicujus prœjudicio appro- « bamus et confirniamus, illique inviolabilis apostolicce firmitatis robur « adjicimus, ac omnos et singiilos tam juris quani facti defectus, si qui « interfuerint in eisdem, supplemus : non obstantibus constitutionibus « et ordinationibus apostolicis , Cceterisque contrariis quibuscumque. »

comme le prétend l'auteur de la continuation de V Histoire de r Eglise.

III. M. Olier a composé plusieurs livres, pour montrer aux fidèles dont il était le pasteur, les voies qui conduisent à la perfection de la vie chrétienne , et pour la sanctification des clercs. Nous avons de lui : le Catêclmme chrétien pour la vie intérieure , ï Introduction à la rie et aux vertus chrétiennes, la, Journ'je chrétienne, le Traité des saints ordres , Y Explication des cérémonies de la Grand' Messe , un recueil de Lettres. Ces livres sont remarquables par la solidité et l'élévation de la doctrine, que Fauteur ramène sans cesse à la mortification des penchants corrompus de la nature . à l'imitation de Jésus-Christ, à la dévotion au très Saint Sacrement et à la sainte Vierge. Nous ne parlons pas de son style : il n'a jamais visé à la littérature; il écrivait cependant d'une manière digne et grave ; il y a dans certaines parties de ses œuvres, soit imprimées, soit manuscrites, des élans et une vie qui montrent qu'il eût écrit d'une manière très distinguée pour son temps, s'il avait voulu s'en donner le soin.

Il a laissé des manuscrits, plus négligés dans la forme , et dont les termes manquent quelquefois de précision , parce que la plupart se composent de réflexions qu'il écrivait sur les mystères et sur ce qui se passait en lui, sans intention qu'elles fussent jamais iinpiimées. ([u'il ne relisait même pas et qu'il abandonnait à son confesseur.

C'est sur ces manuscrits que M. Paillon a composé le livre de la Vie intérieure de la tris sain'e Vierge. 11

eût mieux fait , ce nous semble , de donner intégralement diverses pensées de M. Olier sur la sainte Vierge, telles qu'elles se trouvent dans ses papiers, que de composer un livre sur un plan qu'il avait conçu luimême et qu'il a rempli en réunissant des morceaux détachés , avec des liaisons et des commentaires qui peuvent ne pas rendre l'idée de M. Olier. Qaoi qu'il en soit, il n'est pas vrai, comme le suppose le critique, que M. Olier ait composé le livre de la Vie intérieure de la sainte Vierge , et que M. Faillon en ait fait une première correction. L'éditeur, bien loin de rien corriger, a plutôt excédé de très bonne foi, en exagérant les idées de M. Olier, en ajoutant des annotations et des dissertations qui ont amené des discussions qu'il aurait pu éviter.

Ce livre , imprimé à Rome avec l'approbation de trois examinateurs , qui étaient un théologien , consulteur du Saint-Office, M. Baillés, ancien évèque de Luçon, le cardinal Yillecourt, et avec l'autorisation du maitre du Sacré-Palais , fut déféré à la Congrégation de l'Index. Les avis furent très partag-és entre les examinateurs : les uns concluaient à la condamnation du livre ; les autres , en nombre à peu près égal , n'y trouvaient rien de répréhensible ; plusieurs, qui d'abord s'étaient montrés défavorables, changèrent ensuite d'opinion , entre autres , le P. Perrone. Pie IX dit alors en riant : « La Madone a fait un miracle de premier « ordre : elle a converti un théolog-ien! » M. Gay, aujourd'hui évèque d'Anthédon, et qui fut l'un des théologiens du concile nommés par le Pape , chargé

de faire un nouveau rapport, discuta à fond les difficultés soulevées contre le livre et conclut qu'il le jugeait irrépréhensible dans ses doctrines. Toutefois, comme sur un certain nombre de points , ce livre pouvait donner un prétexte aux ennemis de l'Église , par le sens qu'ils leur attribueraient, de reprocher aux catholiques d'excéder dans le culte qu'ils rendent à la sainte Vierge , la Sacrée Congrégation demanda , avec beaucoup de sagesse , qu'il ne fût réimprimé qu'avec des retranchements indiqués; ce que nous nous empressâmes de faire ii).

IV. Notre critique assure que le cardinal Franzelin a relevé dans M. Olier de « grossières erreurs » , qui seront probablement un obstacle à la béatification du serviteur de Dieu. Selon M. Olier, 1° la sainte Vierge, dans le mystère de llncarnation , serait associée à Dieu le Père pour engendrer le Verbe, et ne cesserait pas de lui être associée depuis ce moment pour cette même génération ; 2° la sainte humanité du Sauveur, (quoiqu'elle soit créature . serait néanmoins associée à l'acte par lequel le Verlje produit le Saint-Esprit dans l'éternité; 3° le Père éternel aurait révélé à Notre-Seigneur. en tant qu'homme , après sa résurrect on , des mystères qu'il avait voulu lui tenir cachés avant sa mort (2).

Puisqu'on voulait se prévaloir de l'autorité du cardinal Franzelin, on aurait dû imiter sa réserve, le lire plus attentivement, et jeter un coup d'œil sur le

(1) Histoire du cardinal Pif, par Me" Baunard, tome II, chap. xi. (2; Doctrines et conduite de Saint-Sulpice, p. 12, 43.

livre de la Vie intérieure de la sainte Vierge; on aurait remarqué que le savant auteur du Traité de Verbo incarnato ne cite pas M. Olier, et que des trois passages qu'il vise, deux au moins ne sont pas de M. Olier, mais de l'éditeur, ou , pour mieux dire , de l'auteur du livre de la Vie intérieure. M. Olier parle bien , lui aussi, d'une association de Marie à l'acte immanent de la génération éternelle du Verbe; mais il ne l'entend pas dans un sens actif, comme si elle eût coopéré effectivement avec le Père éternel à cette génération, idée absurde qui n'a jamais dû entrer dans l'esprit d'un cbrétien; il ne parle, comme d'autres auteurs de son temps, que d'une association éloignée, dans le sens que nous allons expliquer.

Voici ses paroles : « k\x moment de l'Incarnation , i< le Père seul, et non Marie, ayant donné la substance <( de Dieu au Verbe , comme Verbe , le Père continuait « encore, après la consommation de ce mystère, à. « communiquer sa substance à son Verbe dans l'hu- « manité, à son Verbe fait chair, à l'homme fait Dieu. « Continuellement il lui donnait toute sa science et tout « son amour, comme il les lui communique encore et « les lui communiquera pendant toute l'éternité. La « très sainte Vierge , revêtue en son intérieur de la « divinité du Père , imbue de sa toute-puissance , tout « animée de sa vertu, était rendue participante de « toutes ses opérations extérieures , et ressentait en son « âme son époux opérer toutes choses, puisqu'il la « m>ettait visiblement en part de la plus grande de (( ses œuvres immanentes, à savoir la génération de

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